Évènement

L'art de la guerre (Sun Tse)

Publié le : 25/10/2009 23:00:00
Catégories : Politique

yinyang

« L’art de la guerre » est LE classique de la stratégie indirecte. Ecrit il y a 25 siècles par un général chinois, ce manuel de stratégie reste parfaitement d’actualité, à condition évidemment d’en adapter les enseignements. Là où Sun Tse parle de cavaliers et d’archers, il faut penser blindés et infanterie (si l’on est militaire), usines et canaux de distribution (si l’on est chef d’entreprise), appareil militant et réseau de sympathisants (si l’on agit dans le champ politique). Là où il parle de l’interception des messagers, il faut penser virus informatiques.  Etc.

Tout de suite, un rapide résumé. Lecture obligatoire !


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Pour Sun Tse, le point de départ de toute stratégie, c’est la doctrine. Il entend par là la capacité à préserver l’unité de sa propre pensée, dans un environnement fluide, parce que l’on a parfaitement compris la nature de la fluidité : les données du combat sont fluides, mais le principe de fluidité est stable. Celui qui perçoit cette stabilité du fluide sait, instinctivement, faire le tri entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Il adopte spontanément l’attitude qui convient à un stratège, parce qu’il pressent la continuité des fidélités et celle des infidélités, parce qu’il sait lire immédiatement une situation pour aller droit à l’essentiel, et parce qu’ainsi, il instaure la discipline par l’exemple d’autodiscipline qu’il donne en toute circonstance. Pour Sun Tse, l’art de la guerre commence à l’intérieur de l’esprit, parce que la correcte appréciation des rapports de force et des jeux diplomatiques n’est possible que si l’on a soi-même l’esprit clair.

Cet esprit clair, explique le stratège chinois, est vital pour tout chef de guerre, parce qu’il est rare qu’une armée soit en position de l’emporter de manière directe, par son seul élan. Si le rapport de forces est écrasant, il faut attaquer frontalement. Mais c’est rarement le cas. Il faut donc conduire, en amont du combat, des manœuvres indirectes, dont le but est soit de préparer une situation favorable au combat, soit de vaincre sans même devoir combattre. Dans tous les cas, il ne faut frapper qu’une fois qu’on est sûr de vaincre, d’un seul coup, au point que l’adversaire ne pourra pas se relever.

Quelles sont ces manœuvres préliminaires ? On peut les regrouper en 5 domaines :

1. LA MOBILITE

Se mettre en situation de choisir le lieu et l’heure des combats, afin d’être en supériorité là où le combat a lieu. Pour cela, cinq conditions doivent être réunies :

-          Avoir sanctuarisé sa propre base logistique (pour ne pas risquer de devoir la défendre en catastrophe) . Pour cela, constituer par exemple des réseaux de bases, entre lesquels se déplacer pour bénéficier à la fois des avantages du mouvement (fluidité) et de la logistique (stabilité).

-          Effectuer des répétitions, bouger souvent sans que l’adversaire en ait donné de raison précise. Ainsi, l’adversaire ne parvient pas à déterminer les positions que l’on occupe, et l’on peut soi-même vérifier constamment la disponibilité des troupes, perfectionner leur capacité de coordination et garantir la cohésion d’un maillage fluide.

-          Bien connaître ses troupes pour placer en tête des mouvements les éléments les plus sûrs, et les médiocres en queue de peloton. Bien connaître le terrain pour éviter de s’engager dans des lieux mal adaptés au mouvement ou au maintien des liaisons logistiques. D’une manière générale, progresser constamment en connaissance des données du combat.

-          Développer un réseau d’espions et d’informateurs pour être constamment au courant des mouvements de l’adversaire. Pour cela, posséder des agents dans le camp ennemi, soit en les envoyant s’engager chez l’adversaire, soit en retournant des éléments adverses (voir le chapitre cohésion).

-          Avoir testé les réactions de l’adversaire pour savoir comment il réagit, et ainsi pouvoir l’entraîner vers le champ de bataille qu’on a choisi.

2. LA COHESION

Assurer la cohésion de son propre camp tout en ruinant celle du camp opposé. Pour cela, trois conditions doivent être réunies :

-          Préférer une petite armée dont on peut maintenir la cohésion à une grande armée trop complexe et hétérogène ; pour gonfler ses effectifs, utiliser des alliés et des auxiliaires, tout en conservant un corps de bataille restreint à très haute cohésion. La formule idéale est généralement un corps hiérarchique central, très structuré, autour duquel gravitent des éléments secondaires inscrits dans un réseau nodulaire. Organisation pyramidale au centre, donc, entourée d’une organisation de type biologique, apte à se réparer elle-même, gravitant autour du noyau structuré.

