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Conseils aux Derniers Français 3 : Sarko, le piège

Publié le : 24/05/2007 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles auteurs , Articles par thèmes , Auteurs , Billets d'actualité , Michel Drac , Politique

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On a maintenant confirmation définitive que Sarkozy veut faire passer un « traité allégé » par la voie parlementaire, en lieu et place du traité soi-disant constituant dit européen. Ce « traité allégé » comprendrait en particulier deux mesures lourdes : l’extension de la règle de la majorité qualifiée et le ministre des affaires étrangères commun.

Deux mécanismes infernaux dans lesquels nous glissons le bout du petit doigt, et qui risquent de nous happer le bras tout entier.

La majorité qualifiée, ou la Turquie en Europe ?

Enfin, on peut parler de Sarko ! A présent que l’animal est en poste, on peut commencer à dire les choses, puisqu’on peut les prouver.

Comme je le disais dans le premier « conseil aux Derniers Français », l’affaire turque sera la première pierre d’achoppement dans le projet sarkozyste, le premier grain de sable qui, en révélant la vraie nature de ce projet, va permettre de dénoncer la communication UMP pour ce qu’elle est : une arnaque.

La règle de la majorité qualifiée, voulue par Sarko, va en effet faciliter considérablement l’entrée de la Turquie en « Europe ». Voilà concrètement ce que Sarko fait : il dit certes qu’il est contre l’entrée de la Turquie en Europe, mais en même temps, il place la France en situation de devoir subir cette entrée, bon gré mal gré, si, à un certain moment, les intérêts mondialistes exigent que cette entrée soit approuvée. Ainsi, tout en affectant de s’opposer à l’Euroturquie, Sarkozy en facilite d’ores et déjà l’établissement potentiel.

Un Sarkozy vraiment soucieux de la question turque commencerait par poser le veto français à la poursuite des négociations, ce qui est possible dès le mois prochain. Ce n’est qu’une fois nos voisins européens informés de ce veto qu’on pourrait proposer valablement une relance du traité européen. Alors seulement, on pourrait dire que Sarkozy relance l’Europe – probablement autour d’un « noyau dur » de gens d’accord sur la signification du mot « Europe », sinon on ne voit pas très bien où cela mènerait...

Cette politique-là aurait un sens. Avec Sarko, bien sûr, on fait tout à l’envers, et ce n’est pas un hasard. C’est que Sarkozy ne relance pas « l’Europe », il n’a jamais voulu de l’Europe, la vraie. Ce qu’il relance, c’est « l’euromondialisme », la mécanique à broyer l’Europe réelle, la machine à la noyer dans le mondialisme. C’est pourquoi, tout en affectant de bloquer Ankara, il relance indirectement l’Euroturquie, ce projet qui va contre tout bon sens, et qui voudrait que demain, les islamistes turcs décident de notre politique économique, et même de nos alliances stratégiques ! Autant dire que la seule chose qui pourrait nous sauver de l'Euroturquie serait, alors, que la Turquie ne veuille pas réellement entrer en Europe !

Voilà, concrètement, la politique européenne de Sarkozy.

Content de votre poulain, les électeurs Sarko ?

Le ministre des affaires étrangères commun, ou la France en Iran ?

Il ne servira pas à grand-chose, ce « ministre des affaires étrangères commun » à l’Europe des 27, ou des trente-douze un jour peut-être. Il n’y a aujourd’hui aucune unité de la volonté en matière de politique internationale, en Europe. L’Europe de l’Est est profondément russophobe, pour des raisons évidentes. Mais l’Europe de l’Ouest, de son côté, sait que les réserves de matières premières dont elle a besoin gisent essentiellement en Russie. A partir de là, on se demande bien ce que ce « ministre des affaires étrangères commun » pourra dire, en présence de Poutine ou de son successeur. La schizophrénie comme ligne politique ? – un peu court, tout de même.

Alors qu’est-ce que c’est que cette histoire de ministre des affaires étrangères commun ? – Eh bien, cela ne peut déboucher que sur un résultat : l’inaction organisée, la passivité forcée. Puisqu’il sera structurellement impossible de définir une ligne commune à 27, le « ministre commun » sera contraint de se taire en permanence. Et puisque le « ministre commun » est évidemment un pas vers le « siège unique au conseil de sécurité », cette mesurette soi-disant symbolique prépare, en réalité, le renoncement de la France à son droit de veto – un droit de veto grâce auquel, rappelons-le, les USA ont dû financer pratiquement seuls leur très peu concluante aventure irakienne, au lieu de faire régler l'addition par le reste du monde (enfin, disons qu'ils ont eu un peu plus de mal à se rembourser chez leurs clients...).

