Évènement

De la nécessité du pilori et du rétablissement de la justice civile

Publié le : 06/09/2008 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles par intervenants , Articles par thèmes , Humour , Saint Martin

supplice

Le traitement des déviances sociales graves ne provoque pratiquement plus de débat, de nos jours. Une attristante majorité de blaireaux s’est laissée convaincre que la prison était la réponse à pratiquement tout, l’essentiel étant de s’entendre sur le « rôle » des institutions carcérales. Pour les uns, c’est une manière de mettre les braves gens à l’abri des mauvais garçons ; pour d’autres, le but est avant tout de réinsérer les délinquants, envisagés comme des pestiférés guérissables par la seule vertu du confinement temporaire. Mais tout ce petit monde forme à nouveau un troupeau uni quand il s’agit d’affirmer que même la vie d’un violeur ou d’un assassin est assez sacrée pour qu’on lui donne une seconde, une troisième, une énième chance plutôt que de régler le problème à la chinoise.

S’il y a un vrai débat, un tout petit, il oppose ledit troupeau à quelques irréductibles plus ou moins mytho qui prônent le rétablissement de la peine de mort.

Que ce rétablissement soit parfaitement souhaitable et urgent ne fait aucun doute, mais là n’est pas la question. Aucune envie de reprendre ici les arguments pro et contra, la chose est simple : il est des actes qui vous retirent définitivement le droit de vivre parmi les hommes, et vous en isoler par des murs pendant vingt ans n’y change rien.

Quand il s’agit de pourrir la vie d’autrui, l’imagination du bipède ordinaire a aussi peu de limites qu’un putain de forfait téléphonique spécial collégienne. A l’inverse, l’arsenal répressif qui lui correspond est d’une pauvreté affligeante. Il évoque un dispensaire de brousse où l’on n’aurait que de la pénicilline et des sparadraps pour combattre les pires épidémies. La prison pour tout le monde, l’asile pour les plus révoltants, et le spectre odieux de la peine capitale pour bien faire comprendre à Monsieur Moyen que les deux premières alternatives sont les seules dignes d’une démocrassie moderne.

Il existe pourtant quantité de degrés de punition entre l’hôtel forcé et la décapitation, degrés dont personne ne semble plus connaître l’existence. C’est comme si leur simple évocation annulait votre certificat de Citoyen Présentable. Ce sont des choses « contre les droidloms », voyez-vous, des actes de barbarie, des fantasmes malsains pour joueurs de D&D niveau Expert – et autres fouteries auxquelles on voudrait pouvoir répondre systématiquement par des coups de pied aux parties. Mais c’est malpoli. Alors on abandonne la conversation. On picole en se répétant, à chaque fois que l’aube vient blanchir le ciel, que Kaczynski et McVeigh sont décidément les seuls à avoir tout compris. Et puis on note quelques idées sur le papier pour les Angry Few. Passons.

Drainer la société du pus qui la boursoufle depuis un bon demi-siècle supposerait pourtant le rétablissement immédiat de plusieurs bonnes vieilles recettes, moins stupidement coûteuses que la taule et plus pédagogiques que l’extermination. Entre ces deux extrêmes moyennement productifs, se trouvent moult recettes à base de la seule chose qui fasse entrer un peu de bon sens dans les cervelles les plus corrompues : la douleur abominable et sa palette infinie de degrés en cruauté.

Rappelons-nous tout d’abord du carcan. Il permettrait de promener ça et là les responsables de délits moindres, pendant quelques heures ou quelques jours, histoire de les exposer à la fureur publique – ou tout simplement à l’amour du lynchage qu’éprouve naturellement tout groupe supérieur à trois personnes. Ça fout les jetons, ça permet de récolter nombre de crachats et de déchets ménagers, ça rend infréquentable pour longtemps dans bien des quartiers, c’est didactique quoi.

Prenons ensuite le pilori : admirable invention qui permet de mettre un indésirable en quarantaine sans pour autant lui fournir le gîte, le couvert dépendant de la générosité du passant. Pour peu que le condamné soit surveillé en permanence par quelques miliciens, sa sécurité semble relativement assurée ; il suffit de promettre un sort semblable à tout aspirant assassin pris sur le fait. Ensuite, les arbalètes et les jets de pierre mortels, ma foi, ça relève des impondérables qu’une société virile doit savoir accepter. Humiliation publique durable, exposition aux pires conditions météorologiques, douleurs remarquables dues à l’immobilité dans des postures peu naturelles, de quoi faire gamberger bon nombre d’ « Incivils », et autrement plus efficacement que l’œil mort d’une caméra de surveillance.

