Évènement

Courjault et Brossard

Publié le : 27/06/2009 00:00:00
Catégories : Société

femme

Récemment, deux faits divers ont fait les gros titres de la presse.

Courjault, la dame qui a tué trois de ses gamins par surcongélation.

Brossard, la dame qui a tué son amant, le banquier Edouard Stern, parce qu’il l’avait traitée de pute.

Verdict : huit ans chacune. C'est-à-dire, en réalité, quelques mois de prison effectifs pour ces deux dames.

Qu’en dire ?

Eh bien, sans doute que sont des verdicts de femmes pour femmes.

Imaginons, selon le processus contre-festiviste de Philippe Murray, l'inversement sexuel des rôles dans les deux dossiers : Mr Courjault comparait pour avoir tué trois de ses gamin fraîchement mis au monde ; Mr Brossard tue sa maîtresse car celle-ci a eu le culot de le traiter de connard.

Admettons, de même, que les juges aient eu des couilles.

Quels eurent été, dès lors, les verdicts ? Vingt ans de tôle minimum, à coup sûr !

Voyons maintenant l’aspect médiatique de l’affaire.

Dans notre réalité si irréelle, les journalistes n'en ont pas fait plus qu’il ne convenait. Leur ton est resté monotone, on aurait cru qu’ils évoquaient une histoire de chien écrasé. A la limite, on a pu se demander, par moment, si une certaine fascination ne venait pas troubler le jugement. Il faut dire que l’affaire Courjault a le mérite d'être pimenté par le coup du congelo, nouvelle arme eugéniste. Quant à l’affaire Brossard, elle était croustillante, et ici ou là, on a cru remarquer une référence perverse, sous-jacente mais palpable, à l’étrange amour-courtois postmoderne - si tant est qu’on puisse parler d’amour s’agissant d’un jeu où le gode-ceinture remplace la rose, et où la combinaison en latex tient lieu d'étoffe à ceux qui n’en ont plus.

Voilà pour le traitement médiatique de ces affaires emblématiques…

Mais, toujours en inversant les rôles tragique-comique, quel aurait pu être le traitement de telles affaires… avec des hommes dans le rôle des bourreaux ?

Pour la première affaire, les rédactions de France nous auraient parlé de l'incroyable fréquence du fait dans les années 1940. Pour les plus vindicatifs, on serait peut-être remonté aux temps obscurs du moyen-âge, afin de mieux stigmatiser une possible résurgence génétique de l'instinct mâle, instinct que bien sûr on nous aurait pressé d’annihiler.

Pour la seconde affaire, je vous parie qu’une multitude de groupuscules féministes nous auraient parler des contraintes sexuelles que les femmes, tous les jours, doivent endurer pour assouvir l'égo de leur mâle dominant, « Non, chéri, pas par là... aïe ».

Bref, c’est comme ça.

On en est arrivé au point où la vie d’un homme vaut moins que celle d’une femme. Où la dignité d’un homme vaut moins que celle d’une femme. Où la justice pèse d’un poids différents deux groupes, la Race des Seigneures en-haut, le peuple mâle, en bas. Devant un plateau-télé tiède et la gueule de Laurence Ferrari, tout aussi tiède d'ailleurs, monsieur Moyen ne l’a probablement pas remarqué. Mais c’est bien de cela qu’il s’agit.

Observons également la réaction du mari de dame Courjault, dit « bonne maman » (ça ne s’invente pas). Il pardonne d'avance, le bichon. Tout aimant, tout castré devrait on dire, c’est tout juste s’il ne présente pas des excuses. Il faut dire qu’il n'a d'autre option que de croire en la véracité du déni de grossesse : « C'est pas sa faut à la Véro ! Le chiare, avec le déni de grosse tête, y pousse en long et le bidon de ma Véro, il a pas fait de gonfle ». Mettons-nous à sa place : s'il admettait qu'il a épousé un monstre il risquerait un œdème cérébral.

La vérité, c’est que ces affaires illustrent à merveille la dynamique de nos sociétés : la femme (et plus particulièrement la bourgeoise parasitaire) comme nouvelle figure du pouvoir le plus oppressif, le plus violent, le plus insidieux et, en même temps, le plus meurtrier. Virginie Despentes est célèbre pour avoir écrit une phrase bien balancée qui constituait aussi un aveu : « Il est temps pour les femmes de devenir les bourreaux ».

Nous y sommes.

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