Complicités et financements soviéto-nazis (P. de Villemarest)

Publié le : 13/11/2009 23:00:00
Catégories : Géopolitique

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« Complicités et financements soviéto-nazis », de Pierre de Villemarest, nous introduit dans un des champs de lecture parallèle de l’histoire du XX° siècle : la piste de la haute finance comme moteur secret des évènements historiques visibles.

1915 : les services anglais bourrent de matériel de guerre les cales du Lusitania, et laissent filtrer l’information jusqu’à Berlin. Objectif : pousser les Allemands à torpiller le paquebot, pour faciliter, plus tard, l’entrée en guerre des USA contre l’Allemagne.

1916 : Guillaume II, secrètement, propose la paix à la Russie. Le Tsar demande l’aval des Français et des Britanniques. Londres refuse, Paris est obligé de suivre.

Quelle force a secrètement préparé le torpillage du Lusitania ? Quelle force a décidé, en 1916, que des millions d’hommes devaient encore mourir ? Villemarest répond : la haute finance anglo-américaine, basée principalement à Londres.

En 1916, quand Paris veut emprunter aux USA pour financer son effort de guerre, Wilson met au prêt une condition surprenante : le gouvernement français doit faire du banquier JP Morgan son représentant unique en Amérique. Paris s’étonne. Londres soutient Wilson. Et JP Morgan peut imposer « son » négociateur à la France : un certain Jean Monnet.

Derrière cette anecdote, l’histoire réelle des deux guerres mondiales.

Chronologie…


*


1891 : Le transsibérien est inauguré. La Russie jette un pont transcontinental entre l’Europe et la Chine. Ce développement a été rendu possible par des capitaux allemands. Intolérable pour la Grande Bretagne, qui risque de voir la source de son Empire, la domination des mers, perdre beaucoup de sa valeur. La Grande-Bretagne tolère en 1893 l’alliance franco-russe, et prépare l’encerclement de l’Allemagne. L’emprunt russe est lancé en France. La guerre financière a commencé entre Londres et Berlin. La Russie tsariste est financée par la haute banque anglo-saxonne, qui s’adosse à l’épargne française.

1900 : Les groupes JP Morgan (Londres) et Rockefeller (New York) sont de facto devenus les maîtres de tout le capitalisme occidental. Parfois concurrents, parfois adossés l’un à l’autre, ils forment un complexe d’une puissance financière et économique sans précédent dans l’Histoire. A travers leurs liens indissolubles, les USA et l’Empire Britannique deviennent consanguins.

1903 : Une révolution sépare Panama de la Colombie. Financement : JP Morgan, Rockefeller.

1905 : Première révolution en Russie. Maître à penser : Trotski. Financement : JP Morgan, Rothschild. A partir de ce moment, la haute banque anglo-saxonne (en l’occurrence : essentiellement juive) finance donc à la fois le Tsar et la révolution.

1912 : Révolution de Sun-Yat-Sen, en Chine. Financement : JP Morgan, Rockefeller.

1914 : La Grande Guerre éclate. La haute finance anglo-saxonne est liée par des accords complexes à la haute finance allemande. Le banquier Warburg, associé au trust JP Morgan Rockefeller, devient ainsi un des financiers de l’Allemagne en guerre.

1915 : Un ancien compagnon de Trotski, Helphand, qui se trouve aussi être un patriote allemand, vient proposer à l’Etat-major de Guillaume II le « rachat » d’une partie des réseaux mis en place par Trotski en 1905.

1915-1917 : L’Etat-major allemand fait verser environ 50 millions de marks-or aux bolcheviks, via Halphand. Un agitateur russe peu contrôlable, un certain Vladimir Illitch Oulianov, dit Lénine, est d’abord tenu à l’écart, puis progressivement intégré dans les réseaux Halphand.

1916 : Comme vu plus haut, JP Morgan devient le représentant de l’Etat français aux USA, sur le plan financier. A cette date, la haute finance anglo-américaine finance donc simultanément la France et l’Allemagne sur le plan de l’effort de guerre, le Tsar et la révolution en Russie. Elle doit cependant compter avec le financement parallèle de la révolution russe, par les Allemands, qui entretiennent avec la haute finance anglo-saxonne des relations extrêmement complexes. A l’intérieur même du haut commandement allemand, certains hommes sont en réalité au service de New York, d’autres jouent une partition purement germanique.

1916 encore : tandis que le général Hoffman, stratège du front de l’Est dans l’armée allemande, poursuit et intensifie le financement accordé aux bolcheviks, l’empereur Guillaume II, sans doute conseillé par la haute aristocratie allemande, envoie une mission secrète en Russie. Objectif : préparer des négociations de paix, alerter le Tsar sur le fait que des éléments, au sein du pouvoir allemand, semblent avoir perdu de vue les risques que ferait courir au monde une véritable révolution communiste en Russie.

