Entretien avec Michel Drac : "La répression macroniste est brutale parce que la société française est brutale"

Publié le : 02/04/2019 13:20:56
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Grand entretien avec Michel Drac pour l’hebdomadaire Rivarol n°3370 (semaine du 27 avril 2019).

Michel Drac est probablement l’un des analystes les plus intéréssants des trente dernières années. Son travail d’observation des tendances forts de la société française est très utile pour mieux comprendre le mouvement des Gilets Jaunes.


Rivarol : La révolte des Gilets Jaunes est une rupture sans précédent. Quel fut votre première réaction devant les manifestations du mouvement ? Avez-vous été surpris ?

Michel Drac : Ma première réaction a été de me demander si c’était spontané ou téléguidé. A la réflexion, je pense que c’est pour l’essentiel spontané, même si certains acteurs ont pu être téléguidés – Jacline Mouraud, Marc Doyer, Ingrid Levavasseur.

Je n’ai pas été surpris par l’évènement, mais par sa date. Je n’attendais ce genre de phénomène politique qu’après la récession qui vient, et qui risque de provoquer le retour en France de la pauvreté absolue, à grande échelle.

Depuis les travaux de Camille Landais et de Christophe Guilluy, on savait qu’il existait toute une France hors radar dont les conditions de vie s’étaient progressivement dégradées depuis plusieurs décennies. Mais je ne pensais pas que nous avions déjà atteint le point de rupture.

Il est très difficile de mesurer précisément la détresse économique des personnes situées dans les déciles inférieurs de la stratification des revenus. Les statistiques ne sont pas très fiables. L’inflation au sens de l’INSEE n’est pas forcément applicable à des personnes situées loin du revenu médian, dont la structure de consommation est atypique. Ces gens sont très vulnérables, et des mesures catégorielles mal conçues peuvent avoir sur eux un impact beaucoup plus rude que sur les personnes proches du revenu médian. Nous pouvons avoir sous-évalué les difficultés rencontrées par les gens situés dans les deux, voire les trois déciles inférieurs de la stratification des revenus.

A priori, je me disais : voyons, même en tenant compte d’une baisse régulière du niveau de vie des déciles inférieurs disons d’environ 1 % par an sur un quart de siècle, on se situe quand même encore largement au-dessus des niveaux de vie tolérés par les classes populaires françaises avant les Trente Glorieuses – sans parler des conditions de vie des pauvres des pays pauvres, sans rapport avec ce que nous appelons la pauvreté dans un pays riche comme la France. Mais j’ai pu sous-évaluer la baisse, elle a peut-être été plus rapide que 1 % par an.

Un autre phénomène à prendre en compte est sans doute le déplacement des normes pour des raisons générationnelles. Il ne faut pas perdre de vue qu’un vieux pauvre, dans les années 80, c’était quelqu’un qui était né dans les années 20. Or, les gens intériorisent les critères socio-économiques de leurs jeunes années. Pour une personne qui avait connu le rationnement des années 40, une petite retraite des années 80 ne devait pas paraître insupportable.

Le ressenti des personnes âgées est très différent 30 ans plus tard, parce que ce ne sont pas les mêmes personnes âgées. Les gens nés dans les années 50 ont intériorisé les normes des années 70. Une petite retraite des années 2010 doit leur sembler invivable. Ça pourrait expliquer que les personnes âgées n’aient pas joué leur rôle habituel de modérateurs. On les a parfois vu en tête des mouvements, surtout en novembre.

Des phénomènes de basculement générationnel ont également touché les autres classes d’âge. C’est ce qui se passe quand une tendance économique perdure plus de trois décennies : elle traverse une frontière invisible, quand le pays passe d’une constellation générationnelle à une autre. A cet égard, l’arrivée à l’âge du premier bilan des enfants de la génération Y, en tout cas ceux nés dans les années 80, a sans doute joué un rôle dans la montée de la colère.

Ayant en général construit leur vision de l’économie politique entre la crise de la tech et celle des subprimes, les Y ont une sensibilité dominante différente de celle qui prévaut majoritairement chez leurs aînés du baby-boom et de la Génération X. Les boomers ont cristallisé leur rapport au politique à l’époque du clivage gauche-droite : ils ne comprennent pas toujours ce qui est en train de se passer. Les X l’ont fait entre la dépolarisation gauche-droite et la repolarisation centre-périphérie : c’est une génération faiblement politisée de survivalistes pragmatiques. Les Y, eux, ont cristallisé leur rapport au politique après la repolarisation centre-périphérie : leur génération marque un certain retour du politique, sous une forme renouvelée.

