Évènement

La fin du judaïsme ?

Publié le : 12/01/2009 00:00:00
Catégories : Géopolitique

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[A la demande de plusieurs lecteurs, nous retirons les images des victimes de Gaza. Vous pouvez consulter ici les photos prises sur place. Personne sensible s'abstenir.]

Regardez bien ces photos insoutenables. C’est une crime scene. Mais contrairement aux apparences, l’enfant palestinien n’est pas la seule victime.

L’autre victime derrière cette crime scene, c’est le judaïsme, assassiné par le sionisme.

Le lecteur Français non juif m’objectera que ce n’est pas notre problème, et que pour ce qui nous concerne, nous autres bouffeurs de cochons, nous ne serions guère affectés par la disparition d’une religion exotique parmi d’autres. Certes. Ce lecteur mal embouché ajoutera sans doute, s’il n’est pas plus musulman que juif, que nous n’avons rien à gagner à prendre parti dans des querelles entre ceux qui parlent de nous imposer leur Dieu sous prétexte qu’il serait universel, et ceux qui s’acharnent à nous émasculer au nom de leur Dieu particulier. Certes encore.

Mais il est toujours utile de comprendre, surtout quand on parle d’une affaire qui peut nous concerner par contre-choc, à tout moment.


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Une composante de l’humanité n’a un destin que si elle participe du destin commun à toute l’humanité. Si une composante de l’humanité cesse de vouloir, par son action et par sa réflexion, contribuer à la marche de l’humanité dans son ensemble, elle ne peut que s’enfoncer toujours plus avant dans les ténèbres de l’inhumanité. Ou l’on est humain, ou l’on est inhumain. Il n’y a pas de demi-mesures.

Historiquement, le judaïsme a été, depuis vingt siècles qu’il existe à côté du christianisme, un des principaux éléments constitutifs de la civilisation européenne. Très faible par son poids démographique (1 % de l’ensemble occidental), cette composante n’en fut pas moins très significative par son rôle culturel. Le premier essai écrit en Français l’a été par le rabbin Rachi de Troyes, au XI° siècle. De Spinoza à Albert Einstein en passant par Marx et Mendelssohn, on ne compte plus les Juifs qui ont pensé l’héritage européen, au rythme où il s’édifiait, pour le pire ou pour le meilleur, parfois au nom de la spécificité juive, et parfois contre elle.

Surtout, au-delà même de son poids culturel, la judéité jouait, dans le monde judéo-chrétien, un rôle symbolique. La notion qui distingue l’éthique occidentale, c’est le péché. Or, cette notion est d’origine juive. Et pendant vingt siècles, des centaines de millions de chrétiens ont vu dans le Juif celui qui connaît le poids du péché, et ignore que le Christ l’en libère. C’est ce qui explique que pendant cet immense intervalle de temps, la chrétienté ait toléré en son sein un corps radicalement étranger – tout simplement parce que l’étrangeté de ce corps faisait partie intégrante de la constitution de la chrétienté : il fallait qu’il y eût des Juifs pour que les chrétiens soient pleinement chrétiens.

Cette place particulière du Juif dans les sociétés occidentales n’était pas vraiment facile – mais qui peut croire facile de vouloir contribuer à l’universel par sa différence ? Le particularisme juif s’était donc constitué, bon an mal an, autour de la figure du peuple errant. Vus par ceux qui restaient aveugles à l’histoire invisible, les Juifs formaient un corps parasitaire planté au corps de l’Europe – d’où les persécutions. Vus par ceux qui les regardaient avec l’œil du concept, ils étaient le contrepoids nécessaire à l’Espérance chrétienne, la preuve que le trajet n’était pas achevé, le signe que Dieu avait ouvert la possibilité de la réconciliation, mais que cette possibilité restait à concrétiser – d’où la responsabilité particulière assignée à cette population, qui devait en courbant le dos dire le poids du péché.

Le sens de ces photos, c’est que les Juifs ont rejeté ce poids. Ils ont déposé leur fardeau. En devenant israéliens, ils sont rentrés dans les rangs des nations. Comme n’importe quelle nation, ils sont désormais tenus aux contingences de la politique, et ils doivent penser en termes de rapport de force militaire et économique. Et donc, comme n’importe quelle nation, ils doivent préférer l’action à la contemplation, la rationalité désincarnée à la mystique créatrice de l’Etre, et le rôle du bourreau à celui de la victime. Les juifs israéliens font le détour par le nationalisme irréligieux qui les prépare à la soumission devant l’Empire : ils deviennent un peuple comme les autres, vivant dans le corps et par la force – donc que la force peut vaincre, et donc qui s’inscrivent dans son paradigme.