1917 : Lénine rentre en Russie en wagon plombé. Le train a traversé l’Allemagne. Il tente un coup d’Etat, et échoue. Mais son audace a plu à Berlin. Désormais, l’argent ne lui sera pas compté. Et en octobre, bien pourvu en moyens, il réussit.

1917 encore : Quelques mois plus tard, après le coup d’Etat, Lénine propose une « paix sans annexion ». Personne ne prête attention à lui (à ce moment-là, les bolcheviks contrôlent 1 % de l’Empire Russe). Personne ? Pas tout à fait : Berlin accepte la discussion. Et pour cause : constamment, d’octobre 17 à novembre 18, l’Allemagne soutient le pouvoir léniniste. Sans elle, il se serait écroulé.

1917 toujours : Trotski aussi est revenu en Russie. Lui, il l’a fait depuis les USA, et muni d’un financement important de la famille Rothschild (jusque là plutôt pro-allemande, mais qui vient de négocier la déclaration Balfour avec Londres, en échange de son soutien pour entraîner les USA dans la guerre). A Pétrograd, il a été confronté à la supériorité de moyens des léninistes, et s’est rallié à eux pour ne pas être exclu du processus révolutionnaire. On a donc, en décembre 1917, à Pétrograd, un homme lié à l’Etat-major allemand (Lénine) et un homme lié à la haute finance anglo-américaine (Trotski). Leurs relations sont à l’image de celles de leurs mentors : consanguines et conflictuelles à la fois. Trotski, de son côté, a pris langue avec les Allemands (sans doute via des éléments qui, à Berlin, sont eux-mêmes liés à la haute finance anglo-saxonne).

1918 : Le directeur de la FED, William Boyce Thompson, publie un livre soutenant Lénine, et prônant l’utilisation de l’URSS naissante pour constituer un « système socialiste de dimension mondiale ».

1918 encore : à l’initiative de Trotski, la révolution bolchevik tente de s’exporter en Europe. La banque JP Morgan, via des filiales discrètes, soutient financièrement le spartakisme naissant en Allemagne.

1918 toujours : à Berlin, un grand bourgeois, Hjalmar Schacht, se joint au mouvement spartakiste. Ce n’est pas n’importe qui : c’est le fils d’un germano-américain, ancien directeur des assurances Equitable Life, société liée financièrement au trust JP Morgan.

1918 une fois de plus : Les USA autorisent l’ouverture à New York d’une ambassade soviétique officieuse. L’ambassadeur officieux s’appelle Ludwig Martens. Sa société, Weinberg and Posner, est liée à JP Morgan.

1919 : Neuf firmes américaines de première ampleur signent des contrats d’équipement avec la Russie soviétique. Le gros du pactole revient à une filiale du groupe JP Morgan. Les intérêts Rockefeller semblent pour l’instant mis de côté.

1919-1920 : Aucune intervention sérieuse des puissances occidentales contre l’URSS. Les USA aident discrètement Trotski en Sibérie, l’Allemagne soutient tout aussi discrètement Lénine. Les syndicats marxistes bloquent les tentations interventionnistes d’une fraction de l’oligarchie britannique, la haute banque « socialiste fabienne » achevant de rendre impossible toute attaque contre l’URSS.

1920 : L’Armée Rouge menace Varsovie. L’armée allemande, discrètement, soutient l’avance russe (livraisons de stocks de matériel, non détruits mais cachés). La Pologne est protégée par la France. Trotski n’insiste pas, alors que Berlin avait fait savoir qu’il n’était pas opposé à un nouveau partage de la Pologne. Le peu d’insistance de Trotski n’a jamais été clairement expliqué.

1919-1922 : Radek, envoyé du Komintern à Berlin, est parvenu à sortir du jeu Rosa Luxembourg (assassinée). Officiellement incarcéré, il possède la cellule la mieux fréquentée du monde. S’y croiseront à peu près tous les grands patrons de la haute banque allemande et anglo-américaine (qui prennent le thé avec le bolchevik, en cellule). Parmi eux, un personnage clef : Walter Rathenau. Juif converti, à la fois antisémite et pro-sioniste, il a ses entrées au sein des grandes entreprises allemandes, en particulier AEG, IG Farben, Vereinigte Stahlwerke.  C’est aussi un des principaux correspondants en Allemagne de la société britannique fabienne « Golden Dawn ».

1922 : traité de Rapallo. L’Allemagne de Weimar et l’URSS s’engagent dans une collaboration discrète mais approfondie. C’est de là que viendront une bonne partie des technologies soviétiques des années 30/40. Et les cadres de la future Wehrmacht seront formés en Russie soviétique, avec la bénédiction du Bureau Politique du PCUS.

