Évènement

Entretien avec Christian Combaz : « Des élites ivres d’elles-mêmes qui méprisent le peuple »

Publié le : 07/07/2018 13:12:38
Catégories : Articles auteurs , Auteurs , Christian Combaz , Interviews

Nous avons voulu vous présenter un livre au parcours tourmenté : « Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos », (aujourd'hui réédité par les éditions Le reour aux sources en version actualisée et augmentée. Ndlr) et discuter de cet ouvrage avec son auteur, Christian Combaz… 


"Un livre qui devait sortir, mais qui n’a jamais été publié".

Riposte Laïque : Vous aviez prévu de publier un livre intitulé « Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos ». Or, ce livre n’est jamais sorti ! Le coup de poignard, c’est vous qui l’avez pris, non ? Que s’est-il passé ?

Christian Combaz : C’est la soudaineté de la chose qui m’a frappé mais les coups de poignards sont rarement précédés de sommations. Le livre est acheté, il me vaut un à valoir, modeste mais réel, il reçoit une couverture, il figure dans les pré-catalogues de la FNAC et de tous les libraires en ligne, genre de Decitre etc., l’éditeur est chaleureux, il prend la précaution de le donner à lire à l’un de ses amis magistrats, je reçois le manuscrit annoté de la main de ce monsieur, rien à signaler à part trois adjectifs me dit-il, et le matin où je devais rencontrer l’attaché de presse, coup de fil de l’éditeur qui me dit qu’il ne « peut pas » publier ce livre. Donc aucune dispute, aucun désaccord, la preuve on me signifie qu’on me laisse l’argent versé, non, juste un contenu idéologique importun visiblement, et selon toute probabilité une pression pré-électorale forte et précise. Il faut rappeler que j’ai été chassé un an plus tôt du Figaro Vox, probablement sur intervention de la cellule de Com de l’Elysée pour avoir publié un papier accablant sur le français des élites socialistes. 180 000 lecteurs uniques mais plus aucun article publié depuis. Je fais évidemment mention de cette mésaventure dans mon livre, et je continue à y blâmer l’invraisemblable syntaxe de nos gouvernants, la pauvreté de leur pensée, leur rapport psychanalytique à l’autorité, ce qui peut expliquer pourquoi le livre est indésirable.

"Quand vous montrez que le langage de Aubry, Fabius ou Hollande est indigne d’une éducation française…"

Riposte Laïque : Vous avez une explication, une piste, pour expliquer cet imprévu ?

Christian Combaz : Je crois que le pouvoir ne supporte pas les critiques qui ne relèvent pas de l’opinion. Vous pouvez toujours dire, comme Onfray ou comme Zemmour, » le président se trompe, il a été lâche », etc., parce que cela relève du jugement, de l’opinion. En revanche quand vous soulignez que les tweets de l’Elysée font honte au pays entier, quand vous montrez preuves à l’appui que le langage de Martine Aubry, Laurent Fabius, Hollande, est indigne d’une éducation française normale, quand vous dites que la plupart des énarques ont fait français deuxième langue, que les gens soi-disant pointus de l’Elysée genre Aquilino Morelle et Gaspard Gantzer étaient des demeurés en français et ne savaient pas accorder un verbe, vous n’êtes plus dans l’opinion, vous êtes dans les faits. Je rappelle que l’un de ces crétins est l’auteur de la carte de vœux twitter de l’Elysée, destinée à trois ou quatre millions de personnes  « Français vous AURAIENT le dernier mot ».

"Tout ce monde politicien pioche dans la caisse…"

Riposte Laïque : Vous avez donc publié cet ouvrage sur Amazon, sur kindle, et, si nous avons bien lu, Boulevard Voltaire en publie régulièrement des extraits. Cela vous satisfait-il ?

Christian Combaz : Oui évidemment parce que certains textes méritent d’être publiés vite, au moment où cela fait mal. Mais non aussi, parce que le mien raconte à grandes enjambées une éducation classique sur un ton très littéraire, c’est mélangé à un témoignage personnel, j’ai dirigé un établissement culturel français à l’étranger, j’ai subi ce personnel médiocre en tant qu’agent de l’Etat, j’ai subi aussi la nullité de Kouchner comme ministre, j’ai été témoin de tous les gaspillages, de tous les abus, de tous les cynismes. J’ai vu les agrégés à neuf mille euros réclamer un bon de nuitée pour s’en faire rembourser 90 par l’ambassade alors qu’ils n’avaient rien payé sur place. La plongée dans les affaires de François Fillon donne la tonalité générale, tout le monde pioche, tout le monde dîne à cent euros par tête, tout le monde prend l’avion comme l’autobus, en ce sens mon témoignage est accablant, c’est pour ça qu’il est irrecevable, j’ai plongé dans ce système, sans en tirer aucun bénéfice je le précise, je gagne 10 000 euros par an depuis 3 ans et ma retraite sera médiocre c’est le prix de la vertu.

