La reconfiguration du monde | Par Jean-Michel Vernochet

Publié le : 25/04/2019 11:11:22
Catégories : Articles auteurs , Auteurs , Billets d'actualité , Jean-Michel Vernochet

La semaine aura été particulièrement riche en bouleversements de tous ordres. En France les Républicains se mettent à couiner pour réclamer - mezzo voce - la démission du gouvernement et la Gauche se mobilise contre la privatisation des Aéroports de Paris via une coalition de 197 députés, première étape vers un très hypothétique Référendum d’initiative partagée… sachant qu’à l’arrivée, après avoir reçu l’aval du Conseil constitutionnel et recueilli 4 millions et de demi de signatures, ce recours peut être sans autre forme de procès, l’objet d’un classement vertical par l’autorité compétente. Bref de l’esbroufe, du boucan tandis que l’État, si avare de ses deniers quant il s’agit des Gilets Jaunes, annonce une enveloppe de huit millions d’euros (en coûts directs) en vue de doter deux milliers de jeunes clandestins de bourses universitaires (avec logements, restauration et soins en sus). Il s’agira de leur faire suivre en premier lieu un cycle de "sensibilisation culturelle" - sans doute pour leur apprendre à ne pas peloter trop rudement les étudiantes du cru dans les couloirs des facs – assorti d’une mise à niveau linguistique. Oh douce France où l’Université a vocation de nos jours heureux, au rattrapage scolaire et aux cursus accéléré d’alphabétisation… Le temps est loin de Robert de Sorbon et des scolastiques de l’Âge classique, bâtisseurs d’altières cathédrales de l’esprit !


Grand débat, histoire sans fin, ni queue ni tête

Un grand débat se ferme un autre s’ouvre. Celui maintenant du maintien ou non de la "redevance audiovisuelle" liée à la taxe d’habitation dont on nous fait miroiter la disparition. Redevance qui, comme son nom paraît-il l’indiquerait, n’est pas un impôt puisqu’il s’agit d’une redevance… tout comme le révisionnisme n’est pas une opinion parce qu’il est un délit (d’opinion). Oh délire des mots qu’il suffit de changer pour transformer le monde et la nature des choses ! Bref, n’ayant plus à débattre du sexe des anges sur les murailles de Byzance assiégée, il est à propos de savoir si le public doit continuer à verser ou non une taxe surnuméraire pour jouir d’un accès privilégié à la "culture"… Enfin ce que l’on désigne aujourd’hui par ce vocable, du Vagin de la reineau gentil drogué sidaïque Basquiat via la salsa, Picasso et Christo l’emballeur de monument qui après le Pont-Neuf en 1985, vient de se voir promettre l’Arc de Triomphe pour 2020.

Pour la redevance, autrement dit, doit-on continuer à forcer les Français à financer leur propre endoctrinement, leur auto-lavage de cerveau par la propagande de guerre idéologique et politique qui nous inonde à jets continus par le truchement des médias publics ? Et ce, alors qu’un authentique journaliste lanceur d’alerte, l’australien Julian Assange, se voyait expulsé manu militari de son refuge extraterritorial - l’ambassade d’Équateur où il se trouvait confiné dans quelques mètres carrés depuis près de sept ans - par des membres de la flicaille londonienne aux ordres d’une classe politique amorale et spécifiquement très oublieuse de la Magna Carta et de l’habeas corpus [1].

Assange bientôt livré à la vindicte de l’Administration américaine...

Derrière cette sinistre comédie basée sur des motifs frisant le ridicule (si ce mot avait encore un sens en anglais comme en français), précisément pour ne pas avoir déféré à une convocation judiciaire (laquelle était à l’évidence un piège destiné à l’arracher à son refuge pour le renvoyer en Suède et de là, dans les geôles de l’Oncle Sam). Avec en arrière plan une demande d’extradition de la Justice américaine pour “piratage informatique”. Une charge en apparence assez légère au regard du droit pénal d’Outre Atlantique où l’on ne badine guère… Et où "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir" (in "Les animaux malades de la peste"… morale). Soit une peine n’excédant pas les cinq année d’emprisonnement. Une sanction légère dans un pays où les sanctions sont lourdes pour toute sortie de la droite qu’impose l’impérieuse tyrannie du Meilleur des Mondes politiquement correct.

