La manif impossible

Publié le : 25/01/2009 00:00:00
Catégories : Actualité

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Je suis allé à la manifestation pour la levée du blocus de Gaza, le 24 janvier. J’y suis allé parce que je trouve scandaleuse la politique suivie par les Israéliens dans cette affaire, et parce que ça me rend malade de penser que Sarkozy, en soutenant implicitement Israël, en envoyant une frégate de la marine française là-bas, associe notre nation à cette ignominie.

Soyons clair : je ne prends pas partie sur le fond du conflit israélo-arabe. Ce n’est pas mon affaire. Je n’ai aucune idée de quelle terre, là-bas, appartient à qui. Et il serait présomptueux de ma part de prétendre connaître les voies et moyens de la paix dans cette région du monde, dont je ne sais rien, ou pratiquement rien.

Simplement, j’estime que la stratégie israélienne à Gaza ressemble bigrement à celle suivie par les nazis face au ghetto de Varsovie, et je ne supporte pas que notre présidentiel cocaïnomane nous mêle à cette infamie. D’abord parce qu’il nous déshonore, une fois de plus. Ensuite parce qu’en prime, étant donné le contexte général et les accointances du monsieur, il fait peut-être ça pour nous attirer dans un très fumeux « choc des civilisations » dont je pressens qu’il se finirait sur notre dos d’Européens chair-à-canon.

Aller manifester là-bas était délicat pour moi. Je ne voulais pas défiler sous le drapeau palestinien, car à vrai dire, je n’ai aucune envie de m’embrigader dans la lutte palestinienne. A la différence de ces jeunes idéalistes qui se fantasment en Palestinien à trois mille kilomètres de distance, c’est en citoyen français que je voulais manifester, pour dire clairement à Sarkozy : « Eh, mister president, celui qui importe le conflit israélo-arabe en France, c’est vous ! »

Quand Egalité & Réconciliation, l’association d’Alain Soral, a lancé un appel à manifester, j’ai donc pris mes renseignements. Je savais qui appeler pour en savoir plus, puisque je suis membre.

« Pourquoi manifeste-t-on là-bas ? »

La réponse figurait dans le tract d’E&R :

« L’Union Européenne sous présidence Sarkozy accorde un statut privilégié à Israël, alors que Tel-Aviv réédite à Gaza la stratégie des nazis dans le ghetto de Varsovie.

Donc, il faut dire haut et fort que le peuple français ne cautionne pas les ignominies de son gouvernement corrompu. Nous, nationalistes français, participons à cette manifestation pour que le drapeau français soit présent, une fois de plus, du côté de la justice, du côté des hommes libres et fiers, du côté de la résistance à l’oppression.

PALESTINE – FRANCE – RESISTANCE ! »

Sur cette base, je pouvais participer.

Je savais bien sûr que cela me ferait défiler avec des personnes dont les opinions, sur la question israélo-arabe, sont beaucoup plus tranchées que les miennes. Ceux qui suivent ce site savent d’ailleurs déjà que je ne suis pas du tout sur la même ligne que les inconditionnels du site VOXNR : pour eux, l’islam est LA résistance au mondialisme, et pour moi c’est une religion exotique, que nous devons impérativement dépolitiser si elle reste en France, ou alors renvoyer poliment mais fermement chez elle si elle reste politique. Pour eux, l’antisionisme est une idéologie de lutte, et pour moi, c’est un discours qui ne m’intéresse guère, sur un sujet qui, en temps normal, ne m’intéresse guère.

Mais bon, si on attend la manif où tout le monde est d’accord avec tout le monde sur tout, on ne manifeste jamais. Et en l’occurrence, nos désaccords franco-français sont peu de choses, par rapport à ce qui se passe à Gaza.


*


J’arrive à la manifestation juste à l’heure du rendez-vous – 14 heures, place Denfert-Rochereau.

Et d’entrée de jeu, me voilà dans l’ambiance.

Un groupe d’hommes visiblement très pressés. Des gaillards tenant des manches de pioche, porteurs d’un brassard jaune. Derrière eux, les coursant à quelque distance sans vraiment chercher à les rattraper, des messieurs à brassard orange, dont l’un replie sous mes yeux une matraque téléscopique.