Il ne faut pas être dupe du mythe du Millennial hyper-adaptable, narcissique et surdoué. Tout cela n’est qu’habillage marketing d’une régression sociale sinistre. Mal préparée par une Education Nationale en complète faillite conceptuelle, une génération perdue a dû s’insérer dans notre économie sinistrée au début des années 2010. La jeunesse de 2019 est révoltée, et elle a des raisons de l’être.

Bref, même quand on a bien détecté la tendance, on est toujours surpris quand le franchissement de seuil est observable. Que ce soit pour des raisons objectives ou subjectives, les classes populaires et moyennes inférieures viennent clairement de signifier qu’on ne pourra plus continuer longtemps sur le même air. Ça devait finir par arriver – eh bien c’est arrivé.

Rivarol : Quelle est l’origine de ce mouvement et sa nature profonde pour vous ? Comment le définir ?

Michel Drac : S’agit-il d’un mouvement, ou d’une conjonction de mouvements distincts ? J’aurais tendance à opter pour la deuxième proposition.

D’abord, petit rappel chronologique : en octobre-novembre, il s’agit de protester contre une nouvelle taxe sur les carburants. En décembre, des revendications très diverses s’expriment, mais le cri visiblement le plus fédérateur, c’est : Macron démission ! Fin décembre, la question du Référendum d’Initiative Citoyenne, le RIC, passe au premier plan – en tout cas dans le commentaire médiatique. Entre janvier et février, le mouvement semble se gauchiser. Une personne comme l’avocat François Boulo est présentée dans les médias comme une sorte de porte-parole du mouvement. Son discours très charpenté s’articule principalement autour de revendications fiscales, mais cette fois, il ne s’agit plus de demander moins d’impôt pour les classes moyennes : on est passé à plus d’impôt pour les classes supérieures.

Entretemps, les effectifs ont beaucoup varié. En novembre, il est probable qu’un million de personnes ont participé en réalité aux premiers actes – les chiffres officiels sont manipulés. Dans la première quinzaine de décembre, la participation recule mais reste très élevée, sans doute structurellement supérieure à 200 000. Actuellement, on est retombé aux alentours de 100 000. Le mouvement des gilets jaunes a été un mouvement de masse en 2018 – mais pas en 2019.

Les images des cortèges laissent aussi penser qu’on a un peu changé de population en cours de route. En novembre, c’est la France périphérique des petites villes et des campagnes qui bouge. En février 2019, on est sur une population plus urbaine et péri-urbaine, même si la composante « France profonde » reste présente. Je n’ai pas besoin d’expliquer pourquoi un simple coup d’œil à une manifestation permet aujourd’hui de savoir si elle vient de la campagne normande ou de la région parisienne, vos lecteurs comprennent très bien ce que je veux dire.

A partir de là, on peut affirmer un peu tout ce qu’on veut sur les gilets jaunes. On aura toujours un peu raison, puisqu’ils sont un peu tout à la fois.

Pour ma part, je retiendrai simplement la définition qu’en a donné Vladimir Poutine, lorsque, lors d’une conférence de presse, un journaliste russe lui a demandé sa lecture du phénomène, en décembre 2018 : « Ce sont les Français de souche qui manifestent ». A mon avis, Poutine a dit le fond de l’affaire en une phrase. Si on veut être plus précis, on peut ajouter quelque chose comme : « parce qu’ils commencent à comprendre que sinon, ils vont crever. » Ce qui est en train de se passer, c’est que le peuple français, le vrai, celui qui se sent français, qui l’est profondément, vient de comprendre qu’il est dos au mur face à un prédateur impitoyable.

Rivarol : Pensez-vous qu'il soit l'expression de la fin du clivage droite/gauche et l'expression d'une convergence entre les électorats du FN/RN, de la France Insoumise et d'une majorité d'abstentionnistes sur le terrain ?

Michel Drac : Le clivage gauche/droite n’existe plus en réalité depuis 1983 et le tournant de la rigueur décidé par Mitterrand cette année-là. Il a été maintenu comme une fiction agissante pendant 35 ans parce qu’il permettait à une classe politique cumularde de faire respirer le système dont elle vivait fort bien – et, aussi, parce qu’un phénomène de persistance rétinienne a brouillé la vue d’une grande partie de l’électorat, pendant des décennies. L’élection de Macron a signé la fin de ce compromis historique étrange, un compromis pour faire semblant de ne pas avoir fait de compromis. De toute façon, c’est fini.