Au reste, aux États-Unis une procédure peut en cacher une autre, non publique celle-là, dénommée secret indictment. Si c’était le cas – ce qui est éminemment vraisemblable - Assange pourrait, en débarquant sur le sol américain, se voir inculpé de trahison et à ce chef, courir le risque au pire d’une condamnation à mort ou au mieux, de la prison à perpétuité (vraie… pas comme en Hexagonie terre du mensonge triomphant). Pour mémoire, à la fin des années 2000, le ministère de la Défense britannique – appendice européen du Pentagone - dénonçait dans un mémo trois menaces principales : "le terrorisme, l’espionnage russe et le journalisme d’investigation" [2]. Les journalistes dissidents constituant le danger prioritaire puisqu’ils enquêtent a priori sur la face cachée de la mondialisation (les Dubaï papers de fraîche date en sont un exemple [3]) et accessoirement (car peu s’y risquent) les liens étroits unissant les services spéciaux de part et d’autre de la Manche et de l’Atlantique Nord avec les terroristes et les djihadistes [4]… Laissons la parole au site américanolâtre islamo-trotskyste Mediapart lequel écrivait le 11 avril 2019 :

« Le 19 juin 2012, Julian Assange se réfugie dans l’ambassade équatorienne de Londres. Hacker légendaire, il a réussi à révolutionner la presse en lançant la première plateforme de "leaks". Sept ans plus tard, c’est un homme diminué physiquement et tombé en disgrâce qui ressort escorté de policiers [lire : escorté et malmené par les pandores]. Il fait l’objet d’une demande d’extradition de la part des États-Unis où il est poursuivi pour "conspiration en vue d’une intrusion informatique"… une déchéance pour ce petit génie passionné d’informatique, devenu hacker légendaire puis rédacteur en chef d’un site à l’origine de certains des plus gros scoops de la décennie, et croupissant aujourd’hui dans une prison, accusé de piratage, d’espionnage pour le compte de la Russie et d’agressions sexuelles ».

Pour l’anecdote abracadabrantesque, les deux viols dont se trouve accusé Assange, sont relatifs à l’usage de condoms (apparemment) de mauvaise qualité au cours de relations sexuelles consenties avec deux individus femelles différents.

Au demeurant, il appert qu’Assange n’est pas un saint innocent. En effet ne déclarait-il pas récemment, toujours selon Mediapart :

« Il multiplie les prises de position polémiques, voire parfois difficilement compréhensibles. En septembre 2017, il affirme par exemple, chiffres à l’appui, que le capitalisme, l’athéisme et le féminisme sont responsables de la stérilité de nos sociétés qui, elle-même, est la cause de l’immigration ».

Bouh, le vilain bonhomme, ce sont des choses à ne pas dire, et même interdites à la pensée ! Pour résumer l’affaire Assange, le vrai journalisme fidèle à sa vocation c’est-à-dire en conformité avec son devoir d’état (à sa condition terrestre… cf. la Bhagavad-Gita) est criminalisé par des voyous régnant sur et par l’empire du mensonge. Dernier mot, l’arrestation dans une enceinte diplomatique (Assange a acquis la nationalité équatorienne en 2017) n’a été rendue possible qu’avec l’accord du président équatorien Lenin [sic] Moreno qui, par le plus absolu des hasards vient de se voir octroyer par le Fonds monétaire internationale dirigée par Mme Christine Lagarde (la future présidente française aux dires sibyllins du sieur Attali) et de la Banque mondiale un prêt de dix milliards de dollars à un taux préférentiel inférieur à 5%. Après son élection en 2017, M. Moreno avait renoué les relations avec le FMI que son prédécesseur le socialiste Rafael Correa avait rompu, tout en accusant Rafael Correa (actuellement réfugié en Belgique), d’avoir plongé le pays dans le marasme économique et financier. Le tout s’inscrivant dans une reprise en mains musclée du glacis sud-américain par le Département d’État… Voir à ce propos la situation politiquement chaotique du Vénézuela où sévit une cyberguerre inédite : de massives coupures de courant qui déstabilisent une population et une économie déjà fort mal en point ! Néanmoins il n’existe évidemment aucune relation de cause à effet entre l’expulsion d’Assange des locaux diplomatiques et le retour en grâce de la présidence équatorienne… entre l’esprit de vengeance yhavique (vétérotestamentaire) de l’Administration américaine et l’alignement de la République bananière équatorienne sur les desiderata d’icelle.

