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Entretien avec Lucien Cerise par « Vu de France »

Publié le : 17/03/2014 10:57:07
Catégories : Articles auteurs , Auteurs , Interviews , Lucien Cerise

Vu de France : Bonjour. Pourriez-vous prendre la peine de vous présenter ?

Lucien Cerise : J’ai 42 ans, dont douze passés dans divers départements de l’université française, en philosophie, communication, linguistique, sciences humaines et sociales, pour des diplômes ou en auditeur libre. L’apprentissage de la méthode expérimentale et de sa discipline mentale de fer est ce qui a le plus compté dans ma formation générale, infiniment plus que la politique, qui ne m’intéresse pas tant que ça. L’une de mes maximes personnelles est « Les faits, rien que les faits, tous les faits », car il faut toujours privilégier les faits aux idées. L’analyse froide et rationnelle est toujours supérieure à tout ce qui vient des tripes. À part ça, j’ai vécu entre le nord-est de la France, où j’ai une partie de mes origines, et l’agglomération parisienne, où je me suis stabilisé après moult tribulations qui ont failli me coûter la vie. En termes de catégorie socioéconomique, je viens de ce néo-prolétariat précaire et surqualifié dont on nous parle parfois dans les médias et qui concerne aujourd’hui des millions de gens dans ce pays.

VdF : Initialement vous étiez, selon les catégories imposées par le système, à l’extrême gauche. Aujourd’hui, vous conseillez de voter Front National. Comment l’expliquez-vous ?

L. C. : C’est un cheminement parfaitement logique. Ma ligne directrice en politique est l’anticapitalisme. Pour se mettre d’accord sur une définition consensuelle du capitalisme, revenons à l’étymologie. Le suffixe en –isme indique la prévalence et la direction données par la racine du mot. Le capitalisme, c’est donc quand le capital, ici l’argent, dirige (de même que le royalisme, c’est quand le roi dirige ; le nationalisme, c’est quand l’intérêt national prime, etc.). Évidemment, l’argent n’est pas voulu pour lui-même mais pour le pouvoir qu’il confère sur autrui. La psychologie du capitalisme obéit à un schéma dominant/dominé, fondamentalement sadomasochiste. Certaines personnes éprouvent un bonheur sadique évident à dominer autrui par le fric, un plaisir de l’écraser sous sa botte ou de le manipuler comme une marionnette, émotion régressive de même nature que celle de l’enfant qui aime torturer de petits animaux. Cette jouissance toxicomane du pouvoir sur autrui conférée par le Capital est intrinsèquement globalisante, expansionniste, coloniale et ne tolère aucune limite. On appelle ça aussi la sociopathie, ou psychopathie, dont une illustration littéraire fameuse nous est donnée par Bret Easton Ellis dans American psycho. Le capitaliste, bloqué au stade sadique-anal en termes psychanalytiques, va jusqu’à proposer de mettre en location le ventre des femmes, selon les mots de Pierre Bergé. C’est un mouvement de transgression de toutes les limites et frontières, le mouvement de « l’indécence » à l’état pur, animé par une hybris, une démesure viscérale. L’expression de « capitalisme local », ou de « capitalisme limité », ne veut rien dire, c’est un oxymore, une contradiction dans les termes. On sort du capitalisme, c’est-à-dire du sadomasochisme, en plaçant au moins une valeur au-dessus de l’argent, et du pouvoir pour le pouvoir. La première étape de l’anticapitalisme, c’est donc la mesure, le respect des limites et des frontières, ou le retour à ces limites et frontières quand elles ont été transgressées. C’est en substance ce que disent Serge Latouche, Régis Debray et Alain de Benoist. Au niveau géopolitique, cela s’appelle le nationalisme.

