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La rue à la rue

Publié le : 12/05/2007 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles par intervenants , Articles par thèmes , Politique , Roubachof

besancenot_croquis

Besancenot nous avait prévenu. La jeunesse, les ouvriers, les travailleurs, les banlieues, les étudiants, les sans-papiers, le troisième age, les précaires, les chomeurs : tous dans la rue si Sarkozy est élu.  Le voili, le voilou le troisième tour social !

Comme le démontrait récemment l’Abbé Mickey, ici-même sur le kiosque Scriptoblog, cette élection présidentielle, pas plus que le ‘non’ au référendum sur le TCE, ne correspond à une demande de changement de la part des français. Les français demandent simplement à pouvoir vivre à tout jamais dans le mausolée de leurs trente glorieuses. Le tout, pour être élu, est de le leur promettre avec plus de force que le concurrent.

Dont acte.

Les français sont majoritairement morts, donc, et les zombies continuent de perpétuer leurs vieilles habitudes politiques. Entre autres celle de la gauche radicale, démocratique et anti-fasciste, qui continue à considérer que les élections ne sont qu’une manière comme une autre de prendre le pouvoir, ni plus ni moins légitime que l’insurrection – démocratique et anti-fasciste, ça va de soi.

Besancenot avait prévenu : si Sarkozy passe, il y aura une révolte spontanée et légitime de la rue. Bingo. Dès le soir du deuxième tour nous avons eu droit à la révolte annoncée, spontanée, et un peu  coordonnée aussi, de commandos d’extrême gauche. Et puis la « rue » non « Besancenienne » n’a pas suivi, et le feu s’est éteint comme il avait démarré. Car la rue telle qu’elle existe en France aujourd’hui n’est pas la rue fantasmée par Besancenot.

Car il n’y a pas une rue mais « des » rues. La dernière expérience de rue hard que la France ait connu remonte aux manifs anti-CPE. Elle a vu la confrontation de la rue officielle, celle des organisations, des partis, des syndicats, des encartés, voire des subventionnés, et d’une forme de rue « réelle » et officieuse, celle de la zone, de la racaille, de la banlieue du 20h. Et le bilan fut pour le moins croquignolet. La rue officielle, celle des contestataires, des révolutionnaires, des guerriers no-pasaran en T-shirt du Che, se fit passer dessus, comme une paysanne se fait passer dessus par un soudard un jour d’invasion barbare. Il fallut entre autres les services d’ordres de la CGT pour sauver le troupeau des guerriers anti-système.

Quel émoi ce fut alors sur les forums de la LCR !

Une fois la problématique du racisme anti-blanc évacuée des débats par les tenants de l’orthodoxie, on put se concentrer sur l’essentiel : comment utiliser tout le potentiel révolutionnaire de cette belle jeunesse virile et violente de nos banlieues ? Sous-entendu : « ah si seulement notre lumpen-proletariat ethnicisé pouvait se ranger sous la bannière de quelques rebelles bourgeois blancs, il pourrait sûrement faire la révolution pour notre compte, et en prime on arrêteraient de se faire taper dessus dès qu’on sort se promener entre Bastille et République ».

Voilà ce que devint l’obsession de la LCR après les manifs contre le CPE : récupérer la violence de la banlieue pour faire la Révolution.

Malheureusement, récupérer, politiser et encadrer d’un coup d’un seul un lumpenprolétariat dix fois plus nombreux que ses propres troupes, à la fois inculte, imperméable au marxisme et vaguement ethnicisé, quand on s’appelle Olivier et qu’on a plus la tête du petit Nicolas (celui de Sempé, pas l'autre) que de Tupac… c’est pas évident. Il allait donc falloir brusquer les choses, créer une alliance objective, un ennemi commun. Et bien sûr, qui de mieux dans ce rôle que le petit Nicolas, l'autre, l'élu ?

Voici donc pourquoi, dès le soir du deuxième tour, nos camarades gauchistes tentèrent tout ce qui était à leur portée pour mettre le chahut en centre-ville en espérant que la banlieue mettrait le souk, le vrai, en bas de chez elle et qu’une divine surprise, à savoir une bavure policière, viendrait dans la foulée souder les deux parties de la constestation ; une sorte de lame de fond Malik Oussekine puissance dix où la LCR s’attribuerait le rôle de la tête et prendrait le pouvoir tandis que la racaille se verrait attibuer celui des jambes et prendrait les coups.

Cependant, la racaille ne suivit pas les bouffons de la LCR. Voilà qui va doucher les espoirs besancenesques et mettre un bémol aux rêves de troupes d’assaut recrutées à moindre frais. Hormis quelques étudiants décérébrés en quête, depuis la mise au rencard de Le Pen, d’un nouvel Hitler français à conspuer, personne ne le fit.

Et pour cause...

Je ne suis pas marxiste émérite (ni marxiste tout court), mais j’ai quand même ouï dire que la lutte des classes s’appuyait sur des travailleurs politisés, à même de prendre un jour le contrôle de l’appareil de production, et que dans cette optique, un lumpen-proletariat dépolitisé et violent ne pouvait pas constituer la base d’un mouvement politique efficace. Ce lumpen ne sert qu’à justifier la répression étatique bourgeoise, point final. La LCR, en cherchant à intrumentaliser des voyous pour l’action politique, a décrédibilisé les autres mouvements révolutionnaire de gauche.

Rien d'étonnant, d'ailleurs. La LCR, immigrationniste patentée, concourt aussi au dumping social qui ruine l’ouvrier français tandis qu'il enrichit le margoulin et le marchand de sommeil. Voilà pourquoi Besancenot aura toujours le droit de passer à la télé. Voilà pourquoi, sauf grosse bavure policère, la LCR ne fera pas baisser la popularité de Sarkozy d’un iota. Et voilà pourquoi ni le PC ni LO, également partis contestataires, n’ont suivi le mouvement.

Besancenot, au bout du compte, est un clown. C'est l’ennemi de la cause qu’il prétend défendre : celle des ouvriers, des travaillleurs et du marxisme. La LCR est devenu l’Act Up de la politique, une milice médiatique qui surfe sur un romantisme de barricades post soixante huitard. Sa seule finalité est de générer le mouvement pour le mouvement, le bordel pour le bordel et de se voir belle et rebelle en son miroir. Point.

Ne le dites pas aux militants de la LCR, mais il y aura bientôt plus de marxistes au FN, dans le sillage de Soral, que chez eux. D'ailleurs, si le but de Laguiller est bien de prendre le pouvoir dans les usines et de pendre le dernier patron avec les tripes du dernier curé (quoique là, il va peut-être falloir accélérer le rythme de la révolution si on veut avoir de quoi pendre les patrons), on peut supposer que son premier peloton d’exécution serait pour Besancenot.

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