Points chauds : Alger et Khartoum

Dans ce goulet d’étranglement événementiel où le monde se trouve précipité aujourd’hui, en France, le XXIe Acte de la mobilisation des Gilets Jaunes se déroulait le samedi 13 avril (pour la première fois) sous les auspices de la toute nouvelle loi dite « anticasseurs » publiée deux jours auparavant (le 11) au Journal officiel. Le même jour l’homme fort de Khartoum, Omar el-Béchir était brutalement débarqué de la présidence soudanaise en conclusion de quatre mois de mobilisation populaire déclenchée par une hausse brutale du prix du pain. Arrivé au pouvoir en juin 1989 à l’occasion d’un coup d’État avec le soutien d’Hassan al-Tourabi, chef des Frères musulmans soudanais, il vendait en août 1994 (à la France et à Charles Pasqua alors ministre de l’Intérieur mais avec, vraisemblablement de l’argent séoudien), Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos… l’homme que Bouteflika, à l’époque ministre des Affaires étrangères de la République algérienne, accueillait à bras ouvert le 22 décembre 1975 sur le tarmac de l’aéroport militaire d’Alger après la retentissante prise en otage, la veille à Vienne, de 21 ministres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et d’une cinquantaine d’autres personnes) [5].

El-Béchir, toujours sous le coup de plusieurs mandats de la Cour pénale internationale de Justice pour génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité au Sud Soudan et au Darfour, etc., a donc été balayé par un golpe (coup de force) auquel a succédé quarante-huit heures plus tard une nouvelle junte qui annonçait aussitôt la formation d’un “gouvernement de transition ». Une terminologie qui n’est pas sans rappeler le Conseil National de Transition libyen créé en février 2011 à l’initiative du Département d’État américain sous couvert de la France, du Royaume Uni, de l’Italie et de l’Allemagne, avec pour objectif de précipiter la chute de la Jamahiriya et de son guide, Mouammar Kadhafi.

De mauvaises langues fourchues ont immédiatement susurré que les manifestations ayant conduit à la chute du vieil homme fort, auraient pu être infiltrées et manipulées par des agents du Mossad... Pourquoi pas ? On ne prête qu’aux riches et ,en pareil cas, les plus folles rumeurs se donnent libre cours. Il est aussi vrai qu’el-Béchir a été le premier dirigeant arabe à avoir renoué avec Damas, plaidé pour la dédiabolisation de la Syrie et son retour au sein de la Ligue arabe... Le surlendemain de la visite à Damas d’el-Béchir, le 16 décembre 2018, commençait (en conséquence ?) le mouvement populaire qui allait entraîner sa destitution. De ce point de vue, el-Béchir a très certainement franchi une mortelle ligne rouge, ce qui rendait urgent sa mise au rencart (à défaut de l’expédier devant le TPI). Les médias israéliens, mieux informés que quiconque, ont été d’ailleurs les tous premiers à annoncer le coup d’état de Khartoum.
Il faut en outre savoir que dès 1952, le Soudan faisait partie – notamment aux yeux du Premier ministre israélien Ben Gourion - de la zone de sécurité exclusive de l’État Hébreu. Ce pourquoi Israël aurait fourni à partir de 2003 des armes aux rebelles du Darfour par le biais de l’Érythrée, en guerre larvée plus ou moins permanente avec le Soudan. En juillet 2011, lors de la partition Soudan entre Nord et Sud, nombreux furent les hommes d’affaires israéliens ou associés (l’on a ainsi pu voir l’ancien directeur érotomane du FMI, Dominique Strauss-Khan à Juba, capitale du Sud-Soudan, où il inaugura une banque, la National Credit Bank, en mai 2013), se rendre de façon totalement désintéressée au chevet de la jeune République.

Retenons – avant de nous laisser aller à tout délire conspirationniste – qu’au-delà du premier cercle géographique de sécurité (lequel impose pratiquement a Israël, de par sa psychose obsidionale, le démantèlement du Liban et de la Syrie), la géopolitique méditerranéenne implique également de facto le contrôle du Soudan. Et à présent, dans une perspective de pérennisation ou plutôt de renégociation des traités sur le partage des eaux du Nil, il importait soit de morceler le Soudan (l’amputation du Sud avant celle à venir du Darfour [6]), soit obtenir un profond et complet changement d’orientation politique, en deux mots démocratiser et libéraliser le pays, hier encore, avant 2011, le plus vaste d’Afrique. Or ce qui semblait plus qu’improbable jusqu’à maintenant compte tenu du paramétrage ethnique, sociologique et confessionnel du Nord Soudan, est peut-être en passe de se réaliser sous nos yeux. Concluons en remarquant la présence d’un certains nombre d’analogies troublantes - sur lesquelles nous reviendront prochainement - entre l’Algérie en ébullition et le Soudan en révolution rampante. Assisterions-nous à une nouvelle poussée de fièvre des fameux printemps arabe ?

