Évènement

« L’effondrement des sociétés complexes » par le journal « La Décroissance »

Publié le : 09/05/2014 08:03:00
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources , Auteurs , Joseph A. Tainter , Recensions

Le numéro d’Octobre 2013 du journal La Décroissance consacre un article passionnant au livre de Joseph Tainter, L’effondrement des sociétés complexes, publié en 1988 en anglais et qui paraît ce mois-ci dans sa traduction française.


Pierre Thiesset résume ainsi cet ouvrage : « L’auteur, historien et anthropologue, y analyse la chute de sociétés passées et plus particulièrement de l’Empire romain, des Mayas et de la civilisation du Chaco. Il montre que les sociétés s’effondrent quand, surdéveloppées, elles ne peuvent maintenir leur niveau de complexité (la division du travail, le pouvoir central, les infrastructures techniques, les échanges, le nombre d’habitants, etc…). L’explication réside pour lui dans la loi des rendements décroissants : passé un seuil, les investissements nécessaires à la quête de puissance procurent moins de bénéfices. La simple stabilisation d’une organisation sociale complexe demande un flot permanent d’énergie qui vient à se tarir.» 

Dans l’entretien accordé à La Décroissance, Joseph Tainter précise sa pensée : « Nous pouvons voir dans les crises financières en Europe et aux Etats-Unis que nous avons atteint les rendements décroissants, car notre capacité à résoudre les problèmes financiers passe par l’endettement croissant des Etats. Alors que le pétrole devient de plus en plus cher, et qu’il est plus dur à trouver et d’acquérir de nouvelles sources, nous avons plus de difficultés à payer davantage de complexité.

Après avoir épuisé l’énergie bon marché et la dette abordable, nous perdons notre capacité à résoudre nos problèmes. C’est précisément le processus qui a entraîné l’effondrement d’anciennes sociétés… L’effondrement est la simplification rapide d’une société. Ainsi, après l’effondrement romain, l’Europe occidentale est entrée dans le haut Moyen Age, période pendant laquelle les sociétés étaient largement simplifiées… 

Il est primordial de comprendre que les humains n’ont pas évolué jusqu’à avoir la capacité de réfléchir sur de larges échelles, de temps et d’espace. Dans notre histoire en tant qu’espèce, il n’y a jamais eu de sélection naturelle fondée sur cette aptitude. Puisque nous n’avons pas progressé pour penser globalement en termes de temps ou d’espace, la plupart des gens n’y réfléchissent pas. L’échelle à laquelle nous sommes capables de penser est locale et fondée sur le court terme… 

Nous pensons que notre manière actuelle de vivre est normale, bien qu’elle soit en fait une aberration dans l’histoire humaine. Puisque nous n’avons pas évolué jusqu’à être des penseurs du long-terme, nous ne sommes pas bon pour anticiper le futur à long terme, ni à le planifier… Mais la soutenabilité requiert précisément l’opposé, la capacité de penser rationnellement, à une large échelle. »

Le Journal Intégral.

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