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La marche irrésistible du Nouvel Ordre Mondial (Pierre Hillard)

Publié le : 04/10/2008 00:00:00
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mondialisme

La marche irrésistible du Nouvel Ordre Mondial est un bouquin de Pierre Hillard, docteur en sciences politiques.


Pour Pierre Hillard, le mondialisme est un mysticisme panthéiste. En unifiant le monde, le mondialiste reconstitue l’unité divine dans le fait humain. A partir de là, on comprend que pour un adepte de cette religion, l’homme réel, l’homme charnel, puisse être sacrifié. Le mondialisme est dangereux. Au nom du Bien Suprême, il autorise la destruction de tous les biens relatifs. Derrière cette idéologie : un millénarisme, appuyé sur la conviction antichrétienne que l’échec de la tour de Babel n’est pas fatal.

A partir de ce constat, Hillard analyse les évènements de ces dernières décennies comme le résultat d’un plan réfléchi, visant à réaliser l’unité du monde sous un seul gouvernement. L’origine de ce plan se trouverait selon lui dans le Council of Foreign Relations (CFR), fondé par le colonel House, éminence grise du président Wilson, en 1921 – avec la bénédiction de toute la haute finance internationale (Paul Warburg, JP Morgan). Ce projet passe par l’instrumentalisation de la puissance américaine, non pour « américaniser » la planète, mais pour préparer un gouvernement oligarchique (qui supposera d’ailleurs, tôt ou tard, la destruction des Etats-Unis tels que nous les connaissons). Le monde ainsi constitué pourrait ressembler à l’univers moralement dépolarisé imaginé par Aldous Huxley dans « Le Meilleur des Mondes » - un univers où l’administrateur de l’Europe Occidentale, fonctionnaire du pouvoir capitaliste mondialisé, s’appelle Mustapha Menier. D’ailleurs, quand le parlement européen vote en 2005 une résolution consacrée aux relations transatlantiques, résolution établissant explicitement que ces relations doivent « être graduellement transformées en une assemblée transatlantique de fait », n’assistons-nous pas au début du mécanisme qui nous conduira sous le pouvoir de Mustapha Menier ?

La manière dont les élites eurocratiques ont traité le « Non » français et néerlandais au traité européen, en 2005, démontre que la démocratie n’est plus que de façade. C’est le 9 juin 2005, 10 jours seulement après le « Non » français au référendum sur le traité dit constitutionnel, que le parlement européen vote la résolution dont il a été question ci-avant. 10 jours après que le peuple français a dit non à une intégration européenne sans âme, le parlement européen votait pour l’intégration atlantique, supra-européenne. Que dire de plus ? Le plan eurocratique vise à constituer peu à peu une fédération européenne, à partir d’une confédération qui n’est qu’une étape. Puis cette fédération entrera dans un « bloc atlantique » unifié. Et peu importe ce qu’en disent les peuples.

Indice complémentaire : une démarche parallèle est conduite sur le continent nord-américain, avec l’ALENA, accord de libre échange entre Canada, USA et Mexique, conclu en 1994. En 2005, le président Bush, encadré des chefs d’Etat canadien et mexicain, a prolongé l’affaire avec le lancement d’une « communauté économique et de sécurité nord-américaine ». Le parallélisme avec la démarche eurocratique est évident : mise en place d’un permis transfrontalier nord-américain incluant des données biométriques, harmonisation du droit d’asile, préparer la libre circulation des personnes à travers le continent – tout l’arsenal pour un démantèlement de fait des Etats-Unis d’Amérique, remplacés par autre chose. Comme en Europe, un système de subvention est prévu vers les régions pauvres – en l’occurrence, le sud du Mexique. Et comme en Europe, le double discours du pouvoir est phénoménal, s’agissant de l’immigration : Bush a dragué l’électorat anti-immigration en 2004, puis en 2005, il a signé avec le Mexique un accord préparant la libre circulation de la main d’œuvre. Plus fort que Sarkozy !

