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Faire sauter la banque ! | Entretien avec Lucien Cerise

Publié le : 29/06/2014 10:42:59
Catégories : Articles auteurs , Auteurs , Hongbing Song , Interviews , Lucien Cerise

Article paru dans la revue Rivarol n°3142 du 22 mai 2014.

Les éditions Le Retour aux Sources viennent de rendre disponible pour le lectorat francophone le livre de Hongbing Song, La Guerre des monnaies, dont a parlé récemment André Gandillon, président des Amis de Rivarol. Destiné à faire comprendre au public chinois la guerre menée par l’oligarchie mondialiste pour conserver sa domination planétaire, il fut un succès de ventes dans l’Empire du Milieu. Nous avons rencontré Lucien Cerise, membre de l’équipe du Retour aux Sources, pour évoquer ce curieux ouvrage.


Rivarol : Comment avez-vous découvert ce livre ?
Lucien Cerise : Par hasard, en surfant sur Internet. Je suis tombé en 2008 sur un article intitulé : « Enfin, les Chinois peuvent goûter à l’antisémitisme ! » Loin de me faire fuir, cela a déclenché ma curiosité. En outre, c’était sur le site de Marianne et le journaliste Zheng Ruolin était lui-même chinois, ce qui ne l’empêchait pas d’attaquer son compatriote et son livre en termes quasi diffamatoires. La combinaison de tous ces éléments m’a laissé une impression durable.

Quel est le parcours de Hongbing Song ? Quel était le but de son important travail de recherche ?
Hongbing Song est consultant en finance. Il est né en Chine mais a vécu aux États-Unis, où il a travaillé pour les fonds de pension Freddie Mac et Fanny Mae au moment où ils ont fait faillite, fin 2006, entraînant la crise financière de 2007-2008. Bien placé pour observer ce qui se passait, il a décidé d’en faire un livre pour alerter ses compatriotes chinois sur les dangers de la finance occidentale. Son message a été parfaitement reçu car son ouvrage est devenu un grand succès populaire et sert de base de travail aux dirigeants politiques et économiques chinois. À tel point qu’en 2009, Hongbing Song a été classé vingtième personnalité la plus puissante en Chine par Business Week.

Édité en 2007, comment expliquer le succès de ce livre en Chine ? Il a aussi provoqué une polémique car il fut jugé par certains médias occidentaux comme complotiste, voire antisémite ?
Le succès de ce livre en Chine vient de ce que le lobby financier occidental, et en particulier sioniste, n’a aucun pouvoir dans ce pays et ne peut y exercer aucune censure. Il est donc possible d’écrire et de diffuser librement des informations sur ce sujet. Quant à l’accusation de complotisme ou d’antisémitisme, c’est une stratégie d’intimidation usée jusqu’à la corde, une simple combine, comme l’a dit Shulamit Aloni, ancienne ministre israélienne.

Extrêmement pédagogique, c’est une vraie généalogie de la finance mondiale que dresse Hongbing Song. Comment analyse-t-il les mécanismes en œuvre dans la mondialisation des marchés ?
L’auteur remarque que le fil conducteur de la finance occidentale (mais pas chinoise), c’est la « démolition contrôlée ». Il faut détruire intentionnellement les économies indépendantes pour les placer sous contrôle des marchés mondialisés. Les crises économiques qui frappent les pays occidentaux depuis deux siècles sont toutes provoquées de manière complètement artificielle par les banquiers eux-mêmes pour arriver à ce résultat.

Quelles sont ses sources ? Avez-vous vérifié les informations qu’il fournit ? On remarque aussi que le livre fait de nombreuses références à des auteurs américains non-conformistes, n’est-ce pas ?
Les sources de Hongbing Song sont toutes ouvertes. Ce sont essentiellement des ouvrages d’histoire de la finance, des articles de grands médias, plus ses propres observations de professionnel. Tout est vérifiable et tout a été vérifié en particulier par Jean-François Goulon, qui dispose d’une bibliothèque et d’une expertise toutes deux supérieures aux miennes sur ces sujets-là. Il a d’ailleurs lui-même travaillé à l’édition au Retour aux Sources des ouvrages incontournables d’Eustace Mullins et d’Anthony Sutton sur les liens entre la haute finance anglo-saxonne et les totalitarismes du XXème siècle. On peut les compléter par Carroll Quigley, Douglas Reed, Benjamin Freedman, Pierre de Villemarest, Henry Coston et Adam LeBor.

Il décrit en détail le parcours de la famille Rothschild et son emprise sur le monde des affaires. Quel est pour vous l’héritage et la force actuelle de ce clan ?
L’héritage de la famille Rothschild est un programme de domination du monde par la dette des nations, exposé depuis 2 500 ans dans la Torah, Deutéronome, 11-23 ou 15-6 :
« Car Yahweh, ton Dieu, te bénira, comme il te l’a dit ; tu feras des prêts à beaucoup de nations, et toi tu n’emprunteras pas ; tu domineras beaucoup de nations, et elles ne domineront pas sur toi. »
La force de cette dynastie financière vient de l’argent, qui est un facteur de cohésion suffisant. Mais ne pas oublier les tensions internes, qui peuvent aboutir à des morts violentes, comme ce fut le cas du prénommé Amschel au milieu des années 1990.