-          Veiller au respect de l’équité au sein de son armée. Donc faire sentir à ses troupes qu’on les connaît et ne les engage que lorsque les circonstances sont adaptées à leurs spécificités. Inversement, tout faire pour favoriser, au sein de l’armée adverse, la conscience de l’iniquité du commandement ennemi. Répandre des rumeurs de trahison dans son entourage, le rendre paranoïaque. En profiter pour recruter des éléments retournés. Diviser l’adversaire, tout en unissant en sous-main des éléments retournés contre lui, à l’intérieur de son camp.

-          Amener l’adversaire à se tromper sur la qualité de ses troupes, afin qu’il les évalue mal et les engage de manière inadéquate. Utiliser pour cela l’intoxication. L’intoxication consiste par exemple à faire croire à l’adversaire qu’il a engagé gros quand il n’a engagé que petit, et inversement.

3. LA PROPAGANDE

Imposer le système de représentation à l’adversaire. Une bonne propagande n’a pas pour objectif d’énoncer des propositions, mais de verrouiller les catégories de la réflexion, en amont de l’énonciation. La propagande consiste à pénétrer la pensée de l’armée adverse en lui imposant un système de représentation. Pour cela, truquer les catégories dans lesquelles l’adversaire perçoit la situation. Agir en amont sur les champs de la perception. Imposer ses propres catégories, pour que l’adversaire ne puisse plus penser de manière autonome, ni exprimer une pensée autonome que ses troupes peuvent partager.

Affaiblir la confiance de l’ennemi en le troublant. Pour cela, l’humilier, l’amener à intérioriser sa propre infériorité. Ruiner la confiance de la troupe adverse dans ses chefs. Egalement, favoriser tout ce qui peut amener l’esprit de l’adversaire à se diviser contre lui-même. La duperie permet de brouiller les perceptions de l’adversaire, au point qu’il peut être paralysé au moment de l’action.

Avoir des espions en qui on n’a pas confiance, et les utiliser pour communiquer à l’adversaire de fausses informations. Si l’on repère un espion adverse, ne pas le tuer, mais l’utiliser pour qu’à son insu, il trompe l’adversaire en lui transmettant des mensonges soigneusement étudiés pour paraître crédibles.

4. L’ENCADREMENT

Eviter de confier des responsabilités à des hommes braves mais stupides. Répartir l’encadrement entre diverses catégories, adaptées à leurs missions. Rendre à chaque catégorie les honneurs qui correspondent à son utilité. D’une manière générale, veiller à ne pas employer les ressources humaines à contre rôle.

Si l’on soupçonne une trahison, ne jamais aller aux conclusions trop vite. Tester. Faire en sorte que la trahison soit patente avant qu’on la punisse. Veiller à ce que les officiers fidèles n’aient pas de doute sur ce que le stratège pense d’eux. Ne pas les laisser soupçonner qu’ils sont soupçonnés, que l’on les soupçonne ou pas. Etre bienveillant, en somme, jusqu’au moment précis où l’opinion générale commande qu’on ne le soit plus.

5. LES ALLIANCES

Créer un rapport de forces favorable en définissant les camps. Pour cela, il est vital de rendre impossible la constitution par l’adversaire d’un système d’alliances cohérent.  On peut ainsi définir les camps, et faire évoluer le rapport de forces non en devenant plus fort, mais en s’insérant dans une alliance plus forte que l’alliance construite par l’adversaire.

Pour cela, étudier les forces en présence et s’interroger sur leurs intérêts objectifs. Anticiper sur les failles qui peuvent apparaître dans les systèmes d’alliance. Dans son propre camp, verrouiller ses alliés en leur montrant que l’adversaire traite mal les transfuges. De son côté, bien traiter les transfuges. Exploiter les failles chez l’adversaire en cherchant à isoler l’ennemi principal. Proposer des alliances de revers à ceux qui se trouvent dans le dos de l’adversaire et l’utilisent comme bouclier. Proposer des alliances alléchantes à ceux qui se trouvent devant l’adversaire et qu’il utilise comme bouclier. Essayer de trouver des compensations supérieures aux offres de l’adversaire. Répandre le soupçon chez les alliés de l’adversaire, leur faire croire qu’il s’apprête à les trahir. D’une manière générale, faire comme si l’on disposait d’agents à l’intérieur du camp ennemi, même si l’on n’en a pas. Ainsi, l’adversaire se méfiera, ses alliés sentiront sa méfiance, et ils considèreront l’alliance comme déjà à moitié rompue.


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Tel est l’enseignement de Sun Tse. On pourrait au final le résumer en trois grands principes :

-          Savoir concilier les contraires en discernant leurs mariages possibles,

-          Etre vertueux chez soi,

-          Etre vicieux chez l’ennemi.

Puisse le camp de la dissidence en tirer les conclusions qui s’imposent… tant quant à sa propre stratégie future que quant à celle déployée par le Système, depuis des décennies. Cela permettra peut-être à certains acteurs de mieux comprendre pourquoi ils ont tant de mal à s’unifier, à s’organiser, à bouger, ou même à penser sereinement.

A bon entendeur…

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