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La paix comme valeur ?

Publié le : 09/04/2008 00:00:00
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Je relisais l'ouvrage de Drac « de la souveraineté » et notamment une réflexion sur la paix, devenue un idéal. Drac dit que c’est désormais la seule valeur qui reste. Je me disais que ce n’est pas une valeur du tout.

La paix désigne un état de calme ou de tranquillité, une absence de perturbation, d'agitation ou de conflit. Elle est universellement considérée comme un idéal, mais elle n’est pas pour autant une valeur. La paix n'est pas une valeur, parce qu’elle est un état. Un état comme peut l'être son opposé, la guerre.

La paix ne devient une valeur qu'à partir du moment ou elle quitte le domaine des réalités (je peux ou ne peux pas avoir la paix selon qu’on m’oblige ou pas à faire la guerre) pour entrer dans celui de l'idéologie désincarnée, le pacifisme (je veux la paix donc je la proclame unilatéralement). La paix comme valeur est un non sens. Dans les années 30 en France, la paix comme valeur ouvrait la porte à Hitler. Donc la paix comme valeur ouvrait la porte à la guerre comme état.

La paix n'est souhaitable que si la guerre n’est pas nécessaire. Une paix acquise au prix de la liberté n'est pas souhaitable pour un individu sain ou un peuple conscient de lui-même. Un prisonnier isolé dans une cellule de haute sécurité n'a certes aucun conflit à gérer, mais sa liberté est réduite à zéro. Cet idéal de paix est un cauchemar.

Comment peut-on se résigner à cet idéal-là ? Réponse : parce qu’en réalité, on veut absolument refuser la guerre comme état. C'est-à-dire qu’en réalité, Drac commet une petite erreur quand il dit que la paix est la valeur qui reste. La paix n’est pas une valeur, et d’ailleurs, ce n’est pas la paix qui motive la démarche de nos contemporains. Ce qui les motive, ce n’est pas une valeur, c’est un idéal, et cet idéal, ce n’est pas la paix, c’est la non-guerre.

L'état de guerre n'est concevable qu'à partir du moment où l'on se bat pour quelque chose de supérieur à sa propre vie. Il est évident que dans le système libéral ou l'individu est conditionné à s’idolâtrer lui-même, rien ne peut justifier la guerre, car rien ne transcende la vie de l'individu. Le matérialisme contemporain, matérialiste individualiste, rend impossible la transcendance. Donc la guerre est impensable. Donc le peuple doit se donner la non-guerre comme idéal.

Peut-on pour autant parler d’un idéal de paix ?

A l’heure où la France se mêle de la guerre américaine au Moyen Orient, on peut en douter.

Si la guerre est un état, il faut s'interroger sur les conditions qui la rendent justifiée. Si la liberté est menacée, la guerre est justifiée.

Guerre : outil temporaire pour défendre la liberté d'un peuple. Notre liberté est-elle menacée en Afghanistan ? Hum. Si c’est le cas, c’est très indirect.

Alors, à quoi assistons nous ? – d’un côté pour le peuple, promotion de la « paix », non comme état précaire, mais comme but : la non-guerre. De l’autre côté, la guerre quand les intérêts du pouvoir sont en jeu. Donc d’un côté, on éduque le peuple dans l’idée que l’absence de guerre faite par le peuple lui-même, c’est le bien, et d’un autre côté, on prépare le peuple à admettre que la guerre, parfois, doit être faite par des professionnels, pour des raisons que le peuple n’a pas à connaître. En d’autres termes, on éduque le peuple à se comporter comme une masse de producteurs serviles, qui soutiennent sans poser de questions les guerriers chargés de défendre les intérêts des oligarchies économiques. La non-guerre comme idéal, c’est pour le peuple ; la guerre comme moyen, c’est pour le pouvoir.

Ce genre de système, ça rappelle : d’un côté les seigneurs, qui ont le monopole de la guerre, de l’autre les serfs, qui nourrissent les seigneurs et n’ont pas le droit de porter les armes. D’autant que si la non-guerre est l’idéal qu’on inculque au peuple, les classes dirigeantes s’accordent quant à elles le droit de guerre privée (la concurrence économique tous azimuts). Un état de guerre de basse intensité entre dominants qui s’insère dans un climat général de paix sous le signe de la soumission, pour les dominés.

Tout ceci pour dire que l’explication de Drac, sur la paix comme valeur résiduelle depuis 14-18, n’est bien sûr pas fausse, mais qu’elle est peut-être un peu trop rapide. Elle ne fait pas assez de place au conditionnement des masses par le pouvoir. La paix comme fausse valeur, c’est aussi le résultat d’une ingénierie sociale malsaine, et sans doute tout à fait délibérée.

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