Adieu, vieux pays

Publié le : 08/06/2009 00:00:00
Catégories : Politique

france_croquis

« Adieu vieille Europe
Que le diable t'emporte »
Un chant légionnaire

Trois constats sur les élections européennes du 7 juin :

  • 40 % de participation. Le seul parti vainqueur, c’est celui des pêcheurs à la ligne. L’Europe qu’on nous fait, les gens lui pissent contre.
  • 28 % pour l’UMP. Les médias claironnent que c’est une victoire de la « majorité présidentielle ». Pourtant, aux dernières nouvelles, 40 % x 28 %, ça fait toujours 12 %. Moralité : la « majorité », ça commence à 12 %. Il faudra s’en souvenir.
  • Duel d’opposants : le machin tendance écolo attrape-tout de Dany « Braguette Magique » Cohn-Bendit contre le PS de Martine Aubry, dite la Mère Emptoire. Total : match nul. Qu’on se le dise : l’opposition électorale au libéralisme sécuritaire des papy-boomers flippés passera par le libéralisme libertaire des bobos pédophiles.

Libéralisme ou libéralisme, fais ton choix camarade.

Et... on voudrait que je sois démocrate ?

Ou encore, pour mieux exprimer mon ressenti : imaginez que vous soyez enfermés dans un hôpital mi-psychiatrique, mi-gériatrique. Les deux groupes les plus nombreux sont donc : à votre gauche les fous, à votre droite les vieux jetons. Les premiers veulent qu’on mette le feu à la maison, parce que ça sera festif. Les seconds ne demandent plus qu’une chose : des soins palliatifs pour tous, afin que tous meurent dans le confort.

Vous, je ne sais pas. Mais moi, dans ces conditions, je vote pour le camarade mitraillette.

Enfin, je voterai pour lui quand il se présentera…

En attendant ce jour béni, étrange pays que le nôtre.

Mais est-ce le nôtre ?

Le politique n’existe plus en France. Il ne faut d’ailleurs pas en blâmer les Français. Trois fois, ils se sont révoltés. Trois fois, ça n’a servi à rien.

Ils se sont révoltés en 1995, par la grève. Total : les syndicats ont sauvé leurs billes.

Ils se sont révoltés en 2002, par un vote protestataire que, déjà, l’abstention des catégories populaires avait amplifié. Total : deux semaines sous Mao.

Ils se sont révoltés en 2005, en disant non au traité le plus abscond de mémoire d’homme. Total : l’oligarchie a fait donner le Congrès. Tout ça pour ça.

Quand il est évident que la politique ne sert plus à rien, le politique se dissout. Il ne peut être que par ses effets. Quand la praxis est sans objet, la conscience politique meurt.

France SA appartient à son conseil d’administration. Les actionnaires font la loi. Les délégués du personnel sont vendus. Les contremaîtres veillent.

Alors on fait quoi, les gars ?

Ben on baisse la tête, on se tient à carreau, et on respecte les cadences.

Ici ou là, quelques privilégiés, petits cadres heureux de porter cravate. Ceux-là la ramènent encore au speech de motivation. Mais ils ne la ramènent que pour applaudir. Les plus téméraires suggèrent une climatisation améliorée, manière de rendre le cauchemar un tant soit peu supportable.

Le Patron sourit, consent.

Noël, Noël, largesse, votre Grâce ! – Bienvenue sous le Nouvel Ancien Régime…

A vrai dire, je ne suis pas surpris. Je n’aime pas me citer, mais il y a un peu plus de deux ans, j’écrivais, dans « De la souveraineté » :

« La succession d’abdications qui caractérise l’homme européen depuis cinquante ans trouve sa source dans un refus de la vie. Si notre peuple se laisse si facilement endormir, c’est parce qu’il ne veut plus s’éveiller. Et s’il ne veut plus s’éveiller, c’est parce qu’il ne veut plus vivre.

Pourquoi ? Paradoxalement parce que nous ne savons plus mourir en tant qu’individus. Vivre collectivement, vivre en tant que peuple, c’est aussi accepter de mourir en tant qu’individus. Voilà ce qu’en profondeur, nos contemporains refusent, et voilà pourquoi ils se laissent aller, comme des chiens crevés emportés par le torrent d’une Histoire qui les dépasse. Si l’on va au fond des choses, c’est là que se trouve la racine du mal dont nous crevons, c’est de là que procède la dynamique du renoncement. Si nous renonçons à penser notre souveraineté, c’est d’abord parce que nous avons renoncé à vivre, à combattre, à tuer et à être tués. »

Ou encore ceci :

« Ces Français qui ont perdu jusqu’au goût de la liberté, ils ne peuvent pas savoir qu’on leur a ôté ce goût. Tout occupés à faire durer un système dont ils sont à la fois les otages et les protégés, nos compatriotes ont fini par se prendre de passion pour leur enfermement. Toutes les libertés que nous nous donnons ne sont là que pour prolonger une situation où, fondamentalement, la liberté vraie est devenue impossible. Voilà pourquoi nous nous sommes laissé faire : parce que nous ne savions plus qu’on pouvait résister. »

Et puis ceci :

« Ce qui fait le plus mal, dans la période actuelle, c’est de constater qu’une forte proportion de la population applaudit à son propre asservissement. C’est quelque chose de terrible à voir, quelque chose qu’un homme de cœur ne peut pas contempler sans dégoût, sans colère, sans honte. Mais c’est aussi, hélas, quelque chose d’évident, quelque chose qu’on ne peut pas nier : l’aliénation radicale qui accompagne le projet mondialiste néolibéral plaît à une grande partie de la population, parce qu’elle dessine un avenir tout à fait conforme au niveau général du peuple français. »

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les récentes élections européennes ne m’auront pas fait changer d’avis sur ce point.

Partager ce contenu