Doctrines du nationalisme (J. Ploncard d'Assac)

Publié le : 10/10/2009 23:00:00
Catégories : Histoire

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Classique de la bibliographie nationaliste, « Doctrines du nationalisme », de Ploncard d'Assac. Histoire de savoir ce qu'est le nationalisme. Après tout, le terme mérite d'être défini...

Note de lecture détaillée, donc. Tout ce qu'il faut savoir sur l'histoire des nationalismes européens...


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Nationalisme Français

I- Edouard Drumont (1844-1917) et la fin d'un monde

A – Le contexte : une mainmise ploutocratique sur la France

Drumont a développé ses thèses dans un contexte de mise sous contrôle des Assemblées par des puissances occultes et financières. Il dénonce la mainmise de l'appareil financier sur la France, appareil qui doit étendre son emprise à tous les ressorts sociaux pour assurer sa pérennité, aboutissant à la naissance de la plouto-démocratie. Il compare ainsi la vassalité du Moyen-Âge (force du fer) avec la fin du XIXème siècle (force de l'argent). Enfin, Drumont avait distingué que la Bourgeoisie jacobine de 1793, en détruisant les Corporations, avait « mis ceux qui n'avaient rien à la merci de ceux qui avaient quelque chose ». Son action est axée sur un sursaut passionnel devant « la fin d'un monde ».

B – Découvrir comment meurt un monde pour pouvoir sauver la Patrie

Au-delà de son antisémitisme, il critique l'anarchie morale, dénonce les premiers symptômes de la malfaisance du libéralisme économique dans une démocratie libérale, utilisant la méthode dite de l'« empirisme organisateur » : il est nécessaire de savoir comment meurt un monde pour connaître les conditions nécessaires pour que vive une Patrie. Plus tard, Barrès, Bourget surtout et Maurras mettront en termes scientifiques cette analogie du corps social et du corps humain. Ils en tireront cette notion essentielle de la doctrine nationaliste : que la société est soumise non à la fantaisie de ses volontés, mais à des lois qu'il ne s'agit pas d'inventer, mais de découvrir. Drumont compare la vie d'une société à une vie organique. En outre, il oppose les lois de l'hérédité (tout ce qui constitue l'héritage) à l'individualisme, approche reprise par Barrès avec « La Terre et les Morts ».

Citations :

« Le cadavre social continue à marcher sans qu'on s'aperçoive qu'il est cadavre, jusqu'au jour où le plus léger heurt brise cette survivance factice et montre la cendre au lieu du sang » (La fin d'un monde).

« Toute idée nouvelle ne prévaut que par l'injustice des ennemis, la persécution, la calomnie s'acharnant après vous. C'est là une loi sociale qui n'a jamais eu d'exception » (La Libre Parole).

« Sont morts les bâtisseurs, mais le temple est bâti » (Drumont citant Frédéric Mistral).

II- Maurice Barrès (1862-1923) ou le déterminisme nationaliste

A – La naissance du nationalisme

En tant que doctrine politique, le nationalisme est né au XIXème siècle. Inventé par Prévost-Paradol sous le Second Empire, il désigne à l'origine les tenants du principe des nationalités. Barrès oppose pour sa part nationalistes et cosmopolites, dans un registre littéraire, après quoi il opère la transition du nationalisme littéraire au nationalisme politique. Ceci entraîne l'invention du « nationalitarisme » par René Johannet, pour désigner le principe des nationalités.

B – Un déterminisme national et social : la Terre et les Morts

Chez Barrès, la tradition se retrouve avec l'analyse du moi. Le nationalisme barrésien postule un certain déterminisme : « Un nationaliste, c'est un Français qui a pris conscience de sa formation. Nationalisme est acceptation d'un déterminisme ». La formation se fait par apports successifs. Le déterminisme est ici poussé et résulterait d'un héritage : « Nous ne sommes pas les maîtres des pensées qui naissent en nous ». Il n'existe pas de moi véritable sans « le support de la collectivité ». Ainsi, pour Barrès, « on ne soulève pas les masses pour une action durable sans des principes » et il n'y a « aucune possibilité de restauration de la chose publique sans une doctrine ». Le nationalisme, défini comme la défense de l'organisme national, doit se doter d'une doctrine pour éviter les échecs que connut par exemple le boulangisme. Pour Barrès il est inutile de chercher si le nationalisme est vrai ou faux, il est « vrai » car il repose sur les conditions de la vie. C'est ainsi qu'il développe une doctrine charnelle et matérielle : la Terre et les Morts. Il n'y a pas de race française, mais un peuple français, une nation française, c'est-à-dire une collectivité de formation politique.

Dans la mise en oeuvre, Barrès préconise d'établir la « puissance convergentesur l'union de l'idée socialiste et de l'idée nationaliste » : « Nationalisme engendre nécessairement socialisme. Nous définissons le socialisme : l'amélioration matérielle et morale de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre ». Il n'est donc pas de défense possible de la nation sans la classe la plus nombreuse et la plus pauvre qui en est la base, d'où résulte l'obligation d'être social. Maurice Barrès lie sa conception sociale à la restauration des corporations : « La commune deviendrait surtout l'instrument de la propriété et du travail agricole; le syndicat ou le groupe corporatif l'instrument de la propriété et du travail industriel ». Ce nationalisme n'est ni de droite ni de gauche; il est les deux à la fois dans la mesure où l'on admet une gauche sensible au social surtout et une droite qu'on considérerait principalement occupée d'un intérêt national, et qui engloberait elle aussi le souci du social. […]

C – L'échec du sentiment face au politique

Jusqu'au bout, Maurice Barrès est resté républicain et démocrate. Il a échoué dans son entreprise en comptant sur le réveil des puissances de sentiment au dépens du politique. Maurras pour sa part opte pour le « politique d'abord », estimant qu'il faut d'abord changer les institutions avant de songer à changer les moeurs, parce que les institutions ont plus de part dans la formation des moeurs que celles-ci dans la formation des institutions.

