Eux et Nous

Publié le : 10/10/2008 00:00:00
Catégories : Société

trespas

Les innombrables sous-branches de la dissidence en ont encore pour des siècles à débattre des questions ethniques, sans progresser d’un poil. Les débats entre suprémacistes, différentialistes, antiracistes et tenants du primat républicain évoquent une engueulade entre moucherons piégés dans le même pot de mélasse. Même chez les penseurs les plus libres, la jurisprudence Auschwitz tue dans l’œuf tout espoir de trancher la question entre gentlemen. Comment voulez-vous causer de l’importance du facteur racial, que ce soit pour la nier ou tout baser sur elle, quand les mots nécessaires à articuler les concepts plongent les participants dans une crise d’épilepsie collective ?

Réalité objective ou fantasme malsain, obsession droitarde ou gauchiste, objet de culte, de haine, d’indifférence ou d’incompréhension, peu importe. L’idée de race ne se laisse jamais éluder des grandes questions de civilisation actuelles. Même ses plus virulents détracteurs ne peuvent matériellement lui échapper, si empressés qu’ils sont d'éradiquer le racisme, cette drôle de secte dont les membres sont dangereux parce qu’ils croient à quelque chose qui n’existe pas.

Même le recours à la science, que l’on croit si volontiers capable de régler tous les problèmes irrationnels, n’est d’aucune aide. Qu’on se rappelle les trompettes et les feux d’artifices médiatiques qui ont salué la supposée cartographie complète du génome humain. C’était l’écrasement des derniers restes de la Bête Immonde, les laboratoires triomphant de l’obscurantisme ethnocentrique, le bulldozer magique qui allait enfin démolir tous les Murs berlinois dressés entre les peuples avides de partouze planétaire. La bonne nouvelle n’est visiblement pas parvenue en Palestine ou au Darfour, ce qui tendrait à prouver que le Quatrième Pouvoir n’est pas si costaud que cela, après tout.

Ces convulsions idéologiques, ces coliques mentales déchirantes, même le camp nationaliste n’y échappe pas, et la variété des positions reflète la guerre des égos qui fera éternellement rage dans ce microcosme irrespirable. Et c’est assez normal : avoir une ligne politique claire sur des choses qui relèvent exclusivement de l’instinct grégaire est virtuellement impossible. L’instinct n’admet pas les exceptions, les accommodements, les nuances de gris clair. Tant le Troisième Reich, qui faisait de la race le socle de la société, que l’Union Soviétique, qui aura tant fait pour brasser les peuples qu’elle dominait, s’y sont cassés les ratiches. Et ni l’un ni l’autre ne manquait d’idéologues de pointe.

On devrait y trouver une démonstration éclatante que l’Etat ne peut pas, ne doit pas, se mêler de tout. A ce jour, seuls les anars semblent l’avoir plus ou moins pigé : le reste du spectre militant, toutes tendances confondues, n’en finit pas de se fracasser l’entendement contre cette ultime quadrature du cercle.

Alors quoi ? Assumer intégralement son attachement au Clan, au risque de se faire coller à vie une étiquette de mytho et de tuer toute chance d’activisme légal ? Evacuer complètement la question, au risque de trébucher contre à la moindre situation de crise ? La dépasser au nom d’une unité autour d’un drapeau coupé de toute réalité sociale ou de tensions territoriales ? Il y a peut-être une solution simple à cet effrayant foutoir, mais son principal handicap est qu’elle est parfaitement anti-intellectuelle, et qu’elle sera rejetée en conséquence par la plupart de ceux que ces questions agitent.

J’aurais pu causer histoire antique, et évoquer la manière fort peu salonarde dont un certain Alexandre aurait réussi à dénouer le nœud gordien. On va faire plus contemporain et plus popu, en parlant foot. Yours Truly, suivant un camarade supporter d’allez savoir quel club (je n’y connais rien et n’aime pas ça), s’est un soir retrouvé confronté à une dizaine d’individus, fanatiques d’un autre club et décidés à en découdre. Dix bonnes minutes ont été vainement consacrées à expliquer mon mépris cosmique pour l’hostilité grotesque entre hooligans ne portant pas les mêmes badges et réunis dans les mêmes stades pour suivre les mêmes matches. Ma neutralité complète dans cette affaire ? Ces braves gens s’en contrefoutaient : traînant avec un ultra ennemi, j’étais fatalement complice. Ou alors c’était ma tronche qui ne leur revenait pas. Toujours est-il que j’ai eu droit à ma ration de mandales et qu’il a bien fallu rendre autant de coups que possible. Ce faisant, j’avais bien malgré moi choisi mon camp.

Telle est, à peu de choses près, la situation de Monsieur Blanchouille en Europe. Il ne soutient pas son équipe (arrêtez de dire « supporte », nom de dieu !), il n’aime pas le sport, il ne veut de mal à aucun hools croisé dans la rue, mais les partisans de l’équipe adverse présents sur son territoire n’en ont rien à foutre. Il est le Cul-Blanc, le Toubab, le Souchien, le Cracker, le Gringo, et ce qu’on attend de lui à ce titre est simple. Il doit s’excuser de descendre d’une lignée d’esclavagistes, filer son pognon, sa terre et le cul de sa sœur, et puis aller s’éteindre dans un coin sans faire chier personne. Et il doit le faire qu’il soit ouvertement waciste, mixophile, ou aveugle à la couleur de peau des individus.

