Entretien avec Francis Cousin pour « Le Cercle Curiosa » (Partie 1)

Publié le : 11/02/2017 15:37:31
Catégories : Articles auteurs , Auteurs , Francis Cousin , Interviews

En février 2013, nos concurrents et amis des éditions Alexipharmaque publiaient « Entretiens avec des hommes remarquables », un recueil d'entretiens réalisés par le Cercle Curiosa, avec Luc-Olivier d'Algange, Christian Bouchet, Klaus Charnier, Francis Cousin, Alexandre Douguine, Michel Drac, Arnaud Guyot-Jeannin, Thibaut Isabel et Laurent James. L'ouvrage est préfacé par Alain de Benoist.

Avec leur aimable autorisation, nous publions aujourd'hui l'entretien consacré à Francis Cousin auteur de L'être contre l'avoir tout en vous proposant de vous procurer l'ouvrage en ebook pour découvrir les riches écrits des autres contributeurs... ndlr

Premiére partie :


Le Cercle Curiosa : L’occident semble non pas se débattre entre réaction et révolution mais plutôt entre deux formes révolutionnaires : La « révolution prolétarienne » (émancipation par l’auto-détermination du prolétariat qui conquiert la « démocratie directe », soit le pouvoir sur sa propre vie (le prolétariat devient sujet actif de l’histoire en s’abolissant comme prolétariat) contre « révolution permanente de la marchandise » (prolétarisation (mise en esclavage) toujours plus profonde). En ce sens, si l’occident c’est la révolution, il s’agit seulement de savoir laquelle. Quelle est votre opinion ?

Francis Cousin : 
Depuis que la dialectique de marchandisation du monde qui a surgi de la vieille tri-fonctionnalité de l’aliénation a permis, simultanément à l’essor des effets du néolithique, que le mouvement de l’argent protégé par la politique de la religion et activé par la religion du politique, puisse progressivement s’emparer de la totalité de l’espace-temps des demeures de l’être asservi, le produire pour le vivre humain n’a cessé d’être remplacé par le travailler pour la vente jusqu’à ce point contemporain où l’homme n’est plus désormais que la carcasse du spectacle de l’argent. La vieille communauté organique du communisme primordial encore narrée par le témoin César dans la Guerre des Gaules lorsqu’il rencontre les anciens germains d’outre-Rhin ou restituée théoriquement par Engels dans L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, a été cassée par le mouvement civilisationnel des oppressions de l’échange qui en faisant naître les multiples facettes de l’Ancien Régime a offert aux recettes du profit un laissez-passer illimité pour, à l’abri de l’État royal, susciter le jaillissement infini de la liberté despotique de l’industrie du commerce jusqu’à la révolution capitaliste de 1789 laquelle a enfin confié au monde des affaires les affaires du monde.

Dans ce cadre historique de la progression universelle de la servitude, toutes les révolutions qui jusqu’alors ont vu le jour furent des révolutions des progrès de l’emprise de l’argent vers l’apothéose démocratique du spectacle du fétichisme marchand. Certes, des insurrections paysannes massives purent avoir lieu à mesure que s’étendaient les ravages de la modernité financière. Assurément, des soulèvements ouvriers de vaste envergure purent ensuite prouver que l’aspiration à exister humainement était bien antagonique au règne de la possession et de la dictature du quantitatif mais la longue série des séditions et mutineries de l’homme, ne pouvait aboutir, du point de vue de la révolution humaine, puisque l’heure était encore au développement modernisateur du marché mondial du profit. C’est pourquoi la lutte de classe communiste pour retrouver la communauté perdue de l’Être, c’est à dire le combat de la classe universelle des humains écrasés par la fabrique du numéraire et qui n’a aucun pouvoir sur son existence, ne peut aboutir à l’auto-abolition de la condition prolétarienne tant que le mouvement de la valorisation capitaliste garde la capacité de pouvoir reproduire son pouvoir.

