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Hillary démasquée (Patrick Gofman)

Publié le : 30/04/2009 00:00:00
Catégories : Auteurs , Patrick Gofman , Paul Dautrans

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Immortel auteur d’un mythique « Bats ta femme tous les jours »1, l’excellent Patrick Gofman a commis une courte mais saignante biographie de la pire moitié de Bill Clinton.


Le portrait que Gofman fait d’Hillary la terreur est-il intéressant ? Oui, mais pas tellement à cause de Clinton woman (personnage en lui-même assez secondaire, il faut bien le dire). Ce qui est intéressant, dans le travail de Gofman, c’est qu’à travers Hillary, il dépeint l’oligarchie US – et ce n’est pas triste.

C’est qui, Hillary Clinton ?

C’est le produit d’un système entré en obsolescence, l’Amérique puritaine, produit recyclé par le système qui s’est construit sur les ruines résultant de ladite obsolescence, à savoir l’Amérique mondialiste.


Produit de l’Amérique puritaine, la petite Hillary souffre d’être :

  • Fille dans un modèle familial nord-américain encore (dans les années 50) patriarcal (ben oui, on l’a oublié, mais le néo-matriarcat anglo-saxon est une réaction au patriarcat puritain),
  • Fragilisée sans doute, au fond, par un modèle familial fondé, aussi, sur la mise en concurrence symbolique des enfants (ben oui, le libéralisme anglo-saxon n’est pas sorti du néant, il est d’abord le résultat d’une culture de la concurrence au sein des fratries et des cours d’école).

Le résultat, c’est une gamine qui, ne pouvant pas s’inscrire dans un modèle féminin valorisant, se transforme assez vite en garçon… parfaitement réussi (la preuve : elle cogne !). Avec Hillary, le féminisme tendance castration se révèle pour ce qu’il est : le déni de sa propre nature par la bourgeoise que fascine, secrètement, le pouvoir phallique du bourgeois (d’où, sans doute, l’hagiographie que lui a consacrée madame Kouchner, aka Christine Ockrent).

Adolescente, nous explique Gofman, Hillary enrage de ne pas pouvoir faire astronaute (alors qu’en URSS, les filles peuvent être cosmonautes). Etudiante, elle se montre hommasse, et sans tomber (semble-t-il) dans un lesbianisme pourtant plutôt bien porté dans son milieu (l’intelligentsia « de gôche » des universités top niveau US des années 60).

Elle épouse Clinton à la fin de ses études. Mariage d’amour ? Pas vraiment, plutôt l’alliance de deux arrivistes, bien décidés à adosser leurs arrivismes. Une équipe de gagneurs, si l’on veut. Là encore, dans cette vie de couple qui n’en est pas une, on retrouve, toujours, bien sûr, l’implosion du modèle anthropologique puritain, et sa dégénérescence pathologique dans le libéralisme brutal et cynique. Les mots doux d’Hillary pour Bill, quand elle parle de lui en privé ? « Un enculé de sa mère abruti », ou encore, variante hard : « Ce pitoyable suceur de queues » !

Hillary a-t-elle une idéologie ? Oui, répond Gofman. A l’implosion du modèle anthropologique puritain et à sa dégénérescence pathologique en libéralisme excessif répond en effet, dans le domaine des idées, l’implosion des conceptions protestantes non conformistes (méthodistes, dans le cas d’Hillary comme dans celui de Reagan ou de Thatcher), dégénérant de la « perfection spirituelle » vers le « progrès social » (ou quand la doctrine juive de la réparation du monde se combine malencontreusement avec la psyché puritaine en crise pour construire une parfaite pathologie de l’Election). On pourrait remonter la généalogie du délire messianique mondialiste actuel (implosion conjointe de l’élitisme juif et du puritanisme protestant) encore plus facilement que celle des défunts délires bolcheviks (implosion de l’orthodoxie), jacobins (implosion du catholicisme d’Etat français) ou nazi (implosion de l’esprit prussien), mais ce n’est pas le sujet. Revenons à la botoxée de service…

Dans les années 70, Hillary Clinton est la parfaite gauchiste de luxe, version pas drôle du tout. Vierge guerrière (Clinton aurait, dit-on, dû la violer pour lui faire un enfant), elle ne demande qu’à se mettre au service des nouveaux puritanismes : féminisme, discrimination positive, etc. A tel point que Bill, un bon vivant beaucoup plus sympathique que sa mégère, est obligé de la harceler pour qu’une fois intégrée dans la bonne bourgeoisie de l’Oklahoma (facile pour un couple de diplômés de Yale, c’est l’équivalent de l’énarque français en début de carrière dans la Creuse), elle condescende à se vêtir en bourgeoise (maquillage, bijoux, etc.). Avocate, elle met ses compétences (réelles) au service de son mari, et l’irrésistible ascension commence. Le Casanova du Middle West et la tordue arriviste sans scrupules forment une redoutable machine à grimper dans la hiérarchie sociale. Dépourvus de toute barrière morale, Bill parce qu’il n’a pas de surmoi, Hillary parce qu’elle a mis son surmoi au service de sa soif de pouvoir (pathologie puritaine typique), les bourgeois de gauche grimpent, grimpent… et finissent à la Maison Blanche.

