Histoire secrète du MOSSAD (G. Thomas)

Publié le : 15/06/2009 00:00:00
Catégories : Géopolitique

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Le Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahou, est à l’origine un homme du MOSSAD. Et selon beaucoup de spécialistes, il est toujours exactement cela : un katsa, un agent des services secrets israéliens. Comme Poutine, issu du KGB, comme Bush Sr., ancien de la CIA, Netanyahou est un agent.

Avec Netanyahou, la question est ouverte : Israël est-il un pays qui possède l’un des meilleurs services secrets du monde, ou le MOSSAD est-il un service secret qui possède un pays nucléarisé ?

Le point avec un ouvrage grand public, qui ne sort évidemment pas du « politiquement correct », mais qui permet d’en savoir plus sur le service secret le plus efficace du monde, aux dires des spécialistes.



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Les services secrets israéliens sont organisés autour de trois grands pôles : le MOSSAD (sécurité extérieure), l’AMAN (renseignement militaire) et le Shin Beth (sécurité intérieure). Toutefois, il peut arriver que le MOSSAD (la plus importante des trois branches) soit appelée, sur demande du politique, à s’occuper de sécurité intérieure ou du renseignement militaire. C’est semble-t-il surtout le cas quand il faut accomplir du « sale boulot », une tâche qui ne rebute pas ce service habitué au sang. Ou encore, exemple historique instructif, lorsqu’il faut garder son contrôle les religieux ultra-orthodoxes de Naturei Karta, que le MOSSAD n’hésita pas à combattre (de manière feutrée) au sein même d’Israël, dans les années 60 – c'est-à-dire que le MOSSAD agit comme un service de sécurité intérieure, quand il faut qu’un service spécial agisse contre une partie d’Israël.

La structure exacte du MOSSAD est mal connue. On ne sait même pas exactement qui le dirige en réalité, ni qui en est retraité, ni quel retraité est encore actif. Le MOSSAD, comme tous les services spéciaux du monde, est un univers secret – et il est évident que le descriptif de Gordon Thomas ne donne qu’une partie de la vérité, et sans doute encore cette vérité partielle est-elle entachée de mensonge.

Ce qu’on sait sur le MOSSAD, cependant, est suffisant pour se faire une idée générale de ses méthodes – pas très éloignées, au fond, de celles des services français. Les relations entre MOSSAD et services secrets français ont d’ailleurs longtemps été excellentes. Pendant les années 50, la France est le grand allié d’Israël, et le MOSSAD est même incubé en partie grâce à l’aide des spécialistes français. Sa structure initiale, en conséquence, était partiellement inspirée de celle de nos propres services spéciaux (et même si désormais, MOSSAD et DGSE sont rivaux, vu les constantes actions non amicales du MOSSAD sur le sol français, la proximité de méthode subsiste).

En conséquence, le MOSSAD est un service qui privilégie le renseignement humain, à la différence de la CIA. C’est aussi un service capable de tuer, mais qui tue « le moins possible ».

Le MOSSAD n’aime pas l’action directe. Il possède un service assassinat (il est même le seul service secret possédant officiellement une telle unité), mais il s’en sert aussi peu que possible. Sa tactique préférée, pour « sortir du jeu » un individu gênant, est de l’étudier, de repérer ses points faibles, ses ennemis et ses alliés indispensables, puis de manipuler soit la cible, soit ses ennemis, soit ses alliés, pour que « quelqu’un d’autre » fasse le travail : le MOSSAD n’apparaît que rarement dans ses propres opérations, pour qui regarde le jeu des acteurs. On ne se rendra pas compte, par exemple, que le MOSSAD a recruté l’employé d’hôtel qui va faire savoir à telle personne que telle personne ne se trouvait pas, à une certaine heure, là où elle disait être. Même la personne bénéficiant du renseignement ne sait pas que c’est, en réalité, le MOSSAD qui lui a transmis l’information nécessaire pour « griller » un adversaire. Et très souvent, les inimitiés ainsi manipulées par le MOSSAD n’ont rien de politique, il peut s’agit de simples questions personnelles.

La grande force du MOSSAD, c’est précisément sa capacité de recrutement, appuyée tantôt sur les populations juives (le MOSSAD considère par hypothèse que tout Juif sera fidèle à Israël avant de l’être à son pays d’adoption – il y aurait ainsi 16.000 Juifs collaborateurs du MOSSAD aux USA, et 4.000 en Angleterre – probablement à peu près autant en France), tantôt sur la subtilité des approches développées pour séduire les non-juifs.

Car tous les collaborateurs du MOSSAD ne sont pas juifs, loin s’en faut. Les « katsas », c'est-à-dire les agents à proprement parler, sont israéliens et juifs. Mais leurs informateurs et collaborateurs rémunérés peuvent très bien ne pas être juifs. Parfois, ils ne savent même pas pour qui ils travaillent en réalité : le MOSSAD recrute souvent en se présentant comme le service action d’une grande entreprise désireuse d’obtenir des informations.