La droite et la gauche du capital sont nées ensemble à partir des agencements gouvernementalistes sortis de la fin proclamée du monarchisme absolu, la première aux fins de gérer le modernisme de la marchandise tout en préservant ce qui lui pré-existait et la seconde afin de moderniser la gestion du marché en s’employant à liquider tout ce qui lui était antécédent. Dorénavant, la gauche du capital n’a plus rien à démolir et la droite n’a plus rien à préserver puisque la marche en avant du système du chiffre, du placement et de la cession s’est emparée de l’intégralité de l’être au monde. Toutes les révolutions que la gauche en tant que laboratoire de recherches de la droite, a mises en scène en domestiquant et enchaînant la classe ouvrière ont dorénavant abouti à ce que l’économie narcissique des échanges soit devenue l’âme du monde puisque dans la société du fétichisme marchand complètement réalisé tout est réellement renversé jusqu’à ce point où le vrai n’est plus que l’assise d’inversion par laquelle ne cesse de se célébrer la religiosité du faux.

Toutes les révolutions du passé, libérales, socio-démocrates ou bolchéviques ne furent que des moments pour parvenir à la consécration la plus avancée de l’industrie moderne de l’Avoir, celle où la forme-marchandise est enfin de part en part la liberté, l’égalité et la fraternité à soi-même, la catégorie démocratique de la pure schizophrénie quantitativiste du spectacle de la non-vie. C’est seulement maintenant que la révolution communiste à titre humain devient enfin possible à mesure que l’économie politique de la raison acquisitive cesse d’être en mesure de possibiliser l’incommensurable étendue de son écoulement nécessaire.

En ce sens, l’histoire européenne exprime cette dialectique spécifique de combat radical par laquelle au sortir de la chute de l’empire romain et grâce à la revivification communiste des invasions germaniques, les hommes du vieux continent n’ont cessé autour de leurs communaux ancestraux de se battre contre le déferlement fiscal, l’accaparement nobiliaire, l’empiétement clérical et l’incursion monétaire pour sauvegarder leur vie communautaire humaine contre la dynamique étatique de la captivité mercantile montante. Ce par quoi se différencie ainsi l’histoire de l’Europe, c’est génériquement par cette permanence de logos critique et de volonté subversive qui fait que là et seulement là les luttes paysannes puis ouvrières ont envisagé, non pas seulement comme sous d’autres latitudes, de simplement réaménager la technique du pouvoir de l’oppression, mais de se débarrasser totalement de l’argent et de l’État. Il y a eu évidemment partout de par le vaste monde des illusions économiques et politiques, des conflits, des colères et des séditions mais jamais au point où comme sur l’horizon extrémiste des persistantes luttes de classes européennes, l’on vit immuablement apparaître des Communes de la terre ou de l’usine qui entendaient refuser tout accord avec les propriétaires de la falsification générale de la réalité et faire œuvre révolutionnaire de retour ontologique à la primordialité de l’Être.

La souche communiste du génos originaire exprimait une communauté organique sans divisions de classe et sans séparation fonctionnelle, faisant fi tout à la fois des fractionnements aliénatoires du travail, de la religion et de l’art puisque le Tout sacral de la terre de vie ignorait les décompositions du compartimenter sociétaire qui met en pièces l’unité initiale du paysan-guerrier en dia-logue d’émerveillement avec le cosmos lumineux pour l’éclater en morceaux épars d’organisation sociale du mensonge par le biais de cristallisations d’emplois et de tâches qui enferment l’humain en sphères clôturées paysanne, militaire et sacerdotale. C’est le démos comme espace de cohésion d’un territoire du produire pour l’échange sur une terre désacralisée qui a fait éclore à la fois l’économie (comme lieu du travail de l’argent !) et la polis (comme lieu de contrôle et d’administration de l’asservissement des hommes à la chosification publique !). Le sacré alors mis en forme par les religions de la résignation organisée n’étant plus là qu’une simple liquidation judiciaire des restes du sacral originel, morcelé et rompu par les conditions objectives du profaner sans cesse élargi par le processus de dislocation du besoin et du désir humains finalement totalement monopolisés par la liberté dictatoriale du capital.