Ceux qui lui réservent ce sort ne sont pas des nazis exotiques. Ils ne sont pas des fidèles de Cheikh Anta Diop ou de Malcolm X. Ils n’éprouvent pas de dégoût pour les femmes de l’Ennemi, considérées au pire comme des trophées humiliant ce dernier, au mieux comme des cibles ordinaires de la guerre des sexes. Ils ne cherchent pas à établir une hiérarchie mondiale des peuples selon leurs accomplissements. Beaucoup plus simplement, ILS sont ici et NOUS devons dégager. Les subtilités théoriques sur ce qui définit ce EUX et ce NOUS ? La plupart s’en contrebranle. Ce sont des choses si naturelles, si spontanées, si animales qu’elles se passent de toute fiche technique.

Monsieur Blanchouille n’a souvent plus la grâce divine de cette simplicité. Il gamberge trop. Il tient à être équitable. Il s’est laissé empoisonner par un relativisme dépravé déguisé en esprit critique de haut vol. Bien souvent, il ne se sent fier que de ce qu’il fait, pas de son appartenance à une lignée dont il ignore tout, ou qu’il rejette en bloc. Et comment lui en vouloir ? Vivre en Occident, c’est être gouverné par des comptables, marcher entre des tours de verre rutilantes et des clapiers crasseux, manger de la malbouffe cancérigène et fade, se tuer l’entendement face à cette vanne à merde et à foutre qu’est la télévision, n’interagir avec autrui que dans un cadre commercial ou légal, consommer de la culture comme on avale une aspirine, osciller chaque jour entre une solitude qui dessèche et une surpopulation urbaine qui étouffe, voir les anciens parqués dans des crevoirs pisseux et les enfants dressés à idolâtrer la vulgarité volontaire, vendre son cul aux usuriers contre des gadgets qui nous font un peu oublier la misère culturelle et humaine qui nous submerge.

C’est cette équipe qu’il faudrait soutenir ? C’est pour ce peuple d’agonisants qu’il faudrait se battre ? Bien plus que la propagande des journalopes et l’entretien maniaque de notre mauvaise conscience historique par diverses mafias, c’est la désespérance d’un tel quotidien qui fait de tout Européen un déserteur dans l’âme. Il est sans doute trop tard pour y changer quelque chose, mais les patriotes du continent ont encore le temps de le réaliser pour disparaître avec un tantinet de dignité.

Ces patriotes, d’ailleurs, n’ont-ils pas un attachement, aussi puissant que flou, à ce que leur société a pu être, ou devrait être ? Quoi de rationnel là-dedans ? Tout ce qui les maintient en vie et qui leur donne le courage de ne pas renoncer à leurs idéaux est précisément au-delà de la raison. Ils sont des chercheurs de Beauté égarés dans une décharge publique.

Aucun activiste n’accepte facilement de se définir uniquement par rapport à son ennemi. C’est une attitude considérée comme passive, stupidement réac’, et qui impliquerait le renoncement à toute initiative avant que ledit ennemi ne fasse le premier pas. C’est ce qui explique l’acharnement des groupuscules métapos à publier des manifestes, des codes de conduite, des communiqués pour faire connaître au monde leur pauvre avis sur des enjeux qui les dépassent totalement. Or nous sommes dans une situation de siège, pas de conquête. Il nous faut un mouvement de refoulement, ce qui implique une contre-poussée face à une pression extérieure, non sollicitée et non désirée. Nous sommes forcés par les conditions d’intervenir en second, nos prédécesseurs n’ayant pas réussi à prendre les devants il y a un demi-siècle.

Tout ce qui touche aux modes de vie alternatifs, aux échanges non-commerciaux, à la coopération volontaire entre individus unis par un même idéal, voilà des domaines où faire chauffer les synapses est urgent. Urgent et utile, parce que nous sommes confrontés à un système économique qui vit, voire engraisse, de ses propres effondrements et des catastrophes qu’il provoque partout sur le globe. La démocratie capitaliste ne s’effondrera jamais sous le poids de ses contradictions, ce sont elles, tout au contraire, qui la rendent pratiquement invulnérable, de par sa capacité à récupérer toutes les haines qu’elle suscite à son avantage. Ne lui filent vraiment les jetons que les Fous d’Allah qui acceptent de se vaporiser au semtex dans l’espoir de blesser le Grand Satan. Si nous voulons qu’elle crève sans nous entraîner dans la tombe, il faudra peut-être, délicieux paradoxe, que naisse une génération de leucamikazes.

En attendant cette heure, les questions d’appartenance et d’identité sont une perte de temps complète pour les grosses têtes du mouvement. Il n’est besoin d’aucune structure mentale pour se réapproprier la fierté d’être ce que nous sommes et d’appartenir à une certaine lignée. La refondation du NOUS pour bloquer puis refouler LEUR avancée passe avant tout par les tripes, par une volonté bestiale, par un sentiment de cohésion qu’aucun slogan ne créera jamais. En ce sens, nous pourrons toujours moins éviter de NOUS inspirer d’EUX, et de la fabuleuse tranquillité de leur conscience quand ils se laissent aller à l’appel de la meute. A l’avenir, l’Europe ne contiendra plus que deux catégories d’individus : ceux qui peuvent compter sur l’appui d’un gang, et ceux qui leur serviront de proies. Il n’est pas ici question d’un scénario de guerre civile totale ; il s’agit beaucoup plus pragmatiquement de survie sociale et économique dans un contexte où s’en sortir seul en bossant comme un fou ne suffira plus, et où la protection de l’Etat se résumera à surveiller nos retards de paiements ou notre consommation de fruits et légumes par jour.

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