Selon vous, qui compose l’oligarchie mondiale ?
Les gens les plus riches de la planète, qui occupent le sommet de la pyramide socio-économique, soit les détenteurs du Capital, tant financier qu’industriel. Leur pouvoir n’étant pas fondé sur du réel mais sur le crédit psychologique accordé aux monnaies, ils ont besoin en plus de s’organiser en gangs criminels pour se protéger par les armes. Ces mafias financières arrivent parfois à prendre le contrôle d’un État complet (l’Angleterre en 1815, les USA avec la Fed en 1913, la France en plusieurs étapes, Mai 68, loi Rothschild en 1973, réseaux Sarkozy), ou même à créer de toute pièce un pseudo-État (Israël, paradis fiscaux divers).

Ceci dit, on voit se dessiner deux projets bien distincts au sein de cette oligarchie mondiale : un projet « mondialiste » et unipolaire, avec une gouvernance par le chaos de Washington et Tel-Aviv ; et un projet simplement « mondialisé », car à l’heure d’Internet on ne peut plus y échapper, soutenu par les BRICS, l’Eurasisme, etc., travaillant à intégrer les nations dans de grands ensembles de partenariats multipolaires respectant les souverainetés et les spécificités locales, et qui propose un modèle de gouvernance par l’ordre assez classique. La branche mondialiste de l’oligarchie, qui intègre aussi les pétromonarchies islamistes et l’UE, est composée de sociopathes sadiques irresponsables, des vampires assoiffés de sang qui adorent détruire. À l’opposé, la branche simplement mondialisante, telle qu’elle apparaît en Chine, en Russie, en Inde, est composée de chefs de gangs qui gèrent leurs affaires comme de bons pères de famille et ne tuent que lorsque c’est nécessaire.

Hongbing Song reprend certaines des théories sur le rôle de la haute finance dans le déclenchement des deux guerres mondiales, dans la révolution bolchévique en Russie et dans la montée du nazisme en Allemagne. Que pensez-vous de ces hypothèses audacieuses ?
À vrai dire, ce ne sont plus des hypothèses. Les guerres, les révolutions, la montée des extrémismes sont toujours sponsorisées par la haute finance. Il faut des « montagnes de fric » pour organiser tous ces phénomènes déstabilisateurs. D’où vient tout cet argent ? Dans les années 1920-1930, l’information circulait moins bien qu’aujourd’hui. Les gens ne voyaient que les effets, pas les causes, ce qui pouvait donner l’illusion d’une spontanéité des événements. Mais de nos jours, grâce à Internet, on peut remonter aux causes, et le rôle central de la haute finance dans les événements violents devient plus facile à démontrer, que ce soit dans le « printemps arabe » ou les « révolutions colorées », qui sont en fait de simples coups d’État, dans les pays de l’Est ou ailleurs. 

Étudiant le cas de la Réserve fédérale américaine, l’auteur explique les mécanismes qui aboutiront à la crise économique que nous traversons actuellement. Pouvez-vous revenir sur l’origine de ce mal ?
Hongbing Song rappelle que la Fed, la banque centrale des États-Unis créée en 1913, est privée. Ce n’est donc pas un raccourci de dire que ce pays est possédé par des banquiers. En contrôlant l’économie des États-Unis, ces banquiers peuvent ainsi provoquer des crises économiques à résonance internationale et financer des guerres coloniales et impériales en utilisant l’armée.

Il existe un vrai risque d’embrasement en Ukraine actuellement. Quel jugement portez-vous sur cette situation à la lumière de la « guerre des monnaies » ?
Le coup d’État occidental en Ukraine permet de mieux comprendre les relations historiques entre fascisme, nazisme et finance cosmopolite. La structure est la même : opposition de façade, mais complicité et collaboration en coulisses. [Les putschistes ukrainiens, de Svoboda à Pravy Sektor, dont la véritable idéologie est le « judéo-bandérisme » (Zhidobanderovets, Жидобандеровец ; Zhidobandera, Жидобандера) entretiennent de fait d’excellentes relations avec leurs parrains des réseaux sionistes, américains et européens, tels que Bernard-Henri Lévy, Igor Kolomoïsky, John McCain, Victoria Nuland ou Vitali Klitschko.] Quant à Arseni Yatseniouk, c’est carrément un ancien de Goldman Sachs.

Quel conseil de lecture donneriez-vous aux lecteurs de Rivarol ?
La liste est trop longue ! Hormis les œuvres déjà citées dans cet entretien, il faut mentionner des éditeurs avec leur catalogue complet : Le Retour aux Sources, Max Milo, Kontre Kulture, pour ceux que je connais de près.

Propos recueillis par Monika Berchvok.

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