Dans ces conditions, l’auto-organisation communiste de l’humanité en ses diverses Communes fédérées d’ici et d’ailleurs, ne sera nullement demain une démocratie directe mais un retour élargi et universalisé au génos de l’Être lequel sera nécessairement anti-démocratique puisque la démocratie est par essence le système de la domination directement accomplie de la valeur d’échange circulant adéquatement aux exigences de l’équivalent-général : l’argent en tant qu’étalon de libre mesure de tous les hommes égaux dans le temps-marchandise de leur mort programmée.

La forme anti-politique sous laquelle l’émancipation de l’humain peut se réaliser en sortant de l’économie a pris dans le siècle passé une forme particulièrement précise dans les Conseils ouvriers révolutionnaires lesquels rassemblent en eux la totalité des fonctions de décision et d’exécution de la nécessité de vie et de lutte en se coordonnant par le moyen de délégués responsables à chaque instant devant la base et révocables à tout moment. Par le pouvoir anti-étatique des Conseils qui doit de la sorte abattre internationalement tous les pouvoirs de la marchandisation, le mouvement prolétarien est son propre produit et ce produit est le producteur même qui liquide ainsi définitivement la condition prolétarienne elle-même. Il est ainsi à lui-même son propre but de réémergence de la communauté humaine et là seulement la négation spectaculaire marchande de la vie par l’économie politique est niée à son tour par la révolution sociale universelle qui permet à l’homme de reconquérir le sens effectif de son être générique.

L’organisation révolutionnaire du mouvement de l’auto-émancipation humaine ne peut être que la critique unitaire de la société de l’aliénation, c’est-à-dire une critique absolue qui ne transige avec aucune forme séparatrice de pouvoir démocratique et donc une critique prononcée globalement contre tous les aspects citoyennistes de la vie aliénée des accents de l’agora commerciale. Dans la lutte de l’organisation révolutionnaire contre l’in-humanité de la société de classes, l’organisation révolutionnaire du futur ne pourra reproduire en elle les conditions de scission et de hiérarchie politistes qui sont celles de la domination du marché démocratique des représentations narcissiques librement circulatoires. Elle devra lutter en permanence contre son travestissement et sa déformation dans le spectacle régnant des pathologies de la délégation de pouvoir. Contre la démocratie totalitaire des médiations de la valorisation capitaliste, l’organisation révolutionnaire de l’humain sera le mouvement de l’anti-médiation qui se reconnaîtra en ce qu’il sera clairement l’auto-appropriation effective et radicale par tous les hommes en volonté d’humanité de la cohérence communautaire transparente de leur foyer d’habitement cosmique lequel devra se prouver et s’éprouver dans l’efficience de la théorie critique, autrement dit dans la relation dialectique de fertilité affirmée entre celle-ci et l’activité pratique de sa matérialisation vérifiée.

L’organisation révolutionnaire de l’immanence humaine à ressaisir a su apprendre – au cours de ses défaites passées – qu’elle ne pourrait plus jamais combattre efficacement l’asservissement démocratique de la liberté de l’argent sous les formes aliénées les plus dangereuses qui soient ; celles de la démocratie directe du libre asservissement à l’argent.

Après avoir nié la lutte des classes, la Marchandise nie la notion de race (biologique ou de lignée). La défense de la conscience raciale devient-elle donc une lutte de gauche ?


