Discussion interblog sur le sionisme, la théorie du complot et autres sujets récurrents...

Publié le : 27/01/2010 23:00:00
Catégories : Politique

telephoneDébut janvier, Antony Naar a publié sur son blog un article sur la façon dont les Juifs de France et d’Europe ressentaient l’ethnocentrisme européen. A cette occasion, il a parlé de Scriptoblog :

« Prenons le Scriptoblog en exemple (je le prend parce que j'ai pendant longtemps été très suspicieux à son égard et qu'il est assez illustratif) : la paranoïa complotiste aigüe qui s'en dégage, l'antisionisme monomaniaque de Michel Drac et les quelques blagues limites qu'ils font en regard à l'antisémitisme font que même moi j'ai tendance à le considérer comme traversant trop souvent la frontière de ceux avec qui je peux m'entendre et de ceux avec qui la seule relation que je puisse avoir est entre mon poing et leur figure. Si j'étais comme les 95% des Juifs de France (et je l'étais il n'y a pas si longtemps de cela), j'aurais considéré que non seulement tout ce qui vient d'eux est malsain, mais qu'en plus tous les sites les mettant en lien sont dans le même panier. »

Comme le blog de Naar est de qualité, et puisque c’est l’occasion de préciser ma position sur les questions évoquées, j’ai demandé à Naar de détailler ses critiques, afin de pouvoir y répondre dans le détail.

En italique, ses réponses. Sous ses réponses, mes réponses.

Les blagues sur l'antisémitisme, c'est je crois dans le dernier épisode des nouvelles scandaleuses, quand le banquier juif va en Inde et provoque une montée de l'antisémitisme. Sur le coup ça m'avait choqué, maintenant je vous concède qu'aujourd'hui ça ne le ferait plus.

Je ne vois pas de toute manière ce qui pourrait vous choquer. Il est relativement évident que l’une des sources de l’antisémitisme se trouve dans les exactions de la haute finance internationale, laquelle comprend une proportion importante de Juifs. Je précise, si besoin est, que le raisonnement « puisqu’il y a beaucoup de Juifs chez les banksters, c’est qu’il y a beaucoup de banksters parmi les Juifs » est à mes yeux une erreur logique. Avec des raisonnements comme ça, on arriverait sans mal à prouver que la majorité des Siciliens sont des parrains de la mafia.

Il n’en reste pas moins que cet amalgame est effectivement très souvent à la source de l’antisémitisme. Ce passage des Nouvelles Scandaleuses est précisément là pour signaler que David R. Baruch (le bankster sioniste ami du nazi Mengeler) fabrique de l’antisémitisme (et si vous vous souvenez de la nouvelle, c’est chez lui une stratégie tout à fait consciente, qui lui permet de se protéger derrière les Juifs ordinaires).

Remarquez, en y repensant, votre fiche de lecture sur "Des hommes ordinaires" où vous avez précisé au début que ces évènements-là (l'exécution de 20 000 juifs à bout portant par des réservistes) n'étaient contestés par personne. Moi ça ne m'a pas choqué, mais que vous preniez la peine de dire ça peut être très mal pris par un juif "moyen", en donnant ainsi un crédit, même minimum, aux négationnistes. Comprenez-moi bien : je sais ce que vous avez voulu dire par là. Mais si n'importe quelle personne de ma famille tombe là dessus, il va en déduire que le Scriptoblog est aux mains de néonazis.

Le problème des Juifs (enfin, un des problèmes de certains Juifs), c’est qu’Hitler les a tellement traumatisés qu’ils ont, en quelque sorte, perdu tout sens commun dès qu’on parle de la période 1933-1945. Le résultat est parfois comique, parfois exaspérant. On a l’impression, dès qu’on aborde la question, que quoi qu’on dise, on va se retrouver mis au ban des accusés. Horripilant, surtout quand, comme moi, on n’est intéressé que par la vérité historique, ni plus ni moins.

