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Analyse d'un rapport du MRAP sur Internet

Publié le : 29/01/2010 23:00:00
Catégories : Actualité

halde

Le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples) vient de publier un rapport intitulé: « Internet, enjeu de la lutte contre le racisme ». Il est intéressant de décortiquer ce rapport, riche d'enseignements si on le lit au deuxième degré.

Commençons par préciser que Scriptoblog n'est pas partie prenante. Notre site n'a pas été identifié par le MRAP comme un site raciste ou suspect de racisme (ce qui aurait été possible, puisque plusieurs sites qui nous mettent en lien sont identifiés comme tels). J'ignore ce qui nous a valu cette bienheureuse absence – peut-être notre fréquentation est-elle jugée trop faible (environ 850 visiteurs quotidiens si j'en crois notre hébergeur) pour justifier un signalement, ou bien notre configuration générale est-elle trop atypique, du fait de l'extrême diversité de nos intervenants (de l'aile gauche du Parti Ouvrier Indépendant à l'aile droite du Bloc Identitaire). Bref, on n'en saura pas plus.

1. DEFINITIONS

Ce qui est intéressant dans ce rapport MRAP, c'est d'abord les définitions proposées. Car, pour une fois, la galaxie antiraciste a pris la peine de définir le racisme. Le MRAP distingue ainsi :

« Le racialisme sera définit (sic) comme la croyance en l'existence – malgré les travaux des biologistes et des anthropologues - de races humaines, expliquant tout ou partie des comportements individuels et collectifs »

« Les racialistes se défendent de tout racisme. Des comportements et propos racistes ne peuvent leur être imputés que s'ils établissent une hiérarchie entre les « races humaines » ou attribuent des caractéristiques négatives à certaines. »

Donc, si l'on résume le point de vue du MRAP :

Les races n'existent pas, c'est un fait acquis pour les scientifiques (une pétition de principe, la notion de race n'étant elle-même pas définie) ;

Cela dit, le fait d'affirmer leur existence n'est pas en soi raciste ;

Le racisme en tant que tel est constitué si et seulement si à l'affirmation d'existence des races s'ajoute celle d'une hiérarchie ou un jugement de valeur négatif (ce qui pose là encore un problème de définition : faut-il entendre la notion de hiérarchie dans l'absolu ou par rapport à un domaine précis, qu'est-ce qu'une « caractéristique négative » ?)

L'intérêt du travail de catégorisation effectué par le MRAP est qu'il permet de mettre en lumière un premier déficit conceptuel :

Les antiracistes ne définissent pas la notion de race qu'il récuse,

Les antiracistes ne précisent pas si leur contestation de l'idée de hiérarchie sur une base raciale s'applique à toute hiérarchie (y compris celle relative à un domaine précis de la compétence ou de la performance) ou uniquement à la hiérarchie dans l'absolu (à portée ontologique).

Ce déficit conceptuel explique la difficulté éprouvée par le MRAP à traiter des sites  ethnodifférencialistes et identitaires. Il est intéressant de noter, cependant, que le MRAP a cité ces sites dans son rapport, tout en admettant qu'ils n'étaient pas nécessairement racistes à proprement parler. Il n'est pas impossible d'y voir la poursuite de la transformation de l'antiracisme en anti-identitarisme implicite, sur la base d'un flou conceptuel assumé. En ce sens, on voit d'emblée qu'un deuxième déficit conceptuel caractérise le MRAP : il y a un refus manifeste de considérer l'opposition enracinement/déracinement, ce qui pousse à enfermer systématiquement l'étude des discours considérés dans la seule grille de lecture racisme/antiracisme. Il n'est pas difficile de voir que cette manière de penser (ou plutôt : de ne pas penser) fait du MRAP un auxiliaire zélé (conscient ou pas ?) de l'entreprise générale de déracinement conduite par le capitalisme mondialisé le plus brutal.

Le MRAP utilise également la notion de discours « racisant » pour décrire « tout propos, écrit, ou image établissant des groupes humains spécifiques les uns aux autres dans un objectif de la manifestation d’hostilité et/ou de rejet envers un ou plusieurs de ces groupes. Un écrit 'racisant' peut ne pas être condamné par la justice comme étant un écrit raciste, mais est condamné par le MRAP comme ne favorisant pas 'l’amitié entre les peuples par la connaissance mutuelle, la compréhension entre les personnes d'origines différentes, afin de contribuer au dialogue des cultures et à la paix mondiale' »

Cette notion éminemment subjective est caractéristique d'une entreprise de classification en vue des objectifs supposés du discours, et elle ouvre la porte à la condamnation morale (sinon juridique) de tout énoncé, même exact, qui ne participerait pas de la défense de l'harmonie entre les races. Cette manière de juger d'un propos non en fonction de son exactitude, mais en fonction de son utilité au regard d'un objectif politique, est typique des totalitarismes. Orwell a écrit : « La liberté, c'est la liberté de dire que deux et deux font quatre, tout le reste en découle. » Le MRAP nous répond que deux et deux ne feront quatre que si cela contribue à lutter contre le racisme. Le caractère idéologique du discours antiraciste est là clairement démontré.

