Évènement

Intervention de Hongbing Song à l’occasion de la conférence internationale « Le nouvel ordre mondial. Vers une nouvelle ère de responsabilité : inspirations religieuses »

Publié le : 17/05/2014 08:13:00
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Intervention de Hongbing Song à l’occasion de la conférence internationale :
« Le nouvel ordre mondial. Vers une nouvelle ère de responsabilité : inspirations religieuses ».
Un événement organisé par le ministère de l’Économie de Pologne et l’université Cardinal Stefan Wyszyński. Varsovie, le 14 décembre 2011.


Bonjour à tous, Mesdames et Messieurs, c’est un grand honneur d’être invité et de pouvoir présenter aujourd’hui mon exposé.

Avant d’arriver ici… si vous jetiez en coup d’œil sur les journaux chinois, presque tous les titres concernaient la crise dans l’UE. Alors on réfléchit : « Que se passe-t-il ? », « Qu’est-ce qui va se passer ? », car l’UE est à présent la destination exportatrice la plus importante de la Chine. La Chine possède une profonde connaisance de sa propre économie, l’État embauche environ 120 millions de personnes qui s’y spécialisent. Si le marché de l’UE ne fonctionne pas, ou bien si le problème de l’UE n’est pas résolu rapidement, l’économie chinoise enregistrera dans les années à venir une baisse probable de 2 à 3%. C’est donc un problème sérieux pour la Chine et qui suscite des inquiétudes.

Je me pose toujours la question : « Que se cache-t-il derrière l’argent, lorsque nous parlons aujourd’hui de la crise financière ? » Par exemple, prenons un billet de 100 dollars et réfléchissons : « Que se cache-t-il derrière ce billet ? Quels sont les actifs réels qui s’y cachent ? »

Je crois que l’argent en papier sert uniquement de titre aux actifs réels. Si ces derniers ne sont pas l’argent en soi. Ce n’est qu’un titre ou une confirmation de certaines valeurs réelles. Avant 1971, c’était de l’or qui se cachait derrière ce billet. Après 1971, l’or a été remplacé par la dette des États-Unis, la dette publique. Je crois que la même chose se passe en Europe. Si nous prenons un euro ou un billet de 100 euros, qu’est-ce qui s’y cache ? La dette de 17 états souverains. C’est très intéressant, car nous savons que la valeur de l’or est stable, ce qui n’est pas le cas de la dette du gouvernement. Le gouvernement a toujours une possibilité de ne pas respecter ses obligations. Alors, si un gouvernement n’est pas capable de tenir ses promesses, l’argent que nous possédons a une certaine valeur. Dans le cas contraire, l’argent perd cette valeur. Je trouve que c’est un problème réel et fondamental qui a engendré la crise actuelle. Après 1971, le monde entier, je crois, est passé du modèle de progrès économique de « investment » ou « rent it » au modèle alimenté par la dette. Je crois que c’est le problème le plus sérieux, non seulement des États-Unis, mais aussi des pays européens.

En 2008, Neil Ferguson, professeur de l’Université de Harvard, a formulé une expression très intéressante, à savoir la « Chinamérique ». Il a imaginé un pays nommé « la Chinamérique ». La partie orientale de ce pays, les Chinois, fabriquent les produits, dépensent moins, coûtent moins, économisent plus, et les habitants de la partie occidentale du pays, soit la population des États-Unis, profitent de la vie, dépensent plus et font moins d’économies. Finalement, ces deux parties de l’économie ont provoqué un déséquilibre. L’économie chinoise exporte deux sortes de produits : les produits fabriqués en Chine et les économies nationales des Chinois. Les produits « made in China » maintiennent l’inflation des États-Unis à un niveau bas pour que les gens puissent profiter de la vie. Les économies nationales exportées de la Chine vers les États-Unis maintiennent les prix bas des crédits. Les gens peuvent alors emprunter de l’argent à un taux d’intérêt très peu élevé. Cela ne fait que stimuler la bulle spéculative, en particulier dans le domaine de l’immobilier.

Finalement, nous voyons un déséquilibre très intéressant entre les États-Unis et la Chine. La population chinoise travaille beaucoup, fait des économies, et ensuite exporte les produits vers les États-Unis. Lors de ce processus, les Chinois utilisent également leurs économies afin d’acheter les obligations américaines. Alors l’argent migre tout simplement de la Chine aux États-Unis. Les habitants des Etats-Unis peuvent acheter à bon marché, et plus les économies sont transférées de la Chine vers les USA, plus élevé est le prix des actifs. Finalement, l’équipe de Wall Street crée des outils financiers magiques leur permettant de sélectionner des actifs tels que le crédit garanti par un bien immobilier ou la ligne de crédit. Ainsi, les habitants aux États-Unis peuvent profiter de cette hausse des actifs. Ils ne sont pas obligés de faire des économies ni d’avoir leurs propres économies sur le compte bancaire. Cela pose un problème, car les prix des actifs aux États-Unis augmentent de plus en plus, et en même temps l’endettement s’aggrave. L’ensemble des actifs qui se cachent derrière les actifs constituent la dette. Si vous achetez une maison très chère, vous devez emprunter plus, ce qui signifie que vous procédez à une accumulation de la dette encore plus grande. Finalement, si c’est une accumulation, la vitesse à laquelle la dette augmente est plus grande que le revenu national, donc une catastrophe ou une insolvabilité sont inéluctables. En conséquence de quoi, la présente crise financière a commencé aux États-Unis.

