Évènement

Coupe du monde de déshumanisation

Publié le : 08/09/2009 23:00:00
Catégories : Société

tank_US

Qui est le plus monstrueux ? Le crétin neocon fasciné par la puissance de l'arsenal technologiquement avancé qui rend possible la ratonnade électronique à grande échelle, ou l'islamo-givré qui croit rendre grâce à Dieu en égorgeant les gens devant une caméra ?

Bien difficile de répondre...

En tout cas, n'en déplaise aux islamo-allergiques de service, l'Occident version neocon, dans le registre instrumentalisation politique de la guerre des sexes, tient la corde et ne semble pas prêt de la lâcher. En témoigne cette interview hallucinante parue dans un journal norvégien récemment, et dont nous vous offrons la traduction (en l'occurrence : traduction en Français d'une traduction en Anglais).

Traduction de traduction qui trahit peut-être quelques connotations, mais dont le sens général ne vous échappera pas...

Source : www.aftenposten.no



Lundi 5 Novembre 2008. Une  colonne norvégienne dans les montagnes accidentées et le paysage désertique d’Afghanistan. Trois soldats à l’avant de chaque char d’assaut, quatre fantassins dans le ventre des véhicules. Le rire tonitruant de Tone ne résonne plus, à présent. Il est couvert par le fracas des véhicules en progression.

Soudain, entre des tranchées, elle repère des silhouettes dans la caméra thermique, et cible les formes vert pâle dans son viseur. Elle attend les ordres : feu ! Elle tire neuf rafales. Cinq grenades à chaque rafale. Un peu plus tard arrive le message de confirmation : elle a tué entre 20 et 25 personnes.

Les soldats qui ont pris part à ce combat près de Ghowrmach avaient presque tous à peine plus de vingt ans…

Ci-dessous vous pouvez lire des extraits de l'interview de Tone Gunnes, celle qui a tiré.

Tone assise dans un hall d'hôtel à Stavern. Elle répond par de courtes phrases, qu’elle conclut presque toujours par un sourire. Parfois par un rire tonitruant. Sauf quand elle parle de Christopher Sorli Jorgensen, qui a été tué par une bombe en bordure de route, juste après qu'elle eut connu l’épreuve du feu en Afghanistan.

Avec Christopher, c’était très spécial. Je ne le connaissais pas bien, mais je l'avais rencontré quelques semaines plus tôt.

L'entourage impérial a déclaré que cette mort n'était pas dénuée de sens, car elle prévenait le terrorisme. Est-il possible de donner un sens à une mort ?

Cela dépend de ce que vous avez compris de votre mission là-bas. Si vous allez en Afghanistan avec un but plus profond, par exemple aider les Afghans, les choses ont un sens. Mais si vous y allez parce que vous croyez que ce sera amusant…

Que faut-il comprendre avant d’y aller ?

J'avais à peine 20 ans quand j’ai décidé de partir, et je n’avais pas vraiment réfléchi. Je suis allé là-bas pour l'excitation et l'argent. Et puis les choses ont pris du sens quand j'étais là-bas.

Vous pleurez maintenant, quand vous parlez de Christopher. Mais pas quand vous parlez de vos propres expériences. Avez-vous beaucoup pleuré ?

Un peu. Quand je suis déprimée, tout ça me revient. C'est vraiment une question personnelle. Il y avait tant de choses qui auraient pu mal tourner. Avec le recul je crois que j'ai eu de la chance.

Vous pensez parfois à ceux qui avaient des enfants, des enfants qui les attendaient ?

Ce n'est pas une chose à laquelle on aime penser, dans ces cas-là. C’était eux ou nous. J'ai fait ce que j'avais à faire là-bas.

Eprouvez-vous une forme de culpabilité ?

J'étais celle qui a appuyé sur la gâchette, mais nous étions une équipe et une équipe qui  se trouvait dans le même bateau. C'est le peuple norvégien et le Parlement qui nous ont envoyés en Afghanistan pour faire ce métier.  Je peux justifier mon action, nous devons riposter quand on nous tire dessus.

Avez-vous pensé que vous pourriez avoir des problèmes plus tard dans la vie ?

Oui. Je ne pense pas que ce sera vraiment le cas pour moi, mais... Après les combats, une équipe d'urgence psychiatrique nous a pris en charge, mais personnellement, je n’étais pas fan des discussions avec le psychologue. Il était beaucoup plus important de parler avec ceux qui partagèrent mon expérience. Plus tard, j'ai reçu un formulaire par courrier à propos des séquelles, mais je ne fais pas de cauchemars. Je suis déjà passé là-dessus, et ça ne m’a pas changée. Je continue à prendre la vie du bon côté.

Aimeriez-vous recommencer ?

Sur le coup, ça ne me disait rien. Et à présent, pas davantage. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je n'ai aucune raison de revivre ça. Ce fut une grande expérience, et ce que j'ai fait, je l'ai fait.

Certains Afghans nous considèrent comme des troupes d’Occupation…

Dans les villages éloignés, nous avons rencontré des gens qui ne savaient pas pourquoi nous étions là, mais la plupart déclaraient qu'ils étaient heureux que les forces internationales soient présentes dans le pays.

Pensez-vous que vous avez aidé à défendre les intérêts de la Norvège ?

Je ne sais pas au juste. Bien sûr, nous sommes menacés par le terrorisme, mais l'idée qu’il va frapper chez nous paraît si étrange. Je pense que nous étions là pour les Afghans, pour les aider à reprendre le contrôle de leur pays. Nous avons œuvré pour la paix.

Vous vous étiez posé la question avant ?

Non, je ne me souviens pas en avoir parlé. Mais il faut dire que nous n’y étions pas. A présent, je ne sais pas si j’ai encore le droit de risquer ma vie.

Pourquoi avez-vous décidé de parler de votre expérience en Afghanistan ?

C’est la première fois que je donne autant de détail à des civils. Il y a tant de choses difficiles à comprendre pour ceux qui n'ont pas participé à ces missions sur le terrain… Mais je pense qu'il est bon en tout cas que les autres filles voient que c'est possible d'être une femme dans l'armée et de faire du bon boulot, en travaillant dur. Ce n’est pas un truc réservé aux machos.

Le parlement norvégien a répondu oui, sans hésiter, à la question de savoir si des femmes soldats devaient être envoyées en Afghanistan.

Partager ce contenu