« Bon, » me dis-je. « Les brassards orange et les matraques téléscopiques, ce sont des flics. Mais les types à brassard jaune, c’est qui, et pourquoi ils courent ? »

N’en sachant pas plus, je poursuis mon chemin.

J’arrive sur le lieu de rendez-vous. Aziz, que je n’ai jamais rencontré mais qui est adhérent d’E&R, m’apprend que les types à brassard jaune étaient des membres de la CNT, qu’ils viennent de faire une descente sur le lieu de notre rassemblement, mais que comme nous n’étions pas encore formés, ils ne nous ont pas trouvés. Du coup, si j’en crois ce qu’on me raconte, ils auraient frappé les femmes musulmanes qui se tenaient juste devant nous, à côté d'un homme en turban qui m'a tout l'air d'un chiite iranien - mais peut-être que je me trompe, je n'y connais rien. En tout cas, ce n'est pas un paysan normand, ça je vous le garantis. Bref.

J’ai du mal à suivre, ne connaissant rien à la composition des cortèges pro-palestiniens et pas grand-chose à la nébuleuse gauchiste. Pour quelle raison des anarchistes de la CNT attaqueraient-ils des chiites qui manifestent en faveur des Palestiniens de Gaza ? Avouez que la réponse ne saute pas aux yeux.

D’ailleurs, autour de moi, personne ne comprend exactement. C’est tellement absurde qu’au départ, les agressés ont cru à une attaque du Bétar. Un camarade rigole, plaisantant que les antirâââcistes du système ont les fils qui se touchent. Quand des Français de souche manifestent à côté des Français d’origine extra-européenne sous le drapeau français, ils n’arrivent plus à suivre, vu qu’en réalité ils sont profondément racistes (dans leur esprit, un enfant de l’immigration ne peut pas être un patriote français). Du coup, c’est le bug chez eux, alors ils tapent au hasard. Hypothèse plausible, ma foi.

Quelqu’un ajoute que ces gens-là, les anars CNT, détestent la religion d’une manière générale. « Ni Dieu, ni maître » est leur devise – et donc, peut-être, n’ayant pas trouvé de nationaliste à agresser, ils s’en sont pris à des femmes voilées histoire de ne pas avoir fait le déplacement pour rien. Je ne sais pas si c’est la bonne explication, mais si oui, c’est vraiment la manif tout pour plaire : non seulement nos adversaires CNT sont des violents, mais en plus ce sont des lâches et des fanatiques.

Progressivement, le cortège E&R se forme. Nous sommes moins que prévu. On m’avait parlé de 100 personnes au minimum, et je ne compte que 70/80 manifestants, à vue de nez. Sans doute une partie des camarades ne nous aura pas trouvés – le lieu de rendez-vous a été choisi justement parce qu’il est difficile à trouver depuis Denfert-Rochereau. Peut-être aussi certains, en arrivant, ont vu les nervis de la CNT à l’œuvre, et ont préféré se tenir à l’écart. Je ne les blâme pas, tout le monde chez les natios n’est pas prêt à risquer un mauvais coup pour une cause qui, fondamentalement, n’est pas la nôtre. A chacun de voir, dans ces cas-là.

En examinant le cortège, j’ai confirmation de ce qu’on m’avait dit : les jeunes excités de Droite Socialiste se sont joints à nous. Mais bon, ça va, ils sont habillés comme tout le monde. Ils mûrissent. Si j’ai bien compris, nous les hébergeons parce qu’en manifestant avec nous, ils vont évoluer. L’avenir dira si un national-socialiste peut être réintégré dans le patriotisme social à coup de manifestations communes…

Bref, anecdotique, tout ça. Nous sommes là pour Gaza, un point c’est tout.

Au bout de quelques minutes d’attente, le cortège se met en marche.

Pas longtemps.

