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L'armée, troisième axe de la renaissance

Publié le : 04/04/2009 00:00:00
Catégories : Politique

soldat

Je sais que cet ultime et dernier axe est celui qui, probablement, fera le plus polémique. Avant de développer, je vais donc tenter de désamorcer la folie partisane, d'où qu'elle vienne, afin que mon propos puisse être compris. Après 150 ans de conflit idéologique entre les pacifistes et les militaristes, la question de l'armée se pose devant nous sans que les bases existent pour y répondre. Les passions se déchaînent toujours, sur ce sujet, au mépris du plus élémentaire sens de la réalité.

1) La question de l'armée et de violence

Nous allons tenter de réconcilier les pacifistes et les militaristes en prouvant que ces deux positions sont suicidaires pour celui qui les adopte, et qu’elles forment à vrai dire les deux faces d'une seule et même pièce mortuaire.

Commençons par le cas des pacifistes intégraux.

Nous avons plusieurs exemples historiques sous la main, un seul suffira à comprendre l'impasse de la non-violence érigée en ligne idéologique absolue. Prenons les pacifistes des années 30, en France. Alors qu'une menace se précise à l'est (et quelle menace !), alors que l'impact collectif et psychologique de la première guerre mondiale fait sentir ses effets démoralisateurs sur les masses, quel a été l'effet du pacifisme bêlant ? A votre avis, lorsque les chenilles des panzers commencent à rouler, que doit on faire pour éviter de se faire écraser ? Des pétitions pour la paix et la concorde ? Des chants pour la paix ?

Non, soyons sérieux. Les pacifistes intégraux, sous couvert de bonne volonté, ne veulent pas la paix, ils désirent la soumission. Dans les années 30, on vit une partie de la « gauche » d’alors aller sans le savoir aux devants des objectifs des oligarchies capitalistes, les pacifistes bêlant livrant la France à Hitler au nom du refus de la guerre et les bellicistes pan-capitalistes la livrant au même personnage pour… lui permettre de financer l’autre guerre, la vraie, à l’est, contre l’URSS.

La soumission n'est pas compatible avec la liberté. Elle ne l’a jamais été. Ce qui signifie que la liberté nécessite, parfois et dans certaines conditions, la guerre, le conflit, l'opposition violente.

Après avoir traité le cas des pacifistes à tout crin, passons à leurs cousins en négatif, les militaristes totaux. Guerre totale, militarisation de la société, volonté annihilation d'un ennemi diabolisé, tout cela nous rappelle la fascination des sociétés européennes du début du siècle dernier pour la violence – une violence d’Etat, encadrée, enrégimentée, si bien théorisée par Clausewitz un siècle auparavant, et sur laquelle on avait construit le plus puissant Etat européen d’alors, le Deuxième Reich. Le problème de ce militarisme comme idole est qu’il débouche sur l'érection de la violence en centre symbolique de la société. En conséquence de quoi, cette violence, au lieu d'être un moyen admis en vue d’un but supérieur, devient peu à peu le but en soi, cancer qui consume d’abord la représentation imaginaire de la société, puis la société elle-même. La Première Guerre Mondiale peut être, sous un certain angle, vue comme l’aboutissement de ce processus : lorsque le conflit total se nourrit de sa propre dynamique, ricochant de pays en pays, de système d’alliances en système d’alliances, jusqu’à retourner le militarisme contre son concepteur initial.

La violence est un moyen. Rien de plus. C’est un moyen indispensable pour garantir une certaine liberté, un moyen qui doit rester soumis à des règles, et qu’on doit toujours ramener au but qui le dépasse et le justifie. Ce but, c’est la défense de la communauté et de ses intérêts légitimes. Voilà ce qu’ont oublié tant les pacifistes à tout crin que les militaristes en délire.

Voilà ce que nous ne devrons pas oublier.