1922-1930 : dans le capitalisme américain, Henri Ford est un cas à part. Installé à Detroit, il a publié « Le Juif international », violent pamphlet antisémite. Il commence à financer un agitateur allemand qui fait parler de lui à Münich : Adolf Hitler. Une partie du groupe Rockefeller le rejoint ensuite, suivie par la Royal Dutch britannique, qui confie les financements à un proche de Winston Churchill, un certain Deterding. Ces capitalistes anglo-américains joignent leur financement à trois entreprises allemandes en pointe dans le financement du national-socialisme : AEG, IG Farben, Vereinigte Stahlwerke. Il est à noter que le banquier Warburg, figure centrale de la haute finance juive, fait partie alors du directoire d’IG Farben, et ne s’oppose nullement à ces financements. On lui connaît des liens avec Rathenau, le juif converti antisémite ultrasioniste, qui finit assassiné dans des circonstances troubles.

1923 : L’URSS se dote d’une banque internationale : la RusKomBank. Un des codirecteurs est un monsieur Max May. Egalement associé de Morgan Guaranty Trust, au cœur de JP Morgan.

1923 encore : parmi les spéculateurs anglo-saxons qui s’enrichissent énormément sur l’inflation allemande, on remarque de nombreux Juifs, mais pas seulement. Un des plus actifs est un homme politique et businessman américain : F.D. Roosevelt. Sa société d’investissement en Allemagne, United European Investors, est liée à une fondation, la Warm Spring Foundation. Celle-ci est logée dans l’immeuble de JP Morgan.

1923 encore : le directeur de la Reichsbank est Hajlmar Schacht (qui est passé sans transition du spartakisme au capitalisme globalisé). Il bénéficie du soutien des réseaux Rathenau pour redresser la finance allemande.

1923 toujours : les chefs de la révolution conservatrice allemande entrent en discussion avec les nazis, les communistes et le haut patronat, sans se douter qu’en réalité, ces trois « camps » sont tous partagés par d’invisibles lignes internes, qui opposent souterrainement les vraies forces en présence : les intérêts des divers groupes capitalistes. Ils prônent un éloignement de l’Allemagne à l’égard de l’Occident, et une négociation avec Moscou pour un « grand empire germano-slave ». La plupart de ces chefs de parti et intellectuels (Moeller van den Bruck, par exemple) sont marginalisés, au profit du NSDAP.

1923 – 1930 : les premières bases de l’industrialisation soviétique sont jetées. 63 milliards de dollars sont injectés par Wall Street dans l’économie de l’URSS.

1923 – 1928 : en URSS, progressivement, Staline évince Trotski.

1924 : Sous l’égide de Walter Rathenau, début de la restructuration de la dette de guerre allemande et éviction du capital français (le haut patronat français souhaitait un échange de participation avec son homologue allemand : l’intervention des anglo-américains fait capoter le projet). On saura par la suite que des plans sont tracés, à ce moment, pour utiliser l’Allemagne (que les anglo-américains croient avoir matée) comme tête de pont en Europe contre la France, jugée trop nationaliste.

1925-1930 : Contacts approfondis entre Berlin et Moscou. Staline conseille aux dirigeants de Weimar de soutenir Hitler, qui pourra réarmer l’Allemagne et briser l’Ouest. Hitler bénéficie donc, sur la période, du soutien simultané d’une partie du capital anglo-saxon et, en sous-main, de l’aide de Staline contre les communistes allemands. Pendant ce temps, des milliers de techniciens allemands travaillent en URSS, pour préparer l’industrialisation du pays. Ils sont souvent employés par des firmes qui dépendent, plus ou moins directement, de la haute finance anglo-américaine.

1928 : L’Allemagne envoie en URSS, dans le cadre d’un programme d’armement conjoint secret, le docteur Speich, spécialiste des gaz toxiques, et le capitaine Nolte, spécialiste des armes chimiques.

1930 : Hajlmar Schacht, désormais le docteur Schacht, crée la Banque des Règlements Internationaux. Elle siègera sans discontinuer, y compris de 1939 à 1945. Son directeur est un Américain, employé par le groupe Rockefeller. Il a été agréé, sans discontinuer, par les autorités nazies. La BRI a veillé, pendant toute la période 1933-1945, à préserver à la fois les intérêts des grands groupes américains en Allemagne et les intérêts des grands groupes allemands aux USA.

1930-1940 : plus de 1 000 firmes occidentales investissent en URSS. Selon Staline lui-même, les deux tiers de l’industrie soviétique proviennent de ce financement massif (le tiers restant étant dû au soutien du patronat allemand, en particulier via les transferts de technologie négociés à Rapallo). Au sein des investissements occidentaux, la part de Rockefeller augmente, celle de JP Morgan semble diminuer. On remarque, en étudiant la liste des entreprises qui travaillent alors le plus avec l’URSS, que les plus importantes seront toutes, trente ans plus tard, au board de la commission trilatérale, organisée par Rockefeller.

