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Comprendre George Soros | Par Laurent Ozon 1/2

Publié le : 03/01/2017 00:02:21
Catégories : Billets d'actualité

Si George Soros se présente volontiers comme philosophe, investisseur et philanthrope, il est connu par l’opinion publique internationale comme un pirate de la finance qui anticipa et força la dévaluation de la Livre sterling et sa sortie du système monétaire européen lors du célèbre « mercredi noir ».


Soros est également célèbre pour son rôle de milliardaire finançant les combats du « progressisme » dans le monde entier. Depuis 30 ans, il a acquis la réputation d’un financier sans scrupule caché derrière la plupart des évolutions politiques et sociétales mondiales. Il nous a semblé utile d’éclairer ce personnage complexe, de suivre la logique de son action afin de comprendre la nature de sa contribution à notre histoire de ces dernières années.

Né en Hongrie le 12 août 1930, George Soros (Dzjchdzhe Shorash) est né George Schwartz. Son père, Tivadar Teodor Swartz (1893-1968) était d'origine modeste, né à Nyiregyhaza, un village proche de la frontière avec l’Ukraine; mais sa mère, Erzebet née Szuczses, était issue d’une famille fortunée. Tous deux étaient juifs non pratiquants. Erzebet, passionnée par toutes sortes de mysticisme religieux, selon son mari, se convertira ultérieurement au catholicisme. George Soros indiquera qu’elle avait développé une honte de sa judaïté et qu’elle était même en pratique « tout à fait antisémite ». Le patronyme « Soros » signifie "monter en flèche" (dans le futur) en espéranto, la langue trans-européenne dont son père était un ardent partisan. Tivadar Swartz et Erzbet Szuczses eurent deux garçons Paul (1926-2013) et George (1930). Les deux frères étaient en mauvaise relation (source Paul Soros, Mémoires). George estimait que Paul avait reçu plus d'attention de leurs parents et il n’assistera d’ailleurs pas au service commémoratif au décès de son frère. George Soros semble avoir développé très tôt une immense admiration pour son père (qu’il croquait en Zeus dans ses poèmes d’enfance) puis de lui, outre son large visage. Il nourrissait l’idée que les temps que nous vivions étaient « extraordinaires et que les règles normales n’y étaient pas applicables." Il concèdera néanmoins qu’il avait hérité beaucoup plus de sa mère dans son caractère. (The New Yorker, le 15 Octobre 2001).

George Soros épouse Annaliese Witschark (allemande) en 1960 jusqu’en 1983 avec laquelle il eut trois enfants : Jonathan Tivadar Soros (1970) Robert, et Andrea. Après son divorce en 1983, il se marie la même année à Susan Weber issue d’une famille juive athée new-yorkaise, avec laquelle il eut deux autres enfants, Alexander (page suivante, né en 1985) et Gregory (né 1988). Ils divorcent en 2005. De 2007 à 2011, il entretiendra des relations surexposées médiatiquement avec Adriana Ferreyr, une actrice brésilienne née en 1983. Relation qui se terminera par des procès réciproques.

George Soros s’est remarié en 2013 avec Tamiko Bolton, une consultante en soins de santé de 42 ans, originaire de Californie, fille d'une infirmière nippo-américaine et un commandant de la marine à la retraite ayant grandi en Californie. Etaient présents à son troisième mariage, le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim etcertains dirigeants étrangers, y compris Hendredi Ramaik Toomas le président de l'Estonie; Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria et, le Premier ministre de l’Albanie.

Soros a 13 ans lorsque l’Allemagne nazie envahit la Hongrie. Il échappe à la déportation grâce à un employé de ministère qui le fait passer pour son filleul. Sa famille échappera aux mesures antijuives et George Soros quittera pour sa part la Hongrie à la fin de la guerre pour Londres où il suivra notamment les cours de Carl Popper à la London School of Economics.

Après avoir acquis des compétences dans la gestion de portefeuilles d’actifs, George Soros crée son propre fond d’investissement offshore (Quantum Fund of Funds) en 1969 dans les Antilles à Curaçao avec les apports initiaux de la Banque Rothschild de Paris et de Heldring & Pierson (banque privée d’origine néerlandaise initialement basée à Rotterdam). Ce fonds, géré par Soros depuis New-York via son Soros Management Fund LLC, spéculera initialement sur les marchés obligataires, puis à partir de 1973, sur les devises grâce à la disparition progressive des taux de change fixes. Comprendre la logique du développement des Hedge Fund dont Soros sera un artisan renommé et l’un des plus riche acteur permet d’éclairer le rôle de ces véhicules d’investissement dans l’évolution de l’économie mondiale ainsi que leurs effets politiques lourds.

