Évènement

Choses vues sur la Strasse 88

Publié le : 17/07/2011 09:14:43
Catégories : Humour

Dollar HitlerBon, les petits gars, l'heure est grave. Nan, mais là, sérieux, ça rigole plus.

Les nazis reviennent.

Et je veux dire, attention : je suis pas en train de chercher à bouffer des parts de marché à l'Organe, cet excellent site où j'aurais dû écrire pour me fendre la gueule au lieu de m'emm... sur le machin casse-couille de Drac. Je cause du réel, là. Pas des fantasmes des mecs de l'Organe, capito ?

Donc, les nazis.

En Hongrie.

 

Les croix fléchées, quoi.

Mais c'est pareil.

Ouvrez un livre d'histoire si vous ne savez pas de quoi ça cause. Vous verrez. C'est des nazis hongrois. Comme les vrais, sauf qu'on comprend encore moins ce qu'ils hurlent à la tribune.

C'est Glue 89, ce haut lieu de la conscience citoyenne, qui m'a alerté.

Ce matin.

J'étais en train de boire ma soupe à la bière pour faire passer mon assiette de charcutaille. Un ptit déj classique du dimanche matin, du solide avant de partir pour mon raid matinal à travers les territoires dévastés, euh occupés, euh les banlieues quoi. C'est parfait pour l'entraînement : tu vas faire un footing dans le 9-3 avec un teeshirt Jean-Marie, même quand t'es crevé, tu continues à courir, sois tranquille. Plus de problème de motivation.

Qu'est-ce que je disais, moi ? Ah oui, les nazis hongrois. Je m'égare, pardon.

Donc, je buvais ma soupe à la bière et là, bing, dans la gueule, le désastre, le choc : ils sont là. Ils ne sont jamais partis. Ils attendaient leur heure. Ils vont déferler sur l'Europe, je le sens, je le sais. Les zeurléplusombres reviennent. Avec le cortège de misère et la haine de l'Autre.

C'est dans Râââh 69.

En Hongrie, c'est officiel : ils rouvrent les CAMPS DE TRAVAIL OBLIGATOIRE.

...
Qui a gueulé : "Ouais, on a retrouvé la clef !!" ?
Okay, tu sors.
...

Bon, je reprends.

C'est à cause des Roms, en fait.

Comme le disent nos excellents confrères de Trou 69 : « Le gouvernement hongrois veut remettre les allocataires de prestations sociales au travail. Des policiers pourraient surveiller ces salariés regroupés dans des camps et affectés à de gros projets d'infrastructure. Principale cible de ce programme : les Roms, dont le taux de chômage avoisine les 50%. »

Bon, quand on décode un peu Flûte 89, on relativise un peu. En fait, c'est le travail qui est obligatoire pour ceux qui sont dans le camp, pas le fait d'aller dans le camp. Dixit Strasse 88 : « Les bénéficiaires d'aides sociales se verront alors proposer des tâches d'intérêt général sur de gros chantiers de travaux publics, tels la construction d'un stade de football à Debrecen (à l'est [forcément] du pays), le nettoyage des rues mais aussi l'entretien des parcs et des forêts. Et ceux qui refuseront seront privés de leurs allocations… »

Disons que c'est du volontariat assisté, quoi. Pas vraiment une déportation.

On peut pas tout avoir d'un coup, non plus.

Mais bon, c'est un début, comme le fait observer le quotidien allemand (comme par hasard) Tageszeitung : « Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour comprendre que cette mesure vise principalement les Roms. Alors que le taux de chômage est en moyenne de 8% dans l'Union européenne, l'employabilité de la plus grande minorité du continent est un problème endémique. »

Ah, attention : c'est pas du racisme, c'est une question d'employabilité...

« Le plan présenté par le gouvernement prévoit la construction de centres de logements collectifs, pouvant être dans certains cas des containers aménagés pour les personnes dont le lieu de résidence serait trop éloigné des chantiers. »
« Et pour surveiller ces camps, Viktor Orban, le premier ministre hongrois a eu une très bonne idée : des policiers fraîchement partis à la retraite pourraient assurer la sécurité… »
Vu que : « Ils ont les compétences nécessaires pour remettre au travail quelque 300 000 personnes. »

Toujours les bons réflexes, Outre-Rien.