Je ne crois pas à une convergence des électorats FN/RN et France Insoumise en bloc. Les positions sur l’immigration sont incompatibles. A cet égard, on ne doit pas perdre de vue que depuis janvier, les effectifs du mouvement des gilets jaunes ne permettent plus du tout de garantir sa représentativité. Les électorats, ce sont des millions de personnes. Les manifestants en jaune, actuellement, des dizaines de milliers.

En revanche, j’observe que FI est en recul dans les sondages, et pour connaître un peu le milieu des électeurs FN/RN, je remarque que plus personne ne me parle de victoire électorale et de lendemains qui chantent. Je crois que de plus en plus de gens se rendent compte que la récréation est finie.

A un certain moment, ce qui risque de se passer, c’est que les gens ne voteront plus FN/RN ou FI. Ils s’énerveront vraiment. On risque de voir surgir un ou plusieurs OVNI politiques totalement inattendus. J’ai l’impression que l’électorat va devenir instable.

Rivarol : Comment expliquer la méfiance des directions du FN/RN et de la France Insoumise envers ce mouvement ?

Michel Drac : Les politiciens détestent ce qu’ils ne contrôlent pas. C’est logique. Il n’y a pas lieu de s’y attarder.

Rivarol : Que vous évoque le Référendum d'initiative citoyenne porté dans les revendications des Gilets Jaunes ? Que pensez-vous des idées d'un Etienne Chouard d'ailleurs ?

Michel Drac : Peut-on vraiment espérer prendre, dans les années qui viennent, les décisions douloureuses qu’il faudra prendre, en s’appuyant sur la démocratie directe ? J’observe qu’actuellement, 80 % des Français trouvent les revendications des gilets jaunes fondées, et seulement 30 % sont prêts à sortir de la zone euro. Sachant que ces revendications sont incompatibles avec le maintien de la France dans la zone euro, cela veut dire que 50 % des Français déplorent les effets dont ils chérissent les causes. J’en ris, et notoirement, je ne suis pas le seul.

Par ailleurs, il est manifeste que l’opinion n’intègre jamais la logique de puissance. Alors que cette logique est plus présente que jamais dans le monde tel qu’il est, et non tel que nous le voudrions, il faudra bien à un moment qu’une classe dirigeante fasse valoir des capacités d’arbitrage.

Le projet d’un abandon pur et simple de la démocratie représentative me paraît donc, à ce stade, totalement utopique. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire. J’en ai déjà discuté avec Etienne Chouard. Je lui ai dit en substance : sur l’objectif, je suis d’accord avec vous. Mais sur la méthode, non. Je pense qu’il faut une longue démopédie, une longue éducation du peuple, avant d’envisager la démocratie directe à grande échelle. On peut par exemple imaginer d’introduire le RIC au niveau local, pour que le peuple apprenne à prendre ses affaires en main.

En revanche, pour faire bouger le pays vite, fort, brutalement, il nous faut autre chose. Il faut remplacer une classe dirigeante incompétente par une nouvelle classe dirigeante dotée de vraies capacités d’arbitrage, pour un vrai projet fédérateur, traduit dans un programme cohérent. Cela passera probablement par la refonte complète de la machine d’Etat, mais je crains fort que les exigences du temps n’imposent le retour du principe d’autorité, au rebours des rêveries ultra-démocrates. A un certain moment, quelqu’un devra tenir le discours de la sueur, du sang et des larmes. On en est là.

Récemment, une forme de RIC a été introduite en Italie. Dans le même temps, le gouvernement italien a cédé en grande partie devant la Commission de Bruxelles, sur son budget. J’aurais préféré que Rome envoie paître franchement les eurocrates, et se dote d’un régime fort pour affronter une période difficile. C’eût été plus cohérent. Ils vont faire comment pour financer les dépenses votées par RIC dans le cadre du budget euro-compatible ?

Mais bon, on va voir ce que donne l’expérience italienne. Si cela fonctionne, je dirai : mea culpa, je me suis trompé, pas de problème. On va voir.

Rivarol : Face à cette véritable révolte populaire, comment analysez-vous le mépris de Macron ?

