Évènement

Contre Faye

Publié le : 21/07/2008 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles auteurs , Articles par thèmes , Auteurs , Michel Drac , Notes sur Œuvres , Politique

Choc

AVIS A LA POPULATION :

Prenant une fois de plus les devant, l'équipe Scripto avise ses lecteurs que la publication d'un "contre Guillaume Faye" n'implique pas que scriptoblog.com prenne partie. Scriptoblog n'a pas de ligne, c'est un espace neutre et un lieu de dialogue entre toutes les sensibilités de la dissidence française, ce qui implique que toutes les sensibilités peuvent s'y exprimer. Certains membres de scriptoblog peuvent désapprouver Faye, d'autres peuvent l'approuver (et ne se priveront pas de le faire savoir, si besoin est). On appelle ça le pluralisme.


L’Abbé Mickey ayant résumé La nouvelle question juive, de Faye, sans vraiment en faire la critique, je m’y colle. Il faut bien que quelqu’un porte la contradiction.

Un p’tit billet pour l’Abbé, donc.

Amicalement, ça va de soi.

Mais en tout franchise.

*

Bon, qu’est-ce qu’on a, là ?

Tout d’abord, nous avons un monsieur, qui s’appelle Guillaume Faye et qui nous explique, si j’ai bien compris, que les Juifs sont « un des troupeaux les moins égarés du monde occidental ».

Ce qui appelle d’emblée une critique : c’est quoi, le « monde occidental » ?

Quand la technoparade défile sous mes fenêtres, le boum-boum abrutissant sur lequel se trémoussent des hordes d’abrutis à la dégaine pathétique, c’est le « monde occidental » ?

Quand par erreur, dans une chambre d’hôtel, j’allume la télé et je tombe sur le « prime » de la « Nouvelle star », ce que je vois, là, dans la boîte à conneries, ces crétins qui font la fête parce qu’ils sont heureux d’être cons, c’est ça, le « monde occidental » ?

Quand, dans un moment d’égarement, je me promène entre les rayons d’une maison de la presse, le déferlement de connerie, de mauvais goût, de débilité auto-satisfaite, là, sous mon pif, c’est le « monde occidental » ?

C’est ça, le « monde occidental » ? La Gay Pride, c’est le « monde occidental » ?

Eh ben tu veux savoir, l’Abbé ? Ce « monde occidental » version Festivus, je m’en fous. Qu’il crève, ça débarrassera. Nous hériterons d’Homère, de Platon, d’Aristote et de Saint-Augustin, et avec eux pour nous peupler, nous reconstruirons sur les ruines de ce « monde occidental » dégénéré, après l’Eurocalypse. Voilà le programme.

Tel était mon premier point. Une pétition de principe, disons.

Passons à la suite.

Parlons des Juifs, tiens. Je les connais un peu : étant moi-même quart de feuj, j’ai cherché à les rencontrer, à comprendre. Après tout, ils faisaient un peu partie de mon passé, des mes origines.

Or, ce que j’ai vite compris, c’est que la « question juive », ça n’existe pas.

Tout simplement parce que « les Juifs », eh ben ça non plus, ça n’existe pas.

Il y a des Juifs riches (très riches) et des Juifs pauvres (très pauvres). Il y a des Juifs malins (très malins) et des Juifs cons (très cons). Des Juifs de gauche et des Juifs de droite. Des Juifs sympas et des Juifs chiants. Des Juifs sains d’esprit et des Juifs complètement timbrés. Etc.

« La » question juive ne serait énonçable que si le sujet de la question présentait un minimum d’unicité sur un plan quelconque de la cartographie du fait humain : ce n’est pas le cas. Même sur le plan religieux, « les Juifs », ça n’existe pas.

En réalité, si l’on se restreint au plan politique, il y a (au moins) trois questions distinctes :

1 - La question des Juifs ordinaires, communautarisés ou non, plus ou moins assimilés, fabuleusement casse-couilles en général (pour cause de double appartenance et schizophrénie latente), mais aussi fort intéressants et créatifs (pour la même raison d’ailleurs),

2 - La question de la soi-disant communauté juive, c'est-à-dire le machin difficilement cernable qui prétend parler au nom des « Juifs de France » (définition imprécise) ; machin qui démontre régulièrement que s’il semble peu probable que « les Juifs » aient « leurs politiciens », il est de plus en plus clair en revanche que les politiciens, eux, ont bel et bien leurs Juifs…

3 - La question des « big jews », un des principaux réseaux de la finance internationale (et n’en déplaise à Faye, ce réseau existe, même si son importance ne doit pas être exagérée) ; ceux-là, dont la caricature restera longtemps le fabuleux Jacques Attali (note de lecture en préparation), sont à distinguer très clairement, car ils posent effectivement une question spécifique.

