A propos de Zemmour, Le Manuel de l'Hérétique

Publié le : 28/03/2010 15:29:01
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources

Manuel_gdeSortie d'un nouveau titre aux éditions du Retour aux sources : Le Manuel de l'Hérétique

L'occasion, au passage, de citer un extrait, peut-être instructutif, en tout cas stimulant. Ou pourquoi Eric Zemmour, journaliste juif, revendique sa liberté d'expression. Et pourquoi il faut le soutenir...

Extrait qui parle, le hasard fait bien les choses, de la loi Gayssot, machine à fabriquer de l'antisémitisme...


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C’est [La loi Gayssot] une catastrophe pour tout le monde – et même, à plus ou moins long terme, pour ces mêmes milieux juifs communautaristes qui ont au départ enclenché la tartufferie victimaire, et se retrouvent aujourd’hui débordés par un appareil politique bien content de trouver une cause derrière laquelle dissimuler la sienne.

Tu ne me crois pas, mon camarade ? Tu penses que mon affection pour  nos compatriotes juifs m’aveugle ?

Attends, que je t’explique.

La mécanique génératrice de l’antisémitisme est bien connue.

Il existe six attitudes possibles du « Non Juif » face au « Juif ».

a) Considérer que « les Juifs » n’existent pas comme catégorie homogène (judéoindifférence), ce qui interdit toute réflexion (pas totalement faux, mais paralysant) ;

b) Considérer que « les Juifs » sont bons par essence ethnique (judéomanie), ce qui est évidemment une aberration;

c) Considérer que « les Juifs » sont bons du fait de leur héritage culturel (judéophilie), ce qui n’est pas aberrant, mais de parti pris et évidemment faux une fois sur deux, ou à peu près ;

d) Considérer que « les Juifs » ne sont ni bons ni mauvais, mais que leur héritage culturel spécifique rend nécessaire une critique sans parti pris (attitude judéocritique), ce qui est tout à fait sensé ;

e) Considérer que « les Juifs » sont mauvais du fait de leur héritage culturel (judéophobie), ce qui n’est pas aberrant, mais de parti pris et évidemment faux une fois sur deux, ou à peu près (comme la judéophilie) ;

f) Considérer que « les Juifs » sont mauvais par essence ethnique (antisémitisme), ce qui est évidemment une aberration.

Les attitudes sensées, qui permettent un positionnement logique face à la « question juive », sont la judéoindifférence et l’attitude judéocritique. La judéophilie et la judéophobie sont des attitudes de parti pris et ne permettent pas de réflexion sérieuse. La judéomanie et l’antisémitisme sont des pathologies (et d’ailleurs, très souvent, elles recouvrent des phénomènes névrotiques chez ceux qui les professent).

Or, on le remarquera, ces pathologies sont enclenchées par suite de l’impossibilité de formuler une critique raisonnée de l’héritage juif. Le « parcours » classique de l’antisémite (ou du judéomane, catégorie reflet) est en effet le suivant :

a) D’abord s’en foutre (« Les Juifs ? Bof. Existent même pas… ») ;

b) Ensuite s’y intéresser (« Les Juifs ? Ah, c’est vrai, ils existent, et ils sont importants. Beaucoup de journalistes, d’intellectuels, un gros pouvoir financier, aussi… ») ;

c) Tenter de formuler une critique (« Les Juifs ? Ah, c’est intéressant… C’est vrai qu’on peut se demander si dans l’attitude du journaliste juif qui défend bec et ongle un ordre économique favorable à une Haute Banque largement juive, il n’y a pas une sorte de solidarité communautaire primant en quelque sorte la lutte des classes… Notez bien que je ne dis pas que ‘les Juifs’, collectivement, sont coupables de quoi que ce soit, ce serait absurde… Mais je me demande s’il n’existe pas une sorte de lien privilégié entre le pouvoir oligarchique bancaire et une partie du monde juif… Il faudrait creuser cette question, ne serait-ce d’ailleurs que pour ôter une suspicion fâcheuse de l’échine des Juifs ordinaires… ») ;