Le nationalisme est la forme optimale de l’anticapitalisme ; c’est l’autogestion et l’autonomie à l’échelle locale d’un pays. En termes de systémique, le nationalisme a un effet stabilisateur. Je propose dans un article l’idée de « nationalisme permaculturel » (« prendre soin » du pays où l’on vit comme si c’était un jardin) car l’échelle de développement localiste la plus efficace est l’État-nation. La région est impuissante à contrer le capitalisme et son impact de déstabilisation générale. En termes de rapports de forces, aucune région d’Europe n’a les moyens de dire « non » au FMI, à Wall-Street ou à Bruxelles. L’attachement identitaire à sa région d’origine est parfaitement légitime mais c’est un autre sujet. Aujourd’hui, il y a plusieurs partis politiques qui proposent de soutenir clairement la thèse anticapitaliste et nationaliste en France (thèse au sens de « position »). Seul le Front National semble en mesure de remporter des élections majeures. Bruno Gollnisch écrivait récemment un article sur son blog : « Versaillais et communards rassemblés : l’union sacrée qui effraye la secte ». Il a tout compris. Pour des raisons d’origine sociale et de parcours personnel, je me reconnais davantage dans les Communards, évidemment. Mais seule une « coagulation » des Communards et des Versaillais sauvera ce pays et sa population de l’extermination génocidaire que nous promet le capitalisme mondialisé. La coagulation a déjà eu lieu en 2005, quand le « Non » l’a emporté au référendum sur le projet de Constitution européenne, grâce à l’association de toutes les voix soutenant des valeurs supérieures à celles de l’argent et opposées au règne exclusif du Capital et du « marché libre et non faussé » (par ailleurs, pure fiction théorique).

Les gens issus de la Gauche qui pensent que le Front National est un parti d’extrême droite, fasciste, néo-nazi, doivent comprendre que l’extrême droite, le fascisme et le néonazisme sont en fait déjà au pouvoir dans l’Union européenne, à Bruxelles, dans les banques, à Washington, à Tel Aviv, à Paris, etc. On le voit aujourd’hui à l’occasion du coup d’État en Ukraine, mené par des putschistes néo-nazis et fascistes, avec le soutien diplomatique et logistique total de la Commission européenne et des puissances occidentales, qui rappelle le soutien de même nature aux islamistes et djihadistes en Libye ou en Syrie pour y renverser les gouvernements légaux. Les réseaux mafieux et les divers lobbies qui occupent le pouvoir en Occident passent leur temps à déclencher des guerres, des coups d’États, des crises économiques et sanitaires, des attentats terroristes sous faux drapeau ainsi qu’une régression mentale de masse parfaitement planifiée. Le pire fascisme est donc déjà au pouvoir chez nous ! En comparaison, le Front National est un parti populiste assez bonhomme. Comme la plupart des électeurs communistes l’ont fait dans les années 1980, je me tourne donc aujourd’hui vers ce parti nationaliste. Cela m’est d’autant plus facile que sa doctrine économique est enfin devenue cohérente. Le FN est devenu protectionniste-conservateur, après avoir été longtemps libéral-conservateur, ce qui représentait aussi une contradiction dans les termes, le libéralisme économique conduisant nécessairement au libertarisme des mœurs et inversement.

La Gauche ayant trahi consciemment le peuple, en jouant les « minorités » contre le peuple, comme le recommande Terra Nova, ou ayant été retournée par des agents d’influence, je n’ai donc aucun regret à aller voir ailleurs. Je sais de source sûre que le Front de Gauche a été lancé fondamentalement pour fabriquer le consentement de l’extrême gauche à l’UE (et rabattre sur le PS au second tour des scrutins, ce qui revient au même), les prises de position apparemment anti-UE ne relevant que du hameçonnage, au sens de l’ingénierie sociale. Le NPA et les écologistes relaient docilement la propagande de l’OTAN et du transhumanisme. Les syndicats sont programmés pour perdre. Quant aux « antifascistes », tout le monde sait aujourd’hui que ce n’est qu’une brigade de police créée récemment par le ministère de l’Intérieur en partenariat avec les réseaux israéliens et anglo-saxons, autrement dit un counter-gang (cf. Kitson) bourré de flics en civil et d’agents de renseignement spécialisés dans l’agitation et le vandalisme. Les seules initiatives encore intéressantes à gauche sont dans les milieux de la relocalisation ainsi que des médias intelligents comme « Rébellion – OSRE », « Le grand soir », « La décroissance », ou autour de Michel Collon, Étienne Chouard, Thierry Meyssan, ainsi que divers groupuscules.