Citations :

« Vous préféreriez que les faits de l'hérédité n'existassent pas, que le sang des hommes et le sol du pays n'agissent point, que les espèces s'accordassent et que les frontières disparussent. Que valent vos préférences contre les nécessités? » (à propos du caractère nécessaire du nationalisme, dans Scènes et doctrines du nationalisme).

« On ne fait pas l'union sur des idées, tant qu'elles demeurent des raisonnements, il faut qu'elles soient doublées de leur force sentimentale » (Scènes et doctrines du nationalisme).

« L'intelligence, quelle très petite chose à la surface de nous-mêmes! Profondément nous sommes des êtres affectifs » (L'appel au soldat, tome 1).

III- Paul Bourget (1852-1935) ou le traditionalisme par positivisme

A – La méthode : transposer la recherche scientifique à la pensée politique

Dans son livre Le Disciple, Bourget condamne le scientisme, le matérialisme et le naturalisme. Il se convertit au catholicisme et au traditionalisme. Son apport majeur est le développement de la méthode qu'il a reçue de Taine : l'utilisation du mécanisme austère de la recherche scientifique dans le domaine de la pensée politique. Chez Bourget, la politique est définie comme la « recherche des lois naturelles de la Cité par voie d'observation », lois que ni l'homme ni la Cité ne peuvent transgresser sans dommage. Nous devrions nous reporter à la coutume, qui serait « l'expérience inconsciente des siècles ». Ainsi, Bourget expose que « ce n'est pas une construction idéologique qu'il faut entreprendre, ce sont des observations qu'il faut dégager. C'est proprement l'application de la méthode scientifique à la vie morale et sociale ». Il faudrait donc rassembler des faits pour avoir des idées, méthode que Paul Bourget souhaiterait voir appliquée en sociologie : « La position scientifique du problème politique consiste à chercher la constitution écrite des peuples dans leur constitution vécue, dans leur nature ».

B – Le traditionalisme comme corollaire du déterminisme

La société entière serait tenue par un déterminisme absolu : les choses obéissent à des lois nécessaires; les sociétés doivent observer ces lois et non se réfugier dans l'idéologie. De plus, les familles et nations seraient soumises aux mêmes lois que les espèces animales : « leur effort le plus intime est de durer. Si elles évoluent, c'est pour s'adapter, pour conserver les éléments essentiels de leur être en modifiant la mise en oeuvre de ces éléments d'après le milieu. La loi d'évolution enveloppe en elle une loi de constance » et le rôle du traditionalisme consistera précisément, selon Bourget, à « saisir l'une et l'autre et l'une à travers l'autre ». L'essentiel, c'est de ne changer qu'en s'appuyant « sur des forces qui, elles, ne changent pas ». Pour lui, « chaque génération, comme chaque institution, est un étage ajouté » à l'édifice national, et la construction sera d'autant plus solide qu'elle aura pour substruction « l'étage d'en-dessous ».

C – L'étude scientifique de l'Histoire

Bourget dispose qu'intellectuellement, le processus à suivre pour retrouver les lois de la Cité est l'étude scientifique de l'Histoire. Bourget aime chez Barrès le fait qu'il ait réussi à synthétiser le propre du nationalisme, à savoir réconcilier « la dialectique et l'émotion, la sèche analyse intellectuelle et la frénésie de l'esprit sentimental ». L'homme se sent mieux dans son groupe naturel. Incorporé au tout national de la société, la solitude disparaît et de même son individualisme. Son propre être personnel s'enrichit de tout ce que lui apporte l'histoire de son peuple, celle des morts et celle que les vivants sont en train d'écrire avec lui. Il n'y a plus de contradiction désormais entre l'individu et le collectif.

Citations :

« La pensée des maîtres porte la responsabilité des actions des disciples » (Le Disciple).

« La régression des sociétés les plus comblées est toujours possible. La civilisation doit être considérée comme une ruine sans cesse réparée » (Quelques témoignages).

IV – Charles Maurras (1868-1952) ou le nationalisme intégral

A – Les bases jetées par l'Action française

La revue de l'Action Française est créée le 20 juin 1899 et comprend 4 idées-mères : péril social et individuel sont indissociables, l'homme individuel a donc intérêt à vivre en société; la nationalité est la seule complète, la plus solide et la plus étendue des formes sociales; les problèmes entre Français doivent être coordonnés et résolus par rapport à la nation; les Français conscients de ces vérités doivent être prosélytes et montrer le nationalisme comme obligation rationnelle et mathématique.

