Massimo Fini

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« L'ennemi mortel d'une oligarchie n'est pas tant une autre oligarchie, avec laquelle on peut toujours trouver un accord (...), mais plutôt le peuple que l'on vampirise et dont on force l'adhésion une fois tous les cinq ans, peuple qui doit être tenu en laisse et à bonne distance des arcanes du pouvoir démocratique, pour qu'il puisse continuer à croire, ou au moins à feindre de croire au jeu ». Massimo Fini


L'écrivain et journaliste Massimo Fini, intellectuel proche de Beppe Grillo et contestataire historique du système politique italien et de la société occidentale basée sur la démocratie représentative, commente la récente percée du mouvement 5 stelle lors des récentes éléctions italiennes.
Pour lui, nous n'en sommes qu'au début, et le "boom" de Beppe Grillo sonne le glas d'une classe politique corrompue et d'un monde médiatique complice, et marque le retour du citoyen lambda dans l'organisation politique de l'Italie, dans un nouveau système qui reste à élaborer. Un grand saut dans l'inconnu, en somme.

A lui, maintenant, de nous en dire plus :

« Il y a beaucoup de choses dans ma vie que je n'aurais jamais imaginé faire, et pourtant je les ai faites. Bien souvent, j'y ai été contraint. Je suis né journaliste – un métier que j'aime profondément – et je pensais que je serais mort journaliste. Aussi parce que les débuts avaient été particulièrement brillants, et dans les années 1970, j'étais considéré comme un des nouveaux talents du journalisme italien. Mais petit à petit, une sorte de marginalisation silencieuse, subtile, inodore m'a repoussé dans un coin de la profession. Mon tort, inexcusable dans une société comme la nôtre, fut celui de refuser obstinément une quelconque inféodation aux partis, factions, courants, ou lobbies, et ne pas accepter de soumission humiliante.
C'est alors que je me suis mis à écrire des livres, et je suis devenu écrivain. Pour moi c'étaient, et ce sont encore, de simples essais. Mais étant donné l'absence de pensée, et aussi d'épine dorsale qui caractérise l'époque actuelle, je me suis aperçu, avec une relative surprise, que j'étais devenu pour certains, et peut-être pour beaucoup, un point de référence par seulement culturel ou intellectuel, mais aussi spirituel, une sorte de gourou, un philosophe à sa façon.
Mais la dernière chose que j'aurai imaginé faire dans ma vie est bien d'ouvrir un site Internet, et encore moins de créer un mouvement politique qui s'appelle « Mouvement Zéro » et qui s'inspire essentiellement de mes livres et de mon « Manifeste de l'antimodernité ». Je suis réfractaire à tout ce qui touche à l'électronique et encore plus à tout ce qui est virtuel, je ne sais pas utiliser un ordinateur, et pour écrire, je me sers encore de ma vieille machine « Lettera 32 », mais surtout, je suis conceptuellement, anthropologiquement, instinctivement contraire à la technologie qui est selon moi à l'origine, avec l'économie, de la plupart de nos problèmes. Si cela n'avait tenu qu'à moi, la roue serait restée carrée, et peut-être qu'aujourd'hui nous nous en porterions tous mieux.
L'attaque radicale contre la Modernité et contre le modèle de développement paranoïaque qui, avec la promesse d'un futur orgiaque toujours à portée de main, nous met en réalité au service du mécanisme économique et productif – est partagé désormais par beaucoup, et que le mal-être existenciel est devenu, dans notre Occident industrialisé, très aigu pour nous tous, même s'il doit faire face à des élites politiques et intellectuelles parfaitement sourdes, qui continuent à marcher, le soleil sur le front et la vérité en poche, sur des catégories conceptuelles, le libéralisme et le marxisme, et toutes leurs déclinaisons, vielles de plus de deux siècles maintenant (Voir La Démocratie et ses Sujets).
Quant à moi, cela fait trente ans qu'avec mes livres, mes écrits occasionnels, mes articles, et dernièrement, avec le théâtre, je témoigne de ce mal-être croissant et de la colère de devoir le subir sans rien pouvoir y faire. J'ai maintenant envie de passer à l'action concrète. Ce site est un premier pas. Et j'espère que ce ne sera pas le dernier. »