« La violence est d’or » | Par Jack Donovan

Publié le : 09/03/2015 12:22:06
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Beaucoup de personnes aiment à penser qu’elles sont « non-violentes ».


En règle générale, les gens prétendent « exécrer » l’usage de la violence, et la violence est perçue négativement par la plupart d’entre eux. Nombreux sont ceux qui échouent à différencier la violence juste de la violence injuste. Certains types particulièrement vaniteux et bien-pensants aiment à penser qu’ils se sont élevés au-dessus des méchantes et violentes cultures de leurs aïeux. Ils disent que « la violence n’est pas la solution ». Ils disent que « la violence ne résout rien ».

Ils se trompent. Chacun d’eux compte chaque jour sur la violence.

Le jour des élections, des gens de tous horizons font la queue pour mettre leur bulletin de vote dans l’urne, et ils espèrent ainsi pouvoir influencer pour désigner qui maniera le glaive de l’autorité. Ceux qui veulent mettre fin à la violence – comme si cela était possible ou même souhaitable – cherchent souvent à désarmer leurs concitoyens. Ceci ne met pas pour autant fin à la violence, mais donne seulement à la mafia d’Etat un monopole sur son exercice. Cela vous donne une « meilleure sécurité », tant que vous ne faites pas chier le patron.

Tous les gouvernements – de gauche, de droite ou autre – sont coercitifs par leur nature même. Ils doivent l’être.

L’ordre exige de la violence.

Une règle qui n’est pas suivie ou garantie par la menace de la violence n’est qu’une suggestion. L’Etat compte sur des lois défendues par des hommes prêts à employer la violence contre les dissidents. Chaque taxe, chaque code et chaque obligation d’obtenir un permis exige une progression croissante des pénalités qui, à la fin, doivent déboucher sur la saisie par la force de la propriété ou l’emprisonnement par des hommes armés prêts à employer la violence en cas de résistance ou de refus d’obtempérer. Chaque fois qu’une maman gâteau se lève et demande des peines plus sévères pour une conduite en état d’ivresse, ou la vente de cigarettes à des mineurs, ou la possession d’un pit-bull, ou encore pour absence de tri sélectif des déchets, elle demande à l’Etat de faire usage de la force pour imposer sa volonté. Elle ne le demande plus gentiment. La viabilité de chaque loi sur la famille, de chaque loi sur les armes à feu, sur l’urbanisme, l’immigration, l’import-export et la régulation financière dépend à la fois de la volonté et du pouvoir du groupe d’exiger l’ordre par la force.

Lorsqu’un écologiste demande que nous « sauvions les baleines », il ou elle produit en fait l’argument que sauver les baleines est si important qu’il vaut mieux blesser les humains que les baleines. Le paisible écolo demande au Léviathan d’autoriser l’usage de la violence dans l’intérêt de la protection des Léviathans. Si les chefs d’Etat étaient d’accord et déclaraient qu’il était, en effet, important de ‘sauver les baleines’, mais refusait de sanctionner ceux qui font du mal à ces dernières, ou refusaient d’appliquer ces sanctions sous la menace de la violence policière ou de l’action militaire, le sentiment exprimé ne serait qu’un geste vain. Ceux qui veulent faire du mal aux baleines s’en sentiraient libres s’ils étaient impunis – en l’absence de sanction.

Sans action, les mots ne sont que des mots. Sans violence, les lois sont juste des mots.

La violence n’est pas la seule réponse, mais la réponse ultime.

On peut formuler des arguments moraux et éthiques et en appeler à la raison, à l’émotion, à l’esthétique, et à la compassion. Les gens sont certainement mus par ces arguments, et quand ils sont suffisamment persuadés – en supposant bien entendu qu’ils ne soient pas excessivement dérangés – les gens choisissent souvent de modérer ou de changer leurs comportements.

