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Entretien avec Konrad Rękas (5/6) | Propos recueillis par Lucien Cerise

Publié le : 29/10/2017 22:35:40
Catégories : Articles auteurs , Auteurs , Interviews , Lucien Cerise

Entretien avec Konrad Rękas (5/6).
Lire la 1ère partie - 2ème partie - 3ème partie - 4ème partie.

Konrad Rękas est un journaliste et homme politique polonais, président du conseil régional de Lublin en 2003-2004. Il est aujourd’hui vice-président du parti Zmiana, souverainiste, eurosceptique et anti-atlantiste, dont le fondateur Mateusz Piskorski est emprisonné en Pologne depuis mai 2016 à cause de ses relations avec la Russie.


5) Que se passe-t-il avec Mateusz Piskorski ?

Pour le dire brutalement, on n’enferme pas les opposants politiques pour les libérer après, ni pour leur permettre d’élaborer leur légende politique auprès de leurs soutiens. Mateusz est en détention préventive depuis le 18 mai 2016 sans aucune charge autre que « soupçon de violation de l’article 130, paragraphe 1 du Code pénal ». Tous les détails de l’affaire ont été cachés, ce qui donne un grand confort de travail à l’Agence de sécurité intérieure, au bureau du procureur et aux agitateurs du camp du pouvoir. Ils peuvent prendre des mines sages et mystérieuses – « Il y a quelque chose, mais malheureusement nous ne pouvons pas en dire plus » – ils peuvent envoyer divers messages, du plus primitif, adressé au grand public, « C’est un espion ! », au plus nuancé, « La coopération avec les services de renseignement étrangers prend beaucoup de formes », et même laisser entendre que Mateusz soit libéré après le sommet 2016 de l’OTAN (mais il ne l’a pas été), ou le contraire, et enfin, comme on peut le voir, signifier qu’ils ont les moyens d’enfermer chacun sous un prétexte librement inventé. Les candidats potentiels pour représenter l’opposition ont été efficacement intimidés – au-delà des simples citoyens – et renforcés dans la conviction que s’il est permis d’avoir un petit désaccord avec les ministres de l’Éducation ou de la Santé à propos de l’état des services publics, par exemple, le fait de nourrir un avis différent du ministre des Affaires étrangères sur les orientations diplomatiques et géopolitiques relève de la trahison d’État !

Le tribunal, tout d’abord déterminé à prolonger la détention sur la base de documents secrets (et comme on peut le supposer, non existants), a finalement donné au procureur un délai de 9 mois (à partir de février 2017) pour formuler l’acte d’accusation ou libérer Mateusz Piskorski. Les enquêteurs ont répondu de manière officieuse et suggestive que l’enquête pouvait être encore menée dans une nouvelle direction, de sorte que… tout ce cirque recommence depuis le début et s’étire indéfiniment, en évitant l’impératif de ne pas dépasser une durée d’emprisonnement de plus de 12 mois sans acte d’accusation (et plus de 24 mois avant le verdict en première instance). Une image sans équivoque qu’aucun travestissement ne peut cacher émerge cependant des interviews et recherches réalisées spontanément par des collaborateurs de Mateusz, y compris parmi les gens qui ont « fauté » en lui écrivant une lettre au prison : il n’y a rien, et l’arrestation n’est pas tant une détention provisoire prolongée qu’une répression par l’isolement.

Comme je l’ai écrit immédiatement après l’arrestation de mon ami : on n’est pas intelligent, ni courageux, ni honnête si l’on croit aux accusations portées contre Mateusz Piskorski, a fortiori si l’on prétend qu’elles sont fondées. Dans le cas de Mateusz, tous les sujets touchés précédemment dans cet entretien convergent : la soumission des autorités de la Troisième République polonaise aux États-Unis et à l’Ukraine, le jeu des Polonais consistant à alimenter le conflit avec la Russie, le maintien en toute impunité de notre pays dans un état de colonie et de crise socio-économique permanente. Mateusz Piskorski est l’un des rares politiciens polonais qui peuvent désigner clairement ces vrais problèmes de notre pays – et proposer de véritables remèdes. Et c’est pourquoi Mateusz est en maison d’arrêt, et non pas les pseudos opposants ou les délinquants économiques, ce qui peut conduire à un certain pessimisme sur la situation et les perspectives de la Pologne.

Fin de la 5ème partie.

Propos recueillis par Lucien Cerise.


Pour en savoir plus

« Lettre de Mateusz Piskorski, en prison à Varsovie pour des raisons politiques », 18 juillet 2017.

« L’Otan fait arrêter le leader d’opposition polonais Mateusz Piskorski », 21 mai 2016.

« Poland detains pro-Kremlin party leader for 'spying' », 19 mai 2016.

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