2) Armée, institution et guerriers

Si l'Armée est une institution nationale, à l'instar de l'Instruction Publique, la figure qui s'y déploie dépasse fondamentalement le concept institutionnel stricto sensu, de par le caractère même du conflit armé, de par l’énormité de ses enjeux. Par nature, la guerre est le domaine de l’exception, l’instant où les règles normales ne s’appliquent plus. Mais avant d'examiner les implications de cette donne « au-delà de l’institution », revenons quelques instants sur l'institution en elle-même, sa taille, ses buts, ses moyens et sa place au sein de la communauté.

Le format des armées et le type de guerriers que ce format encadrait ont constamment changé au cours de l'histoire. Du guerrier-paysan grec, en passant par le légionnaire romain, professionnel et contractuel, jusqu’à nos armées modernes, les forces militaires sont toujours le reflet de l'organisation sociale qu’elles défendent, organisation qui, généralement, dépend de la technologique de l'époque et du rapport de production dominant.

Aujourd'hui, alors que le niveau de vie s'est considérablement amélioré de par la modernisation et la technicisation de la production, il est possible de penser que, hors période de catastrophe, l'armée sera relativement réduite au regard de la population totale. D’une part parce que la puissance de feu augmentant, il n'est pas nécessaire d'avoir des millions de personnes mobilisées constamment pour former une armée puissante, et d’autre part parce que la stabilité générale de l’ordre social dispense de le faire maintenir par la troupe, du moins en temps normal.

En revanche, si le nombre de militaires sera réduit, en tout cas par rapport à d’autres époques, les ressources techniques et financières réclamées par cette institution à faibles effectifs resteront, quant à elles, à un niveau non négligeable. L’armée sera donc, dans l’avenir, une des composantes les plus importantes dans la constitution de la production, dans son débouché et, sans doute, dans le moteur de son évolution technologique – nous y reviendrons dans un article ultérieur. On s’en désolera sans doute, au motif qu’il est toujours gênant d’admettre que l’électricité bon marché dont nous jouissons en France provient indirectement de recherches militaires dont la finalité immédiate fut la vaporisation de 200.000 Japonais en quelques millisecondes. Mais qu’on s’en désole ou pas, c’est ainsi : l’Internet même sur lequel vous lisez ce texte fut, à l’origine, une technologie militaire.

Le principal problème de cette institution particulière qu’est l’armée vient, et cette fois nous arrivons au cœur du sujet, de ce qu’elle est, précisément, à la fois une institution et l’inverse d’une institution. Elle est une institution, et même l’institution par excellence, en cela qu’elle existe d’abord en construisant un être collectif surdéterminé, qui s’impose à ceux qu’il surplombe. Il n’y a rien de plus institué que les rapports hiérarchiques dans une organisation militaire, et pour cause : quand l’un des ordres possibles, c’est « allez vous faire tuer », il est évident que le discours doit être radicalement institué, porté, cautionné, ritualisé par un ordre institutionnel. Ce n’est pas la même chose de dire à ses subordonnées d’une part des choses comme « enseignez telle matière à telle classe », « réaménagez tel rond-point », « triez cette palette de lettres urgentes », et d’autre part des ordres tels que « tirez dans le tas et tant pis pour les civils », « ouvrez le feu sur l’ennemi bien qu’il se protège derrière un cordon d’otages » ou encore « baïonnette au canon, pour la France ! » Il y a, voyez-vous, une légère nuance dans le niveau d’implication personnelle des intéressés…

D’où le paradoxe de l’institution militaire. Une organisation où l’on peut vous dire d’aller vous faire tuer, ou bien de tuer des gens, est à la fois totalement instituée (sinon, elle n’est pas légitime) et, en même temps, par nature, instituante. Une fois que vous avez ordonné à quelqu’un de risquer sa vie, si ce quelqu’un vous obéit, son obéissance lui confère en retour, étant donné l’importance du sacrifice qu’il a consenti, le pouvoir d’instituer. Du caractère de vérité définitive qui émane du conflit, c'est à dire de la confrontation de la vie à la mort, étant donné que le « sacrifice suprême » est par nature impossible à rembourser par la communauté, il découle que l’institution militaire est par nature la plus encline à s’autonomiser. Issu d’un processus d’institutionnalisation, le discours martial est donc également porteur d’un processus de contre-institutionnalisation latente. En fait, c’est encore plus simple : l’institution militaire est par nature l’un des deux centres potentiels d’incubation de tout processus d’institutionnalisation. En réalité, le discours instituant ne peut procéder que de deux sources : le Temple et la Caserne – l’Esprit et la Force.