A l’heure où l’Amérique multiplie les menaces à l’égard de l’Iran, et alors que l’Iran, de son côté, ne donnent rigoureusement aucun signe d’apaisement, on peut tout craindre de cet alignement forcé de la France sur une non politique étrangère euromondialiste, prélude à l’alignement de facto de toute l’Europe sur l’allié américain, devenu seul membre actif du binôme atlantique.

L’Amérique, il faut bien le comprendre, est actuellement dans la situation d’une puissance hégémonique dont l’hégémonie est menacée : tôt ou tard, étant donné sa croissance économique, la Chine exigera que lui soit reconnu un rang de superpuissance, à parité avec les USA. C’est pourquoi l’Amérique va très probablement chercher à consolider définitivement sa mainmise sur le pétrole du Moyen-Orient, monnaie d’échange stratégique pour limiter les velléités chinoises.

Dans cette « guerre des économies-monde », au moins aussi réelle que la très imprécise « guerre des civilisations », l’Europe en général, et la France en particulier, auraient tout intérêt à pouvoir jouer leur propre partition, sans s’aligner obligatoirement sur Washington. Nous aussi, européens, aurions une position à faire valoir : notre soutien éventuel aux USA, mais en échange de vraies contreparties, et dans le cadre d’une politique internationale raisonnable – l’aventurisme des néo-conservateurs américains conduit le monde au chaos, ces gens-là sont prêts à prendre tous les risques.

Hélas ! Quelles contreparties pourrons nous négocier, si nous sommes otages des petits pays d’Europe de l’Est, qui s’en remettent entièrement à l’alliance américaine pour assurer leur sécurité ? Nous allons maintenant payer l’inexistence politique de l’Europe depuis un demi-siècle. On se souvient, en Pologne par exemple, qu’en 1981, les USA refusèrent d’avaliser la normalisation voulue par Moscou, alors que les européens faisaient le dos rond. On s’en souvient très bien…

Dans ce contexte, en choisissant de relancer « l’Europe » avant d’avoir posé clairement ces questions-là, en choisissant de cautionner une fois de plus la dérive euromondialiste (contre la volonté du peuple français, soit dit en passant), le président Sarkozy enclenche une série de mécanismes qui peuvent nous entraîner vers une catastrophe formidable : la guerre au Moyen-Orient, avec sur notre sol des millions d’immigrés musulmans – et demain, si la Turquie est en Europe, des dizaines de millions, car soyez certains que la Turquie en Europe ouvrira les portes de notre continent non seulement aux Turcs de Turquie, mais aussi à leurs frères d’Asie centrale.

Sarkozy, les vraies conséquences

La nature du sarkozysme commence donc déjà à apparaître, deux semaines seulement après l’élection de l’impétrant. Sarko dit une chose, puis il agit dans un sens tel que les conséquences de son acte diffèrent de son engagement, tandis que les conséquences des conséquences iront franchement à l’opposé des engagements pris. Le sarkozysme est un piège, un piège à souris si vous voulez : un joli morceau de fromage alléchant, et derrière… le clapet mortel, qui va s’abattre quand la souris, stupide ou trop gourmande, attrape le fromage !

Sarkozy promet : « Je ne veux pas de la Turquie en Europe ». Puis il se met en situation de devoir la tolérer, cette Turquie, bon gré mal gré. En somme, sans se renier formellement, il se prépare déjà à ne pas « pouvoir » tenir la ligne politique qu’il a promis de défendre.

Pourquoi ? Pour plusieurs raisons, dont celle-ci…

Sarkozy promet : 

« Je vais limiter l’immigration, l’immigration clandestine en particulier. » Puis Sarkozy se met en situation de devoir laisser la Turquie entrer en Europe. Ainsi, demain, des millions de Turcs pourront venir concurrencer la main d’œuvre européenne, pour le plus grand intérêt des grandes entreprises mondialisées, véritables mandants de Nicolas Sarkozy.

