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« Enquête sur l’avenir du mouvement national, entretien avec un militant anti-capitaliste » | Entretien avec Francis Cousin dans Rivarol | Octobre 2007.

Publié le : 12/06/2015 06:23:00
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Nous poursuivons ici notre enquête commencée le 29 juin 2007 sur l’avenir des droites nationales et radicales en France. Après avoir donné la parole à différentes composantes de notre « mouvance », il nous a paru intéressant, en guise de pause et pour éclairer de manière quelque peu iconoclaste les enjeux des temps qui viennent, d’interroger une autre tendance particulièrement critique à l’égard du mondialisme : celle des groupes radicaux qui, s’affirmant d’emblée contre la droite et la gauche, ont toujours attaqué les mystifications progressistes de la société du spectacle marchand, en dénonçant notamment la propagande de l’immigrationnisme.
Nous donnons la parole à un de ces militants anticapitalistes que par discrétion nous nommerons ici « Gracchus ». (Pseudonyme de Francis Cousin - NDLR)
Rivarol N°2830, 26 octobre 2007.


Rivarol : Vous êtes membre d’un groupe « L’Internationale » se réclamant de la Commune de Paris et de toutes les luttes historiques du mouvement ouvrier qui ont dû s’affronter à l’appareil politique du capital, lequel selon vous inclut non seulement la droite et la gauche mais aussi et surtout ce que vous nommez ses appendices gauchistes. Vous venez de publier collectivement un essai aux Editions Révolution sociale intitulé Critique de la société de l’indistinction. Pouvez-vous présenter à nos lecteurs la thèse que vous défendez dans ce livre ?

Gracchus : Les écrits de César et de Tacite confirmés par l’archéologie nous enseignent que les Germains, branche la plus archaïque et la plus significative du rameau indo-européen, ignoraient encore très largement la propriété privée lorsque Grecs, Italiques et Celtes étaient déjà passés au stade de la monnaie, de l’imposture politique et de la dissolution mercantile des vieilles communautés ancestrales. A l’époque de Clovis, les Francs saliens vivaient encore selon un mode historique social largement communiste puisque terres, forêts et rivières demeuraient alors globalement patrimoine de la communauté de l’être ensemble.

Toute l’histoire européenne, des jacqueries millénaristes médiévales jusqu’aux soulèvements des croquants et autres va-nu-pieds, est rythmée d’insurrections paysannes qui, refusant la domination de l’accaparer, ne cessèrent de lutter contre la noblesse, le fisc et la bourgeoisie. A compter de la révolution capitaliste de 1789, les derniers grands terrains communaux furent reconvertis en biens nationaux spéculatifs et des pans entiers de la paysannerie dépouillée prirent le chemin de la servitude urbaine et usinière. C’est alors le prolétariat qui exprima la nécessité d’un combat pour un monde sans argent et qui ne cessa, à partir des formulations radicales nées durant la Commune de Paris, de clamer haut et fort - contre toutes les fractions capitalistes, de droite comme de gauche - qu’il importait exclusivement d’abolir la condition de l’emprisonnement salarial et non de l’améliorer.

L’argent comme équivalent général est devenu l’archétype infernal de l’horreur sociale qui fait que désormais tout s’achète et tout se vend puisque tout se vaut à l’heure du triomphe du fétichisme marchand.
C’est l’universelle domination sociale du quantitatif indistinct qui partout développe l’exclusion du qualitatif dans l’abondance aliénatoire de la dépossession humaine.           

Rivarol :
Comment vous situez-vous par rapport à Mai 68 et à l’immigration ?


Gracchus : Si Mai-68 a bien été un affligeant carnaval estudiantin permettant la révolution capitaliste des mœurs qui a libéré le sexe pour en faire un des lieux centraux de l’accumulation spectaculaire de la misère existentielle, cela a surtout été la dernière grande grève de masse qui a fait trembler la classe dirigeante lorsque l’on vit poindre, derrière les services d’ordre des flics syndicaux de toutes orientations, des tendances extrémistes qui visaient non pas la modernisation de l’esclavage marchand mais sa remise en cause radicale. Monsieur Thiers avait fait fusiller le prolétariat parisien parce qu’il refusait de se soumettre à l’absolutisme du profit. La classe capitaliste moderne a décidé, elle, de faire disparaître la conscience subversive du prolétariat d’Europe en la diluant dans le raz-de-marée du multiculturalisme et de l’immigration. La spécificité substantielle de l’Europe tient en ce fait qu’elle est le continent culturel d’une vision ouverte de l’histoire qui considère le temps comme réversible et transformable, ceci dans la continuité cosmique des traditions païennes et dans la spécificité du logos chrétien.