VdF : Pour quelles raisons avez-vous décidé de vous engager dans le combat intellectuel ?

L. C. : Je m’engage dans le combat intellectuel, autrement dit dans la guerre cognitive, pour essayer d’entraîner le maximum de gens à en faire de même. C’est maintenant qu’il faut le faire, après il sera trop tard, et nous devons être le plus nombreux possible. Notre survie en dépend. Nous sommes à un tournant, tout le monde le sent. Au moyen de « guerres humanitaires » et de « révolutions colorées », le nouvel ordre mondial des lobbies et des banquiers occidentaux, promis par James Warburg, David Rockefeller, Jacques Attali, Bush senior ou Sarkozy, essaie de prendre pied et de s’installer définitivement dans le monde entier. Il arbore le visage du capitalisme sans frontières, de l’immigrationisme délirant qui va avec, du « mariage homo » (toujours illégal en France à cause de fraudes pendant le vote à l’Assemblée), de la théorie de la confusion des Genres et de sa composante pédophile évidente, et bientôt de l’anti-spécisme, c’est-à-dire la discrimination positive des animaux en leur attribuant des droits supérieurs à ceux des humains. Dans quel but ? Celui de fabriquer le consentement à l’euthanasie de masse des humains, sous prétexte que nous serions trop nombreux sur Terre et trop coûteux à la Sécurité sociale ou à l’environnement. Ceci pour laisser la place aux « chimères », créatures de laboratoires issues du métissage génétique entre humains et animaux, qui seront rapidement suivies de l’hybridation entre humains, animaux et machines. Le titre de la dernière exposition du dessinateur Enki Bilal résume le tout dans un mot-valise : « Mécanhumanimal ». Nous sommes bien dans la cybernétique, où toutes les différences qualitatives sont nivelées, ne laissant subsister entre les choses que des variations quantitatives. De cette bouillie cabalistique, qui prétend adopter le point de vue de Dieu, c’est-à-dire situé avant les différences, ne sortira rien. La question que je pose est : acceptez-vous de vivre dans un monde aussi stupide ? Si nous laissons faire, nous nous dirigeons tout droit vers Soleil Vert, Le meilleur des mondes, 1984 et L’île du docteur Moreau réunis, et pour finir Idiocracy. Et comme il semble bien que les vrais pilotes de ce chaos organisé imbécile soient des pédophiles haut placés et organisés en réseaux criminels, je pose une deuxième question : acceptez-vous d’être dirigés par des malades sexuels qui auront droit de vie et de mort sur vous ? Pour ma part, il n’en est évidemment pas question une seule nanoseconde.

VdF : Vous avez commis une analyse sur le Mind Control. Pourriez-vous nous la résumer en quelques mots ?