J’ai justement choisi, pour parler des persécutions et crimes nazis, le cas d’un groupe d’extermination, parce qu’en l’occurrence, il y a peu de contestations. Ce qui permet de couper court aux arguties interminables sur les chambres à gaz, la hauteur des cheminées à Auschwitz et autres considérations passionnantes.

Sur cette question, je dois vous avouer que j’ai fini par baisser les bras. Maintenant, quand je rencontre un réviso décidé à me faire lire 3 000 pages sur un sujet certes important, mais enfin pas essentiel au regard des enjeux de mon propre discours, je dis « oui, oui, t’as raison », surtout quand le gars m’explique doctement qu’Hitler, en 1939 et dans son discours fameux, ne manifestait qu’une inquiétude légitime quant au sort des Juifs (je vous garantis qu’on m’a soutenu cette thèse). Inversement, quand je tombe sur un judéomane en transe prêt à m’invectiver si je ne conviens pas que la Seconde Guerre Mondiale est un point de détail dans l’histoire des chambres à gaz, je réponds, exactement sur le même ton : « oui, oui, t’as raison ». Il ne faut pas contrarier les obsédés, ça ne fait que renforcer leur obsession.

Plus sérieusement, je pense que cette obsession de la Shoah est quelque chose de profondément malsain, qui a été d’ailleurs en grande partie fabriqué par une véritable ingénierie des perceptions, et qui est instrumentalisé systématiquement par certains milieux sionistes. Quant à moi, je trouve cette instrumentalisation obscène pour au moins trois raisons.

D’abord parce que les sionistes ont collaboré avec le régime nazi dans les années 30 (à l’époque où les nazis voulaient déporter les Juifs en Palestine), ce qui, soit dit en passant, est instructif quant aux relations entre sionisme et judaïsme, ainsi qu’entre sionisme et antisémitisme. Disons que cela ne place pas forcément les milieux sionistes dans une position idéale pour évoquer les persécutions nazies.

Ensuite parce qu’il en résulte, dans une grande partie du monde juif, une véritable incapacité à se projeter vers l’avenir, tel qu’il peut effectivement être construit. Il n’est pas très difficile de voir que des gamins éduqués non dans le souvenir (qui est une bonne chose) mais dans l’obsession de l’Holocauste ne pourront pas construire un rapport au monde non-juif normal, équilibré, pragmatique. Ce « truc » a fini par générer, chez certains Juifs (surtout les Juifs non religieux et sionistes, semble-t-il) ce qu’il faut bien appeler une psychopathologie collective paranoïde, porteuse d’une forme inquiétante d’indifférence à la souffrance d’autrui. Comme si le « seuil de tolérance » des Juifs, en matière de souffrance infligée, avait été déplacé par le souvenir ressassé de la souffrance endurée. On ne trouve rien de semblable chez les Arméniens, en tout cas pas au niveau des dynamiques collectives.

Enfin et peut-être surtout, parce que je soupçonne de plus en plus fortement que cette obsession traduit une fascination malsaine. Ce constat vaut d’ailleurs surtout pour les non-juifs obsédés par la question. Il est somme toute compréhensible qu’un traumatisme aussi énorme que le martyr d’un peuple engendre à long terme des pathologies durables au sein de ce peuple (névroses, besoin d’identification aux parents victimes, voire mécanique transférentielle à l’égard du bourreau). Il est plus surprenant que ces pathologies (syndrome de victimisation) soient importées dans leur propre univers mental par des personnes étrangères à ce peuple. Tout ça ne sent pas très bon, et c’est un euphémisme. On voudrait créer les conditions psychologiques d’une réédition des logiques ayant abouti au génocide, qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Il est intéressant à ce propos de noter que la « sauce » montée avec constance par les négationnistes et par leurs adversaires renvoie à une stratégie d’ingénierie des perceptions enseignée dans les écoles de guerre psychologique de tous les services spéciaux du monde : fabriquer une question qui focalise l’attention sur le sujet qu’on veut utiliser comme support de propagande. Je vous renvoie, à ce sujet, au livre du général Francart commenté sur Scriptoblog il y a quelques mois : « La guerre du sens ».

