Évènement

Du sanspapiérisme au social-cocufiage

Publié le : 23/04/2008 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles par intervenants , Articles par thèmes , Politique , Roubachof

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Si l’on en croit les médias officiels, la grève des travailleurs sans-papiers marque un de ces instants bénis où l’on crève enfin un abcès trop longtemps négligé. Tous les acteurs ont été touchés par la grâce, ou plus modestement par le bon sens, et la bonne décision va non seulement être prise, mais en outre sera appliquée, pour le triomphe définitif du bien commun.

C’est doux et gentil comme un roman pour dames.

Régularisons et finissons-en : voilà la morale de l’Histoire.

Et moi, pendant ce temps-là ?

Eh bien moi, je rigole.

Balayons tout d'abord l'argument qui sous-tend le discours dominant sur le travail au noir. Ça sera toujours ça de fait, et puis ça soulage.

Il paraîtrait qu'on ne trouve plus de français de souche pour faire les sales boulots.

Mouais.

Je suis d'accord qu'on ne voit pas beaucoup de blancs au marteau piqueur sur les chantiers ou derrière l'aspirateur dans les bureaux, et quand c'est le cas ils ont troqué l'accent portugais pour celui des Balkans.

Seulement poser le problème ainsi, c’est se foutre du monde.

D’abord, j’observe que les enfants de l’immigration ne sont pas plus chauds que les « de souche » pour prendre des boulots au black. Ensuite, je remarque qu’on voit de plus en plus de visages pâles derrière les camions de ramassage des poubelles ou à l'entretien des jardins publics. Remarque : c'est quasiment toujours dans les organismes municipaux, ou dans des entreprises ayant pignon sur rue. C'est à dire dans les entreprises où règne le droit du travail.

De ces quelques observations rapides que chacun peut partager, je déduis ce que tout le monde sait, mais que les médias aux ordres ne disent jamais : à savoir que la question du travail au noir est essentiellement sociale, et qu’elle n’est qu’indirectement raciale, identitaire ou je ne sais quoi de cet ordre. L’empressement bien compréhensible des Français issus de l’immigration à ne pas se faire exploiter comme des cons démontre qu’il n’est pas nécessaire d’être blanc pour ne pas apprécier les boulots de merde payés avec un lance-pierre. La facilité avec laquelle des blancs se mettent à la virile profession d’éboueur démontre a contrario qu’on peut parfaitement avoir la peau blanche, être un « de souche » pur fruit, et accepter n’importe quel boulot, fût-il salissant – du moment toutefois qu’on est payé décemment.

En somme, ce qui rebute le « Français de souche », ce n’est pas l’allergie supposé des pâlichons pour le gros boulot, mais les conditions dans lesquelles on laisse désormais les travailleurs (absence de prime de travail salissant, l'absence d'horaires de récupération, voire absence d'horaires tout court). Ce qui fait que les immigrés clandestins, à l’inverse, acceptent ces conditions de travail tendance Germinal, ce n’est pas la robustesse supposée du prolétaire d’importation, mais tout simplement le fait que ces pauvres bougres n’ont pas le choix : quand on est tricard du côté ensoleillé de la rue, on marche forcément du côté obscur de la rue.

Quand on n’a pas le droit d’être là où on est, on ferme sa gueule et on bosse pour ne pas crever de faim. C’est aussi simple, et aussi brutal que ça. Techniquement, ça s’appelle le retour aux relations patron/employé du capitalisme sauvage. Et ça n’a rien à voir avec « les Français ne veulent plus faire le sale boulot ».

Bien. Une bonne chose de faite.

Passons à la suite de l’enfonçage de portes ouvertes, si vous voulez bien.

Question : quand on découvre, d’un seul coup, qu’il y a des centaines de milliers de clandestins travaillant au noir, qu’est-ce que ça prouve ? Qu’il faut régulariser tous les clandestins ? A votre avis ? Est-ce que ça ne prouverait pas plutôt que la chasse au travail au noir n’a jamais été faite ?

Ou encore, reformulons : faut-il décider que nous devons régulariser les clandestins pour les sortir du travail noir ? Ou bien faut-il renvoyer les clandestins chez eux, interdire effectivement, réellement le travail au noir, et donner du boulot au chômeur français ? – en le payant, lui, un salaire décent…

Réponse (ô combien prévisible) de la bien-pensance médiatique : régularisons, régularisons. Alors dans un avenir radieux, les patrons devenus philanthropes feront de bons contrats de travail à des immigrés tout ce qu’il y a de plus réguliers. Régularisons les clandestins, et nous régulariserons les emplois qui vont avec. Voilà le raisonnement.

