Évènement

Délire littéraire sur fond de révolution arabe

Publié le : 11/02/2011 23:16:16
Catégories : Actualité

tunisie

[Avertissement : ce récit sans queue ni tête a été produit par votre serviteur en mélangeant deux conversations avec des amis d’origine nord-africaine, une lecture attentive du web et quelques verres de vodka-pomme – la part de la vodka  dans la synthèse n’est pas aisée à déterminer…]

LE  NARRATEUR A LA VOIX D’ORSON WELLS DANS LE TROISIEME HOMME. CE QUI SUIT EST LA TRADUCTION FRANÇAISE DE SES PROPOS. LA GROSSIERETE EN A CEPENDANT ETE ATTENUEE.

C’était un soir d’hiver à Paris. J’avais donné rendez-vous à mes informateurs dans un bar même pas louche fréquenté par les pires bobos du Marais, des espèces de sous-taffioles que tu trouves qu’en France.

Mes gars étaient assis à une petite table au fond de la salle de derrière. Il y avait Mohammed l’Islamiste, dit Momo l’Islamo (MOI), Moktar le barbouze arabe, dit Momo l’arabe (MOA), et aussi Maurice S. Rosenberg (S. pour Shalom), dit Momo tout court.

J’ai lancé, en m’installant : « Putain, les sémites, vous faites chier. C’est quoi encore ce bordel ? »

MOI s’est excusé : « Pardon, Sir, Sahib, Colonel, on a été pris de vitesse ! »

MOA plastronnait : « Je vous avais prévenu que ça sentait le souffre. »

Momo tout court a cru pouvoir couper court : « M’en fous. S’ils font chier, on nuke tout et c’est marre. »

J’ai compris qu’il fallait tout de suite recadrer l’équipe.

J’ai dit aux arabes : « Le passé, c’est le passé. Maintenant, on se tourne vers l’avenir, et on agit. »

Puis je me suis tourné vers Momo tout court, et je lui ai balancé, en le regardant droit dans les yeux : « Et personne ne nuke personne avant que J’AI donné l’ordre. »

Momo tout court a blêmi sous l’insulte. Humilié par son ami américain, et devant les deux arabes qui n’en perdaient pas une !

Il n’en revenait pas.

Moi, je m’en foutais, de ses états d’âme. Il allait falloir qu’il s’habitue à la nouvelle méthode : dialogue franc et fructueux. Fini les politesses ! Fini les parties d’échecs en polo à Camp David, comme au temps de Begin ! Plus le temps ! On a une guerre avec la Chine à préparer, quoi, merde. Alors leurs histoires de bédouins minables et de rabbins en transe, finito.

J’ai ajouté, pour que le message soit clair : « Mon boss vient de parler aux Egyptiens. Ils l’ont appelé pour connaître les consignes. »

Momo a baissé les yeux vers son verre. De la vodka pomme, comme d’habitude. Encore une soirée où il boirait un pommier. Et la vodka qui va avec.

Honnêtement, ça m’a fait marrer de le voir comme ça. Dix ans passés à écouter les âneries des neocons et autres suceurs de pénis circoncis, ça mérite un dédommagement.

Qui paye, commande.

Et qui les paye, les militaires égyptiens, hein ?

The United States of America.

Et personne d’autre!

Non mais.

 

*

Le serveur est venu prendre ma commande. Je l’ai traité comme un chien. Je fais toujours ça en France, j’adore humilier les Français. Surtout en présence des arabes. Je n’aime pas les Français. Je n’aime pas leur espèce de club des losers qu’ils ont fait avec leurs nouveaux copains boches. Je me méfie de ces types. Faut toujours leur faire sentir qui est le patron, et surtout le faire sentir aux autres. Particulièrement aux arabes.

Les arabes, c’est autre chose. Dans l’absolu, je les place encore plus bas que les Français. C’est des Siciliens même pas foutus d’organiser une mafia.

Mais voilà : je n’ai pas forcément intérêt à les humilier. Pas en ce moment…

Je regardais MOA, assis en face de moi. Il m’avait prévenu depuis plusieurs mois pour l’Afrique du Nord, la Tunisie surtout. Un bon informateur, un analyste pertinent. Je repensais à son rapport sur la Tunisie. La bourgeoisie qui n’en pouvait plus des exactions du clan Ben Ali, le pays des coffres-forts planqués dans toutes les maisons de rupins, le pays où les riches n’osaient même plus mettre leur fric à la banque, de peur que le Grand Homme local ne mette le grappin dessus, un royaume d’Ubu gouverné par Harpagon, comme diraient ces cons de Français qui, bien sûr, n’avaient rien vu venir.

La Tunisie, c’était aussi, me disait MOA, le pays où les pauvres devaient bouffer avec 200 euros par mois, dans l’intérieur des terres, là où c’est vraiment le tiers-monde. J’en avais rigolé, je me souviens, de son rapport : « Quoi, tu déconnes, z’ont pris des goûts de luxe nos arabes ? Avec 200 euros, ils sont heureux comme des gosses, ces gens-là ! » Et Momo, tout doucement, qui me disait : « Les choses changent, boss. Ils savent lire, ils ont Internet. C’est une configuration 1789, boss : une bourgeoisie qui veut virer le roi, et un peuple qui vient d’apprendre à lire et manque de pain. Ça craint, boss. »

Il avait raison, j’aurais dû l’écouter. On avait une ambassade truffée de dispositifs d’écoute, là-bas. En plus, c’était le bon plan pour faire atterrir et décoller des furtifs, ni vu ni connu. On était peinards en Tunisie, et on voulait que ça dure, ce côté peinard.

