Crash programmé : le pilote est virtualisé

Publié le : 18/10/2009 23:00:00
Catégories : Economie

flagHonnêtement, Michael Moore n'est pas ma tasse de thé. Je ne lui pardonne pas d'avoir donné tête baissée, pendant des années, dans le discours libertaire, sans comprendre que c'était un piège. Ce type a contribué à entretenir les faux clivages créés par l'ingénierie médiatique du Système. Il a contribué aussi à enfermer la gauche américaine dans la revendication des fausses libertés, destructrices des bases de la force, et ce faisant, il a aidé à affaiblir son propre peuple.

Pour autant, il existe un aspect du discours de Moore avec lequel je suis obligé d'être d'accord : quand il parle du délire insensé qu'est devenu le capitalisme virtualisé à l'Américaine, il vise juste. En témoigne ce petit article publié sur son site, où l'on apprend qu'aux USA, la démolition des classes productives par les élites prédatrices a définitivement cassé les élites productives. Lisez, et souvenez-vous que tout cela se passe dans un pays où un trader de Goldman Sachs peut se faire des millions de dollars en spéculant avec votre argent, sur un marché confisqué par les banksters.

Attachez vos ceintures, relevez la tablette, placez vos sièges en position de sécurité... et priez.




LES PILOTES DE LIGNE DEPENDENT DE L'ASSISTANCE PUBLIQUE POUR SE NOURRIR

Par Michael Moore


On descend des 6.000 mètres quand l'hôtesse se penche sur la vieille dame assise à côté de moi et me tapote l'épaule. "Le pilote voudrait vous parler dans le cockpit, après l'atterrissage," me dit-elle avec l'accent du Sud.

"J'ai fait quelque chose de mal ?"

"Non, il a quelque chose à vous montrer." (la dernière fois qu'une employée d'une compagnie aérienne voulait me montrer quelque chose, c'était une réprimande écrite pour avoir consommé un plateau repas sans le payer. "Oui," m'avait-elle dit, "maintenant, nous devons payer nos propres repas en vol.")

L'avion a atterri et j'ai suis entré dans le cockpit. "Lisez ça," me dit le premier officier en me tendant une lettre que lui avait envoyée sa compagnie aérienne. C'était un avertissement. Ce pauvre type avait posé trois jours d'arrêt maladie l'année précédente. La lettre le mettait en garde : il ne devait plus en poser. Sinon...

"Super," ai-je lancé. "Vous venez travailler malade, vous décollez, et puis vous venez me demander le sac à vomi dans ma poche du siège."

Il m'a ensuite montré son bulletin de salaire. Il s'était fait 405 dollars cette semaine. Ma vie était complètement entre ses mains depuis quelques heures, et il était payé moins que le gosse qui livre mes pizzas.

J'ai dit à ces types que mon nouveau film incluait une séquence sur la manière dont les pilotes étaient traités (juste un exemple de la manière dont les salaires ont été réduits et la classe moyenne décimée). Dans le film, j'interviewe le pilote d'une grande compagnie, un type qui s'était fait 17.000 dollars l'an dernier. Un gars qui est a dû manger grâce à l'assistance publique pendant quatre mois. Un autre pilote dans le film avait un deuxième boulot comme promeneur de chien.

«J'ai un deuxième emploi !», se sont exclamé les deux pilotes à l'unisson. L'un donne des cours du soir. L'autre travaille dans un café. Vous savez, c'est peut-être juste une de mes lubies, mais les deux professions dont les travailleurs ne devraient pas avoir besoin d'un deuxième emploi sont à mon avis les chirurgiens du cerveau et les pilotes d'avion. Dites que je suis fou si vous voulez.

Je leur ai raconté comment le capitaine "Sully" Sullenberger (le pilote qui a atterri sans problème sur la rivière Hudson) avait témoigné au Congrès sur le fait qu'aucun pilote ne pousse plus ses enfants à devenir pilotes. Les pilotes, a-t-il dit, sont complètement démoralisés. Il a raconté comment son salaire a été réduit de 40% et sa pension anéantie. La plupart des TV n'ont pas rendu compte de ses remarques, et les parlementaires les ont rapidement oubliées. Ils voulaient juste lui faire jouer le rôle du héros, mais il avait mieux à faire. Et il est dans mon film.

"Je n'ai entendu nulle part que vous parliez des compagnies aériennes dans ce nouveau film," dit le pilote.

"Non, vous ne pouviez pas," répondis-je. "La presse aime bien parler de moi, pas de mes films."

Et c'est vrai. J'ai été surpris (et un peu irrité) que, avec tout ce qui a été écrit et dit de "Capitalism: A Love Story", très peu d'attention a été donnée au côté stupéfiant du film : les pilotes, les coupons alimentaires, les entreprises qui souscrivent secrètement des polices d'assurance-vie sur les employés parce qu'elles espèrent qu'ils vont mourir jeunes et que l'entreprise pourra toucher la prime, les commissions occultes versées aux juges par l'industrie des prisons privées en échange de l'incarcération de personnes innocentes (des enfants). La recherche du profit ? Une machine à tuer.

Surtout quand votre pilote a commencé sa journée de travail à 6h du matin, au Starbucks local.

(source)

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