Entretien avec Lucien Cerise autour des gilets jaunes par le site polonais "Media Narodowe"

Publié le : 31/01/2019 10:58:10
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1) Dans les médias, il y a beaucoup d’informations sur les « gilets jaunes », mais qui les organise, qui est le fondateur, qui sont les gens qui manifestent ?

Lucien Cerise : ce mouvement n’est pas organisé de manière hiérarchique et repose plutôt sur des mécanismes d’intelligence collective décentralisée. Ce qui en constitue l’unité est un sentiment de révolte contre le pouvoir. Pourquoi ? Parce que le pouvoir en France travaille clairement contre le peuple en nous créant des conditions de vie toujours plus difficiles et dégradées, ce qui commence à devenir physiquement et moralement insupportable. L’événement déclencheur au printemps 2018 est l’augmentation des taxes sur le prix des carburants. Un mouvement de protestation encore modeste s’est structuré autour d’une pétition en ligne lancée au mois de mai par Priscillia Ludosky. En octobre, Jacline Mouraud fait une courte vidéo contre le gouvernement qui obtient un grand succès viral. À partir du 17 novembre, Éric Drouet lance l’acte 1 des manifestations et des blocages routiers partout dans le pays. Le 26 novembre, un vote sur internet permet d’élire huit porte-paroles officiels des gilets jaunes. Mais certains sont plus discrets que d’autres, et d’autres gilets jaunes qui n’ont pas été élus sont davantage invités dans les médias. Aujourd’hui, en plus des trois personnes déjà nommées, les visages les mieux connus du grand public sont ceux de Benjamin Cauchy, Christophe Chalençon, Laetitia Dewalle, Ingrid Levavasseur, Maxime Nicolle, Jérôme Rodrigues. Sociologiquement, ces figures médiatiques des gilets jaunes sont issues des classes moyennes et du prolétariat éduqué, tout comme les milliers d’anonymes qui défilent dans les manifestations ou se réunissent sur les ronds-points.

L’origine du mouvement est donc une protestation contre le coût de la vie et l’inflation. Depuis le passage à l’euro en 2002, le prix des produits alimentaires a été multiplié par 4 ou 5. Avec 100 francs, je remplissais un caddie au supermarché. Avec 20 euros, ce qui correspond à 130 francs, je ne remplis qu’un panier. Beaucoup de gens dans ce pays sont asphyxiés économiquement. La France est engagée dans un processus de clochardisation qui la fait ressembler à un pays du tiers-monde, non seulement à cause de l’immigration de masse, mais aussi à cause d’un appauvrissement continuel des classes moyennes et populaires, ce qui répand un climat dépressif et anxiogène dans toute la société. Il y a de l’argent en France mais la richesse reste concentrée entre les mains d’une oligarchie cosmopolite qui considère les États-nations et leurs populations comme des problèmes qu’il va falloir régler un jour. C’est ce caractère génocidaire du gouvernement de Macron que les Français ressentent confusément et qui les pousse à agir. Il y a une dimension révolutionnaire chez les gilets jaunes car un nombre croissant de gens sont menacés dans leur survie physique. L’insécurité et l’instabilité en France atteignent des sommets, et tout le monde commence à comprendre que c’est voulu par le pouvoir. (J’ai publié en 2010 un livre sur ce sujet : « Gouverner par le chaos – Ingénierie sociale et mondialisation »). La révolution, c’est quand on attaque physiquement le pouvoir. Pour prendre le risque d’attaquer physiquement le pouvoir, il faut n’avoir plus rien à perdre, donc subir soi-même un stress physique suffisamment intense pour être obligé de réagir afin que cela s’arrête. On ne fait pas la révolution pour des idées ou des valeurs mais toujours pour des raisons « bassement » matérielles et physiques.

2) Nous savons que le mouvement des « gilets jaunes » est très diversifié et qu’il y a de nombreuses revendications. Si vous deviez citer les trois plus importantes, ce serait quoi ?

Lucien Cerise : la première revendication est « Moins d’impôts ! » En effet, les impôts servent à financer les services publics. Or, les services publics français sont en cours de destruction et de privatisation. Dès lors, on ne voit pas pourquoi il faudrait payer toujours plus, pour obtenir toujours moins.

La deuxième revendication est « Plus de démocratie ! » C’est la revendication du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), à valeur légale contraignante, sur le modèle des votations en Suisse, c’est-à-dire qu’un vote organisé au niveau local (village, ville, département, région) peut bloquer l’application d’une loi dangereuse décidée au niveau du gouvernement.

La troisième revendication n’est pas formulée clairement mais se résume ainsi : « Nous voulons vivre ! »Aujourd’hui, beaucoup de Français sont déjà en « mode survie », physiquement mais aussi psychologiquement, à cause du libéralisme et du politiquement correct. Alors même que les conditions socio-économiques deviennent impossibles pour la majorité, il faudrait se taire et ne pleurer que sur le sort des minorités, LGBT ou autres. Pendant son discours de vœux pour l’année 2019, Macron a dit que les gilets jaunes étaient une foule haineuse qui s’en prenait aux élus politiques, aux policiers, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers et aux homosexuels. Quand on est un Français moyen et qu’on ne rentre pas dans ces catégories, il faut comprendre qu’on a seulement le droit de fermer sa gueule ! Le combat des gilets jaunes cristallise cette révolte contre la violence qui nous est faite à deux niveaux : économique et psychologique.