Je crois que le même problème concerne l’UE. À mon avis, au sein de l’UE, il est possible de distinguer deux parties : la partie du Nord et celle du Sud. La partie du Nord, telle l’Allemagne et d’autres pays européens est comme la Chine : ils produisent plus, économisent plus et disposent des marchandises. Néanmoins, la situation dans la partie du Sud de l’UE fait plutôt penser à celle des USA. Après leur adhésion dans l’UE, ces pays jouissent d’un taux d’intérêt favorable, ne font pas d’investissements dans la production, dans la stimulation de la compétitivité, en revanche ils utilisent cet argent pour stimuler la bulle des actifs. Vous comprenez que les prix de l’immobilier dans le Sud peuvent augmenter et tel est le cas des États-Unis. Si la dette est importante, elle augmente plus rapidement que le revenu national, donc tôt ou tard la bulle éclatera. Voici l’image que nous avons à présent. Deux pays ruinés et en deuil des deux côtés de l’océan : du Pacifique et de l’Atlantique. En fait, en Chine et aux États-Unis, la migration de l’argent provenant des économies chinoises vers les USA s’est arrêtée. En Europe, le problème est pareil. Les pays de l’Europe du Nord produisent des marchandises, exportent leurs économies vers le Sud qui peut profiter des marchandises bon marché, et en même temps des crédits bon marché.

Cette époque est pourtant finie. Les États-Unis ont actuellement une autre solution au problème, car les gens sont contraints à utiliser le dollar dans le commerce. À chaque fois que l’argent américain quitte le pays, cet argent sert de base de crédit partout dans le monde. Ainsi, quand par exemple les États-Unis transfèrent leur argent à l’étranger, les autres pays disposent d’une base sur laquelle ils peuvent fonder leurs propres crédits en dollars américains. Nous verrons alors partout des tendances à la hausse. Néanmoins, les États-Unis entrent actuellement dans un autre cycle : ils absorbent les dollars qui circulaient à l’extérieur du pays. Ils essaient d’augmenter les exportations. Cela veut dire qu’il faut payer la production aux USA en dollar pour que ce dernier retourne aux États-Unis. Ainsi, les autres pays se trouveront confrontés au problème, car les réserves en dollars américains seront de plus en plus réduites. Si cela se réalise, les pays feront face à l’éclatement de la bulle, au problème de la crise financière. Une situation similaire aura lieu dans d’autres pays.

Vu le statut particulier du dollar, Les États-Unis peuvent résoudre leur problème, probablement en quelques années, tandis que la situation au sein de l’UE paraît plus complexe, car les pays du Sud ne sont pas dotés de dispositifs monétaires pour la dépréciation de leur monnaie. Comment serez-vous capables d’être en concurrence avec les produits allemands, lorsque vous n’êtes pas en mesure de déprécier la lire ou les autres monnaies ? Ainsi, l’assainissement de cette situation prendra plus de temps que nous ne le croyons. Cela peut provoquer un problème plus important pour la Chine et pour les pays asiatiques. Comme je l’ai déjà dit, le secteur des exportations en Chine emploie actuellement 120 millions de personnes, directement et indirectement. Depuis septembre dernier, nous observons une baisse des commandes de la part de l’UE d’environ 23%, ce qui est une baisse importante, tandis que les commandes de la part des États-Unis ont baissé de 43%. Si cette tendance persiste, probablement au premier ou au second trimestre, l’économie chinoise pourra enregistrer une baisse de 2 à 3%. La baisse dans le semestre d’après sera probablement de 2 à 3%. Le pays entier pourra être confronté à des problèmes sérieux dans les six mois qui suivront. Alors, l’économie chinoise profitera des commandes des marchés émergents pour remplacer les commandes de l’UE et des États-Unis. Les économies des marchés émergents dépendent également de l’UE, des USA et du Japon. Si les États-Unis et l’UE ne trouvent pas de solution en 2 ou 3 ans, le monde perdra 10 ans de développement. C’est le souci principal du gouvernement chinois et cela concerne probablement toute la coopération, source d’inquiétudes actuelles.