Tout le monde est gagnant, nous dit-on.

Le patronat sort enfin d'une situation inique dans laquelle il employait depuis des années, sans le savoir ose-t-il prétendre, des travailleurs lui donnant entière satisfaction, et qu'il s'engage à garder. Taratariiii, le bien a triomphé !

Les syndicats, défenseurs du prolétaire, se réjouissent qu'enfin tous les travailleurs puissent échapper au sort des ouvriers du XIXème siècle, rejoignent le giron de la protection sociale, etc. Re-taratariiii, le bien a triomphé une fois de plus !

Les partis gauchistes, défenseurs du tiers-monde opprimé, se réjouissent de la fin d'une forme d'exploitation quasi-coloniale. Taratariiii, bis repetita.

Le PS, héraut du pragmatisme moral et spécialiste du grand écart, suit le mouvement. Taratariii, foutage de gueule à gauche.

Le gouvernement, enfin, bien que gardien de la loi et conscient de l'effet négatif des régularisations sur l'électorat droitard, joue les vierges effarouchées, parle de « cas par cas » et de « fermeté pour l'avenir ». Mais il sait très bien qu'il fera passer la pilule des régularisations massives sur le compte du consensus de la classe politique institutionnelle. Taratariii, foutage de gueule à droite.

Mais quelle bouffonnerie ! Quel inconcevable empilement de foutages de gueule méthodiques, éhontés. A la limite, c’est humiliant pour ceux qui sont supposés gober tout ça. Franchement, se faire prendre pour un con de manière aussi franche, ça frise l’insulte délibérée.

*

La réalité, c’est que :

1) Les emplois au noir sont des emplois de service, du bâtiment ou dans la restauration. Non délocalisables par nature, ils ne peuvent pas être confiés à des Chinois de Chine payés 0,5 $ de l’heure (cf. l’article de Drac « Let’s do math »). Qu’à cela ne tienne : si le boulot ne va pas à l’esclave, l’esclave ira au boulot ! Le travail au noir est un peu l’équivalent localiste du mécanisme mondialiste de pillage des mains d’œuvres à bas salaire.

2) L'effet psychologique de pompe aspirante d'une régularisation massive est évident. Dès qu’on saura, dans des pays comme le Cameroun ou le Sénégal, ou encore le Pakistan ou l’Inde, qu’en France on te régularise au bout de quelques années si t’as pas fait de vagues, ça va rappliquer de partout ! Jetez un coup d’œil à la pyramide démographique de l’Afrique subsaharienne (2008 : 800 millions d’habitants, 2045 : 1.600 millions), au taux de croissance du PIB par tête sous ces latitudes ensoleillées (stagnation pratiquement structurelle sauf quand « le » produit d’exportation local voit son cours décoller suite à une magouille quelconque), et vous aurez une idée de l’avalanche de sans-papiers volontaires qui va nous dégringoler sur la tronche. Et plus on en régularisera, plus il en déboulera…

3) En face de ce déferlement, il n’y aura aucune réponse étatique adaptée. Si la police n'arrive plus à organiser un contrôle de papier dans le XXème arrondissement de Paris, il est facile d'imaginer ce que ça peut donner en banlieue, ou même les panneaux d'affichage officiels de certaines écoles appellent au soutien des enfants sans-papiers.

4) Ce déferlement prévisible est l’objectif poursuivi très consciemment par la classe dirigeante. C’est une politique délibérée, organisée sans trêve ni hésitation par l’Europe de Bruxelles.

Vous ne me croyez pas ? Eh bien, lisez ceci :

E n 2001, la société lettone Laaval un Partneri créait en suède, à Vaxholm, une filiale dénommée LP Baltic, qui engagea des travailleurs baltes à un niveau de rémunération bien inférieur aux salaires conventionnels suédois (cinq fois selon des syndicalistes). L'affaire fut portée par les syndicalistes et les grévistes suédois devant le CEJ (Cour européenne de justice), qui statua que les grèves de défense des salaires étaient illégales et contraires au principe de « libre circulation des service dans l'Union... Quelques jours après....le CEJ frappait à nouveau en condamnant le land de Basse Saxe, en Allemagne, qui voulait soumettre une entreprise polonaise de TP à l'obligation de convention collective du secteur pour tout contrat relevant du marché public. L'entreprise polonaise payait ses employés 50% de moins. Elle obtint gain de cause au motif de la « libre circulation des biens et des services ».