B – Une méthode pour découvrir les lois naturelles

Comme pour le Dr Carrel, pour Maurras « l'homme n'a pas de droits, il a des besoins », tout comme le bébé ne doit sa survie qu'à son entourage. La famille précède donc l'individu et de fait fonde donc l'Etat. De ce constat, Maurras cherche des faits pour avoir des idées. N'ayant pas d'idéologie, pour lui la société doit se soumettre aux lois qui « dépendent de la nature des choses ». La première démarche de l'esprit doit donc être de rechercher ces lois, qui ne s'inventent pas mais se découvrent. Ainsi, on n'applique pas de « lois nouvelles » à l'individu, qui est un « composé stable ». De plus, découverte ne signifie pas nouveauté. Sur cette stabilité du composé humain et la fixité des lois de la société comme celles de la nature, Maurras bâtit sa méthode : retrouver ces lois que l'imagination des hommes fait oublier ou mal interpréter; retrouver les lois qui serviront à bâtir l'ordre des choses. Il emprunte sa méthode scientifique à Auguste Comte, la transposant de la philosophie à la politique. Celle-ci, l'empirisme organisateur, déduit de l'expérience historique les lois de la société politique, scientifisant la critique. Maurras estime pouvoir parler de science car l'historien serait un observateur intérieur : « en ce sens, l'expérience de la vie humaine donne une certitude bien supérieure à celle de l'éprouvette et de la cornue ». Pour lui, les lois historiques « sont moins branlantes que les lois physiques ou chimiques en la matière ».

Sur cette méthodologie maurrassienne, Maurice Pujo expose que « [Maurras] a strictement délimité sa tâche : étudier ceux des rapports de l'homme avec la société qui sont constants, immuables, connus, sur lesquels est fondée la « structure sociale » et sans l'observation desquels la société et l'homme lui-même dépérissent ou meurent. Ramené à ses justes limites, l'empirisme organisateur de Maurras n'en est que plus redoutable pour l'idéalisme démocratique. On parle idées, il répond faits. Et contre les faits, il n'y a pas d'arguments ». Ce que confirme cette explication de Maurras : « L'examen des faits sociaux naturels et l'analyse de l'histoire politique conduisent à un certain nombre de vérités certaines, le passé les établit, la psychologie les explique et le cours ultérieur des événements contemporains les confirme et les reconnaît ».

Par l'application de la méthode de l'empirisme organisateur naît la doctrine maurrassienne : le nationalisme intégral, comme le nationalisme qui aboutit à la monarchie, régime le plus durable et le plus utile à la nation. Maurras est monarchiste car « seules les institutions monarchiques satisfaisaient à toutes les aspirations nationales, à tous les besoins nationaux, comme l'intégrale reproduit la somme de toutes les valeurs d'une fonction algébrique ». Le monarchisme est donc l'aboutissement de son enquête historique. Le nationalisme intégral pourrait même se traduire par une Europe monarchique, une internationale catholique de rois coiffée par la papauté.

D'où découle sa vision de la nation et de la loi : « La Nation est le plus vaste des cercles de communauté sociale qui, au temporel, soient solides et complets ». Elle est formée par des collectivités graduées. Les conditions de son maintien sont une société organique, hiérarchisée, protégée au sommet par un pouvoir indépendant de la nation, quoique fondu en elle. Quant à la loi, sa justesse ne découle pas de son vote mais de sa concordance avec son objet et de son adéquation aux circonstances. Elle n'est pas créée mais dégagée et découverte « dans le secret de la nature des lieux, des temps et des Etats ». L'élection, pour sa part, représente la somme des intérêts particuliers, mais pour Maurras l'intérêt général n'est pas la résultante des intérêts particuliers.

Enfin, socialement, Maurras préconise la Corporation, précisant « non pas même l'entente des classes, mais le reclassement des producteurs dans l'intérêt de la production et dans leur intérêt ». Pour lui le capitalisme oppresse et exploite le prolétaire qui, en réaction, réagit – à juste titre – violemment.

C – Analyse de Maurras sur la fausse opposition liberté-autorité

Maurras critique la notion de liberté : « La liberté de qui? La liberté de quoi? Dire liberté, c'est dire force, pouvoir, puissance sur quelqu'un ou sur quelque chose. Si l'on prolonge cette idée encore vague, d'une puissance jusqu'à son point d'application sociale ou personnelle, qu'est-ce qu'on trouve? J'en suis bien désolé, c'est une autorité... Lorsque la doctrine libérale met en opposition liberté et autorité, elle oppose des termes qui ne représentent « qu'une seule et même chose, en deux états de sa production » » (Aspects de la France).

Quant au rapport liberté-autorité : « Qu'est-ce donc qu'une liberté? Un pouvoir. Celui qui ne peut rien du tout, n'est pas libre du tout. Celui qui peut médiocrement est médiocrement libre. Celui qui peut infinment est aussi libre infiniment. Une des formes du pouvoir, c'est la richesse. Une autre de ces formes, c'est l'influence, c'est la force physique, c'est la force intellectuelle et morale.

« Sur quoi s'exercent diversement ces pouvoirs divers? Sur des hommes. Et ce pouvoir à qui appartient-il? A des hommes. Quand une humaine liberté se trouve au plus haut point et qu'elle a rencontré d'humains objets auxquels s'appliquer et s'imposer, quel nom prend-elle? Autorité. Une autorité n'est donc qu'une liberté arrivée à la perfection » (Mes idées politiques).

Citations :

« La société n'est pas une association volontaire : c'est un agrégat naturel » (Mes idées politiques).

« La Nation passe avant tous les groupes de la nation. La défense du tout s'impose aux parties » (Aspects de la France).

Une communauté ne subsiste que « tant que parmi ses membres les causes d'amitié et d'union restent supérieures aux causes d'inimitié et de division » (Mes idées politiques).