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Ils n’ont pas raté leur reconversion.

Ce qui se passe à Gaza est une honte. Une population a été progressivement enfermée dans un espace concentrationnaire. Par le passé, Israël a soutenu le Hamas contre l’OLP. Ainsi il a brisé l’OLP et mis en place une Autorité Palestinienne sous influence. Le vote des Palestiniens de Gaza pour le Hamas s’explique autant par le dégoût de la population pour ces dirigeants corrompus que par la volonté de nuire à Israël. En l’occurrence, on peut dire qu’Israël a en grande partie créé le problème dont il argue aujourd’hui pour écraser les Palestiniens de Gaza. Dans le désastre palestinien, la responsabilité fut partagée, dès l’origine, entre dirigeants arabes et israéliens. Mais depuis l’assassinat de Yitzhak Rabin, le partage penche de plus en plus clairement du côté de la responsabilité israélienne.

Il faut appeler les choses par leur nom : il s’agit d’une épuration ethnique très progressive, que les agresseurs justifient par la nécessité d’une tension qu’ils ne cessent par ailleurs d’entretenir. Et étant donné que les pays arabes ne soutiennent pas les Palestiniens, cette stratégie de la tension n’est justifiée par rien, le rapport de force est tel (1) qu’il n’y a actuellement aucune menace sérieuse sur la sécurité d’Israël – ou du moins, il n’y en aurait aucune, si Tel-Aviv n’entretenait la tension délibérément. La stratégie des dirigeants israéliens est très claire : ils entretiennent la peur dans leur propre population, afin d’enfermer les Israéliens dans une alternative morbide : être détruits, ou détruire (2). Ce qui s’exprime à Gaza, c’est une volonté de purification ethnique, d’ailleurs aujourd’hui presque avouée. C’est à peu près comme si Hitler, en 1943, avait justifié l’anéantissement des Juifs de Varsovie par l’existence dans le ghetto de quelques ateliers de fabrication de cocktails Molotov. Et quant à la haine qui monte depuis des années contre Israël, elle est inversement corrélée à la ration alimentaire des habitants de Gaza, ration qui converge progressivement vers les normes appliquées aux déportés juifs par la bureaucratie SS.

Circonstance aggravante : il y a les motivations politiciennes derrière cette répugnante ratonnade high-tech, accomplie en grande partie grâce au matériel militaire que les USA livrent quasi-gratuitement à l’Etat hébreu. La classe politique de Tel-Aviv est déconsidérée par de sordides affaires de corruption. La société israélienne est malade de ses injustices et de ses contradictions – malade au point, c’est incroyable, de secréter un antisémitisme actif dans l’Etat dit juif. Or, la classe politique corrompue est incapable de porter remède aux maux qui rongent le pays, et donc, rejouant un grand classique des régimes antisémites, le pouvoir de Tel-Aviv est tout simplement en train de détourner la colère populaire vers un ghetto – avec les Palestiniens dans le rôle jadis tenu par les Juifs d’Europe. L’opération est lancée maintenant parce qu’elle permet d’enclencher une phase de tension avant l’arrivée d’Obama à la présidence américaine, mais aussi parce que des élections se profilent à l’horizon en Israël. Même si l’on n’a pas forcément beaucoup de sympathie pour le HAMAS, lequel a lui aussi son agenda de reconquête, il n’en reste pas moins que ce qui se passe à Gaza constitue un véritable Everest de cynisme (3).

Ajoutez à cela les sorties surréalistes d’un leader d’extrême-droite (4) comme Moshe Feiglin, lequel chante carrément les louanges d’Adolf Hitler (5), et vous aurez peint ce tableau stupéfiant : un transfert de personnalité entre la figure du nazi et celle du Juif. La Bête est passée dans l’Homme. Dans la conscience d’un Moshe Feiglin, le péché n’existe plus – ou plutôt : ce qu’il appelle péché, notre judéo-nietzschéen, c’est la faiblesse. Exit l’héritage spirituel du judaïsme.