Ce qui me fait dire que vous êtes sacrément antisioniste, ce sont les articles que vous avez écrits au moment des affrontements à Gaza de l'an dernier, comparant Gaza au ghetto de Varsovie. Vous pouvez très bien estimer que le blocus est inutile (c'est mon cas), stupide, voir inhumain. Vous pouvez considérer que la guerre mené par Israël à Gaza était disproportionnée, inhumaine, horrible, et je ne sais quoi. Néanmoins, il y a un monde entre le Gaza d'aujourd'hui, même sous les bombes israéliennes, et le ghetto de Varsovie. (Si j'étais un rien pervers, je pourrai vous accuser de faire du négationnisme en disant que la situation dans le ghetto de Varsovie était aussi "douce" que celle à Gaza aujourd'hui, mais je sais très bien que ce n'est pas dans ce sens là que vous voulez présenter les choses.) Après l'offensive israélienne, où Tsahal a fait s'abattre un déluge de fer et de feu sur Gaza, il y a eut 1 000 morts (selon le Hamas). 1000 morts ? Mais ce n'est, pardonnez moi d'être cynique, pas grand chose. Au ghetto de Varsovie, des gens crevaient de faim dans la rue. A Gaza, ils manquent, certes, sont en situation de pénurie, n'ont pas d'électricité, mais ne meurent pas de faim. Au ghetto de Varsovie, les gens étaient soumis au bon vouloir des gardes et des SS, à Gaza les seuls qui sont en situation de menacer les habitants dans leur vie quotidienne sont les miliciens du Hamas. Sauf période de guerre, certes, mais les 1000 morts sont-ils comparables au nettoyage du ghetto par les troupes allemandes ? Aux déportations massives ? A la répression de l'insurrection ? Aucunement.

D'autant plus que le blocus auquel est soumis Gaza est autant le fait d'Israël que de l'Egypte, qui bloque elle aussi sa frontière avec Gaza, et envisage même de construire un mur pour empêcher les tunnels de contrebande...

Il est clair que pour l’instant (je dis bien : pour l’instant) le niveau de violence déployé par les Israéliens contre les Palestiniens de Gaza est sans commune mesure avec celui déployé par les nazis contre le ghetto de Varsovie dans la phase terminale de sa liquidation. Cela dit, il est à noter que les dynamiques sont déjà manifestes qui peuvent conduire, à brève échéance, à un niveau de violence comparable : à Gaza, Tsahal a testé des armes nouvelles (peut-être à la demande de l’allié américain) sur des populations civiles, ce qui rappelle fâcheusement les méthodes de la Légion Condor à Guernica ; à Gaza, une population a été parquée dans un espace quasi-concentrationnaire (une prison à ciel ouvert), après avoir été épurée ethniquement (une partie des Palestiniens de Gaza sont à l’origine des gens qui vivaient, ou dont les familles vivaient, ailleurs en Palestine) ; à Gaza, une armée régulière a pris prétexte des actions d’une résistance sous-équipée pour justifier des bombardements lourds ; et peu après l'affaire de Gaza, cerise sur le gâteau et détail à mon avis intéressant, le vice-président du Conseil Représentatif ( ?) des Institutions Juives, Meyer Habib, accessoirement conseiller de la campagne Netanyahou (CRIF : Conseil Représentatif des Israéliens de France ?), nous a offert un discours de légitimation implicite de la position Lieberman chez Frédéric Taddei.

Tout ceci fait beaucoup de parallèles troublants, beaucoup trop pour qu’on ne s’inquiète pas. Combiné avec ce que je vous disais précédemment concernant les psychopathologies collectives manifestées par certains Juifs sionistes, le tableau offert par Gaza est assez affolant. Où, au juste, ces gens veulent-ils aller ? Quand on entend un type comme le « rabbin » (je mets des guillemets par égard pour les Juifs normaux) Dynovisz, on se dit que le cas de ces types-là relève de la psychiatrie lourde, pas de la religion ou de la politique.