"Je souhaite que la France éternelle n’oublie pas ce qu’on lui a fait subir, ni ceux qui lui ont infligé cela !"

Riposte Laïque : Qu’avez-vous souhaité exprimer, en publiant ce livre ?

Christian Combaz : Une fois de plus, prendre date afin de montrer à l’opinion qu’une part non négligeable des écrivains d’aujourd’hui muselés par leurs pairs, par les journaux, par l’unanimisme obligatoire, sont convaincus d’avoir déjà planté leur drapeau sur les hautes terres de la postérité. Ce livre contient une vision, celle d’une France éternelle provisoirement cachée à nos yeux, mais que j’ai connue, qui existe encore, qui saura se défendre, et dont je souhaite qu’elle n’oublie rien de ce qu’on lui a fait subir. Elle n’oubliera pas non plus, soyez tranquille, ceux qui lui ont infligé cela. Il est temps de dire à nos bons apôtres confits dans l’abondance et l’impudeur que leurs faits et gestes sont connus, grâce à internet, de fond en comble et pour des générations. L’indexation est comme une  conscience tardive, elle fonctionne déjà, on remonte souvent aux déclarations des années 80 pour les mettre en rapport avec ce qui se passe aujourd’hui, cela deviendra bientôt un sport national.

"Hollande a invité à l’Elysée Black M, qui voulait juste tuer et castrer tous les pédés…"

Riposte Laïque : Un passage a retenu notre attention, quand vous parlez de Black M et de certains de ses textes. Pourquoi avoir insisté sur ce personnage ?

Christian Combaz : Eh bien justement, l’indexation nous permet de savoir que Black M est un ancien membre du groupe Sexion d’Assaut (nom à connotation nazie évidente), lequel a chanté en 2010  » il est grand temps que les pédés périssent coupe leur le pénis, laisse les morts sur le périphérique ». L’indexation nous permettra donc d’accabler dans le futur, gravement, solennellement, tous les crétins dans le genre Apparu, Juppé, qui trouvaient qu’inviter Black M à Verdun n’était pas si grave après tout.  Et n’oublions pas que Hollande a donc invité à l’Elysée, pour son petit pot de départ,  ce chanteur bien en cour qui appelait à tuer les pédés, à les émasculer, à laisser leur cadavre au  bord des routes. S’il croit que Google va l’oublier il se trompe. Ce que l’on reproche  à mon livre c’est peut-être d’abord d’attirer l’attention là-dessus. Certaines indifférences sont criminelles. Cette connivence de fait entre la société libérale, celle de l’argent roi, celle du marché tout puissant, et la barbarie qui se croit tout permis, c’est la marque de notre époque. Macron n’a visiblement pas choisi d’ouvrir les yeux non plus. Il est temps qu’il change de lunettes. Su le plan de l’humanisme, quand il déclare que les gens radicalisés « c’est juste un peu compliqué », il est tombé du train de l’histoire comme Deschanel.

"Macron est un type qui se défile plutôt que d’endosser".

Riposte Laïque : Et en dehors de ce livre, quel regard portez-vous sur les premiers mois de la gouvernance Macron ?

Christian Combaz : Le pire pour un homme d’état c’est d’être imprévisible,  capricieux. Il l’est infiniment. Le pire pour un politique c’est de prétendre qu’il n’a jamais dit ça quand il l’a vraiment dit. Le pire pour un président c’est de laisser entendre que ce sont ses collaborateurs qui ont commis une erreur et pas lui. Il a souvent fait cela, et ce n’est pas fini. C’est un type qui se défile plutôt que d’endosser. Quand on est un peu psychologue, on voit quels sont les tics de langage, ils désignent souvent une faille dans la cuirasse. Quand Herta veut vous vendre des saucisses orange fabriquées dans des cuves en inox, il vous vend l’image de l’authentique, de la vie campagnarde. Macron c’est pareil. Il nous a dit sans arrêt pendant la campagne « j’assume totalement », or c’est justement ce qu’il ne fait pas. Il n’assume pas.

Et puis il y a l’affaire Villiers. Ce qu’il ne supportait pas chez cet homme, ce n’était pas l’esprit critique, c’était l’autorité personnelle. Macron croit visiblement que pour asseoir sa propre autorité il faut saper celle des autres. Ça marche six mois, après c’est le retour de bâton. Il aura beau acheter tous les journaux, faire fermer tous les comptes facebook, envoyer des contrôleurs fiscaux, il ne mettra jamais à genoux ceux qui ont une autorité naturelle, ceux qui inspirent le respect même quand ils parlent peu, ceux qui écrivent des choses droites, sensées et sensibles- fût-ce seulement sur Amazon parce qu’il y eu des pressions.

Propos recueillis par Pierre Cassen.
Pour Riposte Laïque.


Christian Combaz réédite son livre à succés, « Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos » (2017, autoédition) en juillet 2018 aux éditions Le Retour aux sources dans une nouvelle édition augmentée de plusieurs chapitres [Ndlr].

Articles en relation

Partager ce contenu