Quand le MOSSAD veut recruter quelqu’un, il suit toujours une procédure précise. D’abord il établit le « psycho-profil » de l’intéressé. Le MOSSAD cherche, avec l’aide de psychologues expérimentés, à déterminer les failles dans la personnalité des individus qu’il veut manipuler. Les méthodes de recrutement vont de l’appel à la sympathie pro-israélienne (surtout s’agissant des cibles juives) au chantage, en passant par la détection des personnes en délicatesse financière et l’offre de récompenses alléchantes. C’est ce savoir-faire qui, bien plus que l’efficacité des équipes de tueurs, explique la performance du MOSSAD : voilà un service secret qui sait, tout simplement, recruter en permanence l’informateur dont il a besoin. Voilà donc comment ce petit service secret (ses effectifs sont bien plus faibles que ceux de la CIA) peut jouer une rôle clef sur la scène internationale, bien au-delà du Proche-Orient.

Habile dans le recrutement de ses informateurs, le MOSSAD l’est aussi dans celui de ses « katsas », de ses agents. Pas de place pour les amateurs d’argent facile. Pas de place non plus pour les sionistes extrémistes (jugés non fiables car trop émotifs). Le MOSSAD recherche des hommes et des femmes déterminés, sans fanatisme mais animés d’un patriotisme solide. Ces hommes et ces femmes recrutés avec soin, le MOSSAD les forme longuement avant de les envoyer en mission. Pas moins de trois ans de formation pour le « katsa » de base, et une formation très rude (y compris aguerrissement à la torture, pour pouvoir résister à un interrogatoire poussé, formation au combat à mains nues ou au pistolet, mais aussi techniques de cambriolage, de sabotage de voies ferrées, etc.). Cependant, le cœur de la formation est la manipulation : savoir « retourner » un agent adverse, savoir faire circuler une rumeur au sein d’une foule, provoquer un affrontement entre deux groupes ennemis rivaux l’un de l’autre, etc. Un agent du MOSSAD n’utilise son pistolet qu’en dernier recours, il préfère pousser les autres à tirer à sa place…

Le MOSSAD possède une infrastructure lourde dans tous les pays où il est amené à agir. Des dizaines d’appartement dans les grandes villes du monde, dont Paris, ont été acquis, puis équipés en toute discrétion de matériels garantissant leur « étanchéité » à l’égard des moyens d’écoute des services adverses. Le MOSSAD est aussi probablement un des plus performants parmi les services spéciaux en matière informatique, ses pirates ont conduit de remarquables opérations de pénétration jusque dans les systèmes d’information des ministères de la défense des pays ennemis.

Et pourtant, fondamentalement, un agent du MOSSAD agit en parlant et en écoutant. Son arme la plus redoutable, c’est son cerveau...

Lorsqu’il passe à l’action directe (ce qui est plutôt rare), le MOSSAD est impitoyable. Les scientifiques travaillant pour des régimes arabes ont été systématiquement éliminés. Les adversaires gênants ont été détruits méthodiquement, soit par des « accidents » habilement organisés, soit par le chantage (le MOSSAD utilise fréquemment les femmes comme appâts). Il existe une unité spéciale chargée d’effectuer les kidnappings : le MOSSAD peut ainsi faire disparaître des gens en pays étranger, sans laisser de traces. Cependant, il faut le souligner, ce type d’opération est vraiment rare, surtout en pays non ennemi : le MOSSAD, en effet, considère que le coût politique de ce type d’action dépasse souvent de très loin l’intérêt tactique ou stratégique de l’assassinat ou du kidnapping.

Les relations entre MOSSAD et CIA sont complexes. Les deux services sont en effet à la fois alliés et rivaux. Le MOSSAD, en particulier, ne semble pas se soucier outre mesure des risques que ses actions peuvent faire courir aux agents américains, et il semble qu’il existe un certain passif à ce niveau, passif qui rejaillit sur les relations de service à service. D’un autre côté, dès les années 50, MOSSAD et CIA concluent une alliance structurelle face à leur principal adversaire commun : le monde arabe. Si le MOSSAD n’avait pas, à plusieurs reprises, espionné l’espionnage américain, les relations resteraient probablement aussi dégagées que les politiciens des deux pays tentent de le faire croire. La réalité est cependant assez différente, et à plusieurs reprises, entre MOSSAD et CIA, on est passé très près de l’affrontement direct. Une raison annexe de cette agressivité mutuelle est le double jeu des Israéliens, qui ont parfois livré des informations sensibles aux Russes.