L. C. : Le mind control, le « contrôle mental » en français, est une variante des techniques de manipulation de l’esprit dont la spécificité est de s’intéresser aux effets des chocs et des traumatismes sur la sensibilité et le comportement. De nombreuses expériences ont été menées en contexte scientifique depuis bientôt un siècle par les services secrets de divers pays. Des applications concrètes en sont dérivées, notamment dans les nouvelles méthodes de torture (manuel Kubark) et de gestion carcérale et concentrationnaire (Palestine occupée). Le but des chocs infligés peut être d’effacer la mémoire pour arriver à une « table rase », sorte de réinitialisation (reset) du psychisme pour y implanter un nouveau programme, ou de provoquer artificiellement des troubles dissociatifs de l’identité en affaiblissant le Moi conscient du sujet cobaye, qui peut être un individu mais aussi un groupe, afin de le disloquer dans un mouvement « séparatiste ». Un autre aspect du MK, proche de l’hypnose, consiste à produire artificiellement un syndrome de Stockholm. Il faut parvenir à recomposer à l’envers l’une des structures psychiques les plus élémentaires, à savoir l’instinct de conservation qui conduit à reconnaître l’ami, lequel soutient mon instinct de conservation et à qui j’accorde ma confiance, et l’ennemi, qui menace ce même instinct de conservation et dont je me méfie. Dans l’idéal, le MK consiste à réécrire les perceptions ami/ennemi pour inverser ces relations confiance/méfiance et reprogrammer une confiance totale, absolue, inconditionnée d’un individu envers son pire ennemi, généralement le reprogrammeur lui-même. Orwell, dans 1984, nous en donne une illustration. La deuxième partie du roman est un long lavage de cerveau, un long processus de reprogrammation mentale, dont la victime est Winston Smith et le bourreau, un certain O’Brien, espion infiltré dans la population pour épier les dissidents potentiels et les dénoncer au Pouvoir. Entre deux séances de torture, O’Brien explique à Winston qu’il ne suffit pas de tuer physiquement un opposant pour tuer un opposant. Tout d’abord, il faut retourner psychologiquement l’opposant en faveur du Pouvoir, de sorte qu’il aime son bourreau, ce qui revient à tuer psychiquement l’opposant, et ensuite seulement on le tuera physiquement. Par cette méthode consistant à faire aimer son bourreau, il est donc possible de produire un être qui soit physiquement en vie, mais psychiquement mort. Un zombie, quoi. Tel est la philosophie profonde du MK. Pour y parvenir, une peur intense, un choc, un trauma est nécessaire. Pour Winston, ce sera l’expérience de la « chambre 101 », qui va le conduire à inverser toutes ses attaches relationnelles en trahissant sa petite amie Julia, puis à aimer O’Brien et Big Brother, ses vrais bourreaux.

VdF : Vous interviendrez en mars 2014 à Paris, pour une conférence sur le thème de l’ingénierie sociale. Pourriez-vous nous en dire plus ?

L. C. : Le jeudi 13 mars 2014, je fais une conférence en compagnie de Paolo Cioni, neuropsychiatre italien, professeur de psychopathologie et co-auteur avec Marco Della Luna de Neuro-Esclaves, ouvrage essentiel pour bien comprendre dans le détail les différents aspects de notre esclavage cognitif postmoderne. Le titre de la conférence commune est « Neuro-pirates. Neuro-esclaves. » J’y rappellerai les principes de base de l’ingénierie sociale et du piratage du cerveau, qui sont le hameçonnage et le conflit triangulé, et je prendrai comme exemple la théorie de la confusion des Genres. Paolo Cioni évoquera les diverses façons dont nous sommes réduits en esclavage sur le plan cérébral et neurocognitif.

VdF : Les dominants entendent contrôler les peuples par différentes solutions. Une envisagée serait l’implantation d’une puce électronique dans le corps humain. Info, intox, progrès, danger ?

L. C. : S’il y a encore des gens pour croire que c’est de l’intox, je les invite à s’informer en librairie ou sur internet, en tapant simplement « RFID » sur un moteur de recherche. Tout est accessible, en sources ouvertes. Il n’y a pas de complot. On peut seulement parler d’un agenda. L’oligarchie financière nourrit effectivement le projet d’établir un système de traçabilité intégrale du bétail humain au moyen de puces électroniques sous-cutanées. Pour y parvenir, il est prévu d’abolir l’argent liquide et les paiements en espèces, de sorte à rendre obligatoires les paiements électroniques au moyen de composants RFID (ou autres) implantés dans nos corps et contenant des informations personnelles ainsi que notre compte en banque. Notre traçabilité sera ainsi complète aux yeux des banquiers, qui disposeront en outre d’un droit de vie et de mort sur nous par la possibilité de bloquer à distance l’accès à notre épargne. De nombreux animaux ont déjà leur puce pour la gestion informatisée des troupeaux et des animaux domestiques. Cette technologie RFID sera un jour dépassée, mais pour l’instant elle est en plein essor dans ce que l’on appelle l’internet des objets. On peut suivre l’actualité de tout cela facilement. Pour ma part, je suis abonné à des newsletters de professionnels de la RFID, qui multiplient les salons, les conférences, les annonces. Jacques Attali est très investi dans ce marché émergeant.