Parallèlement à la construction d’ensembles supra-nationaux qui attaquent les Etats-nations par le haut, le mondialisme travaille à l’émergence de régions autonomes qui les démantèlent par le bas. L’Espagne, par exemple, est en voie de démantèlement. Outre des communes et des régions, l’Espagne possède des « communautés autonomes » basques, catalanes et autres. Les communautés possèdent des attributions très vastes, et elles peuvent les faire évoluer assez librement. Dans certains cas, elles définissent un pouvoir presque indépendant de l’Etat espagnol. La Catalogne s’est dotée en 2005 d’un statut tel qu’on est à la limite de l’Etat indépendant. Comme les communautés ont tendance à vouloir ce qu’a obtenu la plus avancée d’entre elles, il y a risque d’éclatement de l’Espagne. Ce pays est fragile, il ne possède qu’une unité linguistique relative. Le Catalan et le Basque sont langue vernaculaire principale sur une grande partie leur zone d’implantation. L’Europe a accordé un « .cat » à la Catalogne en même temps qu’elle se décernait un « .eu » : c’est un signe.

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Pour comprendre ces mouvements, nous dit Pierre Hillard, il faut reprendre la méthode du grand historien français Jacques Bainville : regarder les faits tels qu’ils sont, sans se laisser guider par ses sentiments propres, et rechercher systématiquement les causes.

Quand nous voyons la Flandre prendre le chemin de l’indépendance, nous devons nous demander : pourquoi ? Non pas « pourquoi les Flamands veulent-ils être indépendants ? » (c’est assez facile à comprendre), mais « pourquoi les laisse-t-on faire ? » (c’est plus compliqué).

En 1980, la Belgique admet le fédéralisme. Depuis, l’opposition économique et culturelle n’a eu de cesse de s’afficher, donc de se renforcer. La Flandre, globalement, paye pour la Wallonie. Chaque année, chaque Flamand paierait (aux dires des Flamants eux-mêmes) environ 1.700 euros pour entretenir une Wallonie sous perfusion.

Prenant appui sur cet état de fait dans les grandes lignes peu contestable, les Flamands sont en train de transformer le fédéralisme en indépendance. Une loi récente oblige à la connaissance du néerlandais pour solliciter un logement social en Flandre. Il existe un projet officiel de constitution flamande dont le préambule est le suivant : «  La Flandre est une nation. » La classe politique flamande parle de transformer le « fédéralisme de coopération » en « fédéralisme responsable ». En clair : chacun chez soi, comptes séparés.

Certains Wallons se tournent vers la France et envisagent le rattachement de la Wallonie à la France. Les patriotes français seraient généralement prêts à les accueillir à bras ouverts, mais il faut en l’occurrence faire attention à ne pas ouvrir une boîte de Pandore. Le projet bruxellois est de faire surgir des « eurorégions » à cheval sur les anciennes frontières nationales, et le rattachement de la Wallonie à la France pourrait être le prétexte au découpage du territoire français en eurorégions, une « Grande Wallonie » associant Liège à Lille servant de cheval de Troie à de futures « Grande Catalogne », « Grand Pays Basque », etc. Pourquoi pas aussi une « Grande Rhénanie » ? Le site internet de la région Alsace : www.region-alsace.eu. « .eu », et pas « .fr »…

A travers l’exemple belge, on voit s’esquisser en fait une future « Europe kosovare ». Partout, l’infrastructure culturelle des nations implose. En France, l’immigration non assimilée est un facteur aggravant. La léopardisation du territoire est potentiellement au bout du chemin. Le plus probable, si l’on en juge par les revendications sourdes des islamistes, est une combinaison entre régionalisation / découpage par territoire et système du « Millet », comme dans l’empire ottoman, chaque « communauté » étant en charge de se doter de ses propres institutions (découpage « métalocal », par agrégation de multiples enclaves fonctionnant en réseau). L’ensemble rappelle le processus par lequel le Kosovo a explosé : d’abord autonomie conflictuelle, ensuite léopardisation interne.

