Évènement

La violence inéluctable

Publié le : 22/09/2008 00:00:00
Catégories : Archives Scriptoblog (2007-2013) , Articles par intervenants , Articles par thèmes , Saint Martin , Société

deathwish

A lire les comptes-rendus sempiternellement semblables des organes de contre- ou ré-information réacs, on se dit somme toute que ces gens ne veulent pas comprendre que « l'insécurité » (et qu'ils lient stupidement à « l'islamisation » ou à va savoir quel phénomène social massif et caricatural) EST INELUCTABLE. Ce n'est pas en la documentant fait divers par fait divers, ni en la commentant sur un ton ultrasimpliste que la situation va changer.

Nous n'opérons peut-être qu'un simple retour à la normale (1). Ce sont les côtés rassurants et confortables de notre civilisation que nous voyons partir en miettes – et pourtant, il est vraisemblable que la société européenne a connu ce niveau de violence au cours d'une majeure partie de son histoire.

Même si ce n'est pas le cas, même si la prétendue montée de barbarie ne nous choque pas uniquement parce que l'Europe vieillit et se dévirilise, ça reviendrait exactement au même. La dérive que nous observons est peut-être révoltante, mais communiquer notre sentiment de révolte autour de nous – qui plus est, uniquement entre convaincus et camarades de phobie – est absolument inutile. Ca ne produira pas le grand sursaut de dignité et de survie qu'on cherche à faire naître chez Monsieur Moyen.

Nous-même, nous n'avons pas connu ce sursaut. Nous avons pris conscience très lentement, par morceaux épars du puzzle, de la réalité qui nous entoure. Et ce n'est pas la seule lecture des journaux officiels qui nous a fait réaliser quoique ce soit : c'est le constat d'altérations dans notre quotidien, de contraste flagrant entre le contenu de la presse et ce qu'on voit dans la rue, bien souvent sans que personne ne soit là pour nous fournir les sous-titres de ce contraste.

Tenter de susciter ce sursaut, parler de l'urgence du réveil de nos contemporains, c'est se planter totalement. C'est espérer quelque chose qui ne se produira pas parce que ce n'est pas ainsi que l'homme agit et progresse.

Les grandes Ruptures fondatrices qui décoincent une situation ne nous apparaissent comme telles qu'avec le recul trompeur de l'historien, tronqué par l'impatience fébrile du militant inquiet. Parce que malgré notre attitude de documentaliste maniaque, nous n'avons pas ce véritable recul qui devrait permettre d'étudier une situation sans chercher à remplir un tiroir d’arguments en faveur de nos thèses.

Les Réacs-Mythos ont choisi une fois pour toute de croire que tout est la faute des gauchistes dans les médias et des Orcs dans la rue. Il suffirait alors de ricaner aux croyances des premiers et de dénoncer platement les agissements des seconds pour que Monsieur Moyen se découvre une âme de milicien. Si Monsieur Moyen en était encore CAPABLE, nous ne serions tout simplement pas dans une telle situation et toute notre littérature se limiterait à une simple comptabilité des morts et des blessés.

L'explosion de barbarie conquérante qui nous entoure est la réaction salutaire in fine d'un corps social qui se laisse bousiller parce que ses têtes pensantes et ses bras armés ne réagissent pas pour la défendre. Nous ne pouvons pas protéger malgré eux nos semblables de la catastrophe qu’ils ont tranquillement choisie par passivité, par lâcheté ou par connerie. C'est sans doute bien triste, et ça nous arrache les tripes d'y penser, au point que même ceux qui sont capables de ce constat lucide s'oublient à jouer les protecteurs parfois dans leurs gestes et leurs actes. Il faut pourtant bien se rappeler d’une chose.

Les allogènes, comme la gauche toute proportion gardée, n'ont jamais fait qu'occuper un terrain déserté par ceux que leurs mauvaises manières ont fait fuir, alors qu'elles auraient dû logiquement leur donner la rage de les refouler hors du territoire contesté. Les toubabs ont préféré donner dans le masochisme collectif plutôt que dans la défense coordonnée et ils glissent peu à peu vers l'indifférence de masse. Ils en viennent peu à peu à la trouille généralisée, mais ce n'est pas demain la veille qu'ils assureront seuls leur protection, en se serrant les coudes entre semblables. Ils ont toujours trop d'excellentes excuses pour ne pas reconnaître le coude d'autrui.