Le développement de la marchandise a, à la fois, par déni pathologique de la réalité, nié la lutte des classes lorsqu’il regardait avec hantise le mouvement à venir de la contestation prolétarienne la plus radicale, et, a contrario l’a constaté et célébré lorsque par comparaison justificative de son itinéraire avec celui des féodalités terriennes antérieures, il s’agissait de légitimer le caractère productif des classes dirigeantes nouvelles du modernisme industriel. Pour ce qui concerne les « races » et l’interdit mythologique qui aujourd’hui encadre idéologiquement cette matière ou plus exactement pour parler d’un point de vue historique de l’ensemble des individus appartenant aux différentes générations d’un éco-système de populations données, il faut revenir à Hegel et à Marx. Et il convient de reposer en amont la question dialectique des continents immobiles où le despotisme oriental propre à l’Afrique et à l’Orient a fait du temps irréversible de la domination, le calendrier obligatoire et perpétuellement reconduit de la passivité des hommes indéfiniment contraints à reproduire sans fin le cycle immuable de l’in-changeable. À rebours, la vieille Europe, revitalisée au Moyen-Âge par l’effervescence et le bouillonnement des invasions germaniques porteuses de ce vieux patrimoine communiste de la terre, n’a jamais arrêté de remuer et de se mettre en branle sur la base d’une temporalité ouverte, active et constamment insatisfaite par l’expansion des Lumières de l’atrocité marchande.

Par conséquent, si l’Orient fut généralement le lieu propice de ces révolutions de palais où l’accablement et l’obéissance ne bougeaient que fort peu même quand les lignées dynastiques étaient bouleversées, les indénombrables et inépuisables jacqueries européennes suivies d’une infinité de troubles subversifs ouvriers lorsque le devenir de la marchandise expulsa vers le camp de concentration usinier les paysans spoliés de leurs terres, viennent là marquer la grande différence historique entre les sociétés statiques où la pensée révolutionnaire de la critique est inconcevable et celles où le temps historique s’est tellement accéléré qu’il a pu devenir conscience révolutionnaire de ses propres contradictions.

Sur ce terrain, l’immigration se révèle ici comme une stratégie capitaliste de vaste envergure qui vise fondamentalement à disloquer la spontanéité historique des solidarités prolétaires naturelles en hétérogénéisant le substrat de la réalité du sentir et du ressentir ouvriers. De la sorte, l’immigration comme l’a bien vu Marx, est toujours l’expression de la contre-révolution du capital car elle permet avant tout de dé-manteler la combativité ouvrière en dés-articulant l’identité de ce qui structure les cohésions et les immanences de l’éco-système de sa longue durée.

Une classe sociale qui est dépouillée progressivement de son homogénéité constitutive, de ses souvenances oppositionnelles et qui perd de vue l’imaginaire et la mémoire commune de ses radicalités potentielles est bien entendu condamnée à être éclatée, absorbée et digérée par les vents dominants de l’histoire crétinisante de la marchandise. Les contestations ouvrières massives et perdurantes, comme celle des sidérurgistes lorrains en 1979, ne sont plus possibles désormais, non seulement parce que leur matérialité sociale a été anéantie, mais parce que les substances comparables de colère ouvrière ont été systématiquement rompues et dispersées.

L’immigration a été ici une arme particulièrement préjudiciable et pernicieuse, savamment utilisée par la classe capitaliste, pour diluer et dissiper l’esprit de résistance et de subversion de la classe ouvrière qui lui avait fait tant peur lorsqu’en 1968, la rage ouvrière avait bousculé si fortement les chiens de garde politiques et syndicaux du salariat. La gauche et l’extrême gauche du capital et leur obsession pour l’hystérie immigrationniste ont constitué là l’un des plus grands vecteurs opératoires de ce dont avait besoin le despotisme de la modernisation mercantiliste pour court-circuiter les risques de développement de la lutte des classes… La droite comme voiture-balai de toutes les découvertes mises en chantier par les centres de recherche capitaliste inventés par la gauche vient là conclure en une sainte-alliance de mensonge triomphant tous les truquages, maquillages et falsifications nécessaires à l’obligation de métissage telle qu’affirmée par Sarkozy à Palaiseau le 17 décembre 2008, et ce en prolongement de tous les dogmes ataliens et strauss-kahniens de défense et illustration du gouvernement du spectacle mondial.