Michel Drac : Je crois que Macron sort de la réalité. Je ne sais même pas si c’est du mépris. J’ai l’impression qu’il s’est enfermé dans un storytelling construit au départ pour faire illusion, mais qui ne trompe plus guère que lui-même.

Il faut dire qu’il ne peut rien faire. Il a été mis en place par les ultra-riches pour défendre un système libre-échangiste et européiste. Or, il n’y a tout simplement pas de solution à l’intérieur de ce système. Il est piégé. A cet égard, la réponse à sa lettre aux européens par Annegret Kramp-Karrenbauer, la dauphine présumée de Merkel, est un véritable coup de poignard dans le dos.

Rivarol : Qu'elle stratégie tente-t-il de mettre en place pour sortir de l'impasse ? L'Etat profond pourrait-il le sacrifier à sa survie ?

Michel Drac : Sa stratégie, c’est le bla-bla. Il faut reconnaître d’ailleurs que dans ce domaine, il est très fort. Je n’ai jamais vu quelqu’un capable de parler si longtemps pour ne rien dire. C’est phénoménal.

La République En Marche peut rester au pouvoir un certain temps, parce que Macron a derrière lui tout un électorat frileux – ces millions de gens qui veulent conserver leurs petits avantages, leur petit confort, leur petit train-train, leur petit monde illusoire. Il est donc très possible que la liste macroniste fasse un bon score aux européennes.

Mais le problème, c’est après. Après, dans les années qui viennent : il se passe quoi, après ? Quand la récession sera là, ce qui semble probable. Quand, après une nouvelle poussée de chômage, les barrages vont réapparaître sur les ronds-points. Il se passe quoi, à ce moment-là ?

J’ai l’impression qu’au-delà de l’échéance électorale 2019, Macron est à ce stade sans stratégie. Il n’a rien en boutique. Nada. Peut-être va-t-il tous nous surprendre en annonçant brutalement un changement de cap, mais pour l’instant, rien ne le laisse pressentir. On va voir.

Quant à l’Etat profond, j’ai envie de dire : lequel ? L’Etat profond américain ? L’Etat profond israélien ? Parce que l’Etat profond français, je ne suis plus très sûr que ça existe.

Ce qui existe en revanche, ce sont les gens qui ont lancé Macron : la banque Rothschild, Xavier Niel, Bernard Arnault, Patrick Drahi. Il n’est pas exclu en effet qu’à un certain moment, ces gens-là s’entendent pour se débarrasser d’un Macron devenu encombrant. Mais nous ne sommes guère renseignés sur ce qui se passe dans ce tout petit monde.

Rivarol : La répression macroniste est d'une brutalité rare dans l'histoire contemporaine occidentale. Sommes-nous passés à un nouveau stade du « totalitarisme démocratique » ?

Michel Drac : La répression macroniste est brutale parce que la société française est brutale. C’est une société malade. Petit à petit, notre soi-disant « pays des Droits de l’homme » s’est mué en une sorte de néo-RDA post-démocratique, une société de niches, où les gens savent qu’il y a ce qu’on dit et ce qu’on fait, que ce n’est pas pareil et qu’il ne faut pas le dire – et où chacun se ménage un petit espace de sens, de cohérence, de liberté à toute petite échelle, chacun dans son coin, pour que la vie reste vivable, malgré tout, dans le dos du système. Une société à plusieurs vitesses, injuste, illogique, qui tourne constamment le dos à ses promesses. La France, c’est le pays où les entrepreneurs sont rackettés par des mafias affairistes, où la fonction publique utile crève de misère pendant que prospère une fonction publique parasitaire, où une classe moyenne supérieure tertiarisée à l’utilité sociale très incertaine s’est peu à peu refermée sur elle-même dans des métropoles hors sol, villages Potemkine globalisés, pendant que la réalité vivante du pays, ses usines, ses champs, ses petites villes, tout ça crève doucement, de mauvaise gestion, d’absurdité et de chagrin inavoué.

Vision horrible, désastre sans nom. La violence des manifestants, d’ailleurs toute relative, n’est que l’extériorisation compulsive de la souffrance provoquée par cette réalité insupportable. Et la violence du pouvoir macroniste me semble surtout révéler l’impasse où ce pouvoir est enfermé.

Rivarol : Partagez-vous l'analyse de certains observateurs sur les liens entre les groupes activistes d'extrême gauche antifa et une « stratégie de la tension » visant à décrédibiliser les Gilets Jaunes ?