Vous me direz : « Mais des drames comme celui de Gaza, il s’en produit bien d’autres dans le monde ! Des cintrés il y en a partout, et ils n'ont même pas les excuses de Dynovisc ! »

Et je vous répondrai : « C’est vrai. Mais à Gaza, Nicolas Sarkozy a envoyé une frégate française participer au blocus. Et là, cela devient notre problème, à nous autres Français. »

C’est précisément pour cette raison que je suis allé manifester avec E&R au sujet de Gaza. Parce qu’il ne s’agit plus d’éviter l’importation de ce conflit absurde chez nous, mais bien d’empêcher Sarkozy d’exporter la France dans ce merdier.

Quant à l’attitude de l’Egypte, elle confirme tout simplement que ce régime arabe (comme tous les régimes arabes de la région) utilise parfois la cause palestinienne comme argument de propagande, mais ne risquera pas un affrontement sérieux avec Israël. Vous me permettrez en outre de penser que l’Egypte n’est pas franchement une référence en matière de respect du droit des gens, et que son régime actuel n’est pas un modèle à suivre, d’une manière générale.

Après, je dirai plus globalement que ça vient d'un sentiment sortant à la longue de la lecture de vos articles. Mince, mine de rien, je vous lisais déjà quand vous étiez aux Antifadas et à Salut Public. Peut-être que monomaniaque était un peu fort, mais c'est un sentiment général.

Curieusement, la plupart des Juifs sont très mal informés sur le sionisme. C’est sans doute ce qui explique votre impression générale s’agissant de mes propos sur la question.

J’ai toujours refusé de me définir comme antisioniste, et je continue à le faire, parce que ça ne m’intéresse pas d’être quelque chose en « iste », même avec un « anti » devant. En outre, il y a autour de l’antisionisme une sorte de paranoïa en reflet, construite à partir de la paranoïa manifeste des milieux sionistes, qui me paraît être tout à fait de nature à brouiller les perceptions. Et puis je suis fondamentalement quelqu’un qui s’intéresse à la France, disons à l’Europe. Au-delà, tant qu’on n’implique pas mon pays dans le truc… Pour être honnête, le sionisme en tant qu’il concerne les Juifs (et indirectement les Palestiniens) est pour moi une question assez secondaire (je ne suis ni juif, ni palestinien, et j’ai trop à balayer devant ma porte pour aller nettoyer le seuil des voisins). Encore une fois, si Sarkozy n’était pas en train d’exporter la France dans le foutoir proche-oriental, ma position resterait : moins on s’en mêle, mieux on se porte.

Mais si le sionisme juif n’est pas ma question, il y a en revanche un autre sionisme qui, lui, mérite attention du point de vue de n’importe quel occidental. Il faut savoir en effet que le sionisme n’est pas, à l’origine, une idéologie juive. C’est le sionisme comme idéologie issue du monde anglo-saxon qui m’intéresse. Tout simplement parce que c’est une des clefs de lecture possible du « logiciel » de l’actuelle classe dirigeante mondialiste.

Je n’entrerai pas dans les détails de cette question, cela nous entraînerait trop loin. Disons, pour faire court, que le sionisme chrétien en tant que tel, comme idéologie de l’élite anglo-saxonne, remonte au XVIII° siècle (il est donc bien antérieur au sionisme juif). C’est un millénarisme, une sécularisation bizarre de certaines conceptions puritaines, issues elles-mêmes d’une branche du protestantisme calviniste qui n’est pas la mienne, mais qui m’intéresse comme tout ce qui vient, si vous voulez bien me passer l’expression, de « mon » monde. A mes yeux, c’est une pathologie (vous allez me dire qu’on parle beaucoup de pathologie aujourd’hui, mais bon). Et cette pathologie-là m’interpelle, précisément parce qu’elle vient de « mon » monde et pourrait en déterminer le destin. Il est possible qu’en l’occurrence, vous ayez mal saisi la portée de mes propos – nous n’avons hélas qu’un seul mot, « le sionisme », pour décrire des phénomènes qui sont en réalité bien distincts.

