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La nécessité impossible

Publié le : 02/06/2007 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles par intervenants , Articles par thèmes , Carceller , Politique

marianne_croquis

Alain Soral, après son engagement courageux, car synonyme de mort sociale, à la Présidentielle 2007 auprès du Front National, lance une association dénommée « Egalité et réconciliation ». Selon le site de cette association, il s'agit de « rassembler les citoyens qui font de la Nation le cadre déterminant de l'action politique et de la politique sociale un fondement de la Fraternité, composante essentielle de l'unité nationale ».

Soral ne le précise pas, mais nous supposons qu'il fait référence à la Nation Française telle que l’Histoire l’a constituée. Cela paraît logique, étant donné son engagement patriote. Au sein de cette nation, il faut donc admettre qu’il y a conflit, puisque la réconciliation est nécessaire. Le terme « réconciliation » fait forcément référence à au moins deux groupes sociaux qui seraient en conflit.

Qui se cache derrière ces deux groupes? Après les émeutes de Novembres 2005, on peut parier que Soral pense réconcilier les « Français de souche », c'est à dire les Français de souche Européenne, et les « Français de branche », ces Français issus de l'immigration extra-européenne, présents pour certain sur le sol hexagonal depuis 40 ans.

Il s'agit donc de reconstituer la Nation Française avec ces deux groupes, dont l’un n’appartenait pas historiquement à cette nation, condition sine qua non pour renouer avec « l’action politique et la politique sociale », débouchant sur une « Fraternité ». Le projet est ambitieux et généreux. Il part d'un bon sentiment.

Néanmoins, l’échec est prévisible. La démarche va en effet très vite soulever certaines questions auxquelles Soral aura du mal à répondre.

Etat des lieux des deux groupes sociaux, de ce qui les constitue.

D'un côté, les « Français de souche » européenne, qui représentent encore 75 % de la population résidente en France. Quarante ans après Mai 68 et le flot de niaiserie internationaliste, tiers-mondiste (faux nez du libéralisme), qui a suivi, que reste-t-il de vraiment français dans cette population ? L'Education Nationale post-68, noyautée par les réseaux trotskistes et gauchistes, a créé des générations entières de Français anti-Français, n'ayant plus aucune reconnaissance pour la culture française. Des gens qui croient que « s'ouvrir au monde » est une fin en soi. Des gens pour qui la nation Française, jugée xénophobe par essence, doit être dépassée, et pour qui le peuple de France, leur peuple, est raciste par nature, son Histoire le prouvant (disent-ils).

On est loin de l’époque d'un Maurras ou d'un Renan. La Nation, pour des millions de jeunes Français est une antiquité, au même titre que les pyramides d'Egypte (encore que celles ci semblent plus respectées). La pathétique génération post-68, enfants gâtés de l'Histoire, maintenant gâteux plus que gâtés, a fait table de rase des fondamentaux de la maison France pour les remplacer par des utopies en kit. Le processus a été mené à terme : la France n’existe plus. Sur les 50 millions de Français de souche européenne, à peine, disons, 10% (réparti sur l'ensemble de l'échiquier politique d'ailleurs) s'identifient encore à la nation française, à son Histoire, à sa culture gréco-latine. Les 90 % restants sont noyés dans le consumérisme, sidérés par le système médiatique, prisonniers des faux choix offerts par la société de consommation (Pepsi ou Coca, voilà le débat; quant à Maurras et Renan…).

En face, il y a environ 15 millions d'extra-européens ayant, ou non, la nationalité Française, délivrée par la République dans sa très grande générosité. Ils sont issus de l'immigration, et certains d’ailleurs continuent à se dire « immigrés de la troisième génération » (terme qui, en lui-même, est révélateur).

Ces 15 millions de personnes sont majoritairement d’origine nord-africaine et sub-saharienne. Même parmi les nord-africains, tous ne sont pas musulmans, loin s’en faut. Certains le sont, mais d'autres, beaucoup d'autres, sont plus proches d'un sous-prolétariat déraciné que d’une quelconque identité construite. Ayant reçu la même non-éducation que leurs petits camarades « de souche », ils possèdent le même ressentiment envers la France, son Histoire et ses symboles. Tout ceci exacerbé par des contentieux historiques, la colonisation, l'esclavage, invoqués sans cesse pour justifier des revendications communautaires, quand ce n'est pas pour légitimer une violence physique envers les Français de souche. Le nombre de ces gens augmente par l'afflux de nouveaux migrants et par la natalité de ceux déjà présents en France, rendant impossible une assimilation qui n'est d'ailleurs plus la règle depuis longtemps pour justifier de son intégration.

