Évènement

De l’érosion des libertés publiques dans la France normale ou de la technique du pied dans la porte

Publié le : 15/07/2012 14:52:36
Catégories : Politique

haldeNicolas Sarkozy avait prévenu qu’en cas de censure par le Conseil constitutionnel de la loi sur la pénalisation de la négation du génocide arménien, il déposerait un nouveau texte pour échapper aux mailles du filet des Sages. Sarkozy battu, on pouvait légitimement s’attendre à ce que ce projet de loi soit enterré : il n’en est rien. François Hollande, lui aussi, compte nous concocter une loi Gayssot-bis. Comment expliquer un tel acharnement de l’UMPS ? L’influence du lobby arménien est-elle suffisante pour tout expliquer ? Pourquoi perdre son temps à légiférer sur un problème sans importance si éloigné des urgences du moment ? Nous répondrons à cette question après avoir examiné la décision du Conseil constitutionnel qui censura la première loi.

Censure molle et absence de condamnation du délit d’opinion

Avant de nous pencher sur les motifs de la censure du Conseil Constitutionnel, jetons un œil sur les griefs invoqués par les parlementaires français. Avec aberration, nous découvrons ceci : la loi serait contraire au principe d’égalité, car elle ne vise que la négation des génocides reconnus par la loi française ! Effectivement, les génocides n’ayant pas fait l’objet d’une reconnaissance par la loi ne sont pas concernés... Ce grief absolument stupide est un excellent témoignage de la nullité de nos parlementaires et de leur esprit tordu. Car selon l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, ce ne sont pas les génocides qui sont égaux en droit, mais les hommes ! Comment un argument juridique aussi grotesque a-t-il pu être pris au sérieux une seule seconde ? Que le lecteur nous croit bien lorsque nous disons qu’il s’agit là d’un véritable signe de fin des temps, tant la décrépitude intellectuelle est immense.

La loi censurée avait pour objet de réprimer les individus qui auraient contesté ou  minimisé « de façon outrancière » un génocide reconnu par la loi française.

Le Conseil Constitutionnel censure cette loi, estimant que les lois reconnaissant des génocides ne sont pas censées avoir de portée normative. Partant, en réprimant la négation de génocides que le législateur aurait lui-même reconnu, celui-ci porte une atteinte grave à l’exercice de la liberté d’expression. Ici, le Conseil constitutionnel censure le fait que le législateur ait restreint l’exercice de la liberté d’expression, alors qu’il n’est compétent que pour en sanctionner les abus (exemple : diffamation).

De prime abord, il n’y a rien à redire sur la décision du Conseil (encore que l’on eût souhaité une  motivation plus étoffée) puisque la loi est censurée.

Mais telle qu’elle est articulée, en jonglant avec la question des génocides reconnus ou non par la loi, cette décision laisse la porte ouverte à une nouvelle loi. C’est là que l’on s’aperçoit que le Conseil a loupé le coche, se privant d’un argument clair et dirimant : si cette loi doit être censurée, c’est parce qu’en démocratie (entendez : en état de droit, car nous ne sommes pas en démocratie), il n’est pas de place pour les délits d’opinion, marque par excellence des régimes totalitaires.

On ne peut que déplorer que le Conseil se soit abstenu de consacrer avec force la prohibition des délits d’opinions.

Résultat : Flamby nous prépare une autre loi qui cette fois-ci visera tous les génocides (quid du génocide vendéen ?) et non plus seulement ceux reconnus par la loi. En cas de nouvelle saisine, que répondra alors le Conseil ?

Le Pied dans la porte, théorie et précédents historiques

La technique du Pied dans la porte consiste en ceci : faire à autrui une demande qui est difficilement refusable, qui exige peu d’effort ou d’investissement, soit un acte minime qui sera très probablement accepté. Puis, dans un second temps, après que la personne ait accepté, faire une deuxième demande qui sera cette fois-ci plus coûteuse. La personne sollicitée, se sentant engagée par le premier acte, aura alors beaucoup de mal à dire non pour la seconde requête ; requête qui aurait été catégoriquement refusée si elle avait été faite en premier lieu. En résumé, on demande peu dans un premier temps, puis beaucoup par la suite, car le « beaucoup » ne peut être obtenu s’il est exigé de but en blanc.

A titre d’exemple, en 1966, Freedman et Fraser réalisèrent l’expérience suivante : demander à des personnes si l’on pouvait effectuer chez elles un inventaire de leurs biens. Parmi les personnes sollicitées, certaines d’entre elles avaient été contactés trois jours avant pour remplir un questionnaire sur le savon qu’elles utilisaient. Les personnes ayant répondu au questionnaire (la petite demande) acceptèrent la réalisation de l’inventaire de leurs biens (la grande de demande) dans des proportions beaucoup plus élevées que celle n’ayant pas fait.