3) Le gouvernement de Macron attaque votre mouvement pour avoir commis des actes le vandalisme. Qu’en est-il vraiment ?

Lucien Cerise : le premier vandale, c’est Macron. Pendant qu’il travaillait à la banque Rothschild, il a été sélectionné pour détruire totalement la France et la remplacer par une région administrative de la zone euro, plus ou moins fusionnée avec l’Allemagne de Merkel. Les Français seront bientôt traités comme de simples données numériques car le gouvernement veut supprimer l’argent physique d’ici 2022. C’est le projet de société « zéro cash » du Comité Action Publique 2022, ce qui nous rendra totalement esclaves des banques et nous obligera au paiement avec le téléphone portable ou la carte de crédit puis, dans un deuxième temps, au moyen de puces électroniques insérées sous la peau. Depuis la présidence de Sarkozy, le pouvoir politique est totalement au service d’intérêt supranationaux qui essayent tout simplement de liquider physiquement le peuple français. Par conséquent, quoi que nous fassions, nous sommes en état de légitime défense.

4) Êtes-vous confrontés à des représailles du gouvernement libéral de Macron ?

Lucien Cerise : les représailles sont très violentes. Les « forces de l’ordre », qui sont en fait les forces du désordre, frappent comme des fous sur les manifestants. Depuis le début du mouvement, il y a eu des centaines de blessés graves par mutilations, œil crevé, main arrachée, mâchoire cassée, etc., et une dizaine de morts par accident. Le pouvoir sait que les gens commencent à comprendre ce qui les attend dans quelques années : suppression des retraites, euthanasies de masse, remplacement complet de la population européenne par des migrants africains ou, mieux encore, par des robots et des objets communicants par intelligence artificielle dans le cadre des « Smart Cities », ces villes de l’avenir qui pourront fonctionner entièrement sans humains. Mais si le mouvement des gilets jaunes échoue à faire une révolution, les représailles seront encore pires. La vengeance du pouvoir sera terrible. C’est pourquoi nous sommes obligés de continuer jusqu’à renverser le pouvoir. Pas le choix. On avance, ou on crève.

5) Les gilets jaunes est un mouvement social issu de la base, mais il existe une hypothèse que derrière ce mouvement, il y aurait le long bras de Washington et que c’est Donald Trump qui a inspiré ces manifestations. Qu’en pensez-vous ?

Lucien Cerise : je comprends bien pourquoi des gens pensent que Donald Trump serait derrière les gilets jaunes. En effet, ce qui inspire les manifestations est de même nature que le mouvement d’opinion qui a porté Trump au pouvoir à la Maison-Blanche : une vague populiste anti-mondialiste qui veut ré-humaniser la politique et la vie. Trump lui-même a écrit un Tweet où il exprime sa sympathie pour les gilets jaunes. Mais ce mouvement des gilets jaunes a une origine plus ancienne et prend ses racines dans les années 1990, quand la France sort définitivement de la prospérité économique pour entrer dans la crise permanente. Depuis bientôt trente ans, on entend dire « Un de ces jours, ça va péter ! » car un fossé se creuse entre le peuple et le pouvoir, dans tous les domaines, pas seulement économique d’ailleurs, mais aussi idéologique, car ce qui est bon pour le pouvoir – plus de globalisation – est toujours mauvais pour le peuple. C’est toujours en symétrie inversée.

6) Comment ce mouvement social peut-il affecter la scène politique de la république française ? Va-t-il augmenter le soutien au Rassemblement National ou peut-il en sortir une nouvelle force politique, quelque chose comme par exemple le Mouvement 5 étoiles en Italie ?

Lucien Cerise : il est certain que ce mouvement social va profiter aux partis souverainistes et eurosceptiques, comme le Rassemblement National, mais pas seulement. Je crains que le pouvoir essaye de soutenir l’émergence d’une nouvelle force politique, un parti politique des gilets jaunes par exemple, mais qu’il contrôlerait entièrement après avoir défini les thèmes que cette nouvelle formation politique serait autorisée à traiter. C’est l’objectif du « grand débat » lancé par Macron, qui n’est qu’une simulation de débat et dont le but est de dresser une liste de revendications des gilets jaunes que le gouvernement trouve acceptable et qu’il attribuera à une délégation de gilets jaunes qu’il aura lui-même sélectionnés. Ce stratagème connu sous le terme d’opposition contrôlée est tellement gros qu’il échouera. D’ailleurs, des membres du parti de Macron comme Benjamin Griveaux ou Bruno Lemaire ont même avoué que ce « grand débat » ne changerait rien à l’orientation générale du gouvernement. Nous allons donc inévitablement vers un durcissement du conflit.

Entretien réalisé en français le 23/01/19.
Version polonaise en ligne le 28/01/19.

Source : Media Narodowe

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