La pratique économique qui consiste à utiliser lourdement de la main-d’œuvre sans racines critiques et sans réserve insurgeante a prioritairement pour fonction de casser les reins à toute résistance ouvrière naturelle d’envergure et permet ainsi au capital international de faire circuler sa matière aliénatoire sans risque de révolte majeure. Les policiers gauchistes qui ont fait du « sans-papier » l’icône première de leur logorrhée de rénovation capitaliste constituent donc en fait le premier « bras idéologique armé » du MEDEF, qui entend bien éliminer l’insubordination ouvrière et l’héritage communard en liquidant le patrimoine des insoumissions historiques européennes.

Par l’immigration, le capital désagrège et mutile ainsi les champs de perception qui pourraient permettre la remise en cause de la trame du pouvoir de son pouvoir. Le but du regroupement familial intervenu en même temps que la légalisation de l’avortement et la généralisation de la contraception a donc été clairement, de procéder à une trans-formation monumentale du territoire démographique de l’espace de la sur-vie capitaliste. En important massivement dans les banlieues européennes, des hommes et des femmes issus d’un monde où la conscience stationnaire et soumise est la règle d’un espace-temps arrêté sans culture critique et sans passé de vérité subversive, on s’est très clairement essayé de briser la conscience de classe de la vieille ancestralité ouvrière des dynamiques européennes du révolutionnable in-cessant.

Aujourd’hui, les faunes urbaines de l’économie souterraine qui brûlent rituellement des voitures ne sont pas des enfants d’ouvriers en révolte qui se battent par haine de la marchandise, mais des paumés incultes adorateurs du fric, de ses modes insanes et de toutes ses grossières insipidités… Bien loin d’être des persécutés en rupture, ce sont les enfants chéris du système de la discrimination positive de l’anti-subversif, les talismans médiatiques de l’ordre capitaliste à révérer, bref ce que Marx désignait sous le terme de lumpenprolétariat : cette « masse strictement différenciée du prolétariat industriel recrutée dans les bas-fonds, voleurs et criminels de toutes sortes, vivant en marge de la société, des gens sans travail défini, sans foi ni loi » et qui sont bien sûr toujours les meilleurs alliés de l’État lorsqu’il s’agit de livrer combat à la véritable désobéissance prolétarienne.

De la sorte, si souvent l’immigré italien ou espagnol des années trente parlait de Marx et de Bakounine et avait capacité à entrevoir la possibilité d’une révolution sociale qui éliminerait le totalitarisme de l’argent, l’immigré du Sud des temps présents ne peut savoir qu’il est possible d’entrevoir un monde débarrassé de l’économie politique des mensonges du pouvoir… Il peut éventuellement travailler au noir en espérant sa régularisation. Il peut aussi peut-être trafiquer à La Courneuve ou bien besogner honnêtement comme docile ouvrier du bâtiment en espérant que sa fille soit demain une cadre reconnue grâce à la charte de la diversité. Mais il est historiquement certain qu’il se trouve en incapacité de percevoir ce que peut effectivement signifier l’expérience sociale de la radicalité de combat qui fit la spécificité de la Commune de Paris… Et c’est bien pour cela d’ailleurs que Laurence Parisot qui méprise le vieux prolo archaïque est en revanche une adepte forcenée et amoureuse de ce grand mélange obligatoire qui a pour premier objet d’évacuer la vieille contestation ouvrière propre à la mémoire insurrectionnelle de la souche communiste de la conscience européenne.