*


Moi, je lisais ça, les gars, et ce qui me frappait en finissant ma soupe à la bière, c'était la complète absence de critique réelle dans l'article de Rut 69.
Du coup, je me suis levé, et j'ai éteint ma stéréo, coupant la parole à mon bien-aimé Führer, que j'écoute chaque matin religieusement pendant le ptit déj.

Bon, comme on n'est pas non plus complètement imbécile à Prout 69 (pas complètement), il y a, disons, une mise en perspective. Ils disent quand même que naissepa, derrière une politique autoritaire, il y aurait quand même vaguement des motivations économiques.

Où l'on cite à nouveau la Tageszeitung, laquelle fait observer que « ce n'est pas un hasard si l'annonce de ces mesures intervient après la visite du premier ministre chinois, Web Jiabao, à Budapest. La grande puissance asiatique veut racheter la dette hongroise mais aussi investir dans l'industrie et les projets d'infrastructures du pays. »

Bref, si l'on va au fond des choses...
Nan, nan, ne comptez pas sur moi ici pour souligner l'influence positive exercée par la Chine.
Nan, nan, j'arrête la provoc, là, on parle sérieux...
Donc, si l'on va au fond des choses, ces camps de travail obligatoire pour Roms sont tout simplement le prolongement/retournement nécessaire de 50 ans de connerie néolibérale tous azimuts.

C'est quand l'anaconda a fini de te digérer que tu mesures sa taille réelle !

Car, voyez-vous, cet autoritarisme vaguement fascisant (si, si, faut dire...), version hongroise, est la contrepartie logique et nécessaire de l'intégration de la Chine dans le monde de la consommation radieuse.

On a fait quoi, nous, depuis qu'on a découvert les  beautés du libre-échange dans le cadre monétariste ?

On a fait la même chose. Des camps de travail obligatoire avec garde-chiourmes et dortoirs à 40 sur des châlits, en Chine, y a que ça. Là-bas, c'est ce qu'on appelle une usine modèle, ni plus ni moins (les usines pas modèles, tu peux pas imaginer si t'es pas né chinois, ça dépasse l'entendement).

Et sous cet angle, qui est le bon, ce qui se passe en Hongrie n'est que le juste retour des choses. La classe moyenne supérieure chinoise doit pouvoir consommer pour que la structure sociale tienne le coup là-bas, chose nécessaire au maintien du pouvoir de l'oligarchie chinetoque. Il faut, pour cela, que quelqu'un quelque part apporte une grosse force de travail hâchement sous-rémunérée. Ce quelqu'un, ce sera un rebus social dans un pays débiteur, dominé, mine de rien néocolonisé économiquement. Et voilà, la boucle est bouclée : avant, la mondialisation heureuse ça-dépend-pour-qui, c'était des connards riches occidentaux qui faisaient travailler des pauvres chinois comme des esclaves. Maintenant, c'est la même chose, mais ça marche aussi en sens contraire : des connards riches chinois qui font travailler des pauvres occidentaux comme des esclaves.

La vraie nature du néolibéralisme monétariste se révèle enfin dans sa perfection : c'est un totalitarisme oligarchique appuyé sur l'exploitation brutale des esclaves.

Et cette réflexion-là, tu peux toujours la chercher sur Grue 89. On se contente, chez nos zekcellents cons frères, de citer Daniel Clone-Bandit, lequel, parfait comme toujours dans son rôle d'antifasciste avec au moins une lutte de retard, accuse la Hongrie de dégrader l'Europe. Bouh, c'est horrible, les nâââzis reviandent.

Mais non, ducon.

Le nazi, c'est toi, parce que le riche qui consomme les produits fabriqués par les esclaves, c'est toi.

Et d'ailleurs, tu le sais, ma caille, mon gros Danny en sucre.

Tu le sais très bien, et c'est pour le cacher que tu nous fais ton numéro d'antifa.

Ils reviandent pas, les nazis.

Ils se sont jamais levés de table.


Partager ce contenu