V – Philippe Pétain (1856-1951), Maréchal de France, ou la régence du nationalisme

A – La Révolution nationale : une doctrine antilibérale pour une société organique

La doctrine pétainiste a pour but de préparer les bases d'un Etat rénové, pendant et malgré l'occupation étrangère. Sa philosophie politique est ordonnée autour de 16 « Principes de la Communauté ».Cet Etat, ayant pour moteur l'Honneur, hiérarchique et autoritaire, est fondé sur « la respectabilité et le commandement s'exerçant de haut en bas, à tous les échelons de la hiérarchie », chargé d'apporter des « chances égales » dans la vie et l'égalité devant la loi, mais méritocratique et ordonné au « bien commun ». La Révolution nationale, antilibérale, a pour but de créer une société organique. Pour Pétain, il faut « rétablir le citoyen juché sur ses droits dans la réalité familiale, professionnelle, communale, provinciale et nationale ». La liberté doit être conçue concrètement dans l'intérêt général et l'indépendance de la nation, quant à l'autorité positive elle est le produit de volontés dont la valeur correspond à leur part de responsabilité dans la communauté. Les principales notions professées par le Maréchal sont ainsi autorité, hiérarchie, responsabilité, et Communauté, comprise en tant que communauté de destin. Celle-ci comprend également les morts : « un peuple n'est pas un nombre déterminé d'individus arbitrairement comptés au sein du corps social et comprenant seulement les natifs du sexe masculin parvenus à l'âge de raison. Un peuple est une hiérarchie de familles, de professions, de communes, de responsabilités administratives, de familles spirituelles, articulées et fédérées pour former une patrie animée d'un mouvement, d'une âme, d'un idéal, moteurs de l'avenir pour produire à tous les échelons une hiérarchie des hommes qui se sélectionnent par les services rendus à la communauté dont un petit nombre conseillent, quelques-uns commandent et, au sommet, un chef qui gouverne » (Messages, 8 juillet 1941).

B – Economie et social : une production organisée au service des hommes

Critique des puissances d'argent, de l'esprit de lucre et des spéculations, le Maréchal préconise une certaine organisation de la production. Sa conception n'est ni socialiste – car elle respecte la liberté et le profit individuels –, ni capitaliste – car elle subordonne le facteur argent et le facteur travail au facteur humain. Reprenant la doctrine barrésienne (républicain, socialiste et nationaliste), Pétain accorde la « primauté du travail et de sa réalité essentielle par rapport à la fiction des signes monétaires ». La profession doit être organisée sur une base corporative avec pour arbitre un représentant de l'Etat en son sein; l'économie, organisée et contrôlée, libérée mais en étant subordonnée à l'intérêt national. Le primat est donné aux besoins du peuple : « une monnaie saine est, avant tout, une monnaie qui permet de satisfaire aux besoins des hommes ».

Enfin, le Maréchal nie la réalité de l'antagonisme des classes, produite selon lui par le système libéral; elle serait donc une conséquence, non une constante. Ainsi, faire disparaître les causes ferait disparaître les conséquences. L'intérêt général de la profession est englobé dans l'intérêt plus général de la production, ouvriers et patrons ont donc tous deux intérêt à sa bonne marche.

Citations :

« Professer le nationalisme et prétendre rester individualiste est une contradiction insoutenable » (« Revue universelle », 1er janvier 1941).

« L'individualisme reçoit tout de la société et ne lui rend rien. Il joue vis-à-vis d'elle un rôle de parasite » (« Revue universelle », 1er janvier 1941).

« Sans honneur et sans esprit de communauté, il n'est plus rien qui endigue les évasions individu-elles. Tout s'effrite. On croit pouvoir se sauver seul, et l'on périt avec les autres » (Le Petit Parisien, 3 juin 1943).

Nationalisme Italien :

VI – Enrico Corradini (1865-1931) ou la naissance du fascisme italien

A – Le contexte

Le nationalisme italien, en tant que mouvement politique, est né à Florence, le 3 décembre 1910, avec la constitution de l'Associatione Nazionalista Italiana. Pour le comprendre, il faut cependant revenir à la défaite de la bataille éthiopienne d'Adoua en 1896 qui met fin aux espoirs de la participation italienne aux conquêtes coloniales, à un moment ou le pays connaît un problème d'émigration et doit impérativement résoudre la question démographique. Le nationalisme italien réclame ainsi, dès le départ, « l'autorité de l'Etat pour empêcher la désagrégation et la guerre pour réassumer les fins historiques du Risorgimento et commencer une nouvelle phase de puissance et de prestige italiens dans le monde ». Un nationalisme impérialiste donc, position revendiquée par l'Associatione Nazionalista Italiana qui entend concilier « l'idée nationaliste et impérialiste et [les] principes du syndicalisme révolutionnaire » et comprenant en outre « l'anti-bourgeoisisme ».

B – L'hebdomadaire Idea Nazionale, synthèse des revendications nationalistes italiennes

L'Idea Nazionale, comprenant notamment Corradini dans son comité de rédaction, se proposait de : 1) rappeler les Italiens au sentiment et à la connaissance du génie de Rome et de l'Empire; 2) libérer la culture universitaire de l'imitation étrangère; 3) réveiller le sens et l'autorité de l'Etat en s'opposant à l'action désagrégatrice des partis et des classes et à l'individualisme chronique des Italiens; 4) relever le prestige de la monarchie et considérer l'Eglise comme l'Institut séculaire et glorieux de la vie religieuse nationale et internationale; 5) renforcer l'organisation militaire de l'Etat; 6) diriger toutes les énergies vers la conquête coloniale en Afrique pour en faire le terrain d'une émigration italienne non servile; 7) combattre dans le parlementarisme et la république maçonnique la corruption et l'extrême décadence des institutions et des forces politiques héritières du Risorgi-mento; 8) combattre dans le socialisme la perversion de tout un peuple fait ennemi de la patrie et étranger et hostile à l'Etat; 9) combattre dans la démocratie parlementaire et maçonnique, comme dans le socialisme, deux internationalismes, l'un bourgeois, l'autre prolétarien, mais tous deux ennemis de la Nation; 10) considérer la politique étrangère comme la mission la plus importante de l'Etat; 11) promouvoir la solidarité de toutes les classes pour arriver à un plus grand bien-être collectif dans la lutte économique et politique entre les nations.