A mes yeux, la question 1 n’en est pas une. Qu’est-ce qu’il dit, Faye, à propos de son histoire d’alliance à passer avec « les Juifs » contre « les musulmans » ? De quoi il parle, ce type ? C’est du pipeau, tout ça. Pour l’instant, je ne vois que des citoyens de la république française, point final. Certains sont de bons citoyens, qui respectent nos lois, celles de la France, et donc ça ira. D’autres sont des connards qui s’imaginent qu’ils vont faire la loi chez nous, et qu’ils soient juifs ou musulmans, s’ils prétendent nier que la souveraineté politique revienne en France aux Français, alors il faut leur exploser la gueule, point barre. Je ne veux même pas savoir que tels citoyens sont juifs, ça ne me regarde pas, c’est une affaire privée. Ces citoyens-là doivent être traités exactement comme les autres, c’est tout.

Concernant la question 2, la « communauté juive », ça par contre, c’est une vraie question. La virée de Sarkozy au CRIF était un scandale. Et c’est quoi, ces élucubrations sur la « mémoire des enfants juifs » ? Franchement, c’est obscène. Les communautaristes adeptes du lobbying et de la pleurniche victimaire pourrissent l’ambiance dans notre belle France, il faut bien le dire. Et voilà maintenant Faye, qui benoitement nous dit, si j’ai bien compris, qu’il faut s’allier avec eux pour lutter contre les musulmans ? – Mais nous, Français, en matière de politique intérieure, nous n’avons d’alliance à passer avec aucun communautariste, on n’a jamais vu un ours s’allier avec une tique contre une autre tique – même si une des deux tiques est plus grosse que l’autre. Entre les rigolmen qui m’expliquent qu’ils sont le peuple élu parce qu’ils sont les fils de leur mère, et les fantaisistes qui prétendent qu’ils ont fondé la meilleure communauté parce que Dieu leur a dit, je ne choisis pas. A la rigueur, si ça peut rapporter, soutenons celui qui offrira la monnaie d’échange la plus alléchante, point final. Pour l’instant, on n’a reçu aucune proposition ferme. On verra quand ils auront mis de vraies contreparties sur la table. N’anticipons pas, je ne vois aucune raison de faire savoir aux Juifs qu’ils auront le marché, laissons jouer la concurrence. De toute façon, on est tranquille : on sait qu’entre communautaristes rivaux, entre différentialistes pathologiques flippés et universalistes mégalos en transe prophétique permanente, ils ne pourront jamais s’entendre.

Reste la vraie question, la 3, celle des « big jews ». Soyons clair : ce n’est pas une question juive. Je considère que cette question-là n’est pas l’aspect sociologique d’une question juive globale qui n’existe pas, mais l’aspect juif d’une question sociologique globale qui, elle, existe tout à fait, hélas, et qui est la question de l’hyperclasse mondialisée, qui est la question de la surclasse que le capitalisme mondialisé est en train de secréter en surplomb des anciennes bourgeoisies nationales – une surclasse qui, en filigrane, nous annonce déjà ce que Jacques Attali appelle l’hyperempire – l’empire polycentrique du capital mondialisé, l’Etat mondial constitué par l’alliance des puissances d’argent dans un monde sans Etats territoriaux, sans Etats nations.

C’est là que le confusionnisme de Faye l’amène à se planter royalement. Il nous explique que le peuple juif, par sa construction identitaire, est admirable : il a raison. L’attachement des Juifs vraiment juifs au principe de filiation est remarquable, il fonde une humanité à la fois incarnée et ouverte (quoi qu'on en dise). Nous avons beaucoup à apprendre d’eux, et effectivement, au lieu de les débiner systématiquement, on ferait bien d’imiter ce qu’ils font de bien. Le fait est que si nous, Français, étudions attentivement la manière dont ils ont appris à maintenir leur sentiment collectif à travers le nomadisme, nous serons demain bien mieux armés pour faire face à la mondialisation – imaginons une culture française à la fois totalement grecque et totalement juive, ce serait intéressant… Seulement, et c’est là le hic : quand Faye déclare l’unicité de la question juive, puis nous appelle à nous rapprocher de « Les Juifs » (catégorie imaginaire), il justifie, sous couvert d’intérêt pour la culture juive authentique, une adhésion aux objectifs de l’hyperclasse mondialisée, très habile à se servir de la judéité de certains de ses membres comme d’un paravent commode.