VdF : Est-il possible de contrôler les êtres humains à distance sans insérer dans leurs corps du matériel technologique/informatique ?

L. C. : Oui, au moyen d’ondes électromagnétiques pour influencer le fonctionnement du cerveau. Mais Paolo Cioni vous en parlerait mieux que moi. Je suis plutôt spécialisé sur les questions de représentations et de matière sémantique, les mots et les images, qui permettent également le contrôle à distance, y compris dans le temps. Les auteurs des grands textes fondateurs de civilisations, religieux (Bible, Coran), philosophiques (Platon, Aristote), juridico-politiques (juristes romains), artistiques (Homère, Dante), parviennent à contrôler leurs affiliés encore plusieurs générations et centaines d’années plus tard. Évidemment, ce type de contrôle sémantique, dans la mesure où il s’appuie sur le langage, est conforme à la nature humaine et permet d’assurer un continuum identitaire à travers le temps par la transmission d’éléments de culture et de représentations communes. En revanche, la plupart des formes de contrôle à distance par signaux électroniques ou chimiques de synthèse sont pathogènes et cancérigènes. On appelle ça aussi la pollution électromagnétique, et on peut se demander si ce n’est pas utilisé avant tout comme une arme.

VdF : De plus en plus de films, de livres évoquent un monde robotisé. Pensez-vous qu’il soit possible, à l’instar du film Terminator, de voir dans l’avenir une guerre entre les robots et les êtres humains ?

L. C. : Derrière les robots, il y a toujours d’autres humains. Une intelligence artificielle ne peut pas devenir véritablement autonome. Les chercheurs en IA qui essaient de modéliser le fonctionnement cognitif comme s’il y avait un auto-survol possible de la conscience perdent leur temps. Ce que les chercheurs en IA oublient toujours, c’est l’inconscient, qui est la condition sine qua non à un fonctionnement cognitif autonome. Or, par définition, il est impossible de modéliser et de programmer de l’inconscient, sinon il devient conscient. Pour qu’une IA comme Skynet dans Terminator prenne conscience d’elle-même et se mette à nous attaquer, il lui manque donc une condition fondamentale : une part de non-intelligence de soi-même, une part de non-conscience d’elle-même. Il manque une tache aveugle. Pour modéliser l’intelligence, il faut réussir à modéliser un facteur d’inconscience qui, par nature, ne doit pas apparaître dans le modèle. Pour devenir autonome, il faut qu’il y ait dans l’IA une part de non-programmation dans son programme. C’est contradictoire. On peut donc seulement simuler une intelligence autonome, en y programmant des facteurs d’aléa et de randomisation. De même, il est impossible de générer vraiment des nombres aléatoires au moyen d’un calculateur (ordinateur, calculatrice) puisque c’est un programme qui imite l’aléa. En théorie du chaos, on parvient à modéliser l’aléa et l’incertitude mais ce ne sont que des imitations des vrais facteurs d’imprévisibilité, qui par définition restent imprévisibles. On peut toujours s’approcher par la modélisation de quelque chose de rétif à la modélisation. Cela ne change rien. Le fonctionnement de l’intelligence doit impérativement tourner autour d’une tache aveugle, mais une vraie, non simulée, donc impossible à modéliser. Cette tache aveugle, c’est ce que Lacan ou Baudrillard appellent le Réel ; ce que l’épistémologie appelle l’incomplétude. Conséquence : pour qu’un programme d’IA devienne vraiment autonome, il ne doit pas être programmé complètement, ni par son auteur, ni par lui-même (ce qui met hors jeu la programmation d’une capacité d’apprentissage). C’est impossible par structure. On ne peut même pas s’en approcher asymptotiquement. C’est juste à jamais impossible. Si nous nous retrouvons dans une guerre contre des robots ou des ordinateurs, ce sera donc nécessairement encore un conflit triangulé par d’autres humains.

