Matteo Renzi n'est pas le vainqueur des élections | Par Massimo Fini

Publié le : 10/06/2014 08:35:19
Catégories : Articles auteurs , Auteurs , Billets d'actualité , Massimo Fini

Ce n’est pas Matteo Renzi le vainqueur des élections, c’est moi. Je fais partie en effet du plus grand mouvement politique italien, celui des abstentionnistes et des votes blancs ou nuls, qui ont atteint le score de 45,8 %, en dépassant de plus de 5 points le misérable pourcentage du PD qui n’a fait que 40,8 %.


Il se trouve que je suis un vétéran de ce mouvement. Cela fait des décennies que je ne vote pas. Ma religion me l’interdit. J’ai écrit un livre intitulé Sudditi. Manifesto contro la Democrazia (traduit en français aux Editions Le Retour aux Sources), et je ne crois pas en la démocratie représentative. C’est une entourloupe. Une embrouille extrêmement bien conçue, sophistiquée, pour « la mettre bien profond dans le cul des gens, et surtout des pauvres gens, avec leur consentement. »(Sudditi). Ce n’est pas la démocratie, mais un système d’oligarchies, politiques, économiques et souvent criminelles, étroitement liées entre elles, dans la meilleure des hypothèses, d’aristocraties masquées qui de surcroit n’ont même pas les obligations des anciennes aristocraties.

Je crois en la démocratie directe exercée dans des milieux bien circonscrits. La démocratie a existé à une époque où elle ne savait même pas qu’elle s’appelait ainsi (c’est toujours comme ça, lorsqu’une chose commence à être nommée, cela signifie qu’elle n’existe plus, on a parlé de communisme après que le communautarisme moyenâgeux eut disparu, or si ce n’était pas du communisme, cela s’en rapprochait énormément). Dans le communauté de village à l’époque préindustrielle et prébourgeoise, l’assemblée des chefs de famille décidait absolument de tout ce qui avait trait au village : « il votait les dépenses et procédait aux affectations, décidait de la vente, de l’échange ou de la location des bois communaux, de la réparation de l’église, du presbytère, des routes et des ponts. Il recueillait par la « taille », un impôt proportionnel, les fonds alimentant les bilans communaux, pouvait contracter des emprunts et intenter des procès, nommer, en plus des maires, les maitres d’école, le pasteur communal, les gardiens de la messe, les assesseurs et agents chargés de recueillir la taille. L’assemblée intervenait jusque dans les moindres détails de la vie publique et dans tous les petits problèmes de la vie campagnarde. » (Pierre Goubert, L’ancien Régime)

De plus, l’assemblée assurait la fonction fondamentale de fixer la répartition de l’impôt royal (en général autour de 5 %, voire moins) au sein de la communauté et de procéder à sa collecte. Les décisions prises à Versailles – pour prendre l’exemple de la France – c’est-à-dire du gouvernement central, n’avaient aucune répercussion sur la communauté de village, à moins que celui-ci ait la malchance de voir passer une guerre sur son territoire (mais seuls les nobles faisaient la guerre, et donc en nombre relativement réduit, l’idée folle de la circonscription obligatoire fut lancée par Napoléon, ce vandale corse qui envoya sur les champs de bataille pas moins de 4 millions de soldats, contraignant également ses adversaires à s’adapter).

Ce système, qui avait très bien fonctionné pendant des siècles, fut modifié en 1787, deux ans avant la Révolution française, sous la pression des intérêts de la bourgeoisie et de sa manie de vouloir réguler chaque aspect de la vie, même privée, chose qui, dans l’État moderne, a pris des proportions aussi grotesquement excessives qu’intolérables, et les rôles furent alors changés : ce n’était plus à l’assemblée de décider directement, elle devait seulement nommer des délégués. Ainsi naquit la démocratie représentative.

La démocratie via Internet, comme préconisé par Grillo, ne me convainc pas non plus. Car le paysan décidait pour lui et de ce qui le concernait, de ce qu’il connaissait bien, alors que celui qui vote sur le Web ne connait qu’une infime partie des questions sur lesquelles il est appelé à se prononcer, et cela sera d’autant plus vrai que ce type de démocratie tendra à se globaliser. 

Massimo Fini (sur son site)
Article original

Le 1er juin 2014

Partager ce contenu