Pour faire simple, les hedge fund (HF) sont des véhicules d’investissements actifs (qui ne se contentent pas de parier sur des performances économiques qui leur échappent) capables de réaliser des bénéfices décorrélés des performances de l’économie réelle. En synthèse, ce sont des instruments utilisés par les plus hauts dirigeants du secteur bancaire international (et actionnaires de la FED et de la City), le plus souvent à partir de paradis fiscaux, pour agir sur l'économie réelle (et notamment les monnaies) hors des cadres réglementaires imposés aux fonds d’investissements et placements classiques. Les HF profiteront de la fin des taux de changes fixes liés à l'abandon des étalons monétaires qui déstabiliseront les monnaies nationales à partir du 15 aout 1971, date à laquelle le président Richard Nixon change complètement la donne du système monétaire international en annonçant la fin de la convertibilité du dollar en or et de ce fait, la fin des accords de Bretton-Woods. Les cours des monnaies nationales deviendront progressivement instables, n’étant plus adossées à des stocks de valeurs (réserves d’or par exemple), et subiront désormais la spéculation. Les obligations progressives faites aux Etats d'emprunter sur les marchés (loi Pompidou-Giscard en France en 1973) et d’augmenter leur masse monétaire et leur dette sous la pression des marchés par ailleurs prêteurs et acteurs des taux de change, pèseront désormais très lourd dans les décisions politiques. Les HF seront l’instrument du système financier international pour augmenter la production monétaire, la dette des Etats et le montant des intérêts de ces Etats à leurs débiteurs. Ils accentueront l’emprise des coeurs bancaires sur le monde politique et ses décisions.

Après quelques tentatives de petite ampleur les années précédentes, le 15 Septembre 1992, Soros spéculera avec le soutien de grandes banques américaines (JP Morgan, Chase Manhattan, Bank of America) sur une dévaluation de la livre sterling et la sortie de celle-ci du Système Monétaire Européen (SME) Système qui limitait les écarts de parité monétaire et la volatilité des monnaies européennes entre elles. Il obligera le gouvernement britannique à sortir de ce Mécanisme de change et à dévaluer sa monnaie, faisant ainsi perdre plus de 3,3 milliards aux petits épargnants britanniques. A l’issue de cette opération, George Soros est devenu milliardaire. Il évoquera souvent la notion de prophétie auto réalisatrice (affinée dans sa « théorie de la réflexivité ») pour donner une image de son métier de spéculateur : « Annoncer le futur, et en l’annonçant, influencer certains des comportements des acteurs du monde, de telle sorte que la prophétie se réalise ». Après quelques autres opérations de spéculation monétaire dans le monde (notamment contre la Malaisie en 1997), George Soros commencera dès lors à se faire connaître davantage pour ses activités métapolitiques que financières.

Plus discret dans ses activités financières, George Soros n’en a pas moins continué à gagner beaucoup d’argent ces dernières années (3,3 milliards en 2009 et près de 5,5 milliards en 2013). En 2002, Soros (avec Jean-Charles Naouri, Samir Traboulsi et Jean-Pierre Peyraud) sera condamné dans l’affaire de la Société Générale pour délit d’initié. Son jugement sera le seul confirmé en appel et ses requêtes auprès de la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme) seront jugées irrecevables en 2010.

Dernier coup en date, le 31 mars de cette année en rachetant 19,41 millions d’actions (soit 1,67% du capital pour 263,7 millions de dollars) de Barrick Gold (la plus grande société d’exploitation aurifère du monde), anticipant une crise des marchés financiers et une augmentation du prix de l’once d’or. Son Soros Management Fund revendra 94% de cette participation 90 jours plus tard, avec une plus value de 127 millions de dollars... Mais à partir du début des années 2000, l’essentiel de son activité deviendra métapolitique.

Fondé en 1979 (George Soros a alors 49 ans), l’Open Society Institute deviendra l’Open Society Foundation (OSF) en 2010.

Le 15 août 2016, un groupe de pirates informatiques se présentant comme américains (mais qui seront présentés comme russes par les médias de masse, à l’instar de GUCCIFER2.0), pirateront l’OSF et publieront 2576 fichiers. Ces documents, encore disponibles sur le net (soros.dcleaks.com), exposent les logiques d’investissement et un grand nombre de documents de travail de la Fondation de George Soros sur la période de 2008 à 2016. Ces publications démontrent un grand professionnalisme de l’OSF dans ses choix d’investissement, ses méthodes d’évaluation, son organisation interne et sa gestion financière.