VdF : À l’heure du net, des portables, des satellites, du projet Echelon, est-il possible de résister et de combattre le « système » ? Par ailleurs comment définiriez-vous le « système » ?

L. C. : Il ne faut pas se laisser intimider par les outils d’espionnage de la population, comme s’ils tuaient dans l’œuf toute résistance possible. Le vrai problème, c’est l’asymétrie de la surveillance, quand le Pouvoir me regarde et que je ne le sais même pas. En revanche, si le Pouvoir me voit, mais que je le vois aussi, l’égalité est rétablie. Or, aujourd’hui, nous pouvons voir le Pouvoir autant qu’il nous voit. Pour voir le Pouvoir agir en direct sous nos yeux, il faut s’informer sur ses méthodes de travail, ce qui suppose de démocratiser la culture du Renseignement. Pour ma part, les affaires Mohammed Merah, Clément Méric et Varg Vikernes m’ont sauté aux yeux tout de suite intuitivement comme des opérations psychologiques des services secrets. Puis, on a eu toutes les preuves des magouilles dans les semaines suivantes. En revanche, j’ai été berné au début pour le 11 septembre et même un peu pour Tarnac, parce que j’étais moins instruit des stratagèmes du Pouvoir, ils ne m’apparaissaient pas en relief. Quand tout le monde connaîtra les méthodes d’espionnage, d’influence, de conditionnement, de manipulation collective, en bref les méthodes d’ingénierie sociale, elles seront alors complètement démonétisées et n’auront plus aucune efficacité. La résistance au système consiste donc, non pas à cacher des choses, mais au contraire à en dévoiler un maximum, notamment à déballer sur la place publique comment travaille le Pouvoir. Inutile de révéler du contenu, il suffit de dévoiler les méthodes, les techniques, les protocoles, les process, les recettes, les algorithmes, les « façons de faire » pour les neutraliser. Il n’y a donc pas à craindre d’être surveillé. Même, au contraire, il vaut mieux s’organiser publiquement et n’avoir rien à cacher sur les plans politique et idéologique, ce qui annule la pertinence et les bénéfices de l’espionnage technologique, qui fait alors double emploi, ce qui donnera à nos espions l’impression pénible et déprimante de travailler pour rien. J’ai un certain amusement à imaginer la tête des flics quand ils se rendent compte qu’ils ne récoltent rien de plus en lisant mes courriels ou en écoutant mes conversations téléphoniques que ce qui se trouve déjà dans mes livres ou dans cet entretien.

Ensuite, qu’est-ce que le « système » ? C’est tout ce qui fait monter le désordre, l’anomie, l’entropie, tout ce qui abolit les limites pour nous faire entrer dans la société liquide et plastique dont parle Zygmunt Bauman. Le système cherche à nous dissoudre et à nous déstructurer. Résister signifie donc coaguler, restructurer, réordonner. Le capitalisme, c’est le chaos ; l’anticapitalisme, c’est donc l’anti-chaos, c’est donc l’ordre. Ensuite, il faut trouver la bonne échelle de coagulation structurante. La thèse nationaliste, ou l’attitude nationaliste, est la « voie royale » pour réintroduire déjà les concepts de limite et de frontière dans les esprits, lesquels nous amènent à la notion de forme fixe, non plastique, mais au niveau de la seule unité fonctionnelle efficace en géopolitique : l’État-nation. Le système gouverne par le chaos. Face à cela, je propose une nouvelle définition de l’identité nationale : être français, c’est maîtriser le chaos. On le voit, le système digère tout, récupère tout, inverse tout, sauf le nationalisme. Pour Bernard-Henri Botul, porte-parole du système, le Front National est plus dangereux que les néo-nazis ukrainiens putschistes et que les islamistes sous amphétamines en Libye et en Syrie. CQFD.