Michel Drac : A ce stade, nous avons manifestement une stratégie du pourrissement à l’œuvre à l’égard du mouvement, doublée des manipulations et provocations dont l’appareil sécuritaire français est coutumier depuis fort longtemps. Dans ce cadre, bien sûr, on utilise l’habituelle combinaison d’idiots utiles, d’excités manipulables et de flics infiltrés. Que du classique : provoquer les incidents, justifier la répression, intimider les manifestants pacifiques, faire peur à la population, l’amener à faire bloc derrière le pouvoir, gardien de l’ordre.

Cela étant, toute l’activité des groupes antifa et autres black blocks ne s’inscrit pas nécessairement dans ce schéma. Il peut aussi exister des éléments réellement incontrôlés – ou contrôlés par quelqu’un d’autre que l’Etat français. Les stratégies de la tension sont souvent conduites en s’abstenant de réprimer des groupes potentiellement violents, plutôt qu’en prenant le risque de les organiser soi-même. Les deux méthodes peuvent coexister.

En tout cas, en pratique, ce qu’on peut remarquer, c’est qu’à ce stade, les black blocks se sont spécialisés dans le démontage des abribus. Ils doivent avoir quelque chose contre les gens qui prennent le bus. Curieusement, on ne les a pas vu prendre d’assaut les nouveaux ghettos de riches où s’entassent les millionnaires. Etonnant, non ?

Rivarol : L'épouvantail de l'antisémitisme est aussi agité pour faire peur. Cela est une méthode de propagande ou une réelle crainte pour l'oligarchie ?

Michel Drac : Petit rappel pour ceux qui s’imagineraient que l’antisémitisme fait peur à l’oligarchie : entre 1933 et 1945, des millions de juifs pauvres ont été victimes de persécutions abominables. Mais dans le même temps, pratiquement aucun juif riche, vraiment riche, n’est tombé victime du nazisme. Cherchez l’erreur. A force de répéter que tous les capitalistes étaient juifs, peut-être les nazis avaient-ils fini par croire que tous les juifs étaient des capitalistes ? A moins tout simplement que la morale de l’histoire, ce soit qu’à la fin, chez les juifs comme chez les autres, ce sont les pauvres qui payent pour les erreurs des riches.

En attendant, exactement comme les antifas s’en prennent curieusement aux abribus, les néo-nazis semblent faire une fixette sur les restaurants de bagels faits maison, plutôt que sur les locaux du CRIF. Il est vrai qu’il est plus facile d’écrire des insanités sur la devanture d’un fast-food que de s’en prendre à une des institutions les mieux protégées de France.

Vraiment, nous vivons une époque déroutante. Comment se fait-il que tant de gens n’aient jamais appris à utiliser Google Maps ? Ainsi Jean-Edouard Antifa, incapable de localiser « Le Vésinet, 78110 », Jean-Kévin Nazebrok, peu apte à repérer « Banque Rothschild, Paris », ou encore, dans un style nettement plus lourd, Mouloud la ceinture farceuse, qui, faute sans doute d’avoir découvert l’adresse de la Maison du Caviar, s’en prit en 2015 au Petit Cambodge, rendez-vous notoire de l’élite française.

Rivarol : Quels sont vos scénarios pour la suite des événements ?

Michel Drac : A mon humble avis, beaucoup de choses vont dépendre de l’intensité de la crise économique qui devrait sans doute frapper avant la fin du mandat de Macron. Si c’est une petite crise, modèle 1999, ça devrait tanguer mais pas forcément chavirer. En revanche, si c’est un super-2008, ce qui est possible, là, ça devrait être la vague non-négociable fatale pour un pouvoir macroniste fragilisé. Quant à savoir s’il en sortira quelque chose de mieux ou quelque chose de pire que l’improbable République En Marche, il est trop tôt pour le dire.

C’est une loi historique constante : on peut prévoir les causes des crises fatales, parfois situer à peu près leur date de survenue probable, mais on ne peut jamais savoir à l’avance ce qui en sortira. Les vraies très grandes crises provoquent un changement de paradigme, ce sont des singularités au sens mathématique du terme. C’est alors qu’on vérifie soudain que le monde est chaotique, et qu’il n’y a pas de proportionnalité entre les causes et les conséquences.

Propos recueillis par Monika Berchvok.
mars 2019.

 

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