C – Etat et Nation chez Corradini

Corradini définit la nation comme suit : « Sur le territoire, la race forme sa nationalité. Les autres éléments sont la langue, l'histoire, la religion, l'oeuvre de la civilisation, les institutions politiques. Tous concourent à la formation. La race apporte ses germes spirituels pour former l'esprit de la nation. Le territoire lui-même selon sa nature, position géographique, terrestre et maritime ou simplement terrestre, selon son extension et sa productivité, est formateur de la race dans sa fonction d'élaboration de la nation qui est de nature spirituelle. La nation est donc dans son corps physique une communauté spirituelle. La nation est une personne spirituelle ». Elle n'est donc pas la somme de toutes les générations qui ont existé, mais leur unité.

L'Etat est fait pour la discipline et la conduite des énergies productrices, mais sans intervenir dans la gestion des entreprises. Il doit réaliser et maintenir l'unité fondamentale de la nation, afin de la transformer en puissance et de l'agrandir, d'où l'importance accordée par Corradini à la politique étrangère, car « les conditions de vie d'une nation sont liées aux conditions de vie des autres nations ». L'Italie, faisant partie des « nations prolétaires », doit s'affranchir. Le nationalisme « pour toute la nation » est ce que le socialisme représentait pour le seul prolétariat, c'est-à-dire une tentative de rédemption, appelant une nouvelle classe dirigeante et une nouvelle classe de producteurs (terme portant dans le fascisme la notion corporative de l'Etat). Par ailleurs, Corradini conçoit le nationalisme comme « une forme de vie collective, [...] la doctrine de ceux qui considèrent la nation comme la plus vaste unité de la vie collective, comme un vrai et propre individu plus grand ». Il s'oppose à l'idée de lutte des classes, car pour lui « l'Etat est la nation organique et active » et les classes sont « subordonnées aux fins de la Nation ».

Corradini, traditionaliste, estime que les Italiens ont occulté « la conscience du passé, de la Tradition nationale-romaine »; l'individualisme aurait détruit le lien sacré inter-générationnel. Quant à l'école, elle aurait dû éduquer plus qu'instruire; la famille aussi aurait perdu sa mission (auparavant selon Corradini, « chaque famille était une dynastie et la nation une société de rois »). 1789 serait à l'origine de la rupture de l'équilibre par destruction de la hiérarchie, la Société doit donc être reconstruite avec les Surhommes (Nietzsche) à partir de la Nation, celle-ci étant le fait historique le plus abouti d'un peuple.

D – Annexe : romantisme fasciste contre classicisme nationaliste

Mussolini a évoqué ces empires « qui ne durent pas », mais qui ont du moins « atteint à la grandeur, touché à un sommet » et qui « survivent dans la mémoire des hommes ». Cependant, Michel Vivier parle de « romantisme fasciste », tandis que selon Maurice Barrès le nationalisme est un « classicisme ». Selon Ploncard d'Assac il s'agit d'une première différence, et d'importance, entre les deux écoles.

Information complémentaire : En Italie, le nationalisme s'est réuni au fascisme en 1923 (d'où l'abandon des chemises bleues des premiers pour les chemises noires des seconds).

Citations :

« Deux forces agissent ensemble dans la vie : une force d'association (alliance d'élément de même affinité pour la défense commune) et une force de lutte » (L'ombra della vita).

« Supprimez la lutte et vous supprimez la vie » (L'ombra della vita).

« Détruisez […] le devoir qui naît aujourd'hui de l'oeuvre d'hier, toujours plus vaste, et vous aurez détruit la nation. Vous aurez détruit l'histoire de la nation et il n'en restera plus que la chronique » (L'ombra della vita).

VII – Benito Mussolini (1883-1945), Duce du Fascisme

Le fascisme apparaît dans un contexte de guerre civile contre les Rouges tentant d'étendre la Révolution d'Octobre à l'Italie. Mussolini dira que « le fascisme a répondu par la violence à la violence des autres. C'est la vérité, une vérité qui ne peut être effacée ». Il faut distinguer trois fascismes : Marche sur Rome, Diarchie, et socialisme fasciste de la République du Nord (Salo).

