La traque des « oligarques » chinois | Par Patrick Gofman

Publié le : 31/05/2015 15:56:53
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« J’ai été nommé milliardaire » [par le parti], vous disaient naguère, sans rire, certains oligarques russes. À présent, ceux qui ne moisissent pas en Sibérie gémissent à Londres. Et l’Histoire, sans se répéter, du moins bégaie, en Chine…


« C’est Mao que j’suis pour Mao contre Liu Chao Chi. J’ai mon bréviaire de révolutionnaire », chantait dès 1967 le regretté Nino Ferrer. Avec une ironie cinglante qui donne à penser qu’il comprenait déjà les intrigues « culturelles » du tyran chinois, très longtemps avant nos génies patentés de la rue d’Ulm, presque tous maoïstes alors, et dont certains pérorent encore avec un aplomb intact.

Aujourd’hui, Nino Ferrari (son vrai nom, bien porté) se donnerait-il la peine de nous expliquer que la campagne anti-corruption lancée par le président Xi Jinping dès son arrivée au pouvoir, début 2013, vise surtout à mettre au pas ses adversaires politiques, comme la prétendue « révolution culturelle » ceux de Mao ? Non, il n’en prendrait pas la peine, car aujourd’hui, c’est dans Le Figaro (27 mars), et sans attendre le verdict de Normale Sup !

On apprend, ainsi, que la direction chinoise a d’abord fait la chasse aux « tigres » (hauts dirigeants corrompus du Parti communiste chinois – PCC – au pouvoir ) et aux « mouches » (petits cadres du même PCC), puis aux « renards » (opération Fox Hunt), les corrompus exilés par centaines aux États-Unis et par dizaines en France. Cette chasse est organisée en spectacle, pour l’édification des « masses pauvres et moyen-pauvres ». Ainsi, le maire adjoint d’un bled du Hunan est-il empoigné dans une gare, tandis que l’on met la main au collet du n° 2 du PCC dans le Yunnan, en plein hôtel de luxe à Pékin.

Maintenant, « avec l’opération Skynet, Pékin s’attaque aux réseaux des corrompus. Ce nouveau volet de la lutte anti-corruption vise les banques situées dans des paradis fiscaux et les sociétés offshore, qui facilitent le blanchiment d’argent », annonce le correspondant du Figaro à Pékin Patrick Saint-Paul.

Skynet ? Quel étrange nom de code les chefs mao-libéraux ont-ils trouvé là ! Car c’est déjà le nom (déposé) d’un « portail » Internet belge insignifiant mais puissant ; de l’intelligence artificielle humanicide dans la série cinématographique Terminator ; d’un service postal privé basé en Floride (USA) ; et cætera, et cætera…

Si la campagne anti-corruption est instrumentalisée par le président Xi Jinping, est-ce à dire que la corruption serait imaginaire ? Elle a plutôt l’air colossale, si l’on agrée seulement le quart des informations accablant le ci-devant général Xu Caihou, membre du Bureau politique du PCC, décédé le 15 mars d’un opportun cancer de la vessie, à 71 ans. « Xu avait profité de sa position pour manipuler les promotions d’autres personnes [au sein de l’appareil militaire], accepter d’abondants pots-de-vin en personne et par l’intermédiaire de sa famille. Les enquêteurs avaient découvert dans le sous-sol de 2.000 m2 de sa maison à Pékin plus d’une tonne d’argent liquide libellé en dollars, euros et yuans. Ils ont aussi trouvé des pierres précieuses, dont des jades au poids dépassant les 200 kilos, des meubles anciens, des peintures et des calligraphies des dynasties Tang, Song, Yuan et Ming. Il a fallu réquisitionner une dizaine de camions pour vider la caverne d’Ali Baba du général », a rapporté l’agence de presse Chine nouvelle.

L’instrumentalisation peu blâmable de cette affaire par la direction chinoise, c’est évidemment le nettoyage et la modernisation de la plus grande armée du monde !

D’ailleurs, loin de blâmer le géant qui s’éveille, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et l’Allemagne rallient la Chine dans sa nouvelle banque de développement, l’AIIB (Asian Infrastructure Investment Bank), au grand dam de Washington. Les Américains redoutent, disent-ils, les suites environnementales et morales des investissements de l’AIIB dans les pays émergents. Ils craignent surtout la concurrence pour « leur » Banque mondiale…

Patrick Gofman 
Pour Boulevard Voltaire
29 mars 2015

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