Toutefois, la soumission volontaire de nombreuses personnes crée inévitablement une vulnérabilité qui attend d’être exploitée par n’importe quelle personne qui ignore les normes sociales et éthiques. Si tous les hommes baissent les bras et refusent de les relever, le premier homme à lever les siens peut faire ce qu’il veut. La paix ne peut être maintenue sans violence qu’aussi longtemps que chacun respecte sa part du marché ; et pour maintenir la paix chaque personne de chaque génération successive – après que la guerre ne soit plus qu’un lointain souvenir – doit continuer à accepter de rester tranquille. Pour toujours et à jamais. Aucun délinquant ou parvenu ne doit jamais pouvoir demander, « Ou sinon quoi ? », car dans une société vraiment non-violente, la meilleure réponse disponible est « Ou sinon nous ne penserons pas que vous êtes une personne très gentille et nous ne partagerons rien avec vous ».Notre fauteur de trouble est libre de répondre, « Je m’en moque. Je prendrai ce que je veux ».

La violence est la réponse finale à la question, « Ou sinon quoi ? »

La violence c’est le standard-or, la réserve qui garantit l’ordre. En réalité, elle est même meilleure qu’un standard-or, car la violence a une valeur universelle. La violence transcende les excentricités de la philosophie, de la religion, de la technologie et de la culture. Les gens disent que la musique est un langage universel, mais un coup de poing dans la figure blesse de la même manière, peu importe la langue que vous parlez ou la musique que vous préférez. Si vous êtes coincé avec moi dans une pièce et que j’attrape une barre et entreprends de vous frapper avec, peu importe qui vous êtes, votre cerveau de singe comprendra immédiatement « ou sinon quoi ». Et ainsi, un certain ordre est obtenu.

La compréhension pratique de la violence est aussi élémentaire pour la vie humaine et l’ordre humain que l’idée de la chaleur du feu. Vous pouvez en faire usage, mais vous devez la respecter. Vous pouvez agir contre elle, et vous pouvez parfois la contrôler, mais vous ne pouvez pas tout simplement y renoncer. Tel un incendie de forêt, elle est parfois écrasante et vous ne la verrez pas venir avant qu’il ne soit trop tard. Parfois elle est plus grande que vous. Demandez aux Cherokees, aux Incas, aux Romanov, aux Juifs, aux Confédérés, aux barbares et aux Romains. Ils savent tous « ou quoi ».

La reconnaissance élémentaire selon laquelle l’ordre demande de la violence n’est pas une révélation, mais pour certains cela pourrait sembler l’être. Cette simple notion pourra rendre des gens furieux, et certains tenteront rageusement de la contester avec toutes sortes d’arguments alambiqués et hypothétiques, parce que cela ne sonne pas très « gentil ». Mais une chose n’a nul besoin d’être « gentille » pour être vraie. La réalité ne se plie pas pour s’accorder au fantasme ou au sentimentalisme.

Notre société complexe compte sur la violence par procuration dans la mesure où de nombreux gens ordinaires du secteur privé peuvent passer leur vie entière sans avoir vraiment à comprendre ou à penser profondément à la violence, car nous en sommes exclus. Nous pouvons nous permettre de la percevoir comme un problème distant, abstrait, qui peut être résolu par une stratégie noble et des programmes sociaux. Lorsque la violence vient frapper à la porte, nous passons un simple coup de téléphone, et la police vient pour ‘arrêter’ la violence. Peu de civils prennent vraiment le temps de se dire qu’en gros nous payons pour être protégés par un groupe armé qui vient et applique une violence ordonnée en notre nom. Quand nos agresseurs potentiels sont arrêtés paisiblement, la plupart d’entre nous ne font pas réellement le lien, nous ne nous faisons même pas la réflexion que la raison pour laquelle un coupable se laisse arrêter vient du flingue à la hanche du policier ou la compréhension implicite qu’il sera éventuellement abattu par plusieurs policiers qui ont l’autorisation de le tuer s’il est considéré comme une menace. C’est-à-dire, s’il est une menace pour l’ordre.

Il y a environ deux millions et demi de personnes incarcérées aux États-Unis. Plus de 90% de ces détenus sont des hommes. La plupart d’entre eux ne se sont pas rendus. La plupart d’entre eux n’essayent pas de s’échapper la nuit seulement car il y a quelqu’un dans la tour prêt à les abattre. Beaucoup sont des agresseurs « non-violents ». Mamans gâteaux, expert-comptables, célébrités activistes et végans élevés en plein air ont tous payé leurs impôts, et par procuration ont donné des milliards et des milliards pour nourrir un gouvernement armé qui maintient l’ordre par la violence.