A – Marche sur Rome et Diarchie : L'Etat fasciste

Dans son journal « Lutte de classe », sur sa jeunesse, Mussolini donne sa vision du fascisme : l'hérédité du chef, la sensibilité italienne, déchirée entre la révolte socialiste et l'acceptation chrétienne, ainsi qu'un goût passionné pour l'idéalisme (« un trésor spirituel, l'Idée »). Le fascisme est avant tout une doctrine de l'Etat, destinée à forger ce dernier pour lui donner un rayonnement impérial. Cet Etat fasciste est « conscience et volonté universelle de l'homme dans son existence historique ». Lors de la Marche sur Rome, sa doctrine est à l'état d'ébauche, ayant seulement pour ligne directrice la nécessaire révolution pour remettre en marche la nation, pour le bien de celle-ci. Mussolini assigne à l'Etat le rôle de faire la nation : « La nation est créée par l'Etat qui donne au peuple, conscient de sa propre unité morale, une volonté, et par conséquent une existence effective » (Doctrine du Fascisme, Enciclopedia Italiana). Pour la première fois depuis l'Empire romain, l'Italie est un Etat unitaire. Sans Etat, pas de nation, juste des agrégats humains pouvant se désintégrer en fonction de l'histoire, d'où sa formule : « Tout dans l'Etat, rien contre l'Etat, rien en dehors de l'Etat ». Cet Etat totalisant et « système de hiérarchies » prend ainsi le faisceau des licteurs comme insigne, « symbole de l'unité, de la force et de la justice ». L'Individu est absorbé dans l'Etat; lui sont laissées les libertés essentielles. Le peuple est le corps de l'Etat et l'Etat est l'esprit du peuple. Pragmatique, Mussolini définit le fascisme comme « problémiste », c'est à dire analysant les problèmes sans idée préconçue. Lecteur de Marx, Nietzsche, Sorel, Machiavel, il est surtout influencé par Vilfredo Pareto : il ne part d'aucune théorie, d'aucun système, ou en adopte un comme base et par hypothèse s'il peut expliquer provisoirement toute une série de faits (une sorte d'empirisme organisateur).

Système méritocratique, le fascisme préconise la guerre impérialiste (pour des raisons historiques et démographiques), dont les soldats formeront « une nouvelle aristocratie révolutionnaire », par exaltation du courage, du mérite et de la dépendance du seul intérêt de la Nation. Il est un patriotisme romantique, une continuation de la victoire, le souhait d'un Ordre Nouveau avec des « hommes nouveaux », conception spiritualiste. Se référant à une tradition qu'il entend défendre, « l'orgueil de l'Italianité » comme « élément vital du fascisme », il ne parle pas de l'Italie mais d'une ville, Rome (en tant qu'Empire Romain). Défenseur de la tradition, il ne la perçoit cependant pas comme absolument sacrée et immuable, conciliant passé et futur, tradition et modernité, pour aboutir à la création de nouvelles hiérarchies à côté des traditionnelles. Par exemple, le fascisme étant une vue pessimiste de l'Homme et de l'Histoire, ce dernier doit accepter de redevenir sujet plutôt que de prétendre à une couronne en carton, un pouvoir décisionnel imaginaire. Quant à la Monarchie, il la considère d'abord comme « une continuité » mais finit par s'y opposer lors de la Diarchie, le pouvoir royal – l'Hérédité – se heurtant au pouvoir fasciste – l'Idée.

B – L'organisation interne

Mussolini croit à l'héroïsme et à la sainteté, sans motif économique. Pour lui la Nation doit être organisée selon les métiers. Le Duce dépasse donc la lutte des classes pour intégrer toutes les catégories sociales dans l'Etat : Marx, au nom du messianisme de la classe prolétarienne lui confie la dictature avec une mission de rédemption; Mussolini, lui, enlève aux classes leur autonomie, ne veut connaître de leur part que l'exercice de fonctions différenciées à l'intérieur d'une communauté unique qui est aux dimensions de la nation : « Pour le fascisme, l'Etat est absolu devant lequel les individus et les groupes ne sont que le relatif. Individus et groupes ne sont concevables que dans l'Etat ». Par ailleurs, le fascisme se veut plus logique que la Révolution de 1789 qui avait prétendu libérer politiquement l'individu, mais l'avait enchaîné au pouvoir naissant de la Ploutocratie; la Contre-Révolution répudie le libéralisme, base du capitalisme de spéculation, sous son double aspect politique et économique. C'est par sa Charte du Travail de 1927 que le fascisme a commencé à institutionnaliser ses conceptions d'un corporatisme d'Etat.

Le Comité Central des Faisceaux convoque une Assemblée Constituante pour décider l'organisation à donner à l'Etat, l'institution de Conseils techniques du travail élus par les collectivités profes-sionnelles et ayant le droit d'élire des Commissions extraordinaires dotées de pouvoirs ministériels, la participation des représentants ouvriers à la gestion des industries ou des services publics et un impôt extraordinaire sur le capital. Un vocabulaire fasciste apparaît : les militants sont classés en Principi et Triari. Les premiers sont destinés à constituer une milice en uniforme, liée par serment et prête à être mobilisée à tout instant. La plus petite unité est la section, plusieurs sections forment une Centurie, plusieurs centuries une Cohorte, plusieurs cohortes une Légion commandée par un Consul. Dans le même temps où il forge la milice de sa Révolution, le fascisme va s'employer à préfigurer dans les organismes du Parti les cadres de l'Etat nouveau. Il fonde des corporations nationales, des syndicats fascistes. Le fascisme comprend deux organismes : le Parti et la Corporation. Politiquement, il est la dictature des combattants; socialement, l'union corporative des producteurs. Ces corporations sont « des institutions techniques appelées à donner des conseils particuliers à l'Etat ».

C – A partir de 1943 : la République sociale de Salo

La République sociale est la République des travailleurs considérés dans leurs Métiers, à quelque classe sociale qu'ils appartiennent. Le dualisme Individu-Etat se résout dans l'Etat organique des Producteurs, des Travailleurs. A partir de cette période, Mussolini dispose que « [La Patrie] ne peut ressusciter et vivre que sous l'étendard de la République » (L'Histoire d'une année). Le Manifeste de Vérone (14 septembre 1943) est adopté par l'Assemblée du Parti Fasciste Républicain. La Constituante est composée des corps ou institutions « dont la participation contribuerait à faire de la Constituante la synthèse de toutes les valeurs de la nation ». Le chef de la République est réélu tous les 5 ans.