1929 : La haute finance juive rejoint directement Ford dans le financement d’Hitler. Le banquier Warburg avouera, par la suite, qu’il s’agissait d’intimider la France, dans laquelle les banquiers mondialistes voyaient le principal danger pour leur projet d’Europe unifiée sous tutelle du capital anglo-saxon. Il est à noter que l’antisémitisme d’Hitler ne posa apparemment aucun problème à cette haute finance juive, elle-même étroitement imbriquée avec la haute finance protestante, et souvent pro-sioniste (donc a priori peu favorable au maintien des populations juives en Europe).

27 janvier 1932 : l’industriel Thyssen présente Hitler au Club des Industriels, au lieu du patronat allemand.

1932 : Environ 50 % des SA de Berlin sont d’anciens communistes, directement venu du Rotfront.

1932 toujours : le complexe militaro-industriel soviétique est en pleine expansion. Travaillent directement dans les usines qui armeront l’Armée Rouge : 300 Allemands et 700 Américains (tous ou presque, d’excellents ingénieurs).

1933 : les nazis arrivent au pouvoir. Très vite, le parti communiste allemand est interdit et ses membres pourchassés. Mais ce qu’on oublie de dire, c’est que depuis des années, nazis et communistes mêlaient leur bulletin au Reichstag, et que cette persécution anticommuniste est tolérée sans difficulté par le Kremlin. Tout s’est passé comme si Staline avait indirectement soutenu les hitlériens contre Weimar, et jusqu’à sacrifier délibérément le parti communiste allemand. Il aurait déclaré, en apprenant l’arrivée au pouvoir des nazis : « Hitler sera le brise-glace de la révolution ».

1933-1939 : Malgré la politique du régime nazi, il n’y a aucune rupture réelle des accords économiques entre la haute finance anglo-américaine et son homologue allemande. Sous l’égide des banques de Wall Street, Standard Oil et IG Farben établissent des consortiums en vue d’échanges de technologie (les Allemands sont en avance en chimie de transformation). Ironiquement, parmi les « bénéfices » de cette coopération étroite, on comptera le gaz Zyklon-B et les caoutchoucs synthétiques qui permettront à l’Allemagne de poursuivre la guerre après 1942, malgré le blocus. Autre exemple : le trust américain ITT (qui continuera à travailler avec l’industrie allemande jusqu’en… 1944).

1937 : Aux USA, le New Deal est un échec. Après avoir temporairement permis de relancer la machine productive, il ne peut empêcher une rechute dans la crise. A cette date, il semble donc que seule une guerre permettra de sortir de la crise.

1938 : Fritz Thissen, un proche de Deterding qui a dû fuir l’Allemagne nazie en catastrophe, confie lors d’un entretien semi-confidentiel : « Nous avons perdu le contrôle d’Hitler ». Il semble qu’à cette date, une partie des financements occidentaux d’Hitler soient coupée. On est mal renseigné sur ce qui se passe à ce moment-là.

1939 : Pacte germano-soviétique. Déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale.

1940-1944 : Dans Paris occupée, la Chase Manhattan Bank du groupe Rockefeller conserve des bureaux actifs et publics, tout comme JP Morgan, son concurrent/partenaire principal.

1942 : Henri Ford écrit à Maurice Dolfuss, directeur de Ford France, pour le féliciter. Malgré des difficultés d’approvisionnement énormes, ses usines de Poissy parviennent à accroître leurs livraisons de matériel de transport à la Wehrmacht. Simultanément, les usines Ford livrent à l’URSS des camions, produits aux USA.

Fin 1942 : Depuis un an, la Standard Oil of New Jersey livre du pétrole à l’Allemagne, malgré l’embargo. Son patron est un proche de F.D. Roosevelt.

1943 : L’US Air Force perd lors d’un raid 60 bombardiers, car une fuite a prévenu l’Etat-major allemand de l’imminence d’un bombardement. La cible : une usine SKF, spécialisée dans le roulement à billes équipant les panzers (et le même, sur le même brevet, que celui équipant les chars soviétiques). SKF est une filiale du groupe américain ITT.

1945-1946 : le docteur Schacht, ancien grand financier d’Hitler (et de Weimar avant lui) est incarcéré pendant deux ans en zone américaine. Il bénéficie, pendant son incarcération, des services d’une secrétaire aimablement fournie par l’US Army.

1948 : Le docteur Schacht est mandaté par les autorités d’occupation américaines pour organiser la réforme du système monétaire allemand. Il crée le Deutschmark.

Depuis, les affaires continuent...

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