Quelle leçon les pays asiatiques peuvent-ils tirer de la crise de l’UE ? Je crois que vous, les Européens, vous vous êtes habitués à la paix après la Seconde Guerre mondiale, donc personne, à mon avis, n’apprécie les solutions pacifistes après la Guerre. L’UE constitue probablement le meilleur exemple pour l’humanité. Si nous ajoutons quelque chose à cette entité supérieure et souveraine, la résolution d’un problème quelconque devient impossible. Cela fait penser à la situation d’il y a 60 ans quand les Allemands et les Français cherchaient une solution au problème du charbon et de l’acier entre ces deux pays. L’UE est probablement le meilleur exemple dans l’histoire du monde illustrant les modes de résolution des conflits entre les pays, relatifs à la souveraineté. Je trouve que la leçon la plus importante que les pays asiatiques peuvent tirer de la crise de l’UE, c’est la tentative d’ouverture, d’abandon des conceptions anciennes de la souveraineté du pays.

À présent, ni les exportations, ni les importations, ni le chômage ne constituent de menace importante pour l’économie asiatique. À mon avis, la guerre constitue la menace. Peut-être les Européens ont déjà oublié ce danger qui est un danger réel dans les pays asiatiques, par exemple à cause du conflit entre la Chine et le Japon concernant une petite île sur l’Océan Indien. Le gouvernement chinois est en conflit avec les pays de l’Asie du Sud-Est, concernant les réclamations de la souveraineté de la Chine. De tels conflits peuvent provoquer la guerre, peut-être dans les prochains mois, peut-être dans une semaine, nous ne le savons pas. Je crois que c’est le problème le plus important, la plus grande menace dans la région asiatique. Il faut résoudre ce problème. Je trouve que l’UE sert ici de très bon exemple. Dans mon quatrième livre, je propose une nouvelle idée : pourquoi les Chinois ou les Asiatiques ne puisent-ils pas dans l’expérience de l’UE ? Nous pouvons placer toutes vos réserves dans la zone du conflit, nous pouvons placer ces actifs dans une entité souveraine supérieure, telle l’Union asiatico-européenne. Tout ceci en regard de ce que je disais au début : la question des obligations asiatico-européennes en vue de l’accumulation de l’argent et de l’investissement dans de tels projets, l’évolution vers un marché asiatique commun, et éventuellement une monnaie asiatique commune.

Je crois que l’expérience de la présente crise et l’exemple de l’UE peuvent servir aux Chinois. La situation actuelle de l’UE m’inquiète. J’espère que l’UE sera en mesure de résoudre ses problèmes et servir d’exemple au reste du monde. Je vous remercie.

Hongbing Song
Varsovie, le 14 mai 2011

Hongbing Song, diplômé de la Northeastern University of China (1990). Dans les années 1994-2008, il a vécu aux USA. Diplômé de l'American University à Washington. Il a travaillé en tant que consultant chez Fannie Mae et Freddie Mac où il s’occupait de la construction d’un modèle informatique des données destiné à l’analyse du risque des prêts sub-prime et au calcul de l’impôt sur les transactions dérivatives. Fondateur et, depuis 2008, président d’un think tank, « Global Finance and Business Institute » qui propose des prestations en matière d’analyse du marché financier aux besoins des gouvernements et des clients de corporation. Auteur d’une série "La guerre des monnaies" (dont le premier volume est disponible en version française aux éditions Le Retour aux Sources). Le quatrième volume de la série a été publié en 2011.


« Le nouvel ordre mondial. Vers une nouvelle ère de responsabilité
- Inspirations religieuses »


Première session : « Anatomie de la crise financière et économique : causes, déroulement, conséquences, perspectives. Et après la crise ? »
Intervenants :

  • M. Paul H. Dembiński, professeur de l’Université de Fribourg, Suisse
  • M. Hongbing Song, auteur du livre La guerre des monnaies, Chine
  • M. Antoine Brunet, co-auteur du livre « La visée hégémonique de la Chine. L’impérialisme économique », France
  • M. Włodzimierz Kiciński, Nordea Bank Polska, Pologne
  • Mme Elżbieta Mączyńska, professeur, président de l’Association Économique Polonaise, Pologne

Deuxième session : « Inspirations religieuses : en quête de nouvelles voies de responsabilité après la crise »
Intervenants :

  • Mme Aniela Dylus, professeur de l’Université Cardinal Stefan Wyszyński, Pologne
  • M. Manfred Spieker, professeur de l’Université d’Osnabrück, Allemagne
  • M. Haesung Lee, docteur de l’Université de Wrocław, auteur du livre Kapitalizm konfucjański. Koreańska droga rozwoju (« Le capitalisme confucianiste. Le chemin du développement coréen »), Corée
  • M. Marcin Jurczak, partenaire de E&Y, Pologne
  • M. François Cellier, pasteur évangélique, écrivain, scénariste, France
  • M. Jean-Paul Guichard, professeur de l’Université de Nice, co-auteur du livre « La visée hégémonique de la Chine. L’impérialisme économique », France.

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