Arrivés au milieu de la place, nous sommes bloqués par un groupe d’une trentaine de types à brassard jaune. Ces types s’agitent, hurlent, s’approchent du SO d’E&R, échangent quelques coups, repartent. J’ai l’impression que certains cherchent à créer l’incident, à susciter l’affrontement, pendant que des voix, venant visiblement d’en face, lancent : « On répond pas, on répond pas ! » Il est difficile de comprendre ce qui se passe exactement, parce que ça bouge beaucoup, et on ne peut pas avoir simultanément les yeux partout. J’entends des cris : « Fascistes ! » - ce qui est plutôt étrange, étant donné que nous défilons sous le drapeau tricolore, tout bonnement (on m’expliquera par la suite que pour ce genre d'anars incultes, le drapeau de la Révolution Française est un symbole nazi).

Une voix au loin : « A mort les racistes ! » - ce qui constitue un grand moment de surréalisme, étant donné que notre cortège, par sa diversité ethnique, ressemble à un défilé de SOS Racisme en 1985 - et malgré la tension perceptible autour de moi, je ne peux pas m’empêcher de rigoler. Que les trolls du forum Fdesouche nous qualifient de traîtres à la race blanche, passe encore. C’est à mon avis idiot, mais logique d’une certaine façon. Mais qu’on nous accuse de racisme alors que nous faisons mieux que Benetton niveau united colors, là, ça devient franchement drôle. Au moins, je me serai bien marré, moi, en ce samedi pluvieux.

Encore quelques instants de flottement, puis j’entends le responsable du SO d’E&R crier : « Ne répondez pas à la provocation, les gars ! » Ensuite, les gars du SO nous demandent de reculer. Nous reculons de quelques pas, en essayant de garder les rangs, mais bientôt, la douce odeur des lacrymos vient flatter nos narines ravies.

Nous nous replions collectivement vers une contre-allée, parce que l’air est franchement irrespirable. Puis deux cordons de CRS se déploient autour de nous, un devant, un derrière. Les flics nous encerclent. Nous sommes gâtés : il y a pratiquement un CRS par manifestant. Ils ne veulent vraiment pas que nous manifestions, on dirait.

Les flics nous préviennent qu’ils vont nous retenir là jusqu’à ce que la manif se soit éloignée. Je demande à un camarade bien informé : « On fait quoi ? » Réponse en substance : « Rien, on était venus soit pour faire flotter les drapeaux français pour Gaza, soit pour démontrer que les gauchistes nous en empêchaient. Donc mission accomplie. Politiquement, c’est parfait. La vraie nature de la CNT vient d'éclater au grand jour, et les Français musulmans vont commencer à ouvrir les yeux. On a fait notre boulot. Ne reste plus qu’à attendre. »

On attend, donc.

Au début, les CRS sont plutôt sur la défensive. Ils se méfient. Mais au bout d’une heure, nous discutons avec eux. De toute façon, nous n’avons rien d’autre à faire. Ils s’ennuient autant que nous, et visiblement, ils sont intéressés par les propos que nous tenons. Il fait froid, et nous battons la semelle en devisant. Un passant s’est trouvé enfermé dans la nasse avec nous par le plus grand des hasards, et il découvre éberlué l’autre versant de la politique française. De temps en temps, quand des manifestants passent, nous leur expliquons pourquoi nous sommes là. Plusieurs lèvent le poing en signe de solidarité, ça nous réchauffe. Un peu plus tard, par portable, nous apprenons que quelques camarades ont échappé à la nasse, qu’ils ont pu se joindre au cortège et viennent d’avoir une explication amicale et détendue avec quelques membres de la CNT…

Au bout de deux heures trente, les CRS nous relâchent, à condition que nous prenions immédiatement le métro. Comme il n’y a plus rien d’autre à faire, nous nous exécutons. Je suis partagé entre le sentiment du devoir accompli et la rage de n’avoir pas pu manifester sous le drapeau de mon pays, dans mon pays. Je me console en me disant que l’essentiel, c’est que cet après-midi, des centaines de manifestants auront pu constater que nous, nous voulions manifester, et que le Pouvoir, de son côté, ne voulait pas qu’il y ait des drapeaux français dans cette manifestation pour Gaza – sinon, au lieu de nous empêcher de manifester, les CRS auraient empêché les gauchistes de bloquer notre cortège.

Tiens, tiens.

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