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On dira : mais l’Etat d’Israël, corps politique, c’est une chose. Et le peuple juif, corps religieux, c’est autre chose. Eh bien ça, ça reste à voir.

Le 4 janvier 2009, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, anciennement Conseil Représentatif des Israélites de France et aujourd’hui débaptisé, organisait une manifestation en soutien à l’Etat d’Israël. A cette occasion, ces gens qui parlent au nom du judaïsme français ont explicitement soutenu l’armée israélienne.

Il est intéressant de noter les modulations de ce soutien (6) :

- Soutien à la direction politique israélienne de la part du président du CRIF, Richard Pasquier, qui se fait le porte-voix de la propagande israélienne en évoquant la tension créée par le HAMAS, sans jamais mentionner les conditions qui ont amené cette tension ;

- Soutien à la population juive et aux soldats israéliens, de la part du Grand Rabbin de France Gilles Bernheim. Ici, les propos doivent être rapportés mot à mot, car chaque mot compte : « Il en faut du courage pour aller là  où l’armée d’Israël s’est rendue, où ces jeunes gens de 18 à 25 ans sont allés défendre leur pays. Qui n’a pas parmi ses proches, quelqu’un de mobilisé ? Nos nuits sont courtes et sont des épreuves. Israël n’a nulle volonté de détruire un autre peuple. La seule préoccupation de Tsahal est de préserver, avec amour et courage, l’idée d’humanité et de liberté pour tous les hommes. »

A chacun de juger si le Grand Rabbin de France dit là ce qu’il pense qu’Israël fait, ou ce qu’il affirme qu’il devrait faire. Mais quoi qu’il en soit, le fait est là : le rabbin Bernheim était à cette manifestation. Qu’il y soit allé parce qu’il approuve ce qui se passe à Gaza, ou parce qu’il n’a pas voulu abandonner ses ouailles dans l’épreuve, en tout cas, il y est allé. A l’heure où l’Etat d’Israël s’accomplit comme nation dominatrice, avec tout ce que cela implique de renoncement spirituel, le plus haut personnage du judaïsme français l’a suivi.

Voilà ce que signifie vraiment la photo en tête de cet article : Israël est en train d’ôter aux Juifs le sens de leur identité religieuse et culturelle historique.

C’est donc en réalité le monde juif qui sera le plus profondément impacté par ce qui se passe en ce moment à Gaza. Cet enfant palestinien est mort, mais les Arabes vivront. Qu’est-ce que 600 morts, pour un peuple qui fait six enfants par femme ? Qu’est-ce que soixante ans d’épreuves, pour un peuple long-vivant ?

Mais le judaïsme, lui, ne survivra pas. Comment le particularisme juif pourrait-il se justifier en termes spirituels, s’il cesse de contribuer, par sa différence, au destin universel de l’Homme ? Qu’est-ce que cela voudra dire, être juif, dans un monde où les Juifs auront cessé de porter le poids du péché, pour ne ramener leur éthique qu’à la défense d’une nation parmi d’autres ? On ne peut se différencier religieusement que par les devoirs qu’on assume. Se différencier par la force seule, sur le plan religieux, c’est absurde.

Encore quelques bombardements sur Gaza, encore quelques attentats-suicides, encore quelques années de corruption politique, et Moshe Feiglin sera au pouvoir à Tel-Aviv. Israël épurera ethniquement le territoire à l’ouest du Jourdain, expulsera vraisemblablement les Arabes qui vivent en son sein, et se transformera en forteresse militariste pour un siècle au moins. Ce jour-là, on pourra dire que là où les nazis échouèrent, les sionistes réussissent : la question juive sera résolue.


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En quoi cette disparition du judaïsme nous concerne-t-elle, nous autres Français non-juifs ?

Indépendamment des questions purement religieuses qui ne sont pas dénuées d’intérêt, elle nous concerne aussi parce que si le monde juif est démographiquement très mineur, il est médiatiquement et financièrement très important. Or, un monde juif reniant la dimension universelle de son particularisme ne sera pas propagateur du même type de discours qu’un monde juif assumant cette part. La mutation de l’esprit juif risque d’entraîner une mutation de l’esprit diffusé par le monde juif au monde non-juif.