En toile de fond de ce désastre, le système néolibéral et communautaire, immigrationniste par essence, développe l'insécurité sociale, préalable à la mise sous tutelle de la société française. Les réseaux socialistes ne sont plus que les idiots utiles des libéraux, leurs frères jumeaux au fond, issus de la même matrice idéologique, celle des Lumières. La gauche sert aujourd’hui de caution moralitaire à la droite libérale. Reste une petite frange marxiste, mais elle est désormais réduite à la portion congrue.

Résumons : plus personne ne croit dans la nation, ni les « de souche », ni les « de branche ». La gauche n’existe plus.

Alors il reste quoi ? Il ne reste rien. Il n’y a plus aucun obstacle à la politique néolibérale (ou postsocialiste, de toute façon, le but est le même). Nos « élites » ont les mains libres.

Soral doit faire face à :

- l'effondrement du sentiment identitaire des Français de souche, héritiers par filiation de la nation,

- l'hostilité fondamentale d'une majeure partie des extra-européens présents en France

- un mondialisme socialo-libéral qui tire les ficelles en coulisse.

Et il a quoi, pour affronter tout cela ?

La religion?

Soral est marxiste, donc matérialiste.

De toute façon, à moins de créer une nouvelle religion, il ne peut proposer le baptême catholique aux immigrés musulmans ou la conversion à l'islam des Français de souche.

Une idéologie?

Laquelle?

L'antiracisme ?

Nous savons que l'antiracisme est l'arme anti-européenne par excellence. Il est destructeur de la Nation, parce qu’il nie son passé.

Le communisme?

Soyons sérieux.

Pour légitimer à nouveau la Nation, sur laquelle il veut s’appuyer, Soral ne peut proposer ni religion, ni idéologie. Dans ces conditions, la Nation reste une impasse pour les raison citées plus haut.

On dira : il reste l’alliance des hommes de bonne volonté.

Et donc, moi, je vous demande : les hommes de bonne volonté, combien de divisions ?

Qui veut se réconcilier de part et d'autres?

Les migrants préfèrent majoritairement leur pays d'origine à la France. Pour eux, c’est un guichet géant de la sécurité sociale.

Les Français de souche tolèrent de moins en moins les migrants (pour des raisons d’ailleurs assez compréhensibles).

Personne ou presque ne veut de la réconciliation.

Arrêtons-nous sur le terme "Egalité".

Si Soral fait référence à l'Egalité entre citoyens devant la loi, c'est déjà la règle en France, du moins en théorie. S’il fait référence à l'Egalité entre groupes ethniques, alors son projet est par essence antirépublicain. Alors, quoi de neuf sous le soleil ?

En outre, la Nation ne reconnait pas l'égalité entre nationaux et étranger, sinon elle n’a plus de sens, donc étant donné la proportion de binationaux, l’objectif de l’égalité va devenir de moins en moins compatible avec l’idée nationale.

En résumé, Soral n'a rien de neuf à proposer à personne.

Sa démarche échouera.

Forcément.

Cela dit…

Cette démarche vouée à l’échec doit être soutenue.

Parce que si elle doit échouer, il est cependant possible que son échec débouche sur deux résultats très positifs.

D’abord, la nation française est ouverte à ceux qui désirent en faire partie, et cela, c’est tout à fait en accord avec nos traditions. La main tendue de Soral envers les immigrés permettra donc de trier ceux qui sont sincères et les autres.

Voilà pourquoi cette démarche, vouée à l’échec, est absolument nécessaire.

Quand l'heure des choix historiques viendra, dans quelques années, quand il faudra faire renaitre la nation française sur de saines bases, en disant qui sont ses fils et qui sont les étrangers, il faudra qu’une marque, un signe distinctif, ait été posé sur les « Français de cœur ». Parce que la distinction « Français de souche », « Français de branche », cela ne veut plus dire grand-chose quant à l’attachement réel à la France…

Ensuite, parce que cette démarche doit être tentée pour prouver que « le vivre ensemble » est impossible, sans un idéal supérieur à partager. Soral ne propose rien pour transcender les barrières ethniques, religieuses et sociales, sources de conflits. Il veut éviter le conflit civil, c'est bien, mais il ne s’en donne pas les moyens. Il entreprend de couvrir tous les fronts à la fois, ce qui est voué à l'échec étant donné les rapports de force. Le système ira au bout de sa logique, il n'y aura pas de réconciliation. Ce qui n'a pas réussi en Algérie française ne peut pas davantage réussir en France, avec les mêmes populations en présence.

MAIS, en échouant, Alain Soral va accélérer la prise de conscience. Confronté à l’impossibilité de « vivre ensemble » sans idéal fédérateur, les hommes de bonne volonté vont peut-être, enfin, comprendre que pour refaire la France, il faut d’abord poser la question de sa nature, et y répondre sans faux-fuyants.

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