Évènement

La deuxième révolution américaine ?

Publié le : 21/06/2008 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013)

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Rencontre avec l’ami Jean-Frédéric, animateur du groupe Meetup de soutien à Ron Paul sur Paris.


Scripto : Un équivalent de Ron Paul en France ?

JF.: ça n’existe pas. Pas de parti libertarien en France. Cela ne paraît pas appartenir à la tradition française. On pourrait croire que ce qui s’en rapproche, ce sont les groupes ‘ultralibéraux’, mais en fait pas du tout. Ce sont des groupes qui n’ont pas compris la portée du message de Ron Paul, un message qui s’attaque à l’establishment. Les ultralibéraux français ne s'attaquent jamais aux grands intéréts financiers. Le libertarien, prône quand à lui une économie basée sur le travail, et est de nature très méfiant par rapport au système bancaire et à la manipulation de l'argent.

Scripto : Donc Ron Paul, un ‘libéral’ qui se dresse contre l’establishment libéral ?

JF.: Il faut dissocier le capitalisme tel qu’on le constate aujourd’hui et le libéralisme, notion héritée des Lumières et mise en application avec la Révolution Américaine, un système permettant de garantir la liberté à tous : séparation des pouvoirs et encadrement par des processus démocratiques, liberté d'échanger des biens et des idées, liberté d’entreprendre, libre marché...

A aucun moment, ce libéralisme-là, n’a voulu dire qu’un petit groupe de personnes allaient imposer leur volonté au reste du globe ! En d’autres termes : ce qu’est devenu aujourd’hui le capitalisme globalisé, cela va complètement à l’encontre de l’esprit des Pères Fondateurs des Etats-Unis.

Scripto : Donc, si j’ai bien compris, l’Amérique, la vraie, est en train de se faire écraser par quelque chose qui s’est mis à sa place. Ce quelque chose qui s’est mis à la place de l’Amérique, ça date de quand ?

JF.: L’histoire du système financier américain est révélatrice de ce point de vue. Depuis deux siècles, on voit dans un premier temps, les Américains prendre leur indépendance grâce à une monnaie indépendante des intérêts impérialistes, le "Continental", qui était une monnaie souveraine américaine, qui ne devait rien aux banques anglaises. Ensuite, c’est une longue histoire faite d’intrigues, une histoire qui s’étale sur deux siècles, une longue suite de compromissions qui a fait que peu à peu, les intérêts impérialistes ont repris la main et ont défini étape par étape les réformes du système financier. Cela aboutit en 1913 à la création de la FED, sous le contrôle des grands argentiers, le contrôle de la création monétaire volé aux Américains. C’est la même chose avec le traité de Maastricht en Europe, où les banques nationales des pays signataires se sont vu confisquer ce pouvoir de création monétaire.

Scripto : 1913, c’est juste avant la Première Guerre Mondiale. Tu y vois un lien ?

JF.: Je ne sais pas s’il y a une relation directe. Pour ceux qui ont un peu étudié la question des raisons de la guerre, il est clair que les Allemands et les Alliés étaient financés par les mêmes groupes. Les guerres n’éclatent pas par hasard, et les prétextes donnés ne sont pas jamais les vraies raisons, qui sont souvent d'ordre impérialiste, contre les Etats-nations. Jacques Cheminade avait documenté cette histoire en montrant comment l’Angleterre avait tiré les ficelles pour créer un climat d’hostilité entre la France et l’Allemagne. C’est une interprétation qui a son mérite, d'autres sont possibles. Dans tous les cas on peut être sûr que les raisons données aux peuples ne sont jamais les bonnes.

Scripto : Quand on regarde la situation qui est en train de se créer aux Etats-Unis, on a de plus en plus l’impression que les forces qui ont déchainé les guerres mondiales sont en train de se remettre en position en Amérique. Est-ce que les Américains ont conscience de ce qui est en train de se passer ?