Jean-Michel Vernochet
18 avril 2019.


Notes :

[1La Grande Charte (dans ses diverses versions, prototype des constitutions occidentales) fut imposée le 15 juin 1215 au roi Jean sans Terre après une fronde du clergé et des barons, laquelle culmine le 17 mai par la prise de Londres. L’habeas corpus ad subjiciendum et recipiendum est prévu à l’origine en ces termes dans la Grand Charte : « No Freeman shall be taken or imprisoned, or be disseized of his Freehold, or Liberties, or free Customs, or be outlawed, or exiled, or any other wise destroyed ; nor will We not pass upon him, nor condemn him, but by lawful judgment of his Peers, or by the Law of the land  ».

[2Le Monde 20 janvier 2015… Suivant le Government Communication Headquarters (le GCHQ connu pour ses piratages des messageries des grands titre de la presse mondiale tels la BBC, le Guardian, Le Monde, le New York Times, le Washington Post, le Sun, la chaîne NBC ou encore l’agence Reuters). Pour ce Service de renseignement britannique chargé d’espionnage électronique, les journalistes d’investigation constituent une “menace” au même titre que les terroristes ou les hackeurs. D’après le Guardian, organe mondialiste-gauchiste, les documents de la NSA (National Security Agency, l’homologue américain du GCHQ), rendus publics par Edward Snowden, font ressortir que « les journalistes et les reporters de tous médias confondus représentent une menace potentielle pour la sécurité publique ».

[3Les Dubaï papers désignent un système d’évasion fiscale impliquant le groupe Helin (fondé le prince belge Henri de Croÿ), lequel fait l’objet depuis le 12 avril 2019 d’une enquête ouverte par le parquet national financier pour « blanchiment de fraude fiscale » à partir des années 2000. Procédure enclenchée suite à la diffusion de 200.000 fichiers, mémos, courriels, lettres et télécopies émanant du groupe Hélin basé aux Émirats arabes unis.

[4Maxime Chaix « La guerre de l’ombre en Syrie… CIA, pétro dollars et djihad » (2019) et JM Vernochet « Les fiancés de la mort et les stratèges de la terreur globale » (2017).

[5Récit : “Lundi 22 décembre, un DC-9 atterrit dans la capitale algérienne. Sur le tarmac de l’aéroport, Carlos, béret noir vissé sur la tête et lunettes noires, est accueilli bras ouverts par un aréopage d’officiels algériens Abdelaziz Bouteflika, le colonel Ahmed Draïa, directeur de la sûreté nationale, ainsi que Mohamed Abdelghani, ministre de l’Intérieur. Belaïd Abdeslam, manteau noir et couvre-chef sur la tête, remis en liberté, est également présent sur la piste. Carlos est escorté vers le salon VIP. Hans-Joachim Klein, son lieutenant, blessée à Vienne, est évacué par ambulance pour des soins dans un hôpital d’Alger. Les discussions s’engagent avec Bouteflika et Belaïd Abdesselam. A l’intérieur de l’appareil encore sur la piste, les otages, les yeux bandés, attendent la peur au ventre. Au bout de cinq heures de négociations, Carlos accepte de libérer 30 otages, non arabes. Toutefois, un désaccord avec les autorités algériennes oblige Carlos à revoir ses plans Devant le refus de Boumediene, le chef des ravisseurs quitte Alger à destination de Tripoli. Sur place, l’accueil est loin d’être amical. Les Libyens, moins conciliants et coopératifs que les Algériens, refusent de ravitailler l’avion en Kérosène. Carlos veut alors gagner l’Arabie Saoudite, mais il n’est pas le bienvenu sur les Terres-Saintes Quelques heures plus tard, l’avion quitte Tripoli, direction la Tunisie, mais là encore, Bourguiba ordonne à la tour de contrôle de refuser l’autorisation d’atterrissage, toutes les feux des pistes d’atterrissage sont éteints, empêchant ainsi l’avion d’attérir. Finalement retour vers Alger où Carlos est à nouveau accueilli par Bouteflika” [www.algerie360.com]. Voir également Carlos « L’islam révolutionnaire » 2003.

[6Cf. « Maghreb-Machrek » n°193 – 2007. Jean-Michel Vernochet « Le Darfour, de la crise politique au choc pétrolier ».

Partager ce contenu