A partir du moment où nous entrons dans un système nouveau, où l’Armée va rester le rempart de l’ordre social (cela ne fait aucun doute), une composante numériquement restreinte et simultanément l’un des principaux donneurs d’ordre du système économique (cf. ci-dessus), cette institution potentiellement instituante sera constamment menacée d’autonomisation par rapport à l’ordre qu’elle défend – parce qu’elle sera puissante au point de donner des ordres au monde marchand à travers le complexe militaro-industriel qu’elle maîtrisera autant qu’il la maîtrise. A ce titre, nous estimons que l'époque de la « grande muette » est probablement révolue. Cette « manière de ne pas poser » la question du caractère instituant de l’institution militaire sera bientôt de toute manière dépassée. Elle ne pouvait fonctionner que dans le cadre d’une organisation sociale dominée par les marchands – un type d’organisation sociale qui ne survivra probablement pas à la deuxième grande dépression, laquelle vient juste de commencer, en 2007. Mettre les soldats au service du Capital en leur agitant un drapeau tricolore sous le nez ne fonctionne de toute manière déjà plus très bien, depuis quelques décennies. Alors, a fortiori, dans un système où le complexe militaro-industriel se sera largement autonomisé à l’égard du monde marchand…

Alors notre programme ?

Notre programme sera de redonner à l’institution militaire le sens instituant qui lui permettra d’être à la fois instituée et instituante, de manière cohérente. Si le complexe militaro-industriel s’autonomise aujourd’hui par rapport à l’ordre marchand dont il fut historiquement l’émanation, c’est parce que le sens qu’il peut construire, à travers l’expérience directe du combat, est d’une essence sinon supérieure, en tout cas antérieure à celle construite par l’ordre marchand. Si, à l’inverse, l’institution militaire sert un sens supérieur, ou en tout cas, antérieur à celui qu’elle peut construire, alors elle peut toujours, évidemment, s’autonomiser matériellement – mais cette autonomisation n’est pas légitime, elle ne peut être qu’accidentelle et temporaire.

L’institution militaire est instituée pour se mettre au service de la communauté. Elle est cependant instituante parce qu’elle amène potentiellement à un sacrifice dont le sens excède toute autre valeur – sauf précisément, la survie de la collectivité dans son ensemble. C’est pourquoi, parce que nous voulons une armée qui tienne son rôle, tout son rôle mais rien que son rôle, notre armée sera nationale. C’est le service de la nation, en tant que communauté spirituelle et charnelle, qui rend possible que le sens institué du guerrier soit supérieur au sens instituant de son sacrifice.

Voilà pourquoi nous prendrons l’exact contre-pied de la politique actuelle. La politique d’un Sarkozy consiste à dénationaliser l’armée (OTANisation) et à lui ôter simultanément les moyens de son autonomisation matérielle – que Sarkozy redoute, précisément parce qu’il sait bien que le sens institué qu’il peut proposer serait, en cas de véritable affrontement meurtrier, bien plus faible que le sens instituant né de l’affrontement lui-même. Nous, nous ferons l’inverse : nous re-nationaliserons l’armée, parce que nous savons qu’il en résultera un sens institué supérieur, en tout cas antérieur à tout sens instituant issu du conflit. Et nous armerons cette armée, à partir de là, sans redouter son autonomisation.

Cela nous permettra, par exemple, d’avoir des hélicoptères qui volent et un porte-avion qui flotte… Toutes choses dont les armées du Sarkozystan semblent hélas bien dépourvues !

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