A l’inverse, les peuples d’Afrique et d’Orient n’ont jamais connu que des formes sociales repliées sur un temps immobile et non modifiable, ceci dans la lourdeur récitative des interdits animiste, talmudique ou coranique.
De jacqueries paysannes en insurrections ouvrières, l’Europe par la voie de luttes de classe permanentes n’a cessé de tracer le chemin historique de sa spécificité contestataire telle qu’elle exprimait là fermement le refus de la tyrannie du posséder en même temps que la farouche aspiration à affirmer que la vie vraie n’a pas de prix pendant que les autres continents ne produisaient que la modernité de l’abêtissement américain et la permanence rétrograde des soumissions du grand-Sud. L’immigration est ici la stratégie-clef de la classe capitaliste mondialiste…

Elle casse le coût du travail et importe des masses de population qui dans la longue durée des passivités de leur inconscient collectif sont aux antipodes de ce qu’était la conscience rebelle d’un communard.

Rivarol :
Pouvez-vous préciser ce que, dans votre livre, vous entendez par « le chaos de la guerre sans fin » ?

Gracchus :
Depuis la Première Guerre mondiale, le spectacle de la marchandise est un système social qui ne se reproduit que par la destruction militaire de ses forces productives excédentaires selon le cycle : saturation globale des marchés, guerre généralisée, reconstruction puis à nouveau saturation…

Au terme des deux boucheries impérialistes par lesquelles l’ordre américain s’est emparé du monde, il s’est en même temps infiltré jusqu’aux plus hauts sommets des centres de décision japonais et européens qui n’ont désormais plus aucune autonomie stratégique. La mise en scène permanente de coups montés terroristes de vaste ampleur et menés de l’intérieur même des services spéciaux de la provocation étatique est ici le moyen choisi par la Maison-Blanche pour un repartage des marchés censé lui permettre d’échapper à la faillite financière au moment où l’économie du crédit fait vaciller le crédit de l’économie.

Le chaos de la guerre sans fin qui découle de la machination spectaculaire du 11-Septembre telle qu’elle fut planifiée par les experts du Pentagone et tout ce qui en a résulté en Irak, au Liban ou en Iran, dévoile une stratégie délibérée d’éclatement terroriste du monde pour que, dans la frayeur, le trucage et la manipulation s’impose la gouvernance mondialiste de la marchandise totalitaire. La provocation islamiste est ici, du Kosovo à la Tchétchénie, une grande manœuvre d’intoxication dont les hiérarchies supérieures nous ramènent toujours au Mossad et à la CIA de telle sorte que Wall Street puisse s’imposer comme général du commerce mondial autocratique.                   
Rivarol :
Le camp national a connu de sérieuses défaites électorales au printemps dernier (Élections présidentielles & Élections législatives 2007 - NDLR de Scriptoblog). Sur quels fondements pourrait-il rebondir ? Comment, concrètement, pourrait-il placer la question sociale au cœur de ses préoccupations et de ses propositions ?

Gracchus : La déperdition de voix FN vers Sarkozy fut essentiellement l’expression d’un vote des couches moyennes. Les zones ouvrières ont tenu et bien tenu…Toutefois elles ne se sont pas élargies… Cela exprime la contradiction évidente entre l’appareil du parti et la dynamique profonde de ses bassins électoraux durables. L’instinct de classe des ouvriers qui ont le mieux compris qu’on les avait socialement condamnés à mort et qu’on entendait leur substituer des implantations allogènes inféodées à la finance mondiale est ce qui a fait jaillir le cri de colère du vote FN.

Or le FN a un programme qui, par-delà quelques déclarations sociales de surface, est demeuré éminemment conservateur. Loin d’aider à l’émergence d’un soulèvement anti-mondialisation dans les entreprises, il n’a fait qu’enfermer la protestation ouvrière dans l’isolement électoral. Il est donc évident que tant qu’une révolution culturelle n’aura pas de fond en comble transformé son regard sur le salariat, ce que vous nommez le camp national ne pourra être qu’une force nostalgiste de vain témoignage et d’ailleurs pleinement intégrée au spectacle du système en tant que sa position nécessaire la plus pittoresque.     