L’OSF se présente aujourd’hui comme un réseau de Fondations disséminées dans le monde entier. Le nombre de ces fondations et des causes, initiatives et organisations qu'elles soutiennent est si important qu’il serait impossible de ne faire que les recenser ici. Néanmoins, après une étude minutieuse de leurs objets, (notamment grâce aux publications de DNCLeaks), on peut les classer en sept grandes catégories.

Anti-conservateur : on trouve ici les fondations et associations dédiées à la lutte contre les idées, personnalités, projets de loi, projets économiques considérés comme conservateurs sur le plan des valeurs. Y figurent aussi des organisations électorales (toujours de gauche libérale ou d’extrême-gauche), des groupes d’actions ou de formations à la prise de parole publique, des structures opposées à tel ou tel projet de loi jugé conservateur ou traditionnaliste, des associations produisant des argumentaires, des rapports ou des outils de communication, etc.

Minorités et victimes : L’OSF assure un financement international de causes et projets dédiés au soutien matériel, à la défense juridique, à l’incitation à la participation politique ou à la promotion des minorités victimes des Etats, des préjugés culturels ou sociaux, mais aussi des catégories sociales jugées défavorisées. L’OSF soutient également les immigrés, musulmans en pays chrétiens (nous n’avons pas trouvé de soutien à des groupes chrétiens en pays musulmans), autochtones indigènes, prisonniers ou ex-prisonniers (réinsertion, soutien juridique, etc.), homosexuels ou minorités sexuelles, populations déplacées, camps de réfugiés, femmes isolées ou victimes d’abus ou de violence, revendications de populations noires en pays majoritairement européens (mais pas de soutiens à des populations d’origine européenne dans des pays à majorité africaine comme en Afrique du Sud par exemple), etc.

Amnesty International est financée (via Amnesty International Limited) par la fondation MacArthur, la fondation Oak, l'Open Society, la Vanguard Charitable Endowment Programme, l’American Jewish World Service, le département britannique pour le développement international (Governance and Transparency Fund), la commission Européenne (EuropeAid) et bien d’autres. Complément d’informations, La fondation Vanguard Charitable a été créée par Vanguard Group, une colossale société de gestion d’actifs américaine, dont les principaux investissements sont les sociétés Monsanto, Exxon, Time Warner, Dow Chemical. Les ressources d’Amnesty International proviennent en sus des dons par ses entités locales, dont les ressources sont assez difficiles à tracer. Amnesty International appartient au réseau d’ONG de sensibilité « Open Society ». Ses revendications, par-delà le thème de la torture sur laquelle elle s’est fait identifier par le grand-public, couvrent celles des autres structures financées par l’OSF de George Soros (voir article plus loin). Amnesty se heurte assez fréquemment aux réseaux libéraux conservateurs (en particulier pendant ses campagnes contre Israël) et aux intérêts des Etats dans tous les pays du monde. Wikileaks avait déjà mis en cause l’OCCRP qui avait lancé l’affaire des Panama Papers, comme une officine de propagande financée par l’USAID et l’OSF.

Ecologie : L’OSF finance aussi un grand nombre d’organisations de défense de causes environnementales. Défense de la vie sauvage, de réserves classées, d’animaux en voie d’extinction, de la promotion des bonnes pratiques environnementales, contre la déforestation, etc. Ces investissements relèvent parfois de causes croisées avec la défense de populations autochtones ou de lutte contre des intérêts énergétiques et des personnalités politiques conservatrices.

Education, couverture et protection sociales : L’OSF finance l’amélioration des soins et des protections sociales pour les populations appartenant à la deuxième catégorie (victimes ou minorités). La fondation apporte également des financements à des programmes d’éducation, des hôpitaux ou centres de soins, des organisations d’assistance aux victimes de guerre, de famines ou de déplacements forcés. L’OSF est particulièrement active sur la défense des droits sociaux des afro-américains aux Etats-Unis et des populations d’origines extra-européennes en Europe.

Avortement et euthanasie : L’OSF finance activement les ONG et initiatives qui relèvent de la défense des droits à l’avortement, l’éducation sexuelle, la promotion de la théorie du Genre et des thématiques liées à la fin de vie volontaire dans toutes les parties du monde.

Anti-Impérialisme : L’OSF soutient les gouvernements, initiatives et ONG opposés à des Etats jugés dominants (Russie, Israël, Etats-Unis), etc. Ces catégories d’actions sont fréquemment liées aux objectifs de la diplomatie américaine lorsqu’elles visent à limiter la puissance russe, mais l’OSF est aussi particulièrement dynamique dans le soutien aux populations palestiniennes et aux organisations libérales juives critiques à l’égard de la politique israélienne. Un rapport (certes orienté) de la NGO a recensé depuis des années, les activités jugées anti-israéliennes de George Soros.