Leur réaction de panique sera somme toute d'appeler systématiquement la police et de se faire à une société intégralement enfliquée, du moment que ça leur donne le sentiment que leurs élites ont quelque chose à foutre de leur sort. Bref : pas de sursaut à attendre de leur part. Les choses qu'on croit leur révéler, ils s'en foutent de toute manière, parce qu'ils pensent que la sécurité collective est l'affaire du flic, pas de la société civile.

C'est la désertion de l’Européen qui est à la base de tous nos emmerdements. Sa désertion physique, culturelle, spirituelle, sociale, s’explique par le fait qu’il ne forme plus un peuple digne de ce nom et conscient de son destin collectif. Ce n'est pas un sentiment qu'on peut concevoir ou retrouver quand on a encore la possibilité de se planquer dans une bulle où tout va presque bien, surtout si on a eu un cadre familial stable et qu'on a vécu dans un bled où les Prochains Européens n'avaient encore pas d'autre choix que l'intégration forcée.

Cet abri portatif, cette réserve inépuisable de déni, beaucoup de nos contemporains la trimballent en permanence avec eux. On n'arrivera à rien avec des slogans qui n'exaltent que notre esprit et nos petites actions, et à encore moins en soulignant au quidam, en vert fluo, les passages les plus frappants de la presse people quand elle se hasarde à causer insécurité. Nous ne pouvons réveiller personne avec cet instrument-là, c'est une question de cycles de sommeil. Ceux qui ne dorment qu'à moitié seront facilement réveillés par un faible bruit, ceux qui roupillent du sommeil du juste ne moufteront pas ou se rendormiront bien vite une fois la crise passée.

La Reconquête commencera quand Blanchette acceptera de recoloniser des territoires mentaux qui lui semblent à présent le propre du seul Exotique, à commencer par celui de la violence collective. Les nouveaux colons terrifient le Visage Pâle ordinaire, surtout de par leur capacité à donner facilement dans la brutalité décomplexée, et à se mobiliser rapidement à plusieurs contre une cible isolée.

La peur changera de camp le jour où nous ne l'accepterons plus dans nos coeurs comme une fatalité, le jour où nous aussi, nous saurons nous comporter en barbares, où et quand il le faut. Mais la lecture des faits divers ne suffit pas à cela. Pour l'instant, documenter les exactions de l'Occupant ne fait qu’accroître cette peur, et avec elle la paralysie collective. Le jour où Monsieur Moyen pourra se transformer épisodiquement en hooligan et faire le nettoyage dans son quartier ou son immeuble sans qu'un képi n'en soit averti, alors le processus de Reconquista aura vraiment commencé, avec l'inévitable léopardisation du territoire que beaucoup rejettent sous le terme de « communautarisation ».

Or ce processus ne sera pas lancé tant que le seuil de tolérance du Visage Pâle n'aura pas été outrageusement dépassé, violé, réduit à néant. Tant que nous pourrons, en tant que peuple, nous poser la question de la « Tolérance » en tant que telle, nous n'irons nulle part parce que nous adopterons une position de victime. On est une victime quand on adopte, sur un champ de bataille, la position d'un observateur neutre. Personne n'est neutre dans une guerre civile.

(1) Note de Scriptomaniak

Mais bien sûr, Saint-Martin ! Et il nous reste encore beaucoup de marge ! Nous disposons pour certaines régions de France de statistiques criminelles presque complètes depuis le XIV° siècle. Que nous disent-elles?

Au Moyen-Âge, les taux d'homicides français s'établissent vers 50 pour 100.000. C'est plus que la Colombie contemporaine ! Ils descendent très lentement jusqu'au début du XVII° siècle, pour s'établir vers 30. C'est l'époque de la courtoisie française, et on comprend pourquoi : vu la probabilité que l'homme sorte sa rapière au premier manquement, on s'applique à ne point lui manquer...

Ensuite les taux d'homicide baissent franchement (et la courtoisie française avec), pour tourner autour de 5 pour 100.000 au XIX° siècle, et finalement arriver à un plus bas de 1 pour 100.000, vers 1970. Depuis 1970, ce taux a tendance à remonter. En France, on tourne à nouveau à 1,5 pour 100.000. C'est encore 30 fois plus faible que le taux du XIV° siècle !

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