Ainsi, curieusement (étant donné l’histoire d’Israël), c’est avec les services britanniques que le MOSSAD semble aujourd’hui s’entendre le mieux. Il formerait, dit-on, les agents du SAS appelés à évoluer en pays arabe, et a « rendu des services » à Londres dans la lutte contre l’IRA…

Voici quelques affaires dans lesquelles le MOSSAD a presque certainement joué un rôle, alors qu’a priori on ne s’attendrait pas à l’y croiser :

- la mort de Lady Diana (le conducteur de la voiture avait fait l’objet d’une approche soutenue par le MOSSAD dans les mois précédant « l’accident »),

- le Monicagate : le MOSSAD espionnait le président des USA, et il était au courant de l’affaire avant qu’elle n’éclate officiellement. Comme à ce moment-là, la CIA était sur la piste d’un agent du MOSSAD infiltré au plus haut niveau de l’administration US, le MOSSAD utilisa des enregistrements « hots » de Clinton avec Monica pour négocier l’arrêt des recherches concernant son agent infiltré – officialisant ainsi que le plus haut niveau de direction des affaires américaines est sous le contrôle des agents israéliens (bien entendu, la version officielle est que le MOSSAD n’a rien fait de l’information qu’il détenait…).

- L’affaire Ben Barka, dans laquelle le MOSSAD aurait joué un rôle de sous-traitant pour une faction du SDECE désireuse de faire assassiner le leader arabe.

- Les attentats de Beyrouth contre l’armée US et l’armée française, au début des années 80, furent commis par les services iraniens au moins avec la complicité passive (et peut-être active) du MOSSAD, car Israël n’appréciait pas vraiment que des troupes occidentales soient présentes au Liban.

- Le MOSSAD a appuyé le milliardaire Robert Maxwell lorsque, en 1985-86, il organisa les prises de contact entre de hautes personnalités du capitalisme occidental (anglais en particulier) et les hauts cadres du KGB, pour préparer le passage de l’ex-URSS à l’économie de marché (passage entièrement planifié dès cette date).

- Ce même nabab pilla les fonds de retraites des salariés du groupe Maxwell pour financer les opérations secrètes du MOSSAD. C’est probablement pour éviter que le MOSSAD ne soit mêlé aux « exploits » de ce financier requin qu’il fut assassiné par un commando israélien, en 1991.

- Les ventes d’armes vers l’Iran, dans les années 80, ont été organisées par les services américains avec l’appui du MOSSAD. Objectif : armer l’Iran contre l’Irak, officieusement, pendant que l’Occident armait l’Irak contre l’Iran, officiellement. Objectif derrière l’objectif : affaiblir et l’Iran, et l’Irak.

- Plusieurs opérations sensibles concernant… le Vatican. Aux yeux des chefs du MOSSAD, le Vatican est en effet une grande puissance du renseignement et de l’influence, capable de fournir un appui considérable en terme de guerre secrète, mais aussi de lutter efficacement contre les capacités d’un réseau ennemi. Les relations difficiles en la papauté et Israël expliquent donc que le MOSSAD se soit constamment intéressé au Vatican – il faut dire qu’il avait de bonnes raisons de penser que le Pape est, aussi, une personnalité de la communauté du renseignement : après tout, Jean-Paul II recevait le responsable de l’antenne romaine de la CIA une fois par semaine… Opération la plus importante avec le Vatican : avoir remonté la piste d’Ali Agça, pour tenter d’établir qu’il avait été envoyé tuer le Pape par l’Iran (quant à savoir si c’est la vérité…)

- D’une manière générale, toutes opérations possibles et imaginables en termes d’influence, en particulier l’activation régulière des réseaux de sayanim (Juifs non israéliens mais amis d’Israël et intégrés comme bénévoles dans les réseaux du MOSSAD) à des fins de verrouillage des médias (éditeurs juifs, journalistes juifs, etc.), ou encore en vue d’une action sur les marchés boursiers (les sayanim du MOSSAD sont nombreux dans les banques d’affaires).

Au final, et voilà le plus intéressant pour nous autres Français, à lire Gordon Thomas, on arrive vite à la conclusion que quand une curieuse concordance se produit dans les médias occidentaux, surtout si de nombreux journalistes ou intellectuels juifs sont concernés, il y a de très fortes chances pour que le MOSSAD soit en train d’animer une opération d’influence. Idem si, soudain, une opération de sauvetage parfaitement improbable est lancée pour empêcher la faillite de tel ou tel acteur majeur des marchés dérivés. En fait, d’une manière générale, ce qu’on comprend en lisant Thomas, c’est que la force du MOSSAD, c’est tout simplement de pouvoir faire travailler ensemble des milliers de gens, dont on ne sait pas qu’ils travaillent ensemble…

4.000, 5.000 sayanim en France ?

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