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Derrière cette évolution de l’Europe, Hillard voit surtout l’action de l’Allemagne. D’après lui, c’est une grande tradition allemande d’avoir une politique officielle donnée, et une politique en sous-main fort différente (entre nous, mon opinion personnelle est que c’est vrai de toutes les puissances d’une certaine taille, et même probablement de la plupart des petites, mais bref).

Pour Pierre Hillard (qu’on peut soupçonner de germanophobie, mais pas de malhonnêteté), la politique allemande concernant l’Irak a ainsi été un modèle de duplicité. Hillard estime que l’Allemagne, qui anime en sous-main le processus de léopardisation du territoire européen, est dominée par les intérêts des puissances transnationales qui veulent détruire les Etats-nations pour imposer le règne du seul marché. Elle est donc forcément encline à s’aligner sur le mondialisme américanomorphe, avec lequel elle partage la plupart de ses objectifs. D’où le fait que l’Allemagne soutient la France en 2003, puis signe, dès 2004, un document « Alliance germano-américaine pour le XXI° siècle ». On sait aussi qu’au moment même où elle soutenait la position française, la direction allemande laissait ses services secrets communiquer aux Américains les plans de défense de Bagdad, plans qu’elle s’était procurés par moyens d’espionnage. Hillard fait remarquer également que le chancelier Schröder, qui tint ce double discours, a été engagé depuis comme conseiller par la banque Rothschild, en sortant de fonction – ce qui est hautement significatif de ses engagements réels.

Pour Hillard, l’Allemagne exporte son modèle fédéral selon un processus viral. Il a servi de référence à l’Espagne en démembrement, et celle-ci inspire à son tour les revendications kabyles en Algérie. L’intégration de la Turquie dans l’Europe pourrait avoir un prix : accorder une indépendance de fait aux provinces kurdes. Etc.

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Petit à petit, à travers le monde, la tension monte. On approche du moment où la masse critique sera atteinte : alors le chaos règnera, puis tout se réorganisera – sur des bases différentes. Parmi les indices de ce grand changement : la stupéfiante décision prise par les USA en mars 2006 : ne plus publier M3, donc ne plus faire connaître la masse monétaire en dollars, total mondial.

Cette décision doit se comprendre, dit Pierre Hillard, en regard du niveau d’endettement phénoménal des ménages et des entreprises US. Tôt ou tard, il faudra financer le remboursement de ces dettes accumulées (Hillard écrit avant les évènements récents). Dans ces conditions, en s’arrimant à l’Amérique, l’Europe risque de payer pour elle.

C’est ce qui commence en 2006, presque en même temps que la décision de ne plus publier M3, avec un document totalement inconnu du grand public : l’accord de partenariat transatlantique du 8 mai 2006. L’intégration mutuelle entre USA et UE reste très inférieure à l’intégration des outils productifs européens entre eux. Les USA et l’UE ont construit une réelle intégration financière : 1.500 milliards d’euros d’investissement direct entre les deux partenaires, rapportant chaque année 101 milliards aux filiales américaines en Europe et 66 milliards aux filiales européennes aux USA – ce n’est pas négligeable. En revanche, l’intégration productive est faible, et elle joue dans l’ensemble plutôt en faveur de l’Europe. Le commerce extérieur de l’Allemagne inclut 77 milliard d’euros d’exportations allemandes vers les USA (2 % du PIB allemand) et 31 milliards d’importations US en Allemagne (1 % du PIB allemand). La France importe 30 milliards des USA et leur exporte 20 milliards (1 % du PIB français). Au total, les USA pèsent environ 12 % du commerce extérieur des pays européens (15 % des exportations), contre 50 % pour les pays européens entre eux. Ce commerce est à peu près équilibré sur l’UE hors Allemagne, mais il est en revanche très bénéfique à l’Allemagne, exportatrice nette en voie d’enrichissement. L’Allemagne, de plus en plus puissante en Europe, maintenant que sa machine industrielle, préservée à la différence des outils français et anglais ruinés par l’économie financiarisée, lui permet d’engranger excédent sur excédent…

Dans ces conditions, l’accord de partenariat transatlantique poursuit semble-t-il deux objectifs en prônant un « marché transatlantique libre d’entraves d’ici 2015 » :

- favoriser le commerce extérieur de l’Allemagne, exportatrice nette vers les USA,

- renforcer une intégration productive et logistique pour l’instant faible, en vue de construire l’union atlantique visée à long terme.