JF.: L’Américain ordinaire, c’est celui qui regarde Fox News et CNN. Le peuple américain, dans sa majorité, est encore très endormi, peu conscient du drame qui se joue sur sa tête. Cependant le réveil politique risque de se produire, avec l'arrivée d'une crise financière très grave. Les USA sont objectivement en situation de faillite. La vie de nombreux américains va se trouver bouleversée. Qui sait ce qui pourra alors se passer ? Pourrait-on alors compter sur un sursaut salvateur du peuple américain, qui lui ferait retrouver la voie tracée par ses pères fondateurs, l'Amérique qui exportait la liberté par l'exemple qu'elle donnait, pas en faisant la guerre ?...

Scripto : On va parler un peu de la campagne de Ron Paul, pour voir s’il a réussi à préparer cette prise de conscience. Quels ont été ses scores aux grandes étapes de la campagne ?

JF.: Le premier résultat, c'était l’Iowa, où il a fait 10 %. C’était un bon score, qu'il n'a pas pu toujours reproduire dans les autres Etats. Par la suite il a fait un 15 % remarqué dans le Nevada. Et récemment, il accumule les bons scores, comme si le temps écoulé depuis le début de la campagne avait permis à l’information de se répandre. Il a fait 24 % dans l’Idaho le 27 mai dernier. C’est un chiffre plus qu’honorable. Donc oui, il a réussi à susciter l’enthousiasme. De nombreux supporters se sont spontanément manifestés, donc beaucoup de jeunes, des gens nouveaux en politique. Ron Paul, c’est aussi le phénomène Internet de la campagne. Aucun autre candidat ne peut se prévaloir d'un tel soutien. Les gens qui prennent leurs informations sur Internet sont très pro-Ron Paul. Par exemple, si l'on visite le site whowouldtheworldelect.com, où n'importe qui peut voter virtuellement pour le son candidat favori, on constate que Ron Paul obtient 67.000 voix alors qu'Obama n'en a que 21.000 et McCain 1.400 !

Scripto : Question complémentaire à propos des primaires : on sait qu’aux USA, les élections, c’est quelque chose d’assez étrange, avec des machines à voter qui comptent plus quand on appuie moins et moins quand on appuie plus… On est sûr des scores de Ron Paul, ou bien... ?

JF.: Le drame c'est que l'on n’a aucune garantie quant aux résultats. Personnellement, je regrette que la fraude électorale ne soit pas devenue un thème de campagne. Un groupe d'activistes citoyens américains (blackboxvoting.org) a bien démontré la déconcertante facilité avec laquelle on peut truquer les votes. De plus, on a très peu de moyens de vérifier les résultats, ne disposant pas de trace papier. On a juste constaté certaines "irrégularités". Par exemple, en Pennsylvanie, un bureau de vote avait donné zéro voix pour Ron Paul. Plus tard une famille s'est manifestée et a protesté : ils avaient tous voté Ron Paul dans ce bureau-là ! Ron Paul n'est d'ailleurs pas la seule victime. On se rappelle d'Hillary Clinton qui était donnée avec 15 points de retard sur Obama par les sondages en Pennsylvanie encore ; finalement, elle a gagné avec deux points d'avance. Statistiquement, un écart aussi important, c’est un phénomène rarissime, qui ne peut qu’engendrer la suspicion.

Mon hypothèse de travail est qu’il y a probablement eu trucage des votes, de façon proportionnée et à un moment critique de la campagne. La triche peut ne porter que sur 5% des voix, mais ça suffit pour faire passer un candidat en troisième ou quatrième position et donner une excuse aux médias pour ne pas l'inviter, etc. Donc, a-t-on affaire à une fraude massive ? Pas forcément. Cela peut être fait de façon habile, quasi-chirurgicale. Mais le résultat est le même.

Scripto : Autre question : aux USA plus encore qu’en France, la puissance du système médiatique est extraordinaire, on sait très bien que ce sont les médias qui font la campagne. Donc l’argent est le nerf de la guerre. Quelles ont été les sources de financement de Ron Paul ?