On comprend mieux, maintenant, pourquoi Hollywood peut produire un film comme « 300 ». L’usine à rêves est pratiquement une enclave juive en Amérique, si l’on s’intéresse aux décideurs. Sous cet angle, « 300 » était un film très surprenant pour qui n’a pas en tête la mutation de la pensée juive. « 300 » décrivait avec emphase le combat d’une société culturellement homogène face à un Empire métis. De la part de l’industrie cinématographique américaine, ce message anti-multiculturel avait de quoi étonner… sauf si l’on se souvient de ce que je viens d’expliquer précédemment. L’industrie du cinéma, sous influence juive, nous a offert Sparte en modèle, après avoir pendant des décennies chanté les charmes du multiculturalisme cul-cul sur tous les tons, tout simplement parce que les intérêts de l’Israël ultra-sioniste, sur le plan du conditionnement des foules occidentales, imposent des logiques, des discours, des attitudes en rupture avec les logiques, les discours et les attitudes portés par l’esprit juif cosmopolite.

Ainsi, après nous avoir offert depuis les années 70 un matraquage victimaire, antiraciste et émasculant, l’influence juive sur le monde artistique et médiatique risque de se reconvertir, en quelques années, en une véritable machine de propagande belliciste, avec réhabilitation posthume du machisme guerrier et éloge de l’homogénéité culturelle. Il y a fort à parier qu’en l’occurrence, cette machine ne servira pas vraiment les intérêts des peuples occidentaux confrontés au « choc des civilisations » – dont les sionistes se moquent à peu près complètement, ne suivant légitimement que leurs intérêts propres, selon leur propre agenda. Mais cette machine cherchera en revanche à instrumentaliser nos réactions selon des logiques nouvelles.

Il y a là, probablement, un facteur à intégrer dans notre compréhension de la situation globale.


(1) Tsahal compte 140.000 personnels permanents et possède 3.500 blindés, dont une très puissante force de choc composée de Merkava IV - d’après les spécialistes ce qui se fait de mieux dans le monde. Les forces israéliennes peuvent aussi compter sur 700 avions de combat, dont de nombreux appareils américains F15 et F16 régulièrement upgradés. Israël détient probablement 200 têtes nucléaires et des lanceurs stratégiques capables d’atteindre Téhéran. A titre de comparaison, le HAMAS ne possède aucun armement lourd, et ses effectifs totaux avoisinent probablement 15.000 hommes. Il n’a ni aviation, ni chars d’assaut. Face à chaque combattant palestinien sous-équipé, il y a dix Israéliens surarmés. Où est la menace militaire pour Israël ?

Quant aux pays arabes avoisinants, ils totalisent 3.500 chars d’assaut environ, eux aussi, mais ce sont majoritairement des matériels vétustes. Leur aviation est technologiquement surclassée, et leur volonté politique sur la question palestinienne confine au zéro absolu. Tsahal n’a été bloqué au Liban en 2006 que parce que Tel-Aviv ne pouvait pas gérer le coût politique d’une guerre totale (qui eût anéanti le Liban en 48 heures), et parce que l’état-major israélien a surestimé sa capacité à faire plier un Hezbollah bien équipé en missiles antichar et organisé sur un modèle opérationnel et tactique original et adapté. Le même scénario attend peut-être les Israéliens à Gaza, mais cette fois, le rapport de forces est si favorable que s’ils échouent, cela voudra dire qu’ils ne savent plus combattre.

(2) C’est pourquoi les antisionistes compulsifs sont sans le savoir les auxiliaires de la propagande sioniste. Ils entretiennent les israéliens dans l’idée que le seul moyen d’éviter leur propre destruction, c’est la destruction de la partie adverse.

(3) La cerise sur le gâteau étant l’attitude de certains « intellectuels juifs » prompts depuis des décennies à donner des leçons d’humanisme à la moitié du globe, et qui, cette fois, parlent carrément en faveur des épurateurs ethniques.

(4) Dans son cas, le terme est justifié.

(5) « Adolf Hitler était un génie militaire incomparable [...] Il écoutait de la belle musique, savait se comporter, et a remis de l’ordre en Allemagne » (sic). A quand le Horst Wesel Lied par les chœurs de Tsahal ?

(6) Citons également la contribution décisive du chanteur Enrico Macias, dont nous ignorions qu’il était aussi théologien : « Machiah est arrivé le jour de la création de l’Etat d’Israël. Rien n’arrêtera le cours de notre histoire. » Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd.

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