Qu’on comprenne bien ceci : Sarkozy, c’est plus d’immigration.

Et ainsi de suite sur tous les sujets…

Sarkozy promet : « Je vais stopper la désindustrialisation de la France ». Puis Sarkozy se met en situation de devoir tôt ou tard s’incliner, bon gré mal gré, devant les dictats d’une Europe de Bruxelles ralliée au mondialisme néo-libéral prédateur. Résultat : la mise en concurrence permanente de toutes les mains d’œuvre, d’abord partout en Europe, puis partout dans le monde, puisque l’Europe de Bruxelles n’a pas de frontières. Le tout, une fois de plus, pour le plus grand intérêt des mandants de Nicolas Sarkozy : les puissances d’argent. L’affaire relancera peut-être l’activité, mais à quel coût social ? Et puis de toute manière, peut-on croire qu’on relancera durablement l’activité en préparant l’alignement des niveaux de vie ouest-européens sur la moyenne mondiale ?

Qu’on comprenne bien ceci : Sarkozy, c’est plus d’inégalités, plus de délocalisations, le déclassement pour les classes moyennes, la paupérisation pour les classes populaires.

Faisons la synthèse : plus d’immigration, plus d’inégalités… plus d’émeutes ?

Et ainsi de suite sur tous les sujets…

Sarkozy promet :

« Je réaffirmerai la France dans le monde. » Puis il se met en situation de devoir, pour bâtir sa politique étrangère, recueillir l’impossible adhésion d’une myriade de petits pays, tous clients de Washington. C'est-à-dire que Sarkozy aurait dû dire, pour être honnête : « J’achèverai la France dans le monde ! »

Qu’on comprenne bien ceci : Sarkozy, c’est moins de France, toujours moins de France !

Telle est la nature du sarkozysme : parce qu’il ne cessera de renforcer les causes (mondialisation incontrôlée, dérive de l’Europe de Bruxelles, néo-libéralisme prédateur) des phénomènes dont il prétend combattre les conséquences tragiques (désindustrialisation, immigration/invasion, dislocation du lien social), le sarkozysme va progressivement se révéler comme une machine infernale. A court terme, poursuivant plus ou moins habilement la politique de temporisation chiraquienne tout en multipliant les réformes de détail, Sarkozy permettra aux Français d’entretenir l’illusion rassurante que leur pays, finalement, ne va pas si mal que cela. Mais à moyen terme, après encore quelques années de bien-être factice, il faudra payer l’addition.

Et comme Sarkozy aura soigneusement démantelé toutes les digues qui auraient permis de contenir la catastrophe, ce sera terrible…

A présent que l’impétrant a commencé à jeter bas le masque, il est temps de montrer au peuple le vrai visage de Sarkozy. Il est temps de faire sentir à quel point cet homme est dangereux, à quel point la politique qu’il préconise est dangereuse. Sarkozy va enfermer le peuple français dans un dilemme insurmontable : ou bien faire fonctionner bon an mal an un système euromondialiste structurellement défectueux, ou bien se laisser entraîner corps et âme dans la très prévisible faillite de ce système.

Il faut le dire et le répéter. Il faut que les Français dits de droite nationale soient bien conscients du fait qu’en juin 2007, ils ont une dernière chance de se ressaisir, une dernière chance d’imposer, par un vote FN puisque l’on prend ce qu’on trouve, un petit contrepoids au pouvoir exorbitant du parti majoritaire. Il faut le dire et le répéter pour qu’il n’y ait pas maldonne. Il faut qu’il soit bien entendu que ce peuple dit de droite choisira son destin, le mois prochain, en toute connaissance de cause.

Il faut que cela soit entendu, parce que le sarkozysme n’est qu’un moment. Parce que ce moment sera relativement bref. Et parce que ce moment passé, l’Histoire ne nous réservera rien de bien agréable.

Derrière les tambours guillerets qui saluèrent l’entrée de Sarko à l’Elysée, par une belle journée de printemps, il n’était pas très difficile de deviner, déjà, le roulement sourd d’autres tambours, nettement moins guillerets ceux-là. Or, mes amis, à l’heure où battront ces tambours-là, ces tambours de guerre, nous nous porterons bien de rétorquer, à tous ceux qui s’étonneront : « vous aviez été prévenus. »

Au regard de l’Histoire, cela nous disculpera.

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