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Laurent Schang visionnaire ? Retour sur la situation en Ukraine avec « Kriegspiel 2014 »…

Publié le : 11/03/2014 13:21:42
Catégories : Actualités des éditions Le Retour aux Sources , Auteurs , Laurent Schang , Recensions

Nous vous invitons à lire ici un extrait du dernier roman de Laurent Schang, « Kriegspiel 2014 » sorti en septembre 2013 aux éditions Le retour aux sources et qui dénote d'une étonnante anticipation…


Kyiv se réveilla le 22 décembre après une nuit de solstice étoilée.
Pas de doute, les colleurs d’affiche avaient bien travaillé. Seul un citadin aveugle et sourd eût pu continuer d’arpenter la ville en ignorant les élections présidentielles anticipées. Partout, sur tous les panneaux publicitaires, les murs libres d’écriteaux, Oligarque Premier (qui contrôlait les robinets d’arrivée de gaz), costume Gucci, cravate Armani, et Oligarque le Second (qui contrôlait les robinets d’arrivée de pétrole), costume Armani, cravate Gucci, étalaient format 4 par 3 le même sourire doux et indulgent. La campagne promotionnelle du dernier sandwiche bio de l’enseigne états-unienne Starway battait son plein.
Peu à peu des groupes se formèrent en silence sous les abris d’autobus. Le long des artères principales, les néons des réverbères s’éteignaient les uns à la suite des autres.

Et puis, tout à coup, le sol fut secoué, comme frappé de convulsions. Une fraction de seconde plus tard, d’énormes déflagrations retentirent dans le centre. Les visages se figèrent tandis que, grimpant derrière les immeubles d’habitation, d’épaisses colonnes de poussière commençaient à voiler le ciel au-dessus de la capitale. Les passants échangeaient des regards apeurés, où se lisait l’impuissance mêlée d’incompréhension. Une femme affolée cria : « C’est un tremblement de terre ! » « Non, répondit une voix masculine, les Russes nous attaquent !
La ville ne fut alors que confusion et vacarme assourdissant, encore accru par la stridence des sirènes. Venus de nulle part et déchirant l’air, les projectiles percutèrent les structures de commandement ukrainien avec une précision chirurgicale, à dix mètres près. Un bref instant, la tour de télévision parut se soulever de terre. Ses 385 mètres d’acier riveté vacillèrent lentement sur leur base. Un deuxième choc, la tour s’effondrait dans un effroyable fracas de métal tordu. La population, jetée dehors par le concert des explosions, ajoutait sa panique à la cohue des secours.

À Kaunas, en Lituanie, cité forteresse bâtie pour résister aux assauts des chevaliers Teutoniques, les ouvrages d’art étaient détruits à 90 % ; à Vilnius, une bombe de 500kg atteignit, par erreur prétendit-on, le cimetière « na Rossie », faisant voler en éclats le tombeau renfermant le cœur du Maréchal Pilsudski, le père fondateur de la nation polonaise. Spectacle affligeant que celui de cette terre consacrée, éventrée par un entonnoir géant. Un missile était tombé sur le Palais royal de Varsovie, dont la tour carrée gisait à demi renversée, pareille à ces membres arrachés que ne retiennent plus au squelette qu’une artère, un misérable tendon. Perché en haut de sa colonne restée miraculeusement intacte, on eût dit que l’empereur Sigismond tournait le dos à la façade pour ne pas voir le trou béant causé par l’explosion.

Bienvenue dans l’ère des champs de bataille virtuels !

En tout et pour tout, le bombardement aérien n’avait pas duré un quart d’heure. Préparée avec soin, faisant la part belle aux théories d’Alvin et Heidi Toffler en matière de guerre cybernétique, l’opération fut précédée de milliers d’attaques informatiques visant à neutraliser les systèmes de défenses antimissiles ennemies. Dès l’aube, submergée par un flot de virus, la plupart des sites gouvernementaux étaient paralysés ou ralentis.
« Cependant, nos forces armées se mobilisaient tant bien que mal, écrira l’avocat et historien du droit polonais PrzemysĨaw Krzywoszyňski, officier de réserve, plusieurs fois cité à l’ordre de la 1re Division blindée, celle au casque de hussard ailé, dans un livre aux accents tacitéens, Naprzód marsz ! (En avant avec les chars polonais, Varsovie, éd. Wydawnictwo, 2017). Les débuts de la guerre étaient favorables aux Russes. La fortune flattait leurs entreprises, et grâce à leur domination de l’espace aérien ils étaient maîtres de la majeure partie de l’Europe orientale jusqu’à la chaîne des Carpates. Dans une Pologne en proie à la discorde et où les changements répétés d’investiture avaient fini de miner les mots de souveraineté et d’autorité, la moindre affaire supposait d’interminables délibérations. Les pays Baltes, l’Ukraine enfoncés, les armées du Kremlin opéraient un vaste mouvement d’ensemble du golfe de Finlande à la mer Noire. Précédant le gros de l’armée russe en ordre de marche, venaient les chars d’assaut et l’infanterie blindée. »

Critique / présentation de l’ouvrage :

« Roman d’anticipation ? De science-fiction ? Simple produit d’une imagination débordante ou travail méthodique d’analyse et de prospective ? Ou alors, je n’ai rien compris… Ce qui est probablement le cas. En 150 pages environ, partant de l’idée que les années « 10-15 » de chaque siècle (1214, 1314, 1415, 1515, 1610, 1715, 1815, 1914) marquent une évolution brutale ou une rupture dans l’histoire de nos sociétés, l’auteur nous entraîne vers le début de la Troisième guerre mondiale en décembre 2014. Presque simultanément, les opérations militaires commencent entre Chinois d’un côté, Japonais, Coréens et Taïwanais de l’autre, tandis que les forces spéciales russes s’emparent des sièges du pouvoir dans les républiques d’Asie centrale. La Turquie, bien sûr, entre dans la danse avec une armée « néo-ottomane ». Les Etats-Unis s’inquiètent, mobilisent la garde nationale puis interviennent ; l’Ukraine est envahie et l’Europe occidentale menacée, paralysée, les Balkans sont à feu et à sang, la Belgique implose, etc. On passe d'un continent à l'autre, d'un général ou d'un président à l'autre, et le lecteur est atteint de tournis. Et soudain, en conclusion, apparait un époustouflant empereur Ferdinand Zvonimir Ier, très modestement titré« premier monarque élu du Saint Empire fédéral pan-européen » ! Il ne manque qu'Obi-Wan Kenobi et Goldorak ! Ponctuellement, des présentations et caractéristiques de matériels militaires, des ordres ou des proclamations imaginaires...Bref, je n’ai effectivement rien compris. Un exercice de style ? »

Kriegspiel 2014
Laurent Schang
Editions Le retour aux sources, Aube, 2013, 155 pages, 15 euros.
ISBN : 978-2-35512-052-7.

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