Contre l’ensemble des fractions capitalistes qui de l’extrême droite à l’extrême gauche du marché, entendent maintenir l’ordre de la marchandise, il convient de rappeler la nécessité ontologique de faire jaillir la communauté de l’être pour voir émerger un monde humain débarrassé définitivement des songes et mensonges de l’errement dans le spectacle de l’avoir…Contre la déportation marchande trans-continentale qui jette l’homme sur les routes égarantes de la désolation, de la souffrance et de la réification, il faut rappeler l’urgence du combat à mener ici et maintenant pour vivre en chaque terre de la planète, la Commune du produire pour les besoins humains enfin émancipés de l’asservissement au solvable… Et à ce titre et en cette heure où l’idolâtrie des minorités visibles est devenue l’un des plus grands totems et tabous de la mystification du temps contemporain, il n’est pas inutile d’évoquer certains principes élémentaires de l’émancipation humaine et de redonner à lire les textes fondamentaux de Marx et de Engels qui – en tant qu’expression théorique des luttes de classes les plus offensives – précisent en quoi le commerce de la contre-révolution qui se masque toujours sous les oripeaux de l’humanitaire factice, est bien aujourd’hui centralement axé sur le développement commercial des mirages de l’immigration.

Dans Les racines intellectuelles du Léninisme, Alain Besançon émet la thèse selon laquelle, loin d’être une philosophie ou même une religion, le Léninisme est avant tout une Gnose. Avez-vous étudié les liens entre socialisme et ésotérisme ? Que pensez-vous de cette thèse ?

L’histoire d’Alain Besançon est éloquente, elle illustre parfaitement celle des cajoleurs et flagorneurs du pouvoir symbolique le plus en vogue à un moment spectaculaire du donné mystificateur qui ne cessent aujourd’hui de faire du plat à la Maison Blanche jusqu’à applaudir les hécatombes irakiennes de 2003 après avoir hier caressé le Kremlin, tout cela sans jamais avoir voulu savoir que le parti bolchévique était l’autre nom de la classe capitaliste qui exploitait et massacrait les ouvriers grévistes qui refusaient de croire aux boniments et fourberies du paradis de la banque soviétique.

Alain Besançon, est un historien français, c’est à dire un homme des spécialisations universitaires de l’histoire du faux qui confond l’écume spectaculaire du mensonge avec la substance profonde du noyau des choses. Membre de l’Institut, directeur d’études à École des hautes études en sciences sociales de l’apologie du fallacieux, il participe à la Nouvelle Initiative Atlantique, organisation internationale consacrée à revitaliser et à augmenter les liens de servilisme atlantiques entre l’Europe et les États-Unis. Ancien stalinien de l’époque staliniste qui ne s’est bien entendu jamais penché sur les groupes communistes qui dénoncèrent dès l’origine le bolchévisme comme un simple capitalisme d’État, il confond aimablement l’histoire avec l’histoire de ses incapacités et passe son temps à tenter de faire oublier que bien longtemps avant l’horreur de 1956, de multiples noyaux radicaux révélèrent tout à la fois les impostures, les charlataneries et les foutaises de la Russie lénino-trotskyste sans omettre simultanément de faire connaître toute la niaiserie académique et médiatique du libéralisme bien tempéré de ce qui peut faire éclore les papiers inconsistants de Commentaire.

Si les connaissances d’Alain Besançon étaient réelles et surtout plus étendues, il aurait peut-être rencontré entre autres, le Lénine philosophe d’Anton Pannekoek, cela lui aurait évité de dire beaucoup de bêtises et de saisir un peu mieux le cours réel de l’histoire. Il aurait notamment lu ceci :

« Un système de capitalisme d’État prit définitivement corps en Russie, non en déviant par rapport aux principes établis par Lénine dans l’État et la révolution par exemple mais en s’y conformant. Une nouvelle classe avait surgi, la bureaucratie, qui domine et exploite le prolétariat ».