Le fascisme se dirige vers un Etat syndicaliste, un socialisme d'Etat : la base de la République sociale est le travail, manuel, technique, intellectuel dans toutes ses manifestations, avec le respect de la propriété privée, tant qu'elle n'exploite pas le travail des hommes. Dans l'entreprise est imposée une équitable fixation des salaires, une équitable répartition des bénéfices entre le fond de réserve, le fruit réservé au capital actionnaire et la participation des travailleurs aux bénéfices eux-mêmes. Des coopératives para-syndicales sont créées. L'exercice de son métier peut être individuel, par famille ou par groupes.

Pour le logement, un organisme national pour la maison du peuple garantit le droit à la propriété : « Le paiement du loyer – une fois remboursé le capital et payé le juste intérêt de celui-ci – constitue un titre d'acquisition ». Les syndicats convergent en une unique confédération : Confédération Générale du Travail, de la Technique et des Arts. Celle-ci devait principalement susciter une effective solidarité entre tous les travailleurs et faire naître « la plus haute considération pour les meilleurs, à quelque degré qu'ils appartiennent ». Hiérarchiquement, « les syndicats d'entreprise et communaux sont groupés en syndicats provinciaux de catégorie. Les syndicats provinciaux de catégorie en syndicats nationaux de catégorie ». L'Etat intervient et propose la répartition des bénéfices. Ainsi, la quote-part des bénéfices réservés au capital sera annuellement fixée par un organisme d'Etat. Une fois déduite la quote-part du capital le reste devra être réparti entre les travailleurs. Le capital ne pourra pas recevoir plus de 30% de l'ensemble des rétributions versées aux travailleurs et l'excédent sera destiné à des investissements de nature sociale et productive.

D – Annexes

- Distinction nationalisme / nationalitarisme / fascisme : Le nationalisme est la doctrine de la conservation des raisons qui ont fait naître et vivre la nationalité et la barrière idéologique posée aux idées destructrices de la communauté historique connue sous le nom de Nation. Nationalisme convient donc aux nations formées, adultes, avec une tradition, c'est-à-dire un passé. Nationalitarisme convient aux tentatives de formation d'Etats nationaux basés sur la volonté démocratique, la langue ou la race. Il est généralement destructeur d'une communauté historique existante : empire ou Etat plurinational. Le fascisme introduit un élément nouveau : il assimile l'Etat – donc la nation en tant qu'Etat – à la nature de la volonté humaine « qui ne connaît pas de limites à son développement et prouve son infinité en se réalisant ».

- Devise : Croire, Obéir, Combattre : L'ordre des mots est plein de sens. Il faut d'abord croire, c'est-à-dire savoir ce que l'on veut et pourquoi on le veut; il faut ensuite obéir, c'est-à-dire se soumettre à la discipline qui peut seule donner une forme valable à l'ensemble des accords particuliers; et, enfin, il faut combattre, parce que « la lutte est à l'origine de toutes choses; parce que la vie est pleine de contrastes : c'est l'amour et la haine, le blanc et le noir, le jour et la nuit, et tant que ces forces adverses ne seront pas en équilibre, la lutte sera toujours au fond de la nature humaine comme une suprême fatalité ». Et encore : « Quand deux éléments irréductibles sont en lutte, la solution est dans la force. Il n'y a jamais eu d'autres solutions dans l'histoire et il n'y en aura jamais ».

Citations :

« Le credo fasciste est un acte de foi héroïque en la puissance de la volonté humaine active et consciente. Où existe une volonté, existe une route » (Edition définitive des oeuvres et discours de Benito Mussolini).

« Le fascisme est une milice, les problèmes sont des ennemis à affronter et à vaincre; le peuple italien est une armée marchant en bataillons serrés » (Il Popolo d'Italia).

« Le fascisme veut que l'homme soit actif et engagé dans l'action avec toutes ses énergies : il le veut virilement conscient des difficultés réelles et prêt à les braver. Il conçoit la vie comme une lutte, il estime qu'il appartient à l'homme de conquérir une vie vraiment digne de lui, en créant, avant tout, en lui-même, l'instrument (physique, moral, intellectuel) pour la construire. Et cela est vrai et pour l'individu lui-même, et pour la nation, et pour l'humanité » (Enciclopedia Italiana, article « Fascisme »). Ainsi, la volonté crée l'histoire.

« Si la politique est l'art de gouverner les hommes, c'est-à-dire d'orienter, d'utiliser, d'éduquer leurs passions en vue de buts d'ordre général qui, se projetant dans l'avenir, dépassent de ce fait la vie des individus, si telle est la politique, l'élément fondamental de cet art est incontestablement l'homme. Il faut donc partir de lui ». (Gerarchia, Mussolini parle)

Nationalisme Allemand

VIII – L'Allemagne entre la nation et la race

A – La naissance du nationalisme allemand

Contrairement à nombre d'autres pays d'Europe, l'Allemagne n'a pas subi d'action monarchique, ayant abouti à l'Etat, et par suite à la Nation. Le Traité de Westphalie divisait le territoire germanique en deux mille enclaves. Cependant, avec l'arrivée de la pensée de Rousseau et l'avènement de la République française, naquit chez Herder l'idée d'une conscience nationale s'exprimant par une langue, qui sert selon lui à définir l'individualité nationale. Il n'existait pas de nationalisme allemand, faute de nation préexistante, mais le nationalitarisme allait la créer.

