Abus de pouvoir (François Bayrou)

Publié le : 11/06/2009 00:00:00
Catégories : Politique

bayrou

Pour qui s’est un peu intéressé aux techniques de manipulation de l’opinion utilisées par les oligarchies, il est évident que le « système » a laissé tombé F. Bayrou. Lui, le Troisième Leurre mis en avant pour l’élection présidentielle 2007, est désormais relégué au rang de quatrième sous-fifre, Cohn-Bendit ayant pris sa place comme opposant de rechange / concurrent du PS. Lors des récentes européennes, les médias ont consciencieusement servi la soupe à Dany « Braguette » CB, et François Bayrou a été progressivement « flingué » par les mêmes réseaux qui, il y a deux ans, l’avaient poussé en avant.

Pourquoi ?

La réponse tient dans le livre que l’impétrant a publié récemment : « Abus de pouvoir ».

Ouvrons le bouquin, et voyons ce qui vaut au (pourtant fort peu rebelle) Bébé Rose une relégation dans les sphères extérieures de la grande centrifugeuse.

Bayrou (ou son nègre) formule une thèse simple : derrière le côté « agité du bocal » de l’actuel locataire de l’Elysée (Carla, bling-bling, etc.), il y a un plan – et toute la mise en scène actuelle ne vise qu’à nous convaincre du caractère instable de Sarko. Ce plan, c’est la confiscation de tous les leviers de pouvoir par les réseaux pro-Sarko, et l’utilisation de ces leviers pour appliquer une politique de rupture radicale avec celle suivie depuis un demi-siècle. Atlantisme, néolibéralisme, promotion des inégalités : le libéralisme sécuritaire tendance Sarko marque tout simplement la fin d’une certaine France. La France d’après, en ce sens, c’est surtout après la France – après la fin de sa tradition d’égalité, de fraternité, et même de liberté.

Bayrou, il faut le reconnaître, tient un discours sensé (à moins que ce ne soit le discours de son nègre). C’est la différence entre le centriste de service et le reste de la politicaillerie du moment : on peut lire son bouquin sans bailler, ni s’esclaffer, ni se mettre en colère. Cela ne vole pas très haut (c’est normal : c’est fait pour les électeurs). Mais c’est intéressant quand même… Le sarko-show, Bayrou (ou son nègre) l’analyse méthodiquement, sans concessions : idéologie du fric-roi, du profit comme seule valeur, appuyée sur la « pipolisation » de l’information pour interdire toute réflexion au citoyen. La république française, explique-t-il, n’est qu’un théâtre d’ombres. Le public ne connaît pas 1 % des vrais enjeux, pas 1 % de pourcent des vrais débats.

On n’est pas dupe, évidemment : Bébé Rose se pose en s’opposant, c’est avant tout un politicien qui a compris qu’en devenant « L’homme de la France » contre Sarko, « L’homme de l’Amérique », il avait une carte historique à jouer. Il sait qu’une vague pro-idéologie US déferle, et il attend la contre-vague anti-idéologie US pour la chevaucher.

Mais si le politicien François B. surfe, c’est avec conviction : reconnaissons-lui au moins ce mérite : comédien, mais de talent. Ou en tout cas, comédien capable de se trouver un nègre de talent…

Et c’est précisément pour cette raison qu’il va se faire centrifuger. Figurez-vous que Bayrou, pour le système qui se met en place, c’est encore trop subversif !


*


L’analyse de Sarko par Bayrou :

1. Sarko est un politicien arriviste prêt à faire n’importe quoi et dire encore plus pour obtenir le pouvoir et les avantages qu’il confère (bling-bling).

2. Sarko est aussi un homme qui pense le monde, spontanément, dans les catégories inégalitaires caractéristiques de la pensée américaine contemporaine (riches et pauvres, deux races).

3. Donc non seulement Sarko fera ce que lui demanderont les oligarchies, mais même il devancera leurs désirs, parce qu’il veut être riche, vivre parmi les riches, être « du bon côté ».

4. A la différence de Chirac (arriviste mais humain), Sarko est donc une machine. Une machine qui détruira tout sur son passage, en vue d’un seul objectif : « arriver », être « du bon côté ».

5. Ce surhomme néolibéral tendance « bling-bling » est dangereux parce qu’il est non seulement mécanique (lapin Duracel), mais aussi puéril. Il y a en lui un mélange de « sur-performance » et de « sous-conscience » qui fait que la « machine » Sarko menace à tout moment de se mettre au service du « gamin » Sarko.

6. Ce « gamin-machine » est dangereux, conclut Bayrou, parce qu’il n’a aucune notion de l’histoire. Ce n’est pas un monarque, c’est un « égocrate ». Il ne comprend pas que les équilibres de l’histoire ne sont pas ceux des constructions momentanées. Il pense la France comme si c’était une Société Anonyme, et il se rêve en patron tout-puissant – en dictateur, au service de l’idéologie américaine – en Quisling pro-US, donc.

C’est cette conclusion qui va coûter à Bayrou le soutien du système, s’il n’abjure pas en grande pompe. C’est que Bébé Rose, mine de rien, lui, sait que l’histoire existe, qu’elle a ses lois, et qu’il ne faut pas badiner avec. Et cela, il s’inscrit encore dans la lignée des Français pour qui la France veut dire quelque chose.

Quand on le lit, par exemple, on se rend compte qu’il a conscience du fait qu’une réforme doit d’abord conserver. Avec Bayrou, la conscience politique de la bourgeoisie n’est pas morte : c’est là son crime, face au système qui se met en place avec Sarko.

Le centriste mou de service, il faut lui reconnaître ce mérite, n’est absolument pas dupe de la nature des « réformes » sarkozystes : ce n’est pas de la réforme, dit-il, c’est de la démolition. La preuve : ça n’adapte pas, ça remplace. Il ne s’agit plus de faire évoluer les institutions pour rendre possible le maintien de l’égalité devant la loi, mais de remettre en cause le principe même de l’égalité – et donc, de disloquer les sociétés humaines, de leur ôter leur cohésion fondatrice.

Et ce n’est pas fini…

Dans la foulée, François Bayrou (ou son nègre) dénonce « leur » culte de l’argent (« leur » désignant, en gros, ses ennemis – hum, hum, il s’en est fallu d’un cheveu…). Il faut le lire expliquer comment Sarkozy veut faire du « gros argent ». Comment il en parle. Ce qu’il exprime à travers le récit qu’il fait des témoignages qu’il a recueillis sur la fascination de Sarko pour l’argent, les riches, les profiteurs du système. Plus intéressant encore : comment il analyse le fond de la politique Sarkozy : privatiser toute la société, tout réduire au Marché, puis faire du Marché la chasse gardée des réseaux d’influence.

Et notre Bébé Rose d’opposer à cette dictature du fric les valeurs du travail, de l’honneur et du mérite. Rien que ça.

En plus, il trouve Zemmour pénétrant

Etonnez-vous après ça, que Bayrou passe à la trappe, et que Cohn-Bendit le remplace comme Troisième Leurre.

Etonnez-vous aussi, soit dit en passant, que pendant sa traversée du désert, François B. ne lâche pas sa planche de surf !

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