Le léninisme n’est pas une mystique communiste qui a échoué, c’est un capitalisme étatique qui a réussi… Alors que Marx en prolongement des luttes de classes ouvrières réelles, avait toujours souligné que l’auto-émancipation du prolétariat devait être l’œuvre du prolétariat lui-même pour éradiquer le salariat et l’État, Lénine en parfait et simple disciple durci du social-démocrate Kautsky, ne cessa jamais d’appeler à la constitution d’une avant-garde intello-bureaucratique extérieure au prolétariat pour diriger et fusiller ce dernier sur les routes barbelées du salariat concentrationnaire d’État. En revanche, il est évident que tous les errants narcissiques en mal de notoriété spectaculaire dans le monde dé-spiritualisé de la nouvelle religion du marché, ont toujours eu besoin dans leur irrépressible besoin de se faire voir et valoir, d’adhérer à des théâtres de rédemption et à des milices messianiques… Mais tout cela c’est en fait uniquement du théâtre pour les crédules jobards de l’impuissance existentielle. Besançon est entré en léninisme en tant que catholique défroqué, il est retourné en catholicité comme léniniste défroqué. Narcisse a changé de costume mais il entend bien demeurer une plume de cour.

Ce que Besançon qui n’a claqué la porte du Parti lénino-staliniste qu’en 1956 fort longtemps après le massacre de la Commune de Kronstadt appelle gnose, c’est finalement ce par quoi l’intellectuel en tant qu’égotiste locutant et divaguant représente bien le pôle le plus extravagant de la division du travail aliénant par ce refoulement de toute vérité vécue sous la présence réelle de la fausseté régnante qu’assure l’organisation de l’apparence dans la réussite sociale du parvenir autolâtre le plus à la mode. Comme le disait Marx dans L’idéologie allemande :

« Toute l’illusion qui consiste à croire que la domination d’une classe déterminée est uniquement la domination de certaines idées, cesse naturellement d’elle-même, dès que la domination de quelque classe que ce soit cesse d’être la forme du régime social, c’est-à-dire qu’il n’est plus nécessaire de représenter un intérêt particulier comme étant l’intérêt général ou de représenter "l’universel" comme dominant (…) Dans la vie courante, n’importe quel boutiquier sait fort bien faire la distinction entre ce que chacun prétend être et ce qu’il est réellement ; mais notre histoire n’en est pas encore arrivée à cette connaissance vulgaire. Pour chaque époque, elle croit sur parole ce que l’époque en question dit d’elle-même et les illusions qu’elle se fait sur soi. »

L’ésotérisme et la métaphysique sont là les lieux majeurs où l’affliction conduit à l’apologie autiste du spectacle et à l’éloge merveilleux du cheffisme qui se constitue alors en représentation pathologico-élitiste et donc en pensée la plus cabalistique possible de la non-pensée.

Le spectacle de la marchandise cessera quand l’empire de la domestication capitaliste cessera de pouvoir produire sa propre re-production... À partir de quelle ultime contradiction le spectacle s’effondrera-t-il ? Est-elle aujourd’hui déterminable ?

Il n’y a pas de rupture de continuité entre la lutte de classe telle qu’elle est le développement réformiste du capital toujours possible et la révolution telle qu’elle est la production du communisme lorsque le développement pré-cité devient impossible. Il s’agit simplement d’une trans-formation qualitative du rapport historique entre les classes, d’une trans-croissance déterministe d’un réformisme désormais devenu in-exécutable. La contradiction fondamentale entre le prolétariat (c’est à dire l’ensemble des hommes réduits à ne plus être que l’image de leur soumission par le travail du profit !) et le capital définit la dialectique de l’exploitation laquelle situe la dynamique de reproduction réciproque des deux termes et porte simultanément son dépassement nécessaire quand sa nécessité cesse de pouvoir justement continuer à exister. La contradiction entre le prolétariat et le capital articule le développement des forces productives du capital et elle n’est rien d’autre que la dynamique de leur propre transformation continuelle jusqu’à ce point où le trans-former en question se révèle ir-réalisable.