Pourquoi cette accélération de la démarche euro-atlantique, alors que l’UE elle-même patine (Non aux référendums, problèmes liés à l’élargissement) ?

Au Moyen-Orient, les Américains sont en train de détruire l’ordre international fondé sur des frontières stables. Des fuites peut-être orchestrées laissent penser qu’une partie au moins de l’administration US envisage le démantèlement du royaume saoudien, séparant les lieux saints à l’Est du pétrole à l’Ouest du royaume. Ce redécoupage serait appuyé sur les donnes ethniques locales, mais il sera de toute évidence conduit prioritairement en vue des intérêts pétroliers US.

Un tel bouleversement ne pourra être conduit qu’à travers une tempête de feu et de sang. Il apparaît de plus en plus évident que les USA, seuls, n’ont pas les moyens de maîtriser un processus aussi risqué. D’où sans doute l’accélération du processus euro-atlantique. L’objectif est de constituer un bloc atlantique capable de faire effectivement contrepoids à l’Organisation de Coopération de Shanghai. Les atlantistes veulent prendre de vitesse les tendances eurasistes, pour garantir le pouvoir du réseau mondialiste dont ils sont la traduction européenne.

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Sur le chemin de ce projet, la France est l’obstacle principal. Les mondialistes s’appliquent à aplanir cet obstacle.

Le 30 juin 2006, en pleine Coupe du Monde, l’Assemblée « Nationale » a ratifié la charte de l’autonomie locale. Cette charte prépare l’alignement des collectivités locales françaises sur les normes en vigueur en Allemagne. Toutes les régions auront donc vocation à rejoindre l’Alsace qui, depuis 2003, gère directement ses relations avec Bruxelles pour tout ce qui concerne les fonds structurels européens – une autonomie dont rêvent tous les néo-féodaux régionaux.

Peu à peu, nous dit Pierre Hillard, le système établit les bases de son rêve : le « glocal », c'est-à-dire un monde unifié par l’insignifiance d’échelons locaux incapables de s’opposer aux forces du marché global. Les forces agissantes obéissent principalement à une forme que les Français maîtrisent mal : le réseau. Cas d’école : la French American Foundation, en France, ou l’Atlantik-Brücke allemande, fondée par le banquier juif Warburg en 1952. Dans les deux cas, les élites qui dirigent l’Etat sont elles-mêmes influencées par les forces qui tirent les ficelles dans l’ombre – les forces de l’argent. Un système de pensée est en train de se déployer, autour de l’idéologie des neocons, ces grands lecteurs de Leo Strauss, ce juif disciple du très nazi Carl Schmitt. Ce système ne veut pas de la démocratie, il ne veut pas de la concertation. Il obéit à une logique de mobilisation non discutable, non questionnable de toutes les forces sociales, en vue d’un objectif d’unification à marche forcée et par une élite d’initiés présumés seuls détenteurs du sens de l’Histoire. C’est un véritable coup d’Etat à l’échelle globale qui est en préparation, un coup d’Etat subtil, qui avance par grignotage, et n’a jusqu’ici jamais laissé deviner sa force.

Quand le masque tombera-t-il ? Quand le Patriot Act sera-t-il utilisé pour dissoudre ce qui reste de la démocratie américaine, prélude à l’anéantissement de toutes les libertés sur l’ensemble de l’Occident ? – Pierre Hillard nous pose la question.

Il a raison.

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