JF.: Ron Paul a été très clair depuis le début. Il n’accepterait aucun financement de la part de sociétés, seulement d'individuels. Sur ce plan, il détient même le record historique avec 6 millions de dollars collectés en une seule journée (record précédemment détenu par Kerry en 2004). L'engouement a été énorme, un véritable phénomène de société comme on dit. On a du mal à l'imaginer en France, car les médias chez nous n’en ont absolument pas parlé. Beaucoup de soutien des soldats américains, aussi. Au quatrième trimestre 2007, Ron Paul totalisait plus de donations provenant de soldats que tous les autres candidats républicains réunis ! Cela peut paraître paradoxal pour quelqu'un qui prône une politique étrangère non interventionniste. Mais précisément, les soldats américains en ont peut-être assez d’être envoyés sur des fronts qui ont peu de rapport avec l'intérêt national.

Scripto : Donc finalement, en termes sociologiques, Obama, McCain et Clinton, ce sont des candidats qui ont levé de l’argent auprès du grand capital spéculatif, et Ron Paul, c’est quelqu’un qui a été financé par le capital productif de proximité ?

JF.: Oui, tout à fait. Il est resté fidèle à ses principes. Il a géré en bon libertarien, sans contracter de prêt, à la différence des autres candidats. C’est une preuve supplémentaire de son non alignement par rapport au grand capital.

Scripto : Au niveau de la politique internationale, vous disiez qu’il est non interventionniste. Donc, si j’ai bien compris, il n’est pas d’accord avec McCain, qui veut que les USA partent en croisade pour…enfin, on ne sait même plus très bien pourquoi…

JF.: Ron Paul est très clair là-dessus. Pour lui, la guerre est faite aujourd’hui au profit exclusif de certains intérêts. Le parti républicain était traditionnellement plutôt non interventionniste. Woodrow Wilson, Roosevelt, Lyndon Johnson : ce sont des présidents démocrates qui ont entraîné les américains dans les grandes guerres du 20ème siècle. Les républicains étaient eux plutôt non interventionnistes. Avec l’arrivée des néoconservateurs, et les événements du 11 septembre, le parti s'est profondément transformé. Aujourd'hui, il n'y a plus de grande différence entre démocrates et républicains sur cette question, les deux partis défendant la vision impérialiste, la notion de guerre préventive, le Patriot Act, etc, en faisant croire aux Américains qu'ils sont menacés par des pays du tiers monde, qui ne possèdent ni marine ni aviation ! On sert au peuple de faux prétextes et Ron Paul n’hésite pas à le dénoncer.

Scripto : Donc Ron Paul veut le retrait des troupes américaines d’Irak ?

JF : Il veut partir d’Irak (‘aussi vite qu’on est arrivé’). Il dénonce le fait que les USA disposent aujourd'hui de 700 bases militaires dans 130 pays, que cela ne fait qu'accroître les tensions, exacerber la haine envers les Etats-Unis, et affaiblir de plus en plus le pays qui dépense annuellement environ 1000 milliards de dollars pour financer son empire et ses guerres de conquête. Pour Ron Paul, les Etats-Unis n'ont pas vocation à être le gendarme du monde. L'Amérique n'a pas à intervenir en Iran, n'a pas à passer d'alliance avec d'autres pays, fut-ce même Israël. C'est ni plus ni moins l’empire américain dont il entend se débarrasser, avec son corollaire, la CIA, grande force de déstabilisation des gouvernements de par le monde.

Scripto : Dernière question : comment est-ce que tes contacts américains voient le futur proche aux USA ?

JF.: Il y a une quasi-unanimité parmi les supporters de Ron Paul. Ils pensent que la situation ne pourra pas durer. Les USA ne pourront plus financer leur empire très longtemps, qu'ils le veuillent ou non. Il va tomber en déliquescence de toute façon. La chute du dollar en est le signe. La FED quant à elle se porte au secours des banques en faillite, par des injections massives de liquidités. Cela crée ce que Ron Paul appelle la ‘taxe d'inflation’ (‘Inflation tax’) : en augmentant démesurément la masse monétaire, on dévalue de facto la monnaie. La manne financière profite aux grands actionnaires et aux marchés financiers ; ce sont les classes pauvres et moyennes qui en payent la facture, par leur pouvoir d’achat en berne.

Scripto : Donc en tout cas, parmi les supporters de Ron Paul, la conscience politique est éveillée. Tu peux me rappeler son score dans l’Idaho, s’il te plaît ?

JF.: 24 %!

Interview : l'équipe scripto. M erci à Jean-Frédéric

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