En France, la nationalité est élective; en Allemagne, elle est inconsciente : la race l'emporte sur le consentement. La race est à différencier de l'ethnie, qui est un ensemble de caractères somatiques, culturels et religieux qui peuvent aboutir à la création d'un groupe différencié, mais ce n'est pas encore une race ou ce n'est plus une race. La prise de conscience se fait dans la langue. Fichte envisage la langue comme équivalent de la nation, « une force fatale qui mène l'individu » : « Ce qui parle la même langue, c'est un tout que la pure nature a lié par avance de liens multiples et invisibles. Un pareil tout ne peut admettre en son sein aucun peuple d'une autre origine ou d'une autre langue, ni vouloir se mêler avec lui ». Ainsi, la langue donne naissance au pangermanisme.

B – De la nation à la race : de Bismarck à Hitler

Le Deuxième Reich a réduit l'opposition entre les Etats allemands; le Troisième Reich doit réduire les oppositions des partis allemands. Les dirigeants de la nation ne doivent appartenir à aucun parti : « leur parti est l'Allemagne »; la politique de la nation est la « nationalisation du peuple ». Pour Junger, la guerre a modelé un homme nouveau : le soldat ouvrier (Arbeiter-Soldat). Pour Spengler, la crise économique se règle par le politique. Il réclame pour la Prusse la véritable compréhension du socialisme qui n'est pas une opposition de riches et de pauvres, mais repose sur un concept de hiérarchie assurée à chacun par ses mérites et sa capacité au travail.

Si le nationalitarisme jacobin avait révélé aux Allemands leur « âme nationale »; si le Deuxième Reich de Bismarck avait fondé la nation allemande, si la défaite de 1918 avait suscité un nationalisme authentique, il n'en restait pas moins que l'idée allemande de nationalité étant basée sur l'ethnie et non sur le consentement, le nationalitarisme et le nationalisme allaient coexister dans le Troisième Reich. Au nationalisme appartiendraient toutes les idées de dépassement des contradictions des partis et des classes, d'unité profonde de la nation, d'Etat organique, de conception hiérarchique, du socialisme même. Mais appartiendrait au nationalitarisme la notion d'inachèvement de l'unité territoriale. Le national-socialisme d'Hitler n'est plus le nationalisme. Il en a incorporé des éléments mais, en les faisant servir à autre chose qu'à leur fin naturelle, il les dénature et les détourne de leur signification profonde.

Citations :

« Dans l'Etat organique la loi du tout domine sur la loi de la partie, en même temps qu'elle facilite l'expression de l'individuel, du particulier dans le sens de sa collaboration à l'ordre général. Entre le tout vivant et ses membres il n'y a pas d'opposition car à chacun revient une fonction propre. Tous n'ont pas la même chose à faire, mais chacun a à faire ce qui lui est propre » (Ernst Krieck, National politische Erziehung).

« Si jamais du nouveau vient au monde, c'est bien du chaos qu'il surgit, à ces moments où la misère rend la vie plus profonde où, dans une atmosphère surchauffée, se consume ce qui ne peut pas subsister et se purifie ce qui doit vaincre. Dans cette masse en ébullition, en fermentation, nous pouvions jeter nos désirs et nous pouvions voir s'élever la vapeur de nos espoirs » (Ernst von Salomon, Les Réprouvés).

IX – Adolf Hitler (1889-1945), Führer du Troisième Reich

A – Genèse de la conviction, conviction d'un destin

La révélation vient à Adolf Hitler en assistant à une représentation de Rienzi, où sont contenues trois idées fondamentales du national-socialisme : 1) Le peuple n'est rien sans son chef; 2) Les peuples dégénérés méritent la mort; 3) Le Chef n'est pas le roi, mais une sorte d'envoyé du Destin : le Tribun. Lui se fera appeler Führer. Selon son ami Kubizeck, « il n'avait aucun respect de la Tradition, eu un mot, il voulait changer la face du monde ». Il a sa propre Weltanschauung (vision du monde) : influencé par Schopenhauer (le monde comme volonté et comme représentation), Chamberlain (la race aryenne nordique est la seule civilisation, et l'Allemagne a une mission), et Nietzsche. Contrairement à Mussolini, pour Hitler la communauté de race forme l'Etat ; l'Etat ne peut pas la dépasser car l'Etat, c'est la Nature. Au départ, Hitler conçoit le meilleur régime comme une « république sous un Führer autoritaire » avec une représentation populaire et un Sénat comme conclave pour la désignation du successeur. Pour faire triompher ses idées, il croit en la puissance de la parole et du décorum l'accompagnant (notamment la foule), il croit à la « parole parlée » : « tous les grands événements ont été provoqués par la parole et non par les écrits ».

B – Une société raciale et hiérarchisée dans un système méritocratique

Il prétend baser son racisme scientifiquement en observation des lois de la nature : « Tout animal ne s'accouple qu'avec un congénère de la même espèce […] Tout croisement de deux êtres d'inégale valeur donne comme produit un moyen terme entre la valeur de deux parents […] Le rôle du plus fort est de dominer et non pas se fondre avec le plus faible, en sacrifiant ainsi sa propre grandeur ». Pour Hitler, la nature tend à élever le niveau des êtres. Le résultat du croisement de deux races aurait pour conséquence : a) Un abaissement du niveau de la race supérieure ; b) Une régression physique et intellectuelle et, par suite, l'apparition d'une sorte de consomption dont les progrès sont longs, mais inévitables. Il donne le primat à la loi du sang et de la race : « Le droit à la liberté individuelle le cède devant le devoir de sauvegarder la race ». Son objectif est d'arriver à « un niveau anthropologique supérieur ».

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