La révolution communiste qui ouvre enfin le possible du retour de l’homme à la communauté de l’être est l’acte de subversion radicale déclenché par le capital parvenu au terme de sa terminaison c’est à dire à la fin de l’extériorisation de tous ses termes. C’est une action ontologique déjà au-delà de la crise historique du spectacle de la marchandise qui voit la réalisation enfin faisable d’une modalité de l’être du prolétariat transcendant sa situation de simple classe dominée de la société du fétichisme marchand. La révolution communiste est le véritable aboutissement historique du rapport contradictoire entre les classes dans le mode de production capitaliste dès lors que ce dernier cesse de pouvoir se reproduire en tant que tel. La crise finale du mode de production capitaliste consiste de la sorte et selon le développement même de la logique du capital, dans le rapport explosif du prolétariat au capital, comme l’éruption des prolégomènes d’un mode nouveau de production de la vie humaine. C’est alors une situation de totale redéfinition du vivre humain en la réappropriation cosmique du Tout de l’Être dans laquelle le rapport entre les classes, dans la production de l’auto-abolition du mode de production capitaliste, devient production humaine et anti-classiste de l’immédiateté communautaire de l’être générique de l’homme : la communisation.

C’est ainsi que le spectacle de la marchandise cessera lorsque effectivement l’empire de la domestication capitaliste cessera de pouvoir produire sa propre re-production...
À partir de quelle ultime contradiction le spectacle s’effondrera-t-il ? Lorsque comme l’a montré Marx notamment dans les Grundrisse et le livre II du Capital, il se produira comme le procès même de son auto-invalidation :

« Le capital ressent toute limite comme une entrave, et la surmonte idéalement, mais il ne l’a pas pour autant surmontée en réalité : comme chacune de ces limites est en opposition avec la dé-mesure inhérente au capital, sa production se meut dans des contradictions constamment surmontées, mais tout aussi constamment recréées. Il y a plus. L’universalité à laquelle il tend inlassablement trouve des limites dans sa propre nature qui, à un certain niveau de son évolution, révèlent qu’il est lui-même l’entrave la plus grande à cette tendance, et le poussent donc à sa propre abolition. »

Ce moment précis de l’abolissement tangible est-il aujourd’hui déterminable ? Du point de vue quantitatif et empirique du jour et de l’heure exacte, non, mais sous l’angle qualitatif et dialectique de la tendance historique générale, oui. La première guerre mondiale a irrémédiablement marqué historiquement l’entrée en décadence du mode de production capitaliste qui connaît depuis lors des contradictions de plus en plus insolubles engendrant des conflits inter-impérialistes de plus en plus sanglants pour le re-partage régulier de la finitude des marchés saturés par l’infinité sans cesse réactivée de la baisse du taux de profit qui impose de toujours vendre en nombre croissant les produits de l’activité humaine capturée par le travail.

Le capitalisme enferme ainsi l’humanité dans un cycle permanent d’horreur généralisée  – de crise, de guerre, de reconstruction puis à nouveau de crise… – qui en perpétuant l’inversion industrielle de la vie naturelle est la plus parfaite expression de sa décadence advenue. Celle-ci signale que dorénavant l’illimitation organique des exigences de ravage des rythmes du profit bute irrémédiablement sur les limites d’une solvabilité planétaire qui, même dopée de crédit en croissante fictivité pléthorique, ne peut parvenir à digérer la sur-production grandissante de travail cristallisée en matérialité illusoire et inécoulable. La seule alternative à cette situation où la valorisation du capital, malgré la mise en scène toujours de plus en plus féroce de ses machineries terroristes de destruction, ne parvient plus à possibiliser la falsification de la vie sociale, est donc la révolution pour la communauté humaine universelle devenue aujourd’hui visiblement indispensable pour tous ceux qui n’entendent pas tolérer de demeurer plus longtemps expropriés de leur propre jouissance humaine, à ce moment précis où la fictivation mondiale du capital par le crédit commence à très significativement irréaliser la réalité même de la dictature de la valeur puisque la contradiction valorisation /dévalorisation s’auto-anéantit dans les entraves immanentes de sa propre nécessité. Et c’est cet auto-anéantir en procès qui marque pertinemment, par la dialectique de retournement cataclysmique du crédit contre lui-même, le concret objectivé de l’actuelle décennie.

Fin de la premiére partie.
Deuxiéme partie.

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