Anti-frontières : L’OSF soutient les ONG et initiatives oeuvrant pour la libre-circulation des personnes. Alors que les migrations sont particulièrement importantes ces dernières années, ces aides sont sans doute en rapport avec l’augmentation rapide de l’immigration que ce soit vers l’Europe, vers les Etats-Unis ou la Russie. L’OSF finance aussi bien des organismes militants violents (no-borders) que des ONG d’assistance ou d’insertion des immigrés dans les sociétés d’accueil. Une part importante des activités de ces organisations est dirigée contre les opposants à l’immigration dans les pays visés.

L’OSF ne finance pas les initiatives de soutien aux autochtones d’origine européenne, et ce, dans aucun pays du monde. La Fondation n’aide pas non plus les associations de soutien aux populations européennes lorsqu’elles sont fragilisées, opprimées ou menacées (exemple : les populations russes du Donbass ne reçoivent pas d’aide de l’OSF, pas plus que la population boer largement paupérisée et victime de violences et de discriminations en Afrique-du-Sud). L’OSF défend des causes associées à une remise en question des normes sociales traditionnelles de la population majoritaire dans les pays occidentaux, les causes ou organisations renforçant la cohésion sociale dans les pays du sud et les initiatives socialement structurantes lorsqu’elles s’adressent aux immigrés ou minorités dans les pays occidentaux. L’OSF défend l’immigration dans les pays occidentaux et la protection des autochtones dans les pays du sud. Elle s’attaque au nationalisme des Etats jugés dominants au nom des principes « progressistes » qu’elle défend mais soutient des Etats ou forces politiques nationalistes dans les Etats qui peuvent limiter les actions des premiers. L’OSF défend la libération sexuelle, le droit à l’avortement et la lutte contre le sexisme si les revendications s’adressent aux majorités européennes, mais finance des organisations communautaristes musulmanes dirigées par des leaders favorables à la Charia et à la condamnation de l’homosexualité si elles sont animées par des groupes musulmans prétendument « éclairés » (exemple en France le CCIF) mais dont les revendications sont elles aussi pour le moment, dirigées contre la culture majoritaire autochtone des populations européennes. Contradictoire ? Pas certain. On pourrait trouver contradictoire de prôner la justice sociale et de voler 3 millions de petits épargnants anglais (mercredi noir en 1992) ou de financer la défense de la nature et les droits des populations autochtones tout en investissant dans la plus importante société d’exploitation minière du monde. On pourrait énumérer les apparentes contradictions de ces logiques d’investissement, mais il faudrait être naïf pour croire qu’elles n’obéissent pas globalement à une logique. C’est en étudiant les ressorts de la sensibilité, de la vision du monde et les thèses de George Soros que nous pourrons éclairer son action et celle des intérêts qu’il l’appuie.

Pour comprendre Les apparentes contradictions des engagements de George Soros, il faut d’abord se pencher sur ses écrits. Non pas seulement pour espérer y trouver des explications sur ses motivations mais pour comprendre son mode de pensée et cerner sa personnalité. Dans le cas de George Soros, cette démarche est particulièrement révélatrice dans la mesure où celui-ci a toujours eu de réelles prétentions intellectuelles. Il écrivait en 2009 :

« Je n’ai pas abandonner mes ambitions philosophiques même lorsque les circonstances me forcèrent à gagner ma vie dans des activités plus banales. »
- G. Soros, théorie générale de la reflexivité, Financial Times, 27/10/2009.

Très jeune déjà, il se voyait comme un homme de pensée, un philosophe. Ses ambitions n’ayant visiblement pas convaincu son entourage, il y reviendra, fort de son succès dans le monde des affaires, selon la bonne vieille recette marketing du : « Si j’ai réussi, c’est que mes thèses étaient justes, découvrez les recettes de mon succès ».

George Soros est un autodidacte dont la philosophie repose sur une seule et unique intuition. Cette intuition lui viendra de la fréquentation des cours de Carl Popper à la London School of Economics et en particulier de la lecture de son livre La Société ouverte et son ennemi, paru en 1945. Il déclarera à de nombreuses reprises sa dette intellectuelle au philosophe autrichien qui lui fit « une profonde impression ».

C’est à l’ouvrage de Popper, La Société ouverte et ses ennemis, qu’il empruntera son concept de société ouverte « Open Society ». Carl Popper (1902-1994) y dépeint la « société ouverte » comme une démocratie libérale interventionniste structurée autour d’un État-providence démocratique pratiquant «l'ingénierie sociale fragmentaire." Ce livre de Carl Popper sera, à ce titre, considéré par le philosophe politique Eric Voegelin comme un « scandale » doublé d’une « camelote idéologique ».

Fin de la 1ére partie.
Deuxiéme partie

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