Ensuite, le conspirationisme. Déjà, le fait que vous mettiez le réseau Voltaire en lien. Excusez-moi, mais prétendre comme le fait Thierry Meissan qu'aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone... Que fait-il des centaines de témoins ? Pourquoi diable les services secrets US se seraient amusés à envoyer un missile sur le Pentagone alors que le World Trade Center suffisait amplement ? Quid du fait que, sur les centaines de personnes nécessairement impliquées, pas une n'ait parlé ? (Il n'y a que dans 2012 qu'il est possible de tuer tous ceux qui veulent parler, pas dans le monde réel.)

Je n’ai évidemment pas de preuve sur l’implication des services américains – ni d’ailleurs des services secrets d’une autre puissance, quelle qu’elle soit. Mais ce que je voudrais bien qu’on m’explique, à moi pauvre frog de base, c’est comment :

- Un avion de ligne peut quitter sa route après que le deuxième impact ait frappé le WTC, voler quarante minutes à travers l’espace aérien américain hors de son plan de vol sans être accompagné par des chasseurs, sans même que des chasseurs ne décollent pour l’intercepter, alors que la procédure de l’US Air Force indique que les appareils de poursuite doivent décoller 8 minutes au plus tard après toute sortie de route (rappelons en outre que tout cela se passe à un moment où l’US Air Force doit logiquement être en alerte maximale, et alors que l’aviation civile n’a pas encore dérouté les appareils pour les atterrissage d’urgence),

- Pénétrer dans une des zones d’exclusion aérienne les plus sécurisées du monde,

- Puis filer en rase-motte pour percuter un bâtiment protégé par un système de défense antiaérienne à déclenchement automatique,

- Le tout en laissant dans la façade un impact qui, pour la majorité des experts, n’est pas cohérent avec l’envergure de l’appareil.

De deux choses l’une : ou l’US Air Force est la plus invraisemblable bande de daubes que le monde de l’aviation militaire ait jamais vue (ce qui me paraît peu probable), et l’architecture du Pentagone est si particulière qu’elle engendre des effets d’impact anormaux… ou la version officielle, en tout cas, ne tient pas la route !

Toutes questions auxquelles, en l’absence d’une réouverture du dossier par les autorités américaines, aucune réponse ne peut être apportée pour l’instant.

Sur la question du 11 septembre 2001, je vous invite à écouter cette émission, avec notre ami Pierre Malo.

Ensuite, pour prendre un exemple du conspirationnisme du Scriptoblog, prenons Eurocalypse. Le passage où la fille (désolé, je n'ai pas la mémoire des noms) explique à l'arabe les tenants et les aboutissants du système, avec la manipulation des services secrets américains et chinois. C'est là où je ne peux pas vous rejoindre. La cupidité, le mimétisme, la vision à court terme, l'égoïsme... Tous ces éléments qui font que l'homme agit comme il agit, qui sont prouvés par les études sociologiques et qui mettent à mal la théorie libérale classique, suffisent amplement à expliquer la merde dans laquelle nous sommes, et même la merde d'Eurocalypse. Nos dirigeants n'ont pas planifiés la société multiraciale, elle est le résultat d'interactions, pas d'un plan préétabli. En somme, la volonté de la boîte de jeux vidéos de se faire un maximum de pognon est largement suffisante à provoquer Eurocalypse, les services secrets étrangers ne servent à rien, si ce n'est à donner une cohérence après coup à ce qui est le résultat d'égoïsmes et de visions à court terme.
(Remarquez, on trouve du conspirationisme chez les sionistes aussi, la théorie d'Eurabia de Bat Ye'or, qui imagine un plan visant à islamiser l'Europe, est pour moi complètement délirante.)

Personne n’a jamais prétendu que tout était contrôlé de A à Z. En tout cas pas sur Scriptoblog. Au reste, je partage largement votre incrédulité devant les thèses conspirationnistes « hards », par exemple certains discours du par ailleurs excellent Alex Jones.

