Évènement

Bonne ambiance en Europe

Publié le : 25/09/2011 23:00:00
Catégories : Géopolitique

babel

L’Europe, c’est la paix ?

Tu parles, Charles !

Savez-vous que Siemens a récemment abandonné son partenariat avec AREVA, pour en conclure un autre avec… ROSATOM (équivalent russe d’AREVA) ? Bon, Fukushima oblige, ce partenariat a désormais du plomb dans l’aile (abandon du nucléaire). Mais déjà, ça situe le contexte.

Il y a mieux. AREVA a fait condamner SIEMENS à 648 millions d’euros au titre des desdits.

Aucun rapport avec le fait que SIEMENS vienne justement de retirer 500 millions d’euros d’une grande banque française (Société Générale ? Crédit agricole ?), sans doute pour démontrer à quel point le capital allemand a confiance dans les stress tests des banques françaises. A part ça, il n’y a aucun risque de Bank Run au niveau des grandes entreprises, et la solidarité européenne est sans faille.

Bonne ambiance…

Passons à quelque chose de plus léger.

Direction : l’Italie. Là-bas, au moins, on est sûr de se marrer. Viva Italia !

Berlusconi a été écouté dans le cadre de son « affaire » (bounga-bounga, les orgies romaines version postmoderne). Or, dans ses conversations avec son pourvoyeur de compagnes rémunérées, Sua Eminenza se serait, selon la rumeur, laissé aller à quelques commentaires plutôt déplacés sur Angela Merkel. « Culona inchiavibile », d’après lui – traduire : un gros cul indécoinçable. A la décharge du sympathique maffieux politico-affairiste qui préside aux destinées de notre sœur latine, reconnaissons ici que la rencontre entre bounga-bounga et une physicienne fille de pasteur élevée en RDA (!), c’est un peu le choc des cultures…

En soi, ça n'a aucune importance. Ce qui en a, en revanche, c'est l'utilisation de cette affaire par les médias allemands.

On n’a aucune certitude quant à la réalité du propos attribué à Berlu, mais en attendant (et cela est révélateur), le Spiegel (miroir tendu depuis un demi-siècle par l’Allemagne vaincue au monde anglo-saxon), tout à sa campagne de fausse objectivité « une grande coalition avec un SPD pro-européen, c’est mieux que Merkel », en a fait ses choux gras cette semaine. Sur le thème : « alors comme ça, non seulement on va payer pour l’Europe du sud qu’il faudrait austériser à mort, mais en plus, ils se foutent de notre gueule ».

Pendant ce temps-là, à Athènes, les Grecs confondent le drapeau nazi et celui de l’Union Zéropéenne. Ils ont tort : les nazis sont entrés en Grèce contraints et forcés, à cause de Mussolini (en 1941, l’armée italienne avait réussi à perdre contre l’armée grecque, à cœur vaillant rien d’impossible), alors que l’Union Zéropéenne a envahi le pays sans provocation préalable. Ne soyons pas injustes avec Hitler, tout n’était pas forcément de sa faute. Obnubilé par son Ostpolitik plus que musclée, il aurait probablement donné cher pour ne pas avoir à s’occuper du théâtre méditerranéen (comme quoi, plus ça change…).

En Pologne, on commence à redouter une guerre. D’ailleurs, le premier ministre polonais envisage de demander une carte verte pour ses enfants, histoire d’aller se réfugier aux Etats-Unis. Ceci n’a évidemment aucun rapport avec le rôle géopolitique actuellement joué par la Pologne sur The Grand Chessboard (une chicane OTAN sur la route Berlin-Moscou). N'exluons pas qu'il s'agisse tout simplement de faire monter les enchères en vue des prochaines élections polonaises.

Le seul grand pays européen qui n’a pas de problèmes avec l’Europe, c’est l’Espagne. Là-bas, on préfère les conflits entre Castillans et Catalans. Ils auront le temps de médire des autres européens quand ils auront fini de régler leurs querelles péninsulaires. Il faut dire que de l’autre côté des Pyrénées, la crise révèle en contre-jour un pays de toute manière économiquement déjà disloqué. Au point que la question n’est plus tant l’Etat espagnol que les régions – c’est par elles que la faillite pourrait commencer.

Tout indique que l’Europe est entrée en phase de pré-dislocation. Tout se décompose, tout se sépare, tout se déchire. Ce qui était uni devient désuni, ce qui est désuni devient antagoniste, ce qui est isolé sans être indépendant tombe, ce qui ne l’est pas est entraîné dans la chute du voisin, et se voit contraint à l’isolement sans pour autant pouvoir sortir du système euro. La Belgique part en lambeaux (est-ce que ça existe encore, pour commencer ?). On va réussir l’exploit de réveiller la vieille animosité entre Europe du sud et Europe germanique alors que, et c’est le plus beau, fondamentalement, il n’existe plus en Europe aucun peuple expansionniste. Même pas les Allemands, leur grand projet n’est pas une charge de Panzers vers Athènes : fondamentalement, ils veulent tenir une épicerie bien gérée pour rouler en Mercedes hybride alimentée par l’électricité des champs d’éoliennes de la Mer du Nord. Si quelqu'un a des idées hégémoniques en Allemagne, soyons clair, c'est un représentant du capital mondialisé chez les Allemands, pas un représentant des Allemands auprès du capital !

Bref, comme toujours, on a la nette impression que quelqu'un, en sous-main, travaille à semer la zizanie. Cherchez le banquier...

En fait, tout se passe comme si on voulait, en créant les conditions d'une guerre économique intra-européenne, enfermer les peuples dans un choix binaire : l'unité centralisatrice, ou le chaos.

Ça mis à part, la Zérope, c’était la paix, et faire entrer le Royaume-Uni dedans, avec la City londonienne au milieu, c’était le bon moyen de faire apprivoiser le renard par les poules !

De Gaulle avait raison, c'est tout.


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