Déjà plus vache, la flagellation publique. On n’en meurt pas, mais on en conserve de durables traces, sans compter la douleur fulgurante qui perdure bien des jours après la distribution des coups. Il va sans dire que la désinfection immédiate des plaies serait à la charge des autorités, le but n’étant pas en plus de refiler une mauvaise infection au supplicié. Au spectacle public de son impuissance et de sa souffrance s’ajoute l’immobilité forcée permettant la cicatrisation, puis le rappel inscrit à jamais dans sa chair des vilénies lui ayant valu un tel salaire. En n’épargnant pas le visage, on s’assurera que l’individu sera repéré facilement par ses contemporains, qui mettront entre eux et lui la distance qu’ils jugeront nécessaire.

Dans un même esprit, le marquage au fer rouge peut s’avérer des plus profitables pour signaler à la population tel individu connu pour des agissements pas propres ou des conduites dangereuses. On s’en remet à la fantaisie du bourreau : une seringue stylisée sur le front des dealers, un dollar sur la joue des spéculateurs, insultes ou gribouillages, citations bibliques ou bas-reliefs édifiants, let the punishment fit the crime comme disent les rosbifs. Une sanction à la carte, plus démocratique tu pètes contre un lance-flammes.

Un degré de plus dans l’horreur du crime, et nous pouvons passer à l’amputation. Couper la main d’un voleur semble exagéré, mais priver un pédophile de ses organes génitaux paraît relativement raisonnable. Le concept, ça paraît assez clair, est de punir le criminel par là où il a péché. Ce n’est pas toujours évident, il faudra donc prévoir des adaptations, des équivalences.

N’oublions pas enfin la lapidation, qui a l’avantage de combiner bien des avantages : une certaine convivialité rustique, un recours à des ressources naturelles renouvelables et une chance de survie laissée au condamné selon la hauteur à laquelle il est préalablement enterré. La justice est rendue, la populace se défoule, le condamné conserve l’espoir d’une rédemption en ce triste monde par la voie de ses efforts pour survivre, tout le monde y trouve son compte.

En fait, il n’existe qu’une seule objection sérieuse à une discussion apaisée sur la pertinence du rétablissement de tels usages. Non, pas « C’est ce que font les nazislamistes, convertissez-vous carrément tant que vous y êtes. » L’objection considérable, c’est que de si beaux outils feront fatalement du mauvais boulot entre les mains grossières de l’Etat centralisé. Il serait donc indispensable de gamberger également sur de nouveaux ouvriers à qui les confier. Rétablir des antennes indépendantes d’une nouvelle Sainte Vehme au niveau local ou régional s’impose donc comme une évidence.

La justice civile expéditive convient à des temps de désagrégation politique comme l’Europe en a déjà souvent connus, et comme elle en connaît actuellement sans que grand-monde ne se risque à l’admettre. L’existence de « zones de non-droit », qui en fin de compte fait assez peu hurler ce qu’il reste de la droite réactionnaire, n’est qu’un symptôme parmi d’autres de la fin du règne de l’Etat-Nation. Les nations sont trahies par leur Etats depuis au moins la Guerre de 14, de façon encore plus flagrante depuis le suicide collectif de 39-45, et de manière quasi officielle à l’heure de la mondialisation et la financiarisation de l’économie sous le regard passif et/ou complice des instances politiques. Des résidents illégaux sur le territoire européen bénéficient du soutien logistique et médiatique de mafias post-bolchos reconnues par les gouvernements et financés par eux la plupart du temps. Un lumpen plus parasitaire et collabo que jamais transforme les quartiers populaires en favélas de béton, où tout commerce est un trafic ou une arnaque, et où les quelques résidus de culture s’inspirent ouvertement des tams-tams électriques des égouts du Bronx. Ne sont assurés de la protection policière que les fils de présidents à scooters volés ou les saltimbanques de luxe à villa corse. Mais Monsieur Moyen apprend à ses frais qu’il est toujours seul, tant face à la racaille que face à la police, et qu’il ne doit compter sur personne pour assurer la protection de ses biens et de son clan. Ne doit faire confiance aux tribunaux que celui qui ne crache pas sur les parlements.

Il faut en finir, et vite, avec les accusations de lâcheté et de démission. Nos élites, syndicats, patrons et députés, font au contraire très consciencieusement leur boulot, qui consiste à nous vendre aux chacals publicitaires, aux hyènes spéculatrices, aux gangs urbains, aux bétonneurs de campagnes, aux trafiquants de sommeil, aux modificateurs de gènes de tomates, aux concasseurs de tout ce qui donnait à notre civilisation sa noblesse, sa grandeur, sa justification.

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