d) Se faire agresser, en général par des gens qui ne sont pas forcément juifs, certains oui et d’autres pas, mais sont par contre tous au service des puissants (« Si vous posez la question du lien entre le pouvoir oligarchique dans le système capitaliste et ‘les Juifs’, c’est parce que vous avez un agenda secret : nuire aux Juifs… Vous êtes un antisémite, monsieur, vous êtes un psychopathe décidé à exterminer le Peuple Elu… Comprenez bien ceci : si vous dites du mal des Juifs riches, c’est parce que vous en voulez aux Juifs, pas parce que vous en voulez aux riches ! Quiconque dit du mal du pouvoir oligarchique dans le système capitaliste est un antisémite, monsieur… Vous devriez avoir honte ! ») ;

e) A partir de là, deux attitudes sont possibles :

- soit l’individu concerné est du genre docile je-marche-dans-les-clous-pour-qu’on-ne-m’en-plante-pas-dans-la-couenne, et il bascule dans la judéophilie (« Bon, bon, les Juifs sont bons, regardez, je le dis et donc je ne suis pas antisémite ») ;

- soit c’est une tête de lard, et il bascule dans la judéophobie (« Ah bon ? Alors si on pense du mal de la Haute Banque, c’est qu’on pense du mal des Juifs ? Bon, ben d’accord, je pense du mal des Juifs… ») ;

f) Si l’individu formule sa judéophobie, il a des ennuis avec des Juifs (ça se comprend). Ceux-ci l’agressent, ou tentent de lui nuire d’une manière ou d’une autre (ce qui est logique, puisqu’il leur nuit de son côté). Selon l’intensité du conflit qui en résulte et la propension du personnage à la paranoïa (tout le monde n’est pas aussi timbré que l’oncle Adolf), on va alors glisser tout doucement de la judéophobie vers l’antisémitisme, au fur et à mesure que la figure de l’adversaire, faute de pouvoir être cernée, dite, explicitée, sera plaquée sur la seule essence délimitable, la donne biologique (le mécanisme inverse existe, qui fait passer de la judéophilie à la judéomanie, au fur et à mesure que le judéophile se retrouve lié aux intérêts qu’il suppose juifs – et qui souvent ne le sont même pas !).

Tout ça pour dire quoi ?

Eh bien pour dire que la loi Gayssot est une formidable machine à fabriquer de l’antisémitisme.

Le moment clef dans ce parcours de l’antisémite, ce moment où l’antisémite devient antisémite, c’est l’instant où on lui dit : « Si vous critiquez la Banque, c’est que vous détestez les Juifs » – et où il répond : « Très bien, alors détestons les Juifs ». Le reste, c'est-à-dire le basculement ultérieur de la judéophobie vers l’antisémitisme, n’est qu’une conséquence mécanique, presque inéluctable une fois la ligne franchie qui séparait l’attitude judéocritique de l’attitude judéophobe. Or, ce « moment » fondateur de l’antisémitisme contemporain, l’interdiction de toute critique à l’égard du monde juif engendrée par l’hystérisation Shoah est en train de le reproduire à grande échelle, et la loi Gayssot sert précisément de clef de voûte à cette machine infernale.

Une fois que le Puritain a commencé à sévir dans une société, les mécanismes qu’il enclenche lui échappent très vite. C’est exactement le processus décrit par Arthur Miller : la chasse aux sorcières fabrique des démons, là où il n’y en avait pas. Il est devenu très difficile, en France, de tenir des propos judéocritiques – c'est-à-dire d’opérer une critique sans parti pris de la culture juive, de la pensée juive, de la religion juive. Quiconque critique le judaïsme, ou même l’héritage juif au sens large, se voit accusé d’être antisémite – « dénonce la sorcière, ou tu es une sorcière ! ». Et en arrière-plan de cette accusation, il y a toujours la redoutable menace judiciaire « Gayssot »… Résultat : sachant que la critique est impossible, la haine monte. C’est longtemps resté souterrain, c’est encore aujourd’hui largement invisible, mais c’est très réel. Ne vous étonnez pas de voir se multiplier, depuis quelques années, les passages à l’acte antisémites. C’est, entre autres choses, le produit direct de la chasse aux sorcières déclenchée par Gayssot et compagnie.

En suscitant le Puritain pour sauver leur boutique, les Tartuffe ont ouvert une boîte de Pandore gratinée !


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