Une autre caractéristique structurelle du système est de cultiver sa propre contradiction, qui devient dès lors de la contradiction simulée sous contrôle. Techniquement, cela prend la forme de hameçons d’ingénierie sociale pour nous engager sur des voies de pseudo-résistance dont l’impact critique antisystème est nul. L’exemple récent le plus caricatural est évidemment la pseudo-opposition ukrainienne sous tutelle de l’OTAN, Svoboda ou Pravi Sektor (Secteur droit). D’autres attrape-nigauds romantiques du même genre : le djihadisme, tel qu’il sévit en Syrie, la contre-culture pop et libertaire façon « Mai 68 », ou la mode végane. En effet, « végane » ne veut pas dire « bio », naturel, cela consiste seulement à exclure tous les produits d’origine animale pour ne consommer que des produits d’origine végétale. Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) peuvent donc être labellisés et certifiés « véganes » dès lors qu’ils ne sont pas d’origine animale ; idem pour les produits industriels à base de pétrole ou les aliments imprégnés d’engrais chimiques et de pesticides cancérigènes. Sur le fond de son dogme, le véganisme est donc totalement compatible avec le transgénique et le capitalisme industriel. Son effet majeur recherché est essentiellement comportemental et consiste à implanter en nous une hyper-sensibilité vis-à-vis des autres espèces animales, en fait une vraie sensiblerie cherchant à culpabiliser notre identité humaine en tant que nous sommes au sommet de la chaîne de prédation. Manger un yaourt devient une faute morale. C’est proprement délirant. Une autre mode actuelle, celle des handicapés, avec les Jeux handisport et paralympiques surmédiatisés en dépit de leur absence d’audimat, relève de cette même tentative de culpabilisation déprimante de la majorité valide. L’antidote à tout cela est le nationalisme, qui déculpabilise et qui reconstruit du collectif fonctionnel.

VdF : Pour finir, notre pays s’est construit avec le catholicisme. La dimension spirituelle, plus précisément catholique, est-elle importante dans le combat que vous menez ?

L. C. : Je ne suis pas croyant, bien que je sois passé par le baptême, le catéchisme, deux communions et les Scouts de France. Dans ces conditions, suis-je catholique ou pas ? Peu importe. J’ai remarqué que les débats théologiques et métaphysiques sont des pommes de discorde, des facteurs de division, avant tout pour les croyants, qui n’arrivent jamais au consensus, y compris au sein d’une même religion. Pour ne pas tomber dans ces querelles sans fin, je dirai que j’envisage les religions sous l’angle de la sociologie des organisations. L’église catholique est un réseau d’influence civilisateur, de toute évidence plus sain et constructif que celui dont Vincent Peillon émane, par exemple. La figure du Christ est l’une des plus troublantes de l’histoire de l’humanité. J’ai une tendance « Action française ». La monarchie catholique a naturellement plus de légitimité historique à gouverner la France que la république des francs-maçons. La « révolution française » est le premier coup d’État maquillé en révolution populaire de l’histoire, l’équivalent de ce que Washington et Tel Aviv essaient de perpétrer en Syrie, en Ukraine ou au Venezuela de nos jours. L’événement « 1789 », année sans pareille comme dit Peillon, repose donc sur un mensonge fondateur et n’aura donc jamais aucune légitimité politique. Jamais. C’est ainsi. Il faut donc pouvoir envisager au moins théoriquement de refermer la parenthèse ouverte en 1789. Je dis « théoriquement », car je ne crois pas que ce soit faisable à moyen terme, et il se peut que ce ne soit même pas absolument nécessaire en pratique. En effet, il y a aussi des francs-maçons et des républicains authentiquement souverainistes et nationalistes avec lesquels il est possible de cohabiter pour travailler ensemble à « prendre soin » de ce pays. Je ne sais pas combien ils sont, mais je sais qu’ils existent. Il en va de même avec les autres religions, juifs, musulmans, ainsi que les non-croyants dont je suis. Mon souci principal aujourd’hui n’est peut-être pas très spirituel : c’est très modestement de travailler à ce que ce pays n’éclate pas en morceaux. Si nous disons tous « Français d’abord ! », de même que les Syriens derrière Bachar Al-Assad disent « Syriens d’abord ! », nous pourrons gagner contre l’ennemi commun et sa stratégie de dissolution séparatiste.

Propos recueillis par Franck Abed.
Mars 2014.

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