Total, maintenant, il allait falloir leur filer au moins 300 euros, aux pauvres, là-bas, pour qu’ils bouffent. Surtout avec toutes les conneries des youpins de Goldman Sachs, l’inflation qui se pointait, des pauvres partout qui avaient appris à lire et cette putain d’inflation… Un putain de cauchemar géostratégique, voilà ce qu’on avait au programme.

J’ai jeté un regard noir à Momo Rosenberg. Putain, les sémites, ils font chier… On a une guerre en vue avec les niakoués, mon pote, alors faut pas trop nous courir, là.

*

Mon téléphone portable a sonné. C’était le boss. En langage codé, il m’a briefé rapido sur sa conversation avec l’autre connard galonné, en Egypte. Ça craignait. Le mec balisait comme une chochotte à l’idée de se prendre les feujs sur le paletot.

D’un côté, fallait le comprendre : quand t’as des voisins suicidaires équipés têtes nucléaires en solde, tu demandes la permission avant de bouger un orteil. Mais en même temps, ça faisait chier, toujours ces conneries de sémites, tout ça pour des histoires de lieux saints à la con, de droits de l’homme et autres branlettes d’europédés.

J’ai remis mon portable dans ma poche.

Momo l’Ashkénaze pas si naze m’a branché : « Je parie que c’était ton boss, et je parie qu’il t’a dit d’y aller mollo avec nous. »

Putain, ces enculés avaient pré-cadré le galonné raton ! Ni vu ni connu ! Bien joué. En Tunisie, on menait la danse, mais en Egypte, nuance : Momo tout court et ses potes voulaient avoir leur mot à dire. Message clair et net.

J’étais en rogne, mais j’ai compris qu’il fallait rester soft. Les arabes écoutaient.

« Restons calmes, » j’ai dit. « On ne peut pas stabiliser ce bordel si tu ne relâches pas la pression, faut savoir lâcher du lest parfois, et ça te concerne aussi. Alors tu te calmes, ma poule. »

D’habitude, quand on sent que ça va chauffer entre nous, on se la joue good cop bad cop, avec Momo tout court. Ça nous permet de positiver. On fait semblant d’être des gars qui font semblant de pas être d’accord. Ça impressionne les arabes, ils pigent jamais exactement notre jeu, ils nous croient plus unis qu’on l’est, tout en ayant l’impression qu’on cherche à leur faire croire exactement le contraire. Total, on enfume tout le monde et on s’arrange pour les niquer, les bédouins, ce qui nous réconcilie sur leur dos, en somme.

Mais là, Momo tout court me regardait d’un sale œil, genre « j’ai pas compris le sketch », alors j’ai fait : « Et les false flags, c’est pareil : c’est moi qui dis quand. Tes potes égyptiens ont complètement merdé leur opé sur les coptes, t’as noté ? »

En langage clair, ça voulait dire : et t’as noté que cette fois, comme t’avais fait ta combine dans notre dos, on a commencé à laisser filtrer des infos ?

MOI a fait, d’une voix mielleuse : « Si c’était nos réseaux qui s’en étaient occupé, Sir, Sahib, ça ne se serait pas passé comme ça. »

Momo l’Ashkénaze ne lui a prêté aucune attention, bien sûr. On parlait entre gens sérieux.

MOA n’en perdait pas une, et soudain, j’ai réalisé qu’après tout, de toute la bande de sémites de merde qui faisaient chier, c’était pas forcément lui qui passerait par pertes et profits, quand on serait bien obligé d’en rabattre et de sacrifier quelques pions.

Au fond, le plus emmerdant, c’était peut-être Momo l’Ashkénaze. Le gars qui peut presque donner des ordres à ton patron, il est emmerdant, faut bien dire.

C’était la première fois que ça me passait par la tête, comme idée, et j’ai senti que Momo, en  face, je veux dire Rosenberg, lui aussi, il venait d’y penser idem.

Et une belle amitié qui s’effrite…

Putain, tout ça parce que ces cons d’arabes apprennent à lire et veulent bouffer comme ces dégénérés de pédales françousses…

Z’étaient pas là pour mater le bougnoule, au fait, ces cons-là ?

D’un coup, Momo Rosenberg a fait : « Laisse tomber, on est sur les nerfs. »

J’ai fait : « Tout le monde est sur les nerfs. Putain, j’ai mail à la tête. J’ai des rapports flippants sur les capacités chinoises en Mer de Chine, j’ai des rapports flippants sur les projets entre Turcs et Syriens, j’ai ce con de Chavez qui délire à bloc pire que Castro dans ses mauvais jours, j’ai du pétrole plein le golfe du Mexique, une frontière sud poreuse, Bernanke qui répond même plus au téléphone quand on l’appelle pour savoir combien il va balancer de fric dans la nature, des statistiques plus truquées qu’en Albanie… Je suis sur les nerfs comme tu peux pas savoir. J’ai pas besoin qu’en plus, tu nous empêches de stabiliser le Middle East pour vos histoires de sémites, quoi, tu comprends ? »

On est resté un moment à se regarder en chiens de faïence, Momo et moi, et puis son téléphone a sonné.

C’était les russkis.

Ah merde, je les avais oubliés, ceux-là.

Alors comme ça, ils appellent Momo tout court sans m’en parler ?

Je vieillis, les gars. Le jeu devient trop compliqué, je perds le fil.

MOA a murmuré : « Je vous trouve bien fatigué, monsieur. »

J’ai pensé : note pour plus tard, quand tu bluffes, force pas.


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