Ce que l’auteur prétend, c’est que cette loi sur le génocide arménien fait partie d’une « première demande », soit une restriction des libertés publiques qui ne coûte rien, qui ne vise presque personne, et qui, du fait de l’absence de conséquence concrète pour la quasi-totalité de la population, sera acceptée par celle-ci.

Est-il délirant et paranoïaque de craindre dans un second temps, quand la crise aura produit tous ses effets en terme de paupérisation et d’explosion de la délinquance, que puisse venir une vague de lois réduisant à peau de chagrin nos libertés publiques ? Ne doutons point que toutes ces lois seraient par ailleurs faites au nom de bons principes, tels la sécurité ou la lutte contre le racisme et les discriminations.

C’est avec une certitude absolue que votre serviteur affirme que le Système veut nous  habituer à un climat d’oblitération des libertés publiques pour peu à peu, en douceur, nous faire accepter nos nouvelles chaines.

Cette crainte, donc, est-elle paranoïa ? Les individus dont le cerveau a été retourné par l’idéologie dominante et le politiquement correct répondront par l’affirmative et n’y verront qu’un fantasme complotiste.

Mais ces imbéciles, qui reçoivent notre crainte avec un haussement d’épaule ironique et moqueur, savent-ils que Mussolini, avant d’instituer le premier Etat fasciste, a légalement gouverné son pays de façon parlementaire durant trois années (1922-1925) ? Et savent-ils que le fascisme n’a pas été brutalement instauré, d’un seul coup, par un renversement de régime ou un coup d’Etat, mais progressivement, à nouveau pendant trois années (1925-1928), par l’édiction de plusieurs lois successives, dites « lois fascistissimes » ?

Savent-ils également qu’il en fut de même outre-Rhin, et que la destruction de la démocratie allemande a commencé avant l’intronisation d’Hitler, dès 1932, lorsque Von Papen proclama la loi martiale ? Savent-ils que les mesures autoritaires prises par Hitler dans un climat de quasi-guerre civile, ne choquèrent pas le peuple et qu’elles ne lui semblèrent être que la stricte continuation des mesures autoritaires prises depuis plusieurs années ?

Savent-ils que ni le peuple allemand, ni le peuple italien ne virent se mettre en place un nouveau régime, habitués qu’ils avaient été à une lente érosion de leurs libertés publiques ?

Non, ils l’ignorent et s’en moquent, se croyant supérieurs aux acteurs de l’Histoire passée. Tout enflé de l’orgueil d’appartenir au triste monde qui engendra Arthur, Secret story, La Fouine, le néolibéralisme, le mariage gay (oxymore), la théorie du genre, l’UMPS et autres horreurs, ils baignent dans une innocence qui illustre cette phrase lumineuse de Marshall McLuhan : «  Seuls les plus petits secrets ont besoin d'être protégés. Les plus gros sont gardés par l'incrédulité publique. »

Se croyant au-dessus de toute menace de ce type, l’individu lambda, c’est-à-dire lobotomisé, désinformé et structuré par l’inversion des valeurs, se berce dans une candeur qui doit faire hurler de rire et de mépris nos maîtres de l’oligarchie financière ; maîtres qui, si la défense de leurs intérêts et la pérennité de leur domination l’exigent, ne se gêneront pas une seconde pour éradiquer les libertés des pathétiques serfs que nous sommes à leurs yeux.

Le Mal existe-t-il encore ?

De ceci, on comprend que la grande faiblesse de l’homme occidental contemporain, et elle frôle la folie, est qu’il ne croit plus au Mal. La malveillance est quelque chose qui appartient aux temps d’autrefois. De nos jours, on ne trouve plus de tyrans, d’individus cruels, sans pitié, mûs par la simple envie de nuire.

Penser, évoquer le fait qu’il puisse exister des êtres malfaisants est un effort intellectuel impossible au con(sommateur) contemporain. Au mieux, cette suggestion pourrait-elle susciter des ricanements gras. Mesure-t-on la stupidité historique, la béatitude criminelle qu’un tel réflexe conditionné engage ? La propagande du Système a marché à merveille si l’on accepte de bien constater à quel point les dominés sont devenus des agneaux naïfs, prêts à tout moment à se faire dévorer avec consentement. Chapeau l’artiste.

« La plus grande force du diable, c’est d’être parvenu à se faire nier ! », disait Huysmans, grand écrivain qui savait de quoi il parlait, puisqu’il passa par le satanisme avant de se convertir au catholicisme.

Il n’est que trop clair que la France normale de François Hollande, c’est la France à genou.  En ceci, elle ne se différencie guère de celle de son prédécesseur.


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