Rivarol : Alain Soral, président d’Égalité et Réconciliation et transfuge du Parti communiste, défend des positions qui semblent proches des vôtres. Comment jugez-vous son combat, ses idées, son engagement récent et qu’est-ce qui vous distingue ou vous différencie de lui ? Adhérez-vous notamment à son idée selon laquelle Olivier Besancenot, par son soutien aux « sans-papiers », à l’immigration libre et à l’ouverture généralisée des frontières, fait le jeu du grand capital et du mondialisme ?

Gracchus
: Nous sommes issus d’un courant qui a toujours eu pour finalité l’abolition de la marchandise, du salariat et de l’Etat. Nous sommes les héritiers de groupes ouvriers radicaux qui n’ont cessé dès l’origine de dénoncer le capitalisme d’Etat bolchevique soutenu par la haute banque américaine comme l’une des plus grandes mystifications sanglantes de l’histoire. Nous nous réclamons de Babeuf, animateur communiste de la Conjuration des Egaux qui fut le premier dénonciateur du populicide vendéen. Alain Soral demeure encore attaché à la mythologie robespierriste et léniniste et a un certain penchant pour Chavez…

Nous considérons que la révolution de 1789 inaugure l’ascension du despotisme capitaliste et que toutes les fractions du capital, même les tiers-mondistes d’aujourd’hui, sont également réactionnaires et qu’il est décisif de ne pas se détourner de la lutte contre l’économie politique de toutes les domestications. Ce n’est pas parce que l’entité capitaliste du président bolivien Moralès est plus petite et moins moderne que celle de Bush qu’il conviendrait d’en préférer les charlataneries…

Pour le reste, nous affirmons que droite et gauche ne sont que des espaces mythologiques nés sur l’échiquier parlementaire du mensonge politique général et que sur tous les sujets, le gauchisme est un chien de garde du système et un rabatteur du MEDEF…

Il est donc normal que les délires immigrationnistes de Besancenot recoupent les projets de redéploiement salariaux de Parisot. Mais l’essentiel est de comprendre que rien ne peut s’opposer utilement à la marchandise sur le terrain de la marchandise et qu’on ne régulera jamais le despotisme de l’argent puisque c’est lui toujours qui vous possède et vous écrase… Si l’on veut vivre les passions de la vraie vie de l’être, il faut en passer par l’éradication complète et totale du spectacle capitaliste tel qu’il a tout transformé en avoir et en paraître, par la chosification tyrannique de toute réalité.

Rivarol : Pensez-vous que face à la mondialisation planétaire et à la puissance de la société marchande qui transforme les individus en consommateurs hédonistes, il y a une possibilité véritable sur le plan politique d’inverser, ou à tout le moins de freiner, l’ordre des choses ou faut-il se préparer au pire en spectateurs impuissants ? Autrement dit, les nationaux conscients de ce qui se trame peuvent-ils avoir une quelconque prise sur le réel dans leurs engagements politiques, journalistiques, etc. ?

Gracchus : Hegel, Marx, Heidegger, de manières différentes et à partir de points de vue distincts, nous ont montré que le déterminisme de l’histoire était une réalité incontournable et que la marchandise balaierait tout sur son parcours jusqu’à ce point spécifique où nous sommes en train d’accéder et où le temps de l’aliénation appropriative s’affirme officiellement sur toute l’étendue crisique du monde. Il n’y aura pas de retour en arrière car l’histoire ne restaure jamais rien que sous la forme de caricatures.
La seule vérité d’importance tient en ceci : l’essence de l’être générique de l’humanité est la communauté de l’être qui pour gagner le combat contre la fausse conscience ne doit pas courir derrière le fil du temps mais aller au-devant de lui. Les formes passées du sacral sont définitivement anéanties…

Celui qui s’y arrête est déjà mort. C’est le contenu de l’essence ontologique de l’être qui, pour être préservé et déployé, implique l’universelle révolution de l’exister contre toutes les mystifications de l’avoir de telle sorte qu’une communauté nouvelle, fondée sur les besoins humains réels et non les besoins solvables factices, puisse enfin apparaître.

Projet conçu et propos recueillis par Jérôme BOURBON.    


Francis Cousin : Critique de la société de l’indistinction (Le Libre Journal d'Emmanuel Ratier, Radio Courtoisie, 08/02/2012)


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