Source : « Nouvelle solidarité » (journal du mouvement « Solidarité et progrès »), 18 avril 2008

Et le traité de Lisbonne, naturellement, entérinera cet état de fait, voire l'aggravera…

5) Cette politique délibérée de casse sociale par l’immigrationnisme recoupe une stratégie de mise sous tension à l’intérieur du patronat.

Il n'y a pas dans cette affaire UN patronat. Il y a un petit patronat et un grand patronat, et ce n’est pas du tout la même chose, en l’occurrence. Le deuxième, dans bon nombre des cas qui nous intéressent ici, emploie le premier dans une sous-traitance à plusieurs niveaux dont il ne veut rien savoir.

On peut multiplier tant qu’on voudra les inspecteurs du travail et les fermetures administratives : en réalité, le petit patron, sous-traitant de sous-traitant, sera toujours obligé de s’aligner sur le moins-disant, et le moins-disant, ce sera bien souvent celui qui emploie la chiourme au noir.

D’un côté, donc, celui qui est obligé de tricher : le petit patron. En face, celui qui profite de la tricherie : le gros patronat (qui, lui, n’emploie dans son périmètre propre que des salariés statufiés, ou quasiment).

Encore mieux : dans l'Europe de Lisbonne, les grandes entreprises pourront faire appel à des sous-traitant étrangers qui fourniront un service délocalisé sur place. Les petites entreprises seront prises entre le marteau et l'enclume. Coté enclume : des lois européennes favorisant le dumping, et coté marteau : une classe politique française scindée entre une droite économique ignorant superbement le respect du droit du travail et une gauche sociétale alimentant sans cesse la pompe à clandestins. Dans la configuration actuelle du droit français, les petites entreprises n’auront donc plus le choix qu’entre la faillite et le recours au travail au noir.

Forcément, les PME exigeront une troisième voie.

6) Cette troisième voie sera bien sûr la suppression du droit du travail français. Quand la situation sera devenue parfaitement insupportable pour le tissu économique, le pouvoir prendra argument du désastre pour démanteler la sécu, le droit du travail et d’une manière générale, pour remettre en cause tous les avantages acquis par les salariés français depuis 1945, et même peut-être depuis 1906. Cette régression sociale incroyable est l’objectif réel de la démarche. On fait croire au gogo qu’en régularisant le sans-papier, on veut aligner son statut sur celui du travailleur régulier, légal, protégé. Mais c’est le contraire : on va déclencher un mouvement à l’issue duquel on alignera tout le monde sur la réalité que vivent aujourd’hui les sans-papiers, c'est-à-dire l’exploitation pure et dure.

7) Les victimes de cette escroquerie immonde seront les salariés français, bien sûr, mais aussi les peuples déracinés. Les coupables sont les supporters du traité de Lisbonne et ses idiots utiles, les tiers-mondistes qui y sont opposés mais qui font en réalité le jeu de ses promoteurs. Les otages sont les petits patrons, pris entre les nécessités de la survie et celles de la morale.

Une fois le milieu du guet dépassé, la poursuite de ce processus jusqu’à son terme sera quasiment inéluctable. Le système prétendument libéral jouera sur du velours. Le bon peuple votant s'effraiera bien sûr un jour de la hausse vertigineuse de l'immigration clandestine rendue possible par le ménage impossible du traité de Lisbonne et de la protection sociale made in France. Mais le bon peuple n’aura que deux choix. Soit voter pour un parti qui acceptera la disparition du droit du travail, soit voter pour un parti qui arrêtera autoritairement l'immigration. Dans le premier cas, Bruxelles gagnera par défaut. Dans le deuxième, il suffira de sortir la boite à diaboliser le FN les gogos habituels, avec au besoin en croquemitaine soft le petit facteur de Neuilly (pro-immigration) pour effrayer à la fois le bourgeois de droite et le bobo de gauche, et gratté, c’est gagné : retour à la case départ, le système gagne.

On remarquera tout de même que le gouvernement de Sarkozy renâcle un peu à régulariser massivement. J'avais pour ma part parié que cette régularisation interviendrait après les élections de 2012, date pour laquelle la classe politique a probablement programmé l'asphyxie et la disparition du FN. Mais on ne peut pas tout contrôler, même quand on est capable de modifier les constitutions au nez et à la barbe des électeurs. Le mouvement des sans-papiers vient trop tôt. Les électeurs piqués au FN peuvent peut-être renter au bercail…

Les cocus du Sarkozysme, s'il faut vous réveiller, c'est maintenant.

Après, une fois dépassé le panneau « highway to hell », je vous préviens qu’il n’y aura plus d’arrêt jusqu’au terminus.

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