En revanche, ce que je crois (ou plutôt : ce que tout le monde sait), c’est qu’il existe bel et bien des services secrets, des réseaux d’influence et des instances de coordinations montées par les puissances d’argent. Je vous invite à lire les ouvrages de Gordon Thomas sur le MOSSAD, par exemple. Eurocalypse est largement inspiré (sous une forme romancée et symbolique, évidemment) des travaux publiés par les écoles de guerre psychologique israéliennes, anglaises, américaines et françaises (cf. le livre de Francart, par exemple, à nouveau). En fait, il n’y pratiquement rien d’inventé dans Eurocalypse :

- Les tactiques de « reconfiguration de l’espace urbain » utilisées par la FITEC sont un mélange entre celles de la BOPE brésilienne et celles de Tsahal dans les territoires occupés

- L’utilisation des médias (en particulier les programmes de fiction) dans la guerre psychologique a été théorisée complètement par les spin doctors anglo-saxons (cf. « Story Telling », de Christian Salmon),

- L’utilisation des tensions communautaires et sociales, ainsi que des réseaux criminels, comme outil de contrôle social, fait partie des méthodes du MI6 et de la CIA (cf. les multiples déstabilisations de l’Iran par les services américains – cf. aussi, peut-être, les informations qu’Udo Ulfkotte aurait, dit-il, recueillies auprès du BND, les services de renseignement allemands, concernant l’action du MOSSAD pendant les émeutes de novembre 2005, en France),

- La négociation secrète entre réseau de résistance et fraction dissidente au sein du pouvoir est un grand classique de ce genre de situation (confère les stratégies de l’armée française en Algérie),

- L’infiltration systématique des forces de l’ordre par la dissidence idem (confère l’envoi d’agitateurs et le recrutement de propagandistes par les bolcheviks en 1917),

- et les techniques utilisées par « K2 » pour piller l’Eurobank sont inspirées librement du déjà vieux, mais toujours intéressant, « Technique du Coup d’Etat » de Malaparte !

Vraiment, rien d’inventé, rien de nouveau : toutes ces techniques de manipulation, d’infiltration, de division, de diversion et d’action psychologique à long terme ont été inventées, pratiquées et perfectionnées par les services secrets de toutes les puissances significatives, depuis des décennies.

Ceci n’implique nullement que tout est contrôlé, mais simplement qu’il y a des gens qui tentent de tout contrôler. Au reste, vous vous souviendrez sans doute que dans Eurocalypse, justement, la situation échappe aux manipulateurs !

Un dernier point à propos du conspirationnisme. Je ne sais plus où c'était exactement, mais il me semble avoir lu sur le Scriptoblog que le film 300 avait été tourné pour préparer les américains à une guerre contre l'Iran. C'est là ce que j'appelle du conspirationnisme paranoïaque : 300 a été tourné pour rapporter du pognon, rien d'autre. Bien sûr le cinéma américain a été un support de propagande, mais aujourd'hui (et même hier), il l'est parce qu'il suit les modes, pas parce que les producteurs veulent faire passer un message politique quelconque. Leur but est de faire du pognon, et donc de présenter un film qui va dans l'air du temps.

C'est particulièrement criant avec Roland Emmerich : il tourne Independance Day dans les années 90 parce que le nationalisme américain rapporte. Il tourne Le Jour d'Après en 2006 parce qu'à ce moment là c'est l'écologie qui rapporte. Et il tourne 2012 en 2009 parce qu'à ce moment là, c'est le tiers-mondisme obamanien qui rapporte. Uniquement pour ça.

Un autre exemple, dans la critique que vous avez faite de Doomsday, vous vous demandiez quel message avaient voulut faire passer les producteurs à travers ce film. Mais aucun, ils voulaient tout simplement faire du fric, rien d'autre, et le message qui est derrière, tant qu'il ne leur attire pas les foudres d'un groupe de pression trop important, ils s'en balancent.

Sur ce sujet, je me contenterai de vous renvoyer à cette intéressante conférence : relations stratégiques entre cinéma, politique et influence aux Etats-Unis.

Personnellement, je pense que ce qui vaut pour les services de Défense des Etats-Unis vaut pour toutes les composantes du pouvoir US, y compris celles qui relèvent de la catégorie semi-institutionnelle du lobbying.

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