Capitalisme rhénan, politique industrielle et préférence communautaire pour sauver l’euro et l’emploi !

Publié le : 22/05/2012 09:27:01
Catégories : Economie

Selon Marc Rousset, économiste, écrivain,  auteur de La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou.

Les  rafistolages  monétaires de la BCE, quelques  «obligations projets » et  des interventions ponctuelles  de la BEI ne serviront qu’à reporter l’éclatement de la zone euro si des mesures structurelles à long terme porteuses  d’avenir, de croissance et d’emploi ne sont  pas mises  en place immédiatement.

Le " Ministère  du redressement productif "  ne doit pas devenir l’ambulancier de service des seules entreprises  en difficulté avec  des mesures  électoralistes  aussi  démagogiques  et inefficaces que coûteuses.

Fin de la logique financière anglo-saxonne de la primauté de l’actionnaire et retour au capitalisme industriel rhénan ainsi qu’à la préférence communautaire

Il faut en finir avec les profits à court terme, les stock options et opposer à la la logique de l’actionnaire, la logique à long terme  des parties prenantes de l’entreprise (« stakeholders » ). L’entreprise doit penser avant tout à son développement et à sa  survie à long terme. La finalité de l’entreprise n’est pas de satisfaire les intérêts immédiats des actionnaires, mais de prendre aussi en compte les attentes de tous ses ayants droit  et plus particulièrement de son  innovation, de sa recherche, de ses investissements  et de la stabilité de son personnel. Cette contradiction  avec les intérêts de l’actionnaire  et la pression des analystes financiers  est en partie responsable de la désindustrialisation française. Mais la cause première est bel et bien le libre échange mondialiste qui  ne met pas en place  des droits de douane  pour compenser les bas salaires, les coûts sociaux et les charges environnementales, ce qui oblige les entreprises à délocaliser .

Le retour à la préférence communautaire  est impératif pour la France !

Pour une politique industrielle de la France sous peine d’éclatement de la zone euro

Il faut tout d’abord poser en préambule que sans diminution des coût salariaux français  et des prélèvements fiscaux  dans les entreprises, sans redressement de la compétitivité, toute politique industrielle est vouée à l’échec  car cela équivaudrait à des postures électorales, à élaborer en fait  des stratégies industrielles  reposant sur du sable.

Une politique industrielle doit contribuer essentiellement à produire des biens sur le territoire national  en choisissant des créneaux judicieux afin de les exporter. C’est tout à fait le contraire de ce que vient de faire Renault qui avec son usine de Tanger et sans protection douanière européenne  a contribué à la  politique industrielle marocaine, mais en aucun cas à une stratégie volontariste  industrielle française.

Pendant ce temps, les Etats-Unis imposent des droits de douane pour les cellules photovoltaïques provenant de la Chine dont le montant varie de 31% à 250% sur les entreprises !

La France ne pourra pas faire non plus l’économie d’une nouvelle politique énergétique en  développant son industrie nucléaire, tout en s’intéressant à quelques énergies renouvelables. Il importera aussi de se poser  sérieusement la question de l’exploitation ou non du gaz de schiste, après avoir engagé toutes les études nécessaires préalables  et investi dans des programmes de recherche et de développement sans a priori, comme cela avait été fait avec succès pour de nombreuses réalisations françaises  pendant les « trente glorieuses ».

Améliorer l’avantage compétitif français ne signifie pas embaucher des fonctionnaires inutiles pour palabrer sur le sujet  avec empilement  des fonctions au niveau de l’Etat, des régions, des départements,  des communautés urbaines, des villes, et des chambres de commerce et d’industrie. Mais  bien de prendre des mesures incitatives  et d’apporter des aides efficaces et concrètes aux PME et PMI. Il faut en terminer avec les hôtels de région à 200 millions d’euros, les 22 ambassades inutiles  des régions à l’étranger, et les 700 000 fonctionnaires territoriaux tout récemment recrutés! Cela signifie aussi  réduire les charges inadmissibles de 76 milliards d’euros par an du coût de l’immigration dont personne ne parle  jamais  dans le monde politiquement correct. Il importe également de   diminuer les prestations sociales laxistes  en se limitant aux seules prestations justes, équitables et nécessaires ! L’Allemagne a donné l’exemple avec  son  remède de cheval  Hartz IV  qui , au-delà de sa très grande dureté, montre  à la France  la direction à prendre sur le  chemin du bon sens et du redressement !

L’idée de TVA sociale, au lieu d’être abandonnée pour des raisons démagogiques de diminution du pouvoir d’achat  et de la demande devrait au contraire être reprise  pour encourager l’offre et la compétitivité des entreprises  fabriquant sur le territoire national.

Le risque du décrochage de la France par rapport à l’Allemagne


Le capitalisme rhénan allemand  donne des résultats intelligents car les syndicats allemands  ne cherchent pas à mettre en danger la croissance et la productivité. Les dernières augmentations accordées en Allemagne, après dix années d’efforts et de vaches maigre devraient encourager la France à limiter au contraire les salaires pour se donner un peu d’oxygène compétitif !

Les creusements des déficits commerciaux  français aboutiront sinon à une crise sans précédent avec l’Allemagne qui ébranlera les fondements mêmes de la construction européenne, tout éclatement de l’UE devant au contraire aboutir à une refondation France/Allemagne sur une base carolingienne !

La Chine est en passe de ravir à la France la place de premier partenaire commercial de l’Allemagne. En 2007, les ventes allemandes à la Chine (30 milliards d’euros) ne représentaient qu’un tiers des ventes allemandes à la France(91 milliards).En quatre ans, le commerce avec la France a peu évolué. En revanche les ventes allemandes à la Chine (machines outils et voitures de luxe) ont dépassé les 60 milliards et les importations allemandes de Chine (appareils électroniques et vêtements) les 75 milliards d’euros.

Le déséquilibre franco-allemand de 35 milliards d’euros a représenté la moitié du déficit global français en 2011. Si rien ne change, des ratés  inéluctables apparaîtront dans le couple franco-allemand soi-disant moteur de l’Europe tandis que le Lombard Mario Monti montre l’exemple des mesures structurelles à prendre pour améliorer la nécessaire  et insuffisante compétitivité française !

En  conclusion, la France  s’installe dans un déficit structurel créé par sa désindustrialisation et son manque de compétitivité. La France et l’Allemagne doivent faire émerger un nouveau modèle industriel  avec une harmonisation fiscale et sociale. Un  rapprochement et une collaboration avec la Russie s’impose également.  Rien ne résistera à long terme aux pays émergents, aux Etats-Unis  et à la Chine, pas même l’Allemagne, si la préférence communautaire n’est pas rétablie  et  si  la France ne met pas en place immédiatement  une politique  industrielle  tout en s’inspirant davantage des vertus du capitalisme rhénan .

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