Faye nous dit : regardez, le Juif du coin de la rue reste digne, parce qu’il est protégé des influences pernicieuses du multiculturalisme par son héritage ethnoculturel. C’est vrai (même si le propos est à relativiser : cette protection ne joue pas à 100 %). Puis Faye nous dit : donc vous voyez, « les Juifs » sont des gens bien, allions-nous avec eux pour résister à l’invasion musulmane. Ouais : mais c’est qui, « les Juifs » ? Jacques Attali le mondialiste en folie, c’est « les Juifs » ? Les enfoirés des médias qui propagent le multiculturalisme tous azimuts, c’est « les Juifs » ? Et tous ces gars-là, mondialistes et corrupteurs, on les verse dans la même catégorie que le Samuel du coin de la rue, qui n’est coupable de rien, sauf d’être un peu moins con que la moyenne ? Tatata, pas d’accord, là, l’Abbé. C’est plus compliqué que ça.

La vérité, c’est que le conflit islam-occident sert aujourd’hui de paravent à une stratégie des mondialistes.

Ils veulent :

- Casser militairement le monde musulman, qui résiste à l’hégémonie des oligarchies marchandes,

- Briser les peuples européens en les incorporant dans un super-Etat européen, puis mondial ou atlantique (à voir), et donc d’abord détruire les traditions démocratiques de ces peuples.

Pour conduire ces deux démarches, l’oligarchie veut les adosser l’une à l’autre, le conflit islam-occident servant à briser le monde musulman, l’Iran en particulier, tout en justifiant la mobilisation totale des peuples occidentaux, et donc l’anéantissement de leur tradition de liberté.

Tout cela n’a rien à voir avec la lutte du peuple juif pour préserver son intégrité. La vérité, c’est d’ailleurs que les mondialistes, tout en soutenant Israël, laissent se développer ses ennemis, pour multiplier les foyers de tension dans une région riche en pétrole, que le big business veut absolument contrôler. Tout cela n’a rien à voir avec la lutte du peuple juif pour préserver son intégrité, mais a tout à voir avec le Project for a New American Century des néo-conservateurs. Tout cela a tout à voir avec l’implosion latente de l’Amérique comme « cœur » de la mondialisation marchande, et la nécessité corollaire, pour l’hyperclasse mondialisée d’origine occidentale, de conserver un levier sur son homologue chinoise et indienne, en vue du futur Yalta économique de la planète, prévu pour 2020 ou à peu près. Comme d’habitude, derrière les grands discours sur la civilisation, tout se ramène à une histoire de gros sous. Les fous qui dirigent l’Amérique s’en sont emparé non pour lui faire accomplir sa vocation de nation protestante, travail, épargne, courage, mais pour fabriquer un énième empire débile, enflé et ingérable, et maintenant, ils cherchent des harkis pour les aider à verrouiller leur pouvoir maudit : qu’ils ne comptent pas sur nous ! – N’en déplaise à Faye, dans le « choc des civilisations », non seulement il ne s’agit pas de défendre le principe identitaire, mais bien de lui porter le coup de grâce – y compris d’ailleurs dans sa variante juive, puisque le but, en dernière analyse, est, si j’ai bien lu Attali, de s’emparer de Jérusalem pour en faire la capitale d’un monde régi par l’argent, c'est-à-dire soumis au culte du Veau d’or.

Eh oui, le pognon, c’est toujours là qu’on revient… Si Guillaume Faye arrêtait de nous prendre pour des cons, il avouerait que l’immigrationnisme des élites occidentales, depuis un demi-siècle, n’a rien à voir en réalité ni avec les soi-disant intellectuels juifs (simples lèche-bottes), ni avec les masochistes chrétiens tourmentés (idiots utiles), mais tout à avoir avec la volonté de briser les classes populaires occidentales en brisant les peuples d’Occident. Derrière la guerre des peuples, la guerre des classes.

En réalité, derrière la soi-disant question juive supposée unitaire, il y a une grosse arnaque : nous enrôler comme supplétifs de l’anticroisade conduite par la synagogue de Satan, par cette alliance ignoble de toutes les classes prédatrices et amorales, juives reniées, chrétiennes reniées, musulmanes reniées, contre les peuples, de toutes religions, de toutes origines. Qu’est-ce qu’il croit, Faye ? Que les mondialistes vont nous utiliser pour briser l’Iran, puis pour briser l’islam en terre d’Europe, et qu’ensuite ils nous laisseront incarner à nouveau notre principe identitaire, tranquillement, pour nous remercier ? Ou il nous prend pour des cons, ou c’est lui qui l’est.

Une fois de plus, son « Occident » version nihilisme marchand, à Faye, rien à fiche. Son « Occident », il pue la mort. S’il veut nous convaincre de rentrer dans le lard des musuls au lieu de nous entendre avec eux sur le dos des enfoirés qui ont foutu en l’air l’Occident, le vrai, il a intérêt à proposer des choses concrètes, le frère. Parce que nous, nous ne nous battrons que pour nous-mêmes. Et c’est tout.

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