Hillary n’y brille pas. Elle trempe dans des affaires louches (une habitude, chez elle), et plante le seul chantier important qu’elle ait réussi à capter (la réorganisation du système d’assurance santé). Ses torts ? Tout simplement incapable de penser une réforme politique de grande ampleur, pas la carrure, pas la dimension visionnaire. Sa nature profonde : une arriviste sans scrupule, habile pour se glisser en haut de l’échelle sociale, mais une fois arrivée en haut, forcément otage des techniciens dont elle doit s’entourer, faute de savoir penser par elle-même. Bref, Hillary n’est, tout simplement, pas un homme d’Etat – et même pas un bon ministre des affaires sociales.

En 1996, la carrière d’Hillary est cuite. Finie. Lessivée. Son échec pitoyable dans le seul grand rôle politique qu’elle eût jamais capté lui vaut de revenir à la place de plante verte traditionnellement allouée à la First Lady.

Et c’est alors que le miracle survient…

Hillary devient LA FEMME OUTRAGÉE.

Ségolène Royal, en moins jolie et en beaucoup plus méchante.

Américaine, quoi.

Depuis des années, Bill le queutard saute sur tout ce qui bouge. Quand survient la ridicule affaire Lewinsky, personne ne peut être surpris, et surtout pas Hillary, qui est parfaitement au courant des écarts de son obsédé sexuel de mari, depuis des décennies. Mais le Monicagate offre à Hillary un rôle sur mesure, qui lui permet de s’imposer aux USA, d’abord comme un candidat crédible pour un poste de sénateur, et ensuite, comme une personnalité politique de premier plan, un président potentiel. Quant à ce qu’il faut penser d’une société où le fait de s’être fait cocufier par son mari vous vaut un rôle d’icône féministe, donc de chef d’Etat potentiel…

Et voilà comment, en cette année 2009, la diplomatie de la première puissance mondiale est officiellement entre les mains d’une sexagénaire flippée, tellement botoxée qu’elle a un visage de fillette (que c’est laid, il est loin le temps où Hillary refusait de se maquiller !), et dont la vision du monde oscille, de toute évidence, entre l’immaturité et le fanatisme. Ce qui est intéressant, dans le travail de Patrick Gofman, c’est que nous comprenons mieux, en parcourant son petit bouquin péchu, à quel point tout cela n’arrive pas par hasard. Mettons-nous à la place des véritables dirigeants des USA (l’oligarchie bancaire, évidemment, et peut-être en second lieu, les maîtres de l’appareil d’Etat, l’armée en particulier). Ce que veulent ces gens-là, c’est une classe politique qui ne les embête pas quand ils pillent la première économie du monde, par trillions de dollars, pour sauver des banques d’affaires pourries jusqu’à la moelle. Et quel type de politiciens va-t-on rechercher pour être sûr que l’intéressé, au moment décisif, fermera les yeux, signera gentiment ce qu’on lui dira de signer, et pourra expliquer l’affaire au bon peuple ?

Réponse : on cherche Hillary. Une femme mal femme, animée par le déni de sa nature, qui peut à la fois jouer sur la corde sensible (en ces temps de féminisme délirant) et se montrer, en réalité, parfaitement insensible (du fait de sa profonde pathologie mentale). Avec Patrick Gofman et en suivant Hillary la terreur, nous comprenons parfaitement pourquoi le Capital a mis un jupon.

Pour qu’on ne le voie pas venir quand il va essayer de nous la mettre profond, évidemment.

Hillary Démasquée de Patrick Gofman (éd. Pardés, janvier 2008).


1 LE livre qui vous garantit une bibliothèque infréquentable par toute pétasse castratrice, plus efficace que l’ail contre les vampires, ici

Addendum (2 octobre 2017) : 8 ans aprés cette recension de "Hillary Démasquée" (et les élections américaines de novembre 2016), les éditions Le retour aux sources viennent de publier le dernier livre de Patrick Gofman : "Retours".

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