C’est quand notre violence ordonnée cède le pas à la violence désordonnée, comme après une catastrophe naturelle, que nous sommes forcés de voir à quel point nous comptons sur ceux qui maintiennent l’ordre par la violence. Les gens pillent parce qu’ils le peuvent, et ils tuent parce qu’ils pensent qu’ils pourront s’en tirer. S’occuper des hommes violents et trouver des hommes violents qui vous protègeront des autres hommes violents devient soudain un problème concret et urgent.

Une fois un pote m’a raconté une histoire à propos d’un incident rapporté par un ami de la famille qui était flic, et je pense qu’elle illustre le propos. Quelques adolescents traînaient au centre commercial, devant une librairie. Ils déconnaient et parlaient avec des flics qui passaient par là. Le policier était un type relativement costaud, pas du genre auquel tu chercherais les histoires. L’un des jeunes dit au flic qu’il ne voyait pas pourquoi la société avait besoin de la police.

Le policier se pencha et dit au gringalet, « y a-t-il aucun doute dans ton esprit que je pourrais ou non casser tes bras et te piquer ce livre si je le voulais ? »

L’adolescent, évidemment choqué par la brutalité de ces propos, répondit « Non ».

« C’est pourquoi tu as besoin de flics, gamin ».

George Orwell écrit dans ses « Notes sur le nationalisme » (http://orwell.ru/library/essays/nationalism/english/e_nat ) que, pour le pacifiste, le fait que ‘Ceux qui ‘renient’ la violence le peuvent seulement parce que d’autres exercent cette violence en leur nom’ est évident mais impossible à accepter. (1) Beaucoup de déraison découle de l’incapacité à accepter notre dépendance passive à la violence comme garantie de notre protection. Les fantasmes d’évasion à la ‘Imagine’ de John Lennon corrompent notre aptitude à voir le monde tel qu’il est, et notre capacité à être honnêtes avec nous-mêmes quant au caractère naturel de la violence de l’animal humain. Il n’existe aucun élément pour soutenir l’idée que l’homme est une créature intrinsèquement paisible ; par contre, des preuves considérables appuient l’idée que la violence a toujours fait partie de la vie humaine. Chaque jour, les archéologues déterrent un nouveau crâne primitif avec des blessures provenant d’armes ou un traumatisme crânien. (http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/1943960.stm)
Les tout premiers codes juridiques étaient incroyablement atroces. (http://en.wikipedia.org/wiki/Code_of_Hammurabi ) Si nous nous sentons moins menacés aujourd’hui, si nous avons l’impression de vivre dans une société non-violente, ce n’est que parce que nous avons cédé une part conséquente du pouvoir sur nos vies quotidiennes à l’Etat. Certains disent que c’est de la raison, mais nous pourrions tout aussi bien appeler cela de la fainéantise. Une dangereuse fainéantise, semblerait-il, au vu du peu de gens affirmant croire les politiciens.

La violence ne provient pas des films, des jeux vidéo ou de la musique. La violence vient des gens. Il est temps qu’ils émergent de leur brume des années 1960 et commencent à être de nouveau honnêtes quant à la violence. Les gens sont violents, et c’est normal. Vous ne pouvez pas y remédier ni y échapper. En s’appuyant sur les preuves existantes, il n’y a aucune raison de croire que la paix mondiale sera un jour atteinte, ou que la violence sera « stoppée » un jour.

Il est temps d’arrêter de s’inquiéter et d’apprendre à tutoyer la hache de guerre. L’Histoire nous apprend que si nous ne le faisons pas, quelqu’un d’autre s’en chargera.

Jack Donovan
Auteur de La voie virile.
L'article sur Technosaurus.


Article original : http://www.jack-donovan.com/axis/2011/03/violence-is-golden/

Note :
(1) [N.d.T. : Le lecteur trouvera les ‘Notes sur le nationalisme’ d’Orwell à l’entrée 101 du volume 3 de ses Essais, articles, lettres. En complément des propos que Donovan reprend d’Orwell, notons que ce dernier écrivait ailleurs que « Le pacifisme est objectivement profasciste », car il se soumet toujours à la loi du plus fort par son refus de combattre, d’où le jeu de mot d’Orwell, les « fascifistes » (cf. Essais, articles, lettres, volume 2, entrée 34, ‘Le pacifisme et la guerre’).]

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