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ER - BI, match nul mais jeu viril

Publié le : 11/11/2007 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles par intervenants , Articles par thèmes , Carceller , Politique

france_croquis

Egalité et Réconciliation versus le Bloc Identitaire. Pourquoi en parler, encore ? Ce ne sont pas les articles qui manquent sur Soral, son association et la nécessité impossible...

Pourquoi en parler, encore ? Pourquoi parler de deux groupes ne représentant à eux deux que quelques centaines de personnes à tout casser ?

Parce qu'historiquement, les choses commencent à quelques centaines.

Quand un cycle s'achève, quelque part à la périphérie de l'espace voué à une implosion prochaine, quelque chose émerge. Quelque chose de très dangereux.

Dangereux pour ceux qui veulent faire durer le passé.

Donc bénéfique pour ceux qui veulent faire naître l'avenir.

Combien étaient-ils, lorsque fut fondée la première société de pensée, en France, au XVIII° siècle ?

Combien étaient-ils à la première réunion du parti communiste russe ?

Je ne sais pas. En général, on ne garde pas trace de ces moments-là.

Tout ce que je peux vous dire, c'est que onze paumés pleurant leur leader exécuté, quelque part dans une capitale provinciale, ça suffit parfois pour fonder un projet de civilisation bimillénaire sur les ruines du plus grand empire de l'Histoire.

Comprenons-nous bien. Si notre monde pétait la forme, ce que font quelques centaines de marioles font dans leur coin n'aurait aucune importance.

Mais notre monde ne pète pas la forme.

C'est le moins qu'on puisse dire.

Notre monde est à l'agonie. Nous vivons la fin d'un cycle.

Il suffit d'ouvrir les yeux, on voit les fissures s'élargir. Il suffit d'ouvrir les oreilles, on entend les craquements.

Alors, dans ce contexte-là, il faut faire attention aux quelques centaines de marioles. Ils annoncent les forces qui vont émerger du champ de ruine, après la catastrophe.

Si la taille de ces mouvements est ridiculement petite, l'importance de la question qui les oppose est à la hauteur des enjeux qui surgiront, un jour, quand on passera aux choses sérieuses.

D'un côté Egalité et Réconciliation, le mouvement présidé par Soral, ancien communiste, ex-marxiste resté marxien, fibre de gauche, la gauche sociale et économique s'entend. Référence : la France. Nation messianique, centralisatrice et universaliste.

De l'autre, le Bloc Identitaire, mouvement qui semble s'être donné pour tâche de faire passer le FN pour un parti multiculturaliste. Référence : les "identités enracinées", donc régionales pour l'essentiel.

Sur Scripto, nous accordons un point à chacun des deux camps.

Le BI a raison de penser après la France - en tout cas, après la République. Le messianisme des droits de l'homme, on a donné, ça s'appelle une escroquerie. Le centralisme quand on ne sait plus se mettre au centre, ça ne fait pas grand-chose. L'universalisme désincarné, on en a marre. C'est une machine à détruire les êtres particuliers sans rien construire à la place.

Mais ER a raison aussi de se revendiquer de la France, de l'héritage de la France. Notre vieille nation risque de disparaître, c'est évident. Sur tous les plans, y compris sur le plan linguistique. Mais son héritage demeure. Héritage immense, culturel et spirituel. ER a raison de s'en réclamer parce que si l'Etat-nation France disparaît, cela veut dire que l'héritage qu'il avait capté tombera en déshérence. Il faudra bien que quelqu'un s'en empare.

Un partout.

Le match continue.

Sur Scripto, nous infligeons aussi un carton jaune à chaque camp.

Carton jaune au BI, qui semble croire que si l'Etat-nation France disparaissait, la question du centralisme niveleur serait réglée. Erreur, camarades identitaires : le centralisme niveleur est en train de se relocaliser à Bruxelles. Si la France disparaît, c'est pour laisser la place à un nouveau centralisme, encore plus négateur des identités enracinées. Et ce n'est pas avec la soupe au cochon que vous lutterez contre cette machine à détruire les êtres. Sûrement pas. Si la Provence était indépendante, elle parlerait très vite Arabe avec un mauvais accent de ghetto ricain.

Carton jaune à ER, également, qui semble penser qu'on peut faire l'impasse sur la question de l'islamisation. Ah, bon, l'idéologie défendue par les Frères Musulmans est celle du FN ? (dixit Bouchet à l'université d'été d'ER). Mouais. Sauf que : 1, je ne savais pas que le FN prônait la dislocation de l'Etat-nation dans une communauté politico-religieuse niant toute séparation entre spirituel et temporel, et 2, il se trouve que la "meilleure communauté" dont se réclament les "Frères" est l'Islam - pas la France. C'est à dire que les Frères peuvent avoir en Egypte un positionnement comparable à celui de certains frontistes en France, mais voyez-vous, quand ils viennent en France, leur projet va forcément entrer en collision avec celui des nationalistes français. Justement parce que c'est le leur, vous comprenez ?

Un but partout.

Un carton jaune partout.

La première mi-temps s'achève sur une égalité parfaite.

D'un côté ceux qui nient le processus de formation historique de la France, c'est à dire l'assimilation dans une identité matricielle. De l'autre ceux qui nient l'européanité de la France - c'est à dire, à mon avis, la raison pour laquelle l'assimilation était possible.

Sur Scripto, je crois résumer l'opinion générale en disant que nous ne sommes convaincus ni par les uns, ni par les autres. Mais nous ne fermons la porte ni aux uns, ni aux autres. On attend la suite.

Quant à moi, mon petit doigt me dit que l'Histoire va trancher.

Dans le vif, si j'ose dire.

De toute façon, peu importe. Le match ER/BI n'est qu'un hors d'oeuvre.

Les choses sérieuses commenceront quand la vérité apparaîtra dans sa nudité. A savoir qu'il n'y a plus rien à sauver. Que c'est foutu. Qu'il faut maintenant se projeter après la catastrophe. Fonder quelque chose de neuf, c'est tout.

Mais ça, c'est une autre histoire.

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