2. DERIVES POTENTIELLES

Le MRAP s'entoure de beaucoup de précautions pour parler du sionisme, qui est, comme on l'a  constaté ces dernières années, la principale pierre d'achoppement entre les diverses composantes de la mouvance antiraciste (en gros, le MRAP, qui s'appuie surtout sur les nord-africains, a un problème avec la LICRA, qui est peuplée en grande partie de Juifs dont certains sont sionistes).

Il est intéressant de relever que le MRAP identifie explicitement l'accusation de racisme proférée contre les antisionistes comme une stratégie perverse : « Le sionisme est une idéologie politique, comme le nationalisme basque ou breton, le socialisme ou la démocratie-chrétienne. Comme ces derniers, il a de nombreuses variantes. Comme toute idéologie politique, il peut susciter adhésion, indifférence ou opposition. Ces deux dernières attitudes ne sont pas a priori racistes, mais leurs partisans sont souvent accusés de racisme, comme les adversaires du PCF étaient qualifiés par ce dernier d'ennemis de la classe ouvrière. » On pourra s'appuyer sur ce constat formulé par le MRAP pour poser le problème plus général de l'instrumentalisation de l'accusation de racisme, sans pour autant nier la réalité (analysée par le MRAP de façon détaillée) d'une dissimulation de l'antisémitisme derrière l'antisionisme, dans certains cas.

D'une manière générale, le MRAP identifie le racisme derrière la critique des idéologies ou des religions dès lors que l'idéologie ou la religion critiquée est considérée comme un bloc monolithique essentialisé -  par exemple « islam » pris comme un équivalent de « monde arabe », « sionisme » pris comme un équivalent de monde juif, etc. Cette identification n'est pas fausse, mais  elle peut dériver vers une interdiction de la réflexion. S'il est raciste de constater que le sionisme est lié à la judéité dans la plupart des cas, l'analyse du sionisme va être difficile.

D'une manière générale, les catégories retenues par le MRAP ne sont pas fausses, mais la manière dont il les utilise fait qu'elles ouvrent la porte à une répression systématique de toute pensée incluant la donne ethnique ou ethnoculturelle parmi les paramètres de l'analyse. Le discours du MRAP n'est donc pas nécessairement mensonger, mais il est indiscutablement mortifère. En témoignent l'apparition de catégories presque indéfiniment extensibles comme « altermondialiste suspect », « communautarisme de majorité »...

3. TABLEAU D'HONNEUR

On aura relevé, en parcourant la prose du MRAP, les sites mis en lien sur scriptoblog (pour certains ponctuellement) et qui ont su attirer l'attention de cette officine :

http://www.culturalgangbang.com/ (classé en « Droite extrême », ce qui doit bien faire rire les intéressés)

http://ethnocide.blogspot.com/ (« Raciste blanc », d'après le MRAP)

http://fr.novopress.info/ (Identitaire)

http://www.egaliteetreconciliation.fr/ (catégorie « Soral », le grand rasé médiatique ayant au MRAP l'insigne honneur de constituer une tendance à lui tout seul !)

http://www.fdesouche.com/ (« Identitaire », ce qui va surprendre certains)

http://www.polemia.com/ (« Droite extrême »)

Par ailleurs, le MRAP signale deux phénomènes qui semblent l'inquiéter au plus haut point.

D'une part, la stratégie de « prise de parole » sur tous les thèmes de l'extrême-droite dans tous les domaines, y compris sur des forums de sites très divers, consacrés principalement à des sujets « apolitiques », lui paraît constituer un problème insoluble pour la police de la pensée (si je résume le propos).

D'autre part, la capacité de l'Internet à secréter des réseaux qui se traduisent dans la vie réelle inquiète les amis de M. Aounit. Ce n'est donc pas l'Internet lui-même qui leur pose problème, plutôt ce qui risque d'en sortir.

4. PERSPECTIVES

Nos amis du MRAP nous offrent en conclusion leur point de vue sur l'action de la police de la pensée sur Internet. Cette conclusion mérite d'être citée :

« La loi et la jurisprudence assimilent le Web et la presse. Les délits constatés sont donc des délits punis par la loi de 1881.

Mais il y a des problèmes spécifiques dus à la nature du média.

Si une copie d'écran est un indice de la bonne foi de la personne qui signale à la justice un tel délit, elle ne vaut pas preuve devant le juge.

En pratique, un constat d'huissier respectant certaines règles est nécessaire, ou une expertise réalisée par un bureau d'études spécialisé. Ce travail a un coût [ça, c'est la demande de subventions].

[...]

Les moyens limités offerts par la loi aux antiracistes sont sous-utilisés par manque de temps, d'outils techniques de traitement automatique des données.

Cet obstacle franchi, il y aura probablement surcharge des tribunaux devant les plaintes déposées. [c'est nous qui soulignons]

Il est dès aujourd'hui possible de faire un signalement par jour, ou une mise en demeure de retirer un contenu.

Le mouvement antiraciste doit cependant relever ce défi, le MRAP peut se développer et se renforcer sur ce thème, en faisant appel à des personnes qui ne sont pas forcément attirées par